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CHRONIQUES JANVIER 2018 [BD, CD, DVD, LIVRES…]

CHRONIQUES JANVIER 2018

DU CÔTE DE CHEZ SIDONIS CALYSTA

Allan Dwan est un grand cinéaste. En cinquante ans de carrière, il aura tourné plus de 300 films (avec une palanquée de courts-métrages muets dans les années 10 et les années 20) dont La Reine de la prairie, Le bagarreur du Tennessee, Quatre étranges cavaliers, La ville de la vengeance, Deux rouquines dans la bagarre, entre autres (tous disponibles chez Sidonis Calysta) et quelques chouettes films d’aventure. En 1955, il tournait coup sur coup Les Rubis du prince birman et La perle du Pacifique Sud qui possèdent en commun la présence au poste de directeur de la photo de John Alton, une légende d’Hollywood, capable en deux coups de cuillère à pot de magnifier une histoire palote. Ces deux longs-métrages –bourrés de ce charme suranné tout à fait délectable– ne brillent pas pour la qualité de leur scénario mais pour l’empathie que l’on porte aux personnages. On aime ce que l’on voit à l’écran et l’on s’attache à ces héros d’un autre temps et d’un autre monde. Le dépaysement est assuré et recommandé.

LES CENTURIONS

Les Centurions remplit parfaitement le cahier des charges de l’œuvre mal-aimée. Mal-aimée pour trois mauvaises raisons. D’abord, c’est un film américain (1), un film américain qui s’occupe des affaires sensibles françaises (2) et que les affaires sensibles françaises on n’en parle pas (3) et encore moins au cinéma ! Pourtant, Les Centurions, inspiré des récits de Jean Larteguy (ancien militaire des forces spéciales reconverti au journalisme après une grave blessure), ne mérite ni sa peine ni son statut. Il évoque sans tabous les exactions de l’armée française et du FLN, il aborde sans ambages l’épineuse question de la torture et rappelle avec force et détermination que la dénonciation fut un sport prisé par les deux camps. Les Centurions sidère par sa complexité, et sa capacité à nous balancer frontalement à la gueule les horreurs de la guerre. Toutefois, vous ne trouverez pas un soupçon de manichéisme dans les situations, ni dans les dialogues ou chez les personnages. C’est un film juste. La confrontation entre Alain Delon (l’idéaliste) et Maurice René (le pragmatique) achève de nous convaincre que le cinéma français devrait lui aussi s’appesantir davantage sur cette terrible période. Une claque !

 

Après Charro, Sidonis Calysta nous propose deux nouveaux westerns avec pour héros un certain « Elvis Presley ». Elvis Presley a souffert toute sa carrière d’avoir été mal conseillé par son impresario, le Colonel Parker, qui pensait davantage à son porte-monnaie qu’à son poulain. Pour sa première expérience devant la caméra, Elvis incarne le jeune loup qui veut s’insérer dans la société mais dont la nature sauvage et maladroite empêche toute intégration définitive. Love Me Tender n’est pas un mauvais western, loin de là, il est juste une œuvre protéiforme dont aujourd’hui on se demande ce qu’elle peut bien raconter ou représenter. C’est un film d’Elvis ou pas ? Les Rôdeurs de la plaine, qui à l’origine s’adressait à Marlon Brando et Franck Sinatra, contient davantage de qualité que le précédent. Il faut dire qu’on retrouve Don Siegel aux manettes et que le bonhomme, plutôt connu pour son fort caractère, ne s’est pas laissé bouffer par le Colonel Parker et le studio. On ne retrouve pas dans Les Rôdeurs de la plaine ces intermèdes chantés –intempestifs au possible– qui brisent le rythme et l’ambiance. Presley est formidable dans son rôle d’enfant métisse. Ce western mésestimé (à cause de la présence du King) mérite d’être redécouvert.

