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RICK JAMES, DES VIES INSIDE – part six

RICK JAMES, DES VIES INSIDE

Par Vincent Zimmermann

Rick James-Motown

Une vie comme une vive ascension, suivie d’une longue descente…

La chute.

Ce soir, Rick James revient chez Letterman. Nous sommes en 1982. « Votre prochain invité est l’un des musiciens les plus populaires dans le monde, son dernier album, Street songs s’est vendu à plus de 4 millions de copies, il sillonne le pays en ce moment pour nous présenter son nouvel opus, intitulé Throwing down, ladies & gentlemen, please welcome The creator of punk-funk, Mister Rick James ». Voilà comment David Letterman présente James qui vient sur la plateau pour présenter son nouvel album en 1982. Il interprète « 69 Times ». En faisant tournoyer son micro en tous sens et faisant chanter son public en baissant le son de la musique, jusqu’à l’amusement pur. Il a un ranch et fait du cheval lorsqu’il ne fait pas chanteur dit-il à David Letterman. Il se confie sur le fait qu’il travaille depuis dix ans, voilà qui explique son phénoménal succès (son premier opus date de 1972, il rentre chez Motown en 1977). Puis confirme qu’effectivement, il a plutôt une bonne image, un grand succès auprès des femmes aussi. Letterman l’interroge sur qui il est « vraiment ». Il dit qu’il y a Rick James et James Johnson. Il lui répond que James aime se reposer et les femmes une à la fois. Quelques pépites sont présentes sur cet album,. « Throwdown », « Standing on the top » (avec les Temptations) et « 69 Times », notamment. « Dance with me » plaît beaucoup également. Un disque facilement identifiable, la pochette est assez grotesque. James s’est déguisé en guerrier aztec, armé d’un glaive et d’un bouclier, dans une tenue en peau de bêtes, pour affronter quoi au juste ? L’arène musicale ? « Throwin’ Down » désigne ce mouvement si caractéristique des usagers de la paille ! À cette même période James sort un groupe de filles : The mary Jane girls. Deux hits (qu’il réalise) accompagnent leur album : « Candy Man » et « Boy ».  Prince reprendra cette même idée (de faire un groupe de filles) avec le groupe Vanity 6. James produit aussi un album pour Bobby Militello, un saxophoniste (Bobby M : Blow). Et il lance deux albums pour une chanteuse de Detroit : Val Young. Découverte par Georges Clinton (c’est l’une des Brides of Funkenstein), elle figure également sur Street Songs. Val Young, plus tard, collaborera sur quelques morceaux de 2pac (Sur le titre « To Live and Die in L&A », par exemple). Enfin, James monte un groupe de doo-wop avec Bunty Hawkins. Columbia en sort l’album : Too Sharp.

rickjames -cold bloodedAux Grammy de 1983, Rick remet à Marvin Gaye une distinction pour « Sexual Healing », son plus grand succès depuis « Let’s Get It On » (1973). L’auteur de « What’s Going On » (dont James fréquente désormais son ex-femme) se contentera de glisser à l’oreille de l’intéressé (en évoquant Jan) qu’elle a été sa plus belle histoire. Suivra ensuite l’album Cold Blooded et qui contient le hit « U Bring the Freak Out » et le titre éponyme. Sur cet album, qui a pour thème central les déconvenues de James avec Linda Blair (qui avorte de leur enfant sans le sonder sur le sujet), il y a aussi l’inclusion du rap (alors à ses balbutiements) dans sa musique. Une scène musicale naissante et qui doit beaucoup dans son essor à ce type d’éclairage. Ce sont les titres « P.I.M.P the S.I.M.P. » où figure Grandmaster Flash (Mlle Mel, Scorpio, Rahiem) et « Tell Me (what do you want) » lu par Billy Dee Williams. Juste retour des choses, Rick James fait aujourd’hui l’objet d’un culte auprès de bon nombre de rappeurs. Notamment de la Côte Ouest (Snoop Doggy Dog a fait une reprise sur scène de « You & I », grimmé en Rick James. Dr Dre a orchestré une ressortie de « In the ghetto » interprétée par Busta Rhymes et intégralement samplée).

