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CHRONIQUES NOV 2017 [BD, CD, DVD, LIVRES…]

 

CHRONIQUES NOVEMBRE 2017

 

Servitude, livre 5 : Shalin (1ère partie)

Servitude_T5_Bourgier_David_SoleilLes pièces maîtresses continuent de se mettre en place sur le grand échiquier de l’avant dernier tome de la saga de fantasy.

Les multiples peuples se préparent à une ultime bataille. Qu’ils appartiennent à la terre, aux dragons ou au ciel, les guerriers fourbissent leurs armes. Comme à chaque album, les auteurs nous livrent un nouveau décor, cette fois c’est le désert de sable et de pierre. Au détour d’une case on y retrouvera comme un clin d’œil au majestueux site de Petra en Jordanie. Comme dans toutes les grandes histoires et les gradns mythes, une prophétie prend forme peu à peu. Avec l’annonce d’un messie, le sous-texte se densifie, les allusions à l’avènement d’un monde nouveau se multiplient, les riddraks qui souffraient le plus de leur servitude bien involontaire attendent leur libération.

Face à eux, Drekkars et fils d’Anorœr s’accrochent à leurs privilèges et tentent de garder dans leur poigne un monde qui s’effiloche. Scènes de bataille, siège, raid suicidaire, alliances et défis constituent les grands moments de cet album. Pour accentuer ce changement, de nouvelles couleurs s’invitent timidement dans l’album. Les tons sépia de Servitude qui ont beaucoup contribué à son charme original, sont rejoints par quelques cases en noir et blanc et même un peu de bleu. Royal !

Si les échanges lors des dialogues sont moins solennels qu’ils ont pu l’être par le passé, le graphisme quant à lui reste de haute volée. Une claque visuelle, aussi bien dans les architectures, que les décors, les costumes, ou encore les postures d’un grand réalisme. Chaque image semble vivante tant la texture est bien rendue. On est bien loin d’une fantasy qui, sous prétexte d’être imaginaire, se permet de nous gaver d’absurdités. L’élégance et la sobriété du travail sont tout à l’honneur de cet album comme de cette série qui compte parmi ce que la fantasy a de meilleur.

À ses débuts en 2006, la série ne devait comporter que 5 tomes tous clairement annoncés. Aujourd’hui, les auteurs s’excusent de devoir en ajouter un. Au regard de la qualité générale, il n’y a rien à pardonner, et quand on aime on ne compte pas.

Servitude, Scénario : Fabrice David, dessins et couleurs : Eric Bourgier. Soleil Productions , 14,95€, disponible.

Filakter


NOIR ET POUSSIÈRE

PLUS DURE SERA LA CHUTE 

PLUS DURE SERA LA CHUTEJournaliste sportif en quête d’un scoop, Eddie Willis est contacté par le chef du «syndicat» de la boxe, Nick Benko, qui lui propose de contribuer à la promotion d’un jeune boxeur argentin, Toro Moreno. Espérant découvrir un futur champion, Willis accepte l’offre. Il ne tarde pas à déchanter. En effet, bien qu’impressionnant à première vue, Moreno boxe à peine mieux qu’un débutant. Willis comprend vite que ses combats sont truqués…

Plus Dure sera la chute raconte comment les démons de la boxe ont pourri durant tant d’années le noble art, truquant match sur match jusqu’aux tant attendues finales du championnat du monde. Si aujourd’hui la boxe s’est enfin débarrassée de « Ses » promoteurs les plus véreux, elle fut après la Seconde Guerre Mondiale la place forte des familles mafieuses. Le scénario cible particulièrement les petites gens, toutes celles qui ont préféré abandonner leur amour-propre aux vestiaires pour mieux fermer les yeux sur les combines, dans l’espoir d’empocher une minuscule partie du gâteau sans trop devoir réveiller leur conscience. Boxeurs, sparring partners, masseurs, journalistes sportifs, personne n’est épargné. Sauf les spectateurs, désabusés devant ces spectacles pathétiques sans éthique. Si on ne doute pas un seul instant que tous les salauds resteront des salauds, Humphrey Bogart, quant à lui, la joue tout en finesse pour ce dernier rôle de héros ambivalent sur la voie de la rédemption. Car oui, il faut bien quelqu’un pour s’insurger contre ce foutu système. Plus Dure sera la chute étonne par sa complexité et les enjeux philosophiques qu’il soulève. Distribution, dialogues, photographie (une merveille), utilisation des décors, c’est du très haut niveau !