 

Si vous appréciez le Charles Bronson mutique, monolithique et inflexible de la grande période 70’s, alors Les Collines de la terreur saura satisfaire vos besoins primaires. Son pote, le réalisateur Michael Winner (avec qui il tournera Le Justicier dans la ville, Scorpio, Le Cercle noir …), lui a concocté du sur-mesure. Bronson endosse les oripeaux de l’indien vengeur (un apache pour être plus précis) qui doit se défaire d’une milice composée de salopards. Autant vous dire qu’ils vont se faire botter le cul ! Tourné en Espagne, Les Collines de la terreur possède un ton qui n’appartient qu’à lui. Jack Palance, en méchant de service, cabotine autant qu’il peut et s’en donne à cœur joie ! C’est du brutal !

 

LE MERCENAIRE DE MINUIT

Le Mercenaire de minuit est un western étrange. Un drame shakespearien ambigu, drôle et confus. Une œuvre bizarroïde, emprunte de théâtralité, aux messages anti-racistes tellement mal présentés qu’ils en deviennent incompréhensibles. Le cinéaste Richard Wilson a voulu trop en faire en accumulant les symboles. Il aurait été formidable d’épurer au maximum toutes les idées et d’en traiter à fond seulement quelques-unes. Yul Brynner s’éclate dans son rôle de Jules Gaspard d’Estaing, tueur fantasque et complexe, mais il porte sur ses épaules toute l’histoire de l’Amérique et c’est là que le bât blesse. La photographie est superbe, c’est déjà ça de pris! C’est le genre de western singulier qui ne laisse personne de marbre.

 

The Pathfinder (Le Trappeur des grands lacs in french), c’est LE western à la papa commandé pour garantir un double programme. Malgré ses acteurs falots, ses intentions naïves et son manichéisme bienveillant, il ne manque pas de charme. Vous devriez quand même revoir Le Dernier des Mohicans, c’est un conseil d’ami.

 

VICTIME DU DESTIN Victime du destin est un excellent western dramatique. qui accumule les bons points ; Raoul Walsh est aux manettes, Rock Hudson est en tête d’affiche, le scénario est cuisiné aux petits oignons et les actrices (qui enfin ne sont pas cantonnées aux rôles de potiche) apportent une incroyable valeur ajoutée à l’intrigue. Le film revient au cours de nombreux flash-back sur la vie d’un repris de justice qui tente tant bien que mal de faire fi du passé. Mais ce foutu passé le rattrape et le bouffe. Le duel avec Lee Van Cleef devrait être décortiqué dans les écoles de cinéma. Ce western inédit mérite toute votre attention.

 

Le Fouet d’argent, western inédit, raconte l’initiation d’un jeune homme par un pair pour devenir conducteur de diligence. On apprécie le réalisme du contexte et les relations crédibles entre les personnages. Mieux, on apprend (et l’on comprend) le métier avec les héros au sein de décors très justement choisis. Le Fouet d’argent brille par l’intelligence de son scénario et la qualité de l’écriture quand il évoque la place de l’individu au sein de la communauté. Une très belle surprise.

 

The Texican (inédit) est, selon François Guerif et Patrick Brion, un film de fin de carrière. Fin de carrière pour le réalisateur Lesley Selander et l’acteur Audie Murphy qui font équipe pour goupiller ce western de vengeance « mi-américain mi-spaghetti » tourné en Espagne. Derrière la violence des situations, The Texican dégage un parfum de nostalgie aux limites du contemplatif. La Ruée sanglante (inédit) n’est pas un grand western mais il présente avec intelligence la condition des soldats victimes de la connerie des officiers de commandement. Dommage que Phil Karlson et la production n’aient pas assuré une œuvre plus consistante.

Tous les films sont disponibles chez SIDONIS CALYSTA en DVD, en Blu-ray et parfois en combo DVD/Blu-ray.