Le 2 avril 1984, Jan Gaye appelle James pour lui apprendre. Son idole et grand rival est mort. Il s’est fait descendre par son père, révérant de l’église, par un coup de fusil la veille de ses 45 ans. Celle qui fut la maîtresse de Gaye pendant son mariage avec Anna Gordy et qui lui aura inspiré son plus grand hit « Let’s Get It On » apprend à James cette nouvelle triste… D’instinct James devine la cause de ce meurtre : la pipe. Gaye a le même défaut que lui : une forte dépendance au freebase. Et le fait qu’il n’a pas tort. Le père a tiré sur son fils, sous l’emprise de la cocaïne au moment de leur désormais fameuse dispute… Il se serait senti menacé. La mort de Marvin Gaye ne sert pas de leçon à Rick. Au contraire ! Il plonge un peu plus encore dans cette mortelle habitude. Il dépense jusque 5 000 dollars par semaine dans cette drogue dure et fait bientôt deux overdoses. Lors de la seconde, après deux jours d’hospitalisation, sa mère tente de le raisonner (tout comme son ami de toujours : le pasteur Jim Brown). Rien à faire, sa mère à beau bloquer la porte de sa chambre toute une journée, une fois libre il part se défoncer durant deux jours non-stop ! James doit se sortir de là ! Et pour se faire décide d’avoir un entretien avec un compositeur de sa trempe, un musicien tel que lui et qui aurait réussi à stopper les drogues dures. Il demande à Quincy Jones de le mettre en contact avec l’une de ses idoles et qui est dans ce cas : Ray Charles. Ce dernier le reçoit dans son petit immeuble de bureaux sur Washington boulevard, où il travaille à L.A. Il lui rétorque qu’il a réussi à décrocher de l’héroïne parce qu’à l’époque, pour lui, c’était ça ou finir en prison. Malheureusement pour James, Ray lui confirme autre chose : le fait que ses plus gros succès, reconnu comme autant de chef-d’œuvres dans l’histoire de la musique, il les a TOUS composés sous l’emprise de la drogue. Il ne dit pas qu’il n’y serait pas arrivé sans, non. Peut-être auraient-ils été encore mieux. Mais les faits sont Eddie Murphy Party all timelà. Ces hits ont été composés alors qu’il planait. Et des « Let’s Go Get Stoned », qui plus est, James, lui, n’en a pas chanté qu’un. Deux titres sur trois de son répertoire à lui parlent de planer sous toutes les formes ! Un élément différenciateur qui n’arrange pas tellement les choses. Rick va du coup s’enfoncer un peu plus. Debbie Allen tente à son tour de le secouer, mais rien n’y fait. James s’enfonce dans cette fume des plus fatales. Le gouffre viendra cependant un peu plus tard, juste après un dernier fait d’arme, grâce à Eddie Murphy ! Le jeune comique qui monte a croisé James du temps où il démarrait. Depuis, suite au Saturday Night Live, il est devenu une super star. Il fait des films, du stand up et désormais voudrait chanter. Il a vu Prince, pour qu’il lui fasse un hit, mais ce dernier le fait un peu flipper ! Du coup il préfèrerait que Rick s’y colle. Flatté, Rick reçoit Murphy comme un roi. Le feeling passe et tous les deux deviennent amis. Durant l’enregistrement du hit mondial « Party all time » notre accro aux drogues dures réussit à se contenter d’un peu de vin et d’herbe et retrouve le chemin du succès. Il recherche, parmi ses nombreuses voix d’imitateur, le timbre qui convient à Eddie et lui compose une musique entraînante, inspirée d’une histoire vraie que le comédien a vécue. Grâce à ce titre signé chez Columbia, Rick accède aussi (enfin !) aux diffusions en boucle de MTV et figure en bonne place -à la demande express de son copain Eddie Murphy- dans le clip du single.