Disponible en DVD et blu-ray chez Sidonis Calysta.

 

THE DEADLY AFFAIR ou M15 DEMANDE PROTECTION

THE DEADLY AFFAIRSamuel Fennan, un employé du ministère des Affaires Étrangères accusé d’amitiés communistes, est retrouvé mort. Tout pousse à croire à un suicide mais Charles Dobbs (James Mason), en charge de l’enquête pour le ministère de l’Intérieur et qui a rencontré Fennan la veille de sa disparition, ne croit pas qu’il se soit ôté la vie. Ses supérieurs veulent classer l’affaire mais Dobbs insiste et finit par démissionner afin d’avoir les mains libres pour mener son enquête…

Adapter un roman de John Le Carré pour en faire une œuvre d’espionnage aussi sérieuse que bidonnante, c’est un véritable exploit qu’a réalisé Sidney Lumet ! En effet, derrière le tortueux complot étatique ourdi par des figures patibulaires, nous accompagnons avec une joie non dissimulée un chef de service du contre-espionnage transi d’amour pour sa jeune épouse nymphomane, et un inspecteur de police narcoleptique. Ces situations -voire même ces saillies- drolatiques proposées sur un ton papal passent comme une lettre à la Poste. Le cinéaste s’amuse, et nous avec, de ces ruptures sans jamais nous faire sortir de l’intrigue. Elles rendent même les personnages plus touchants. Il faut dire que tous ces professionnels (fonctionnaires, pardon !) de la déshumanisation ne sont pas des rigolos ! Bref, si vous appréciez les ambiances noires où les services de renseignements se tirent la bourre, vous serez comblés au centuple. The Deadly Affair, très marqué « 70’s » donne l’envie de découvrir ou redécouvrir l’ensemble de la filmographie de Lumet ! Très recommandé.

Disponible en DVD et blu-ray chez Sidonis Calysta.

 

DANS LA GUEULE DU LOUP

DANS LA GUEULE DU LOUP 2Le détective Johnny Damico (Broderick Crawford) sort d’une boutique et tombe sur une scène de crime. Un homme de dos vient d’en abattre un autre. Il se présente comme un lieutenant de police d’un autre quartier et affirme avoir abattu un truand, mais alors qu’il prétend vouloir prévenir les secours, il prend la fuite. De retour au commissariat, Damico est critiqué pour sa négligence car l’homme abattu devait témoigner dans une affaire de racket dans le milieu des dockers de la ville, il a probablement été abattu par Blackie Clegg, le chef des racketteurs pour que ce témoin gênant ne puisse pas l’identifier… Damico va s’infiltrer dans le milieu…

Plus qu’une immersion dans le monde des dockers, Robert Parrish nous offre un thriller nerveux et haletant. On y voit un flic en sursis mais tâchant de rattraper sa faute s’affairer à mettre la main sur le parrain du Milieu, accusé d’une série de meurtres sanguinolents. Dans la gueule du loup sidère par l’intelligence et la spiritualités des répliques. Les protagonistes se répondent du tac au tac, nous déconcertent et nous amusent à la fois. Cette réussite tient aux caractères affirmés de tous les protagonistes. En seulement deux ou trois scènes, nous avons l’impression de les connaître depuis toujours. Alors forcément, quand on se sent concerné, on s’accroche à l’histoire. Encore une grande réussite du cinéma noir américain.

Disponible en DVD chez Sidonis Calysta.

