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La sélection Bandcamp de dk #13

La sélection Bandcamp de dk #13

 Par dkelvin

 

Pour une rubrique mensuelle, près de 3 mois depuis la précédente production, c’est un peu exagéré je sais, mais bon, avec l’âge, la bandcampaison met plus de temps à revenir c’est connu. Mais vous n’allez pas être déçu·e·s de l’attente avec la fournée de ce début d’année. Il y a de la variété. Je ne parle pas du genre, mais du synonyme de diversité, avec la pop lumineuse de Lemuria, les dissonances surréalistes de Shimmer et l’acid-doom Bolanien de Crazy Bones. Bref, pour tout l’égout (oui le niveau d’humour aussi pâtit de l’âge).

 

Bandcamp #13 LemuriaIl y a des disques comme ça, qui enchantent votre morne habitacle dès que les premières notes s’en échappent pour l’envahir. C’est le cas avec ce nouvel album de Lemuria (au titre superbe, la « haine récréative », quel délicieux concept), leur 4ème en 10 ans, même si je dois avouer que je ne connaissais pas ce groupe américain de Buffalo, dont le précédent date de 2013. Sur le plan du style, on est ici dans du pop-rock avec un fond folk indéniable, mais irrigué d’une délicatesse et d’un goût pour la dentelle mélodique qui ne sont pas la règle dans le genre. Ceux·elles qui ont craqué pour les Spires (et, il y a bien plus longtemps, pour les Go-Betweens) ne pourront qu’être charmé·e·s par cette musique lumineuse qui s’enroule autour de la tristesse comme une guirlande autour de la branche d’un sapin (on sort de Noël, je solde mes métaphores avant la date de péremption). Dès le premier morceau, « Timber Together », on est happé par la voix aérienne de Sheena Ozzella, dont les inflexions nous entraînent du côté d’Emily Wells, des Unthanks ou même de Robert Wyatt. Ensuite, les morceaux semblent une succession de hits frappés d’évidence, notamment le magnifique « Silver of Change » que je mets au défi quiconque de ne pas chanter à tue-tête dès la seconde écoute. Si l’époque n’était pas celle-ci, ce morceau serait sur toutes les radios, comme le serait le sautillant et pêchu « Christine Perfect » (référence à Christine McVie de Fleetwood Mac) qui aurait fait un titre parfait pour Katrina And The Waves. D’ailleurs l’album a une flaveur fin des 80’s assez forte, mais sans aucune trace de nostalgie. Les vocaux sont partagés de manière assez équitable entre Sheena Ozzella et Alex Kerns (le batteur) et cela évite à l’album de lasser, d’autant que les morceaux chantés par ce dernier ne sont en rien inférieurs, que ce soit l’impressionnant « More Tunnel » tout en ruptures et en contrastes ou « I Wanted To Be Yours » qui est le premier single, et qui pourrait bien lui se retrouver dans vos oreilles prochainement, si un programmateur un peu inspiré s’en emparait. Rien que pour sa trompette, il mérite de servir de bande son à ce triste hiver. Ce que j’aime chez Lemuria, comme chez pas mal de groupes récents (il y a peu Julia Julian) c’est cette façon de lancer des fausses pistes en débutant un morceau sur un style rapidement abandonné pour un autre totalement divergent. C’est ici le cas sur l’inattendu « Kicking In », qui part en math-noise pour soudain verser dans une sorte de parodie americana. Bon, la chronique commence à s’éterniser, mais comme j’écoute l’album pendant que je l’écris, difficile de ne pas m’épancher tant il y aurait à dire. Et même si l’album faiblit sur la fin, il reste une superbe surprise. Allez vous-même vous faire une idée.