 

GLOW_RICK-JAMESÀ ce stade, dernier sommet connu de son histoire, il compose ensuite trois titres (dont le dispensable « 17 ») pour la Motown. Il réussit l’incroyable exploit d’obtenir en échange : 1 million de dollars ! Et puis, rideau ! Après cette parenthèse enchantée, c’est à nouveau le black-out. Comme jamais ! Rick s’enferme, obscurcit ses volets et dort toute la journée dans un hôtel à New York. La nuit, il fume sa merde. Ne répond plus au téléphone, ne compose plus rien. S’enfonce, totalement, définitivement… au point d’être retrouvé inconscient, sur le trottoir dans une ruelle et sans qu’il se souvienne comme il a atterri là. C’est à l’occasion d’un cauchemar, d’un délire sous drogue durant son sommeil que James aperçoit la lumière. Une lumière scintillante dans une forêt noire et qui luit dans le creux du tronc d’un arbre. Le concept de son prochain album est né : ce sera Glow (par opposition à Blow ?). Toujours est-il que malgré ce flash et l’envie de se remettre au travail il est trop dans la dope à ce moment pour écrire quoique ce soit. Il s’enferme dans sa chambre où il a collé de l’aluminium sur les interstices de ses volets pour barrer le chemin à toute lumière.Tous ses amis proches ont beau lui répéter qu’il est en train de perdre sa lumière intérieure, ce rayonnement naturel qu’il a en lui et qu’il met dans ses chansons, il n’est plus qu’un junkie. Il n’écoute plus personne. Un matin, ses avocats et son comptable viennent le sortir de sa tanière pour lui annoncer que ses comptes sont à sec. Ils le somment de faire une cure de désintoxication et de se remettre au travail. James accepte ! Il s’inscrit dans l’excellente clinique Mclean à Boston. Les allers-retours entre l’hôpital et l’extérieur, les périodes d’abstinences et les rechutes vont ainsi s’alterner, jusqu’à la fin de sa vie, pour le meilleur et pour le pire. Il va jusqu’à atteindre presque six mois d’abstinence –de quoi enregistrer l’album Glow. Sa rechute a lieu lors d’une soirée co-organisée à Hollywood avec Carrie Fisher –et paradoxalement pour fêter sa longue période de sobriété. Ne sachant son texte, à cause de ses excès de la veille, il manquera ainsi sa première opportunité de jouer la comédie (un film dans lequel il aurait dû partager la vedette avec Isaac Hayes.). Réussit néanmoins son passage dans un épisode de One Life to Live (pour faire plaisir à sa mère dont c’est la série préférée).

Rick James (1986) - The Flag AArrive, tant bien que mal, l’album The Flag. Après une nouvelle cure et période de sobriété. Un album qui se veut engagé, politique. Et par de nombreux aspects, spirituel. James a envie de proposer autre chose. De se détacher de son personnage marginal qui se déglingue en permanence (à la ville comme sur les ondes ou à l’écran). Mais lorsque vient le moment d’enregistrer le single « Funk in America/ Silly Little Man » (inspiré de cette image orchestrée où Michael Jackson se tient à coté de Ronald Reagan), il a perdu sa voix. Un docteur, en l’examinant, devine qu’il a fumé de la coke et lui indique que s’il refume un jour il ne la retrouvera pas. Une raison de plus de continuer dans sa lancée. Il fait à ce moment une croisière pour respirer de l’air pur (cela lui coûte la bagatelle de 100 000 dollars.). Et le voyage lui est profitable. Il enregistre son nouveau disque. Malheureusement, la Motown sort un autre single que celui souhaité par Rick, « Sweet & sexy thing », plus dans la lignée de ce que son public attend du personnage. Rick est furieux ! Commence à ce moment une procédure contre Motown qui durera pendant six ans ! Motown impose à James de leur fournir un nouvel album (qu’il leur doit encore contractuellement). Et James accuse Motown de lui voler son groupe de filles, The Mary Jane Girls. N’ayant pas l’autorisation de faire d’autres disques durant tout ce laps de temps (alors que les studios les plus prestigieux le démarchent pour le produire), James replonge dans son cocktail explosif, constitué de filles instables et de drogues. Il est alors hébergé par Geoffroy Moore (le fils de Roger Moore) qui lui demande de le produire, de lui confectionner quelques titres –anonymement. Catherine Bach (Daisy Duke), Vanity (ex-égérie de prince, tombée dans les dépendances fortes), Ola Ray (qui a interprété la fiancée de Michael Jackson dans Thriller avant de sombrer, elle aussi, dans les drogues) et quelques filles d’un soir figurent parmi ses conquêtes de cette période de descente. C’est aussi à ce moment qu’il fait connaissance de Tanya Hijazi. Un peu plus tard elle deviendra sa femme et son dernier soutien. Elle lui donnera un fils, ira avec lui en prison, en sortira avec lui.