 

DEUX ROUQUINES DANS LA BAGARRE

DEUX ROUQUINES 2La ville de Bay City est sous la coupe du gangster Solly Casper. Soutenu par l’influent propriétaire du journal local, le riche et intègre Frank Jansen mène une croisade anti-corruption et brigue le poste de maire. Casper a chargé Ben Grace, un petit escroc, d’enquêter sur la vie privée de Jansen afin d’y trouver matière à le discréditer publiquement. Grace apprend que le futur maire est follement épris de sa secrétaire June Lyons, dont la soeur cadette, kleptomane notoire, vient d’être libérée de prison. Mais il préfère ne rien révéler à son patron, dont il espère le faux pas qui lui permettrait de l’évincer à la tête du gang…

C’est LE film culte d’Allan Dwan. Aussi surprenant soit-il, Deux rouquines dans la bagarre a depuis sa sortie su séduire un cercle de fidèles aficionados. On le célèbre uniquement pour son ton « second degré », comprenez par là qu’il n’est pas vraiment un film noir comme on l’imagine. C’est un bonbon acidulé d’une kistcherie absolue, où les deux héroïnes, aussi séduisantes que mal élevées, en font voir de toutes les couleurs à tout mâle qui s’approche à moins d’1 mètre de leur parfaite plastique. Allan Dwan ne s’embarrasse pas d’une intrigue pointue pour goupiller sa comédie d’action. D’ailleurs, on comprend rapidement qu’il n’a pas les moyens de ses ambitions. Il veille juste à rendre son film -autant que faire se peut- le plus fun possible. Si vous désirez vous plonger dans les sales affaires qui gangrènent la politique revoyez plutôt Chinatown ou la série The Wire. On dit communément ‘bourré de charme’ pour qualifier ce genre de film !

Disponible en DVD chez Sidonis Calysta.

 

PRISONNIER DE LA HAINE 

PRISONNIER DE LA HAINE 2Rongé depuis l’enfance par la volonté de se venger de ce père qui l’a abandonné, lui et sa mère mourante, le bagarreur Matt Matthews vend une parcelle de ses terres à un vieil homme qui dit s’appeler Daniel Howitt. Il ignore à ce moment-là que ce bienveillant étranger pourrait justement être son père et qu’il porte en lui de lourds secrets.

Prisonnier de la haine s’est taillé au fil des ans une réputation de western rural, dur, profond et sec où les personnages à vif exacerbent leurs humeurs. Henry Hathaway signe l’un de ses films les plus personnels, une histoire de famille qu’on aime et qu’on redoute car elle remue les tripes. Cette fable sur la rédemption distille sa magie à travers des séquences rituelles d’une grande puissance. En effet, la profondeur des personnages passe par leur volonté de faire du passé un élément moteur de l’avenir. On devine que le cinéaste tente de faire revivre l’esprit des anciens dans tous les merveilleux décors naturels et même dans certains intérieurs. Comme toujours chez Hathaway, la distribution est géniale. Voilà un western qui envoie du bois !

Disponible en DVD et en blu-ray chez Sidonis Calysta.

 

L’ÉTALON SAUVAGE 

L'ETALON SAUVAGEChihuahua, Mexique ; Scotty Mason, sa femme Margarita et The Kid cherchent à capturer le cheval légendaire nommé Thunderhoof. Scotty ignore que The Kid, qu’il a arraché dix ans plus tôt à des sables mouvants, aime Margarita qu’il a connue avant son mariage. Margarita reste fidèle à Scotty et The Kid décide de partir. Scotty sait en revanche qu’il ne pourra capturer Thunderhoof sans son aide.

Phil Karlson, spécialiste de l’action, rend avec L’Etalon sauvage un western certifié HTD, c’est-à-dire à Haute Teneur en Divertissement (je viens d’inventer cette classification qui n’est pas dangereuse pour l’environnement !). Thunderhoof, in english, accumule les qualités. D’abord le scénario, génial, qui met en valeur la profondeur des personnages parce qu’il les confronte sans ménagement à la dureté de Mère Nature et à la complexité de la nature humaine ! Sacré programme, s’il en est ! Passons aux nombreuses ambitions formelles ; les plans superbement cadrés, les sidérants mouvements de caméra qui rendent les scènes d’action à la fois réalistes et lyriques, la beauté de la photo… L’Etalon sauvage est un vrai western d’extérieur(s) car ceux-ci sont exploités avec tous les égards qui leur sont dus. Eh oui, la nature est Reine mais on l’embrasse, elle donne du fil à retordre mais on la supporte. Et puis comme tout est prétexte à rendre hommage aux chevaux qui sont les grands héros de ce chef-d’œuvre resté trop longtemps inédits sur nos écrans, alors on s’incline …

Disponible en DVD et en blu-ray chez Sidonis Calysta.