 

DU CÔTE DE CHEZ ELEPHANT FILMS

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Elephant Films a la bonne idée de ressortir trois Marlon Brando. Mon préféré reste L’Homme de la Sierra réalisé par le génial Sidney J.Fury. À cette époque, Brando est dans le creux de la vague, désabusé, déçu par le système et par lui-même. Il renaîtra quelques années plus tard dans Le Parrain. Ici, en gros paresseux, il donne le minimum syndical. À ses côtés, le cinéaste et acteur mexicain Emilio Fernandez bouffe l’écran. Sidney J.Fury, quant à lui, s’éclate derrière sa caméra. Sa mise en scène dégage autant d’énergie qu’elle peut par instant se faire discrète et respectueuse. Fury a le sens du rythme et du timing et l’on reconnaît sa patte entre mille quand avec son directeur de la photo il nous balance des jeux d’ombres et de lumières à couper le souffle. Ce jeu des contrastes accompagne l’évolution psychologique des personnages. Le soleil tape mais n’empêche en rien les âmes de s’assombrir. Voilà un western âpre et sec qui sèche la bouche.  La Comtesse de Hong-Kong est le dernier film de Charlie Chaplin et pas franchement son meilleur même si, il faut le reconnaître, il se fait gouleyant et ne mérite pas la volée de bois vert reçu à sa sortie. Dans ce huis clos amoureux, Chaplin tente de faire son Billy Wilder sans vraiment y parvenir. Si Sophia Loren joue le jeu (sic !), Marlon Brando joue comme une patate. Tant pis pour nous. On voit bien qu’il lit son texte, le regard en biais, la face de travers. Brando ne gâche pas le film, il tend à ne pas vouloir rentrer en symbiose avec les autres interprètes. L’ensemble ne manque pas de piquant ! C’est un peu « Au Théâtre ce soir » version Boeing Boeing. Dans La Nuit du lendemain, Brando retrouve une certaine sobriété, comme s’il était plus détendu. Cette histoire de kidnapping aussi convenue que prévisible rassemble une galerie de formidables gueules (des gueules de comptoir dit Dionnet dans les bonus). Tourné au Touquet, Willy Kurant (directeur de la photo) utilise à merveille la douce lumière du Pas-de-Calais. Un drôle de thriller policier.

Je sais ou je vais

Je connaissais pas Je sais où je vais réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger. Et je ne suis pas déçu d’être aussi ignorant ! Ce chef-d’œuvre d’une complexe simplicité raconte l’amour avec un grand A. L’amour illusoire, l’amour passionnel, l’amour de raison, l’amour déçu, l’amour maudit… Je sais où je vais est un drame organique sur les tourments de l’âme. Sur l’île de Kiloran, les éléments se déchaînent comme si plus rien ne pouvait advenir. Cette fresque panthéiste et élégiaque redonne foi dans le cinéma. En 1944 sort sur les écrans anglais Henry V, réalisé par Laurence Olivier et commandé par Churchill pour redonner du courage à la population. Résultat des courses, Laurence Olivier livre une œuvre respectueuse de la pièce de Shakespeare. L’interprétation est fine et légère loin des exécutions ampoulées qui pourrissent la plupart des films historiques. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le quotidien se mêle à la féerie, la concorde se frotte à la guerre. Bref, c’est la guerre de Cent ans ! Cent ans de bordel! Cent ans de connerie! Une réussite.

Prick Up your ears raconte le destin tragique du dramaturge John Orton retrouvé assassiné en compagnie de son amant Kenneth Halliwell. Stephen Frears choisit de raconter son histoire non pas comme une enquête policière mais comme une étude psychologique qui tente de décortiquer la psyché des deux personnages principaux. Dès les premières minutes, on nous montre tout et, lentement, nous remontons les causes de la mort. Gary Oldman crève l’écran en artiste sauvage et instinctif. L’opposer à Alfred Molina en dandy imposant et hautain est une idée géniale. Ce couple mal assorti dérange, nous dérange comme il a dérangé à son époque les autorités bien pensantes de l’Angleterre. Prick Up your ears n’est pas qu’un film sur un couple rebelle rentré dans l’histoire, c’est une œuvre qui transpire le cinéma par ces trouvailles visuelles et poétiques. Je vous le recommande chaudement.

Pour finir, je vous conseille de jeter un œil sur la mini série française Les Visiteurs sortie en 1980 sur TF1. C’est d’une folle dinguerie !

Tous les films sont disponibles chez ELEPHANT FILMS en DVD, en Blu-ray et parfois en combo DVD/Blu-ray. Quelle folie !

Cédric Janet

 


Kankoiça
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