Rick James-WonderfulEn 1988, pour son quarantième anniversaire, James est sans le sou. Il est plus ou moins entretenu par une femme plus âgée et qui mise, comme quelques autres de ses amis, sur un retour de fortune. Il a dû vendre sa Rolls, déjà. Mais le conflit avec Motown touche à sa fin. Il récupère ainsi sa liberté et un peu d’argent. Environ 500 000 dollars. Suffisamment pour payer ses avocats et rembourser les amis qui l’ont dépanné. Après avoir fait le tour des maisons de disques l’ayant approché, il passe un deal avec Warner (la maison de Prince). 850 000 dollars en échange d’un album. Benny Medina est son interlocuteur chez Warner. James se remet à écrire sereinement. Et son envie de tourner la page, de se renouveler, son expression reviennent. Ses allers-retours en cures, l’écoute intensive, ici et là, des propositions de ses amis pour l’éloigner de ses démons, ont fait de James un religieux ! Entraîné par la famille de sa nouvelle fiancée, très convaincante et croyante, baigné de spiritualité, portant en lui la promesse d’une rédemption en cours, il livre ainsi un album à la gloire de Dieu ! Ici encore, comme il l’avait fait avec The Flag, il tente de muer. Mais le virage emprunté est trop fort. Warner refuse le disque. Il lui faudra plaquer sa nouvelle famille d’adoption, brûler toutes ses Loosey's Rapnouvelles résolutions et ce aux fins de livrer l’album Wonderful tel que souhaité par Warner. Une musique et des paroles plus proches de ce que son public attend ! La rechute, proportionnelle à toutes les retouches réalisées dans l’opus, est totale ! L’album fait disque d’or. Le hit « Loosey’s Rap » notamment -ainsi que d’autres- est jugé comme proche du style de Prince. Un comble lorsque l’on sait l’ordre des choses ! L’argent revient, en tout cas ! Et les hommages se multiplient ! À ces 850 000 dollars, il faut notamment ajouter les droits récupérés au tribunal sur la sortie de « U Can’t Touch This », le hit mondial de MC Hammer, qui a samplé allégrement, en long en large et en travers, le « Super Freak » de James. D’autres emprunts sont puisés dans les mélodies trouvées par Rick, mais qui auront cependant beaucoup moins de retentissement. On peut citer « Dance With Me », « This Magic Moment », la compilation de reprises de titres de James initiée par Richard Perry etc. Mais tous ces hommages et ce regain de notoriété n’y feront rien. James replonge. Profond. Fumer du crack devient prioritaire sur toutes « activités », à tel point que même lorsque sa chère mère vient lui rendre visite quelques jours elle ne parvient pas à le faire sortir de sa chambre d’isolement. Ne parvenant pas à lui faire entendre raison quant au fait qu’il se tue à petit feu, elle laisse derrière elle la porte du logement entrouverte et rentre chez elle à Buffalo, dans cette maison que son fils lui a offerte, où l’attendent ses petits-enfants et les employés de service qui sont restés fidèles à James. Dans ses phases basses comme dans ses hautes. C’est la dernière fois qu’il verra sa mère, alors atteinte d’un cancer.