 

LE DESERTEUR DE FORT ALAMO 

LE DESERTEUR DE FORT ALAMO1836. Le Texas lutte pour son indépendance. Le Fort Alamo résiste face aux attaques de l’armée mexicaine de Santa Anna. John Stroud est chargé de quitter le fort pour prévenir les familles des environs du danger des envahisseurs mexicains. Il arrive trop tard. Sa femme et son fils ont été tués par des hors-la-loi. Le Fort Alamo tombe. Stroud gagne Franklin où le lieutenant Lamar le fait arrêter pour désertion…

Le Déserteur de Fort Alamo ne s’embarrasse pas de la vérité historique. Attention, si vous êtes à cheval sur les dates, les lieux, les personnages et tutti quanti, passez votre chemin car vous risquez de fulminer ! Le Déserteur de Fort Alamo n’est rien de moins qu’un western de 79 minutes qui envoie du bois (Budd Boetticher est le cinéaste spécialiste des films ultracourts), sans temps mort, plaisant et beau. Ces approches fantaisistes de l’histoire américaine prêtent juste à sourire. Enfin moi, qui n’y connaît pas grand-chose, je n’y ai vu que du feu. Boetticher, c’est déjà l’assurance de passer un bon moment !

Disponible en DVD chez Sidonis Calysta.

 

Et pour finir…

CHARRO 

CHARROJess Wade, un ex-hors-la-loi, est capturé par ses anciens compagnons et se retrouve dans leur repaire de la montagne, là où le gang cache un Victory Gun, un précieux canon. Vince Hackett, le chef du gang, cherche à lui faire porter la responsabilité du vol du canon. Jess rejoint Rio Seco où il compte deux amis, Tracy qui possède le saloon local, et le shérif Ramsey qui croit en son innocence. Billy Roy, le violent frère de Vince, arrive en ville et blesse Ramsey qui charge alors Jess de l’arrêter. Mais Vince menace de bombarder la ville avec son canon…

Dans les bonus, j’apprends que c’est Clint Eastwood qui devait endosser le rôle du héros, mais trop occupé sur Pendez-les haut et court et d’autres projets, c’est le King qui le remplaça. Charro est un drôle de film. Ni bon ni mauvais. Elvis Presley fait le job (c’est même sans doute l’un de ses meilleurs films !), incarnant le mauvais garçon au grand cœur sur la voie de la rédemption. Il y a comme un air de déjà-vu, mais du déjà-vu plutôt plaisant.

Disponible en DVD chez Sidonis Calysta.

 

CALAMITY JANE ET SAM BASS

CALAMITY JANE 2Sam Bass fraîchement arrivé à Denton, au Texas, attire l’attention de l’intrépide Calamity Jane en calmant son cheval emballé, mais il est sensible au charme de Katherine Egan, la sœur du shérif. Lors d’une course de chevaux, Sam, bien informé, gagne gros en pariant sur le bon cheval. Le shérif, qui déteste les joueurs, ne veut plus le voir tourner autour de sa sœur et lui demande de quitter la ville…

Yvonne de Carlo est une bien jolie Calamity Jane. La vraie, assez rustique sentait davantage la sueur et le purin. Calamity Jane et Sam Bass est un petit western des familles comme on aimerait en voir plus souvent. Il ne mange pas de pain, il ne fait de mal à personne. Si George Sherman nous a déjà habitués à mieux, nul besoin de descendre cette production typique des doubles programmes.

Disponible en DVD chez Sidonis Calysta.

Cédric Janet


 


Kankoiça
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