Lemuria, « Recreational Hate » (ici)

 

Bandcamp #13 ShimmerJ’ai toujours eu une coupable inclination pour les horripilant·e·s, les exaspérant·e·s, peut-être parce que dans ma vie j’ai beaucoup provoqué ces mêmes sentiments chez les autres. Voilà qui crée des liens. Il y en a hélas de moins en moins. Dans les années 70 et même 80, on avait l’embarras du choix, mais désormais tout le monde semble imiter la pochette d’Abbey Road, traverser dans les clous. Ce n’est pas le cas de Shimmer, ce quatuor de Brooklyn dont la chanteuse et performeuse Ani Ivry-Block (qui a physiquement une certaine ressemblance avec feu Poly Styrene de X-Ray Spex), n’est pas loin d’appartenir à la catégorie que j’ai, il y a quelques temps, estampillée du nom de fembodactivist, c’est-à-dire dont le corps exhibé, ouvert, désarticulé, tordu et parfois productif (urine, merde, règles et autres), sert d’outil d’expression au même titre qu’un autre matériau. Il y a eu Stephanie Neves (désormais Gyna Bootleg) avec Tinsel Teeth, Ani Ivry-Block semble prendre la relève, en tout de même beaucoup moins trash et dénudé, même si elle hurle presque autant et que, pour certain·e·s, ses hurlements, ses grincements rocailleux et ses râles leur feront arrêter rapidement l’expérience auditive. Ici c’est surtout la musique qui est désarticulée, avec un noise qui paraît toujours à la limite de l’effondrement, une sorte d’équivalent contemporain (mais alors vraiment contemporain) de Captain Beefheart (c’est sûrement la référence la plus pertinente même un brin ancienne). Car il ne faut pas croire que l’album est une suite ininterrompue de bruit dissonant. Pas du tout. De nombreux morceaux (comme « Crystal Listerine » ou « Do It Dead ») sont même proches de ce qu’on appelle parfois une « chanson ». Un peu déconstruite certes mais tout de même une chanson. À noter que le groupe (ou plus certainement Ani Ivry-Block) tient à préciser que c’est un visual album, chaque morceau étant accompagné d’un support visuel (on n’ose appeler ça un clip) qui ne fera encore qu’accroître le hérissement pileux de certain·e·s, quand il réjouira les autres (dans lesquel·le·s je me compte). Bon, l’album a déjà quelques mois, mais il n’était pas possible qu’il ne figure pas parmi une sélection Bandcamp tant il est, à mes yeux, important. Pour ce qu’il représente dans le paysage musical un brin morne et conventionnel qui prévaut (même si les foutraques qui fabriquent leur petit délire pullulent, mais le résultat présente souvent un intérêt douteux) mais aussi, qu’on le veuille ou non, parce que c’est un putain de bon album (rien que pour l’ébouriffant « Heavenly » il mériterait 4 étoiles) dont vous n’entendrez hélas pas beaucoup parler je crains.

Shimmer, « Shimmer » ()

 

Bandcamp #13 Crazy BonesBon alors là, c’est la surprise absolue. Cet EP débute comme une demo accoustique de Marc Bolan mais, 30 secondes plus tard, on est rapté par une mixture acid-stoner-doom qui file à la vitesse du héros de Point Limite Zero. Une fragrance Hawkwindienne n’est pas pour amoindrir l’enthousiasme. Bref, depuis le premier Uncle Acid & The Deadbeats que je n’avais été autant impressionné par une telle entrée en matière. D’autant que la voix Bolanienne se maintient tout au long des 4 morceaux, et donne le sentiment troublant que notre elfe glam s’est extirpé de sa sépulture et que, sous le nom de Peter Turik, il mène désormais ce combo qu’il a, à peine sorti de sa tombe et par une macabre ironie, baptisé les « os fous ». Ne serait-ce que par curiosité, j’incite tous les amateur·trice·s de Bolan à aller écouter cet EP extraordinaire, qui ne ralentit pas l’allure tout au long de ses 19 minutes sans une minute de faiblarde et dont on sort l’atlas et l’axis quasiment déboitées. Ce qui laisse entrevoir à ce trio un avenir qui sait assez glorieux.

Crazy Bones, “Hell’s Garden (hop)

 

 


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