Rick James Urban RapsodyLa descente continue plus que jamais. Et c’est sans scrupule, cette fois, qu’il entraîne dans son vice sa chère Tanya ; qu’il avait volontairement protégée jusqu’ici. Cercle vicieux de damnés. Les voilà, désormais, l’un et l’autre qui s’entraînent. Pour toujours plus consommer, essentiellement. Avec, parfois quelques tentatives de pauses -ou des ralentissements- dans leur consommation. Leur petit motel crasseux du down Hollywood est bientôt fréquenté par des junkies de passage (dealers, prostituées) rarement chargés de bonnes intentions, plutôt chargés en drogues et qui amènent leurs lots d’embrouilles. Le fait divers est connu et leur a valu, à Tanya et Rick, de la prison ferme : ils sont arrêtés pour usage de drogues. Coups et blessures et tentative de kidnapping sur la Rick James -Deeper Stillpersonne de Mlle M –en réalité une prostituée, camée au dernier degré et qui s’est fait battre par son mac afin de soutirer le maximum de dope et d’argent possible à notre célèbre star. James, 45 ans, est en train de cramer ce qu’il lui reste de vie et de moyens dans les enfers du crack. La prison, sur le couple en perdition (qui a un enfant en bas âge à charge), va faire l’effet d’une thérapie. James prend 8 ans ferme. Le 17 janvier 1994. Tous les deux ne feront « que » trois ans et se refont une santé. Sobres. Prêts à emménager ensemble et à couler des jours heureux. James reprend très vite les chemins du studio, dès 1997. La scène hip hop l’accueille à bras ouverts et sur son nouvel opus Snoop Doggy dog chante en duo avec lui. Le titre « Player’s club » est un morceau au groove très relaxant et plutôt réussi. Bobby Womack pose aussi sur le disque. L’Album Urban Rapsody est à la fois plus mûr, serein, dans l’air du temps et totalement empreint d’une nostalgie profonde. Il sera suivi de Deeper Still – qui lui aussi contient quelques pépites. Après une première crise cardiaque en 1998 et lié à ses abus passés, Rick décèdera cependant des suites d’une overdose. Le 6 août 2004 à 56 ans. Son dernier album (Deeper Still) sort à titre posthume.

Outro

Live de 1982Je vois bien le tableau à présent. Le pourquoi. À la question comment se fait-t-il que Rick James, après avoir croisé et sympathisé avec autant de gens de talents – célébrités et producteurs- ait mis tant de temps à signer (avec son nom seul) un disque. C’est un excentrique, incontrôlable, imprévisible, colérique, mégalomane, affabulateur, infidèle, accro, jeune, aux drogues douces comme dures. C’est un dealer, un peu macro à ses heures, une sorte de géant dans la fainéantise et l’irresponsabilité. Son look, son attitude, et même son physique sont barrés. Il ne peut que faire peur, il sent l’embrouille le gars ! De prime abord il ne pourra vous faire penser qu’à ce cousin atypique, ce grand-père louche ou ce beau-père alcoolique et croisé une fois l’an aux réunions de famille – de celles qui sont parodiées dans les films américains !  Mais il a aussi ce quelque chose en plus… ce truc spécial et qui se reflète fréquemment dans sa musique. Une étincelle décalée et salvatrice. Il est un inventeur, un mélangeur de génie. Et pour beaucoup un inventeur – le roi d’un genre nouveau : le punk-funk. On pourra cependant s’interroger sur la pertinence d’une telle appellation tant les déconstructions et les dissonances proposées par le punk sont éloignées des harmonies du chef d’orchestre qu’il est.

Le rap est en effet probablement plus au funk ce que le punk est au rock. Et James ne rappe pas. Même si d’emblée, dès l’arrivée de ce genre musical, il lui fait une bonne place. Rick James m’apparaît plus comme un maillon, un genre de chaînon manquant. Bon, « le maillon du funk-rap » aurait moins bien sonné, en même temps ! Et il a quelque chose de punk, dans son personnage, dans son attitude, le côté destroy, avec en plus de l’insouciance. Sa musique est progressive, quant à elle. Sont les mélanges qui fondent son funk, plus que des formes de déconstruction. De son propre aveu, d’ailleurs, Rick James entendait surtout dans cette appellation (qui est apparue dès 1977) un duo de mots et qui sonne bien. Une association de sonorité et que les gens vont retenir, une étiquette qui va faire vendre. Une occasion, aussi, de porter une couronne. D’être enfin reconnu ! Aussi, il l’accepta volontiers.

MC Hammer, Jay-Z, Jennifer Lopez, Mary J. Blige, Busta Rhymes, Dr. Dre, Coolio, Kriss Kross, EPMD, Will Smith, Mya, DJ Quik, Keith Murray, Busta Rhymes, Afrika Bambaataa, Snoop … aujourd’hui encore, beaucoup de rappeurs rendent encore hommage au King of Punk-Funk. A travers leur musique ou à l’occasion de reprises. Mais cette mise en lumière de cet « artiste-ovni » ne serait être conclue autrement que par cette phrase de Rick James lui-même, tel qu’il se définissait à son meilleur. Lorsqu’il était au top. Un musicien ambitieux, passionné et visionnaire.

« My news is all good and getting better every day. I’m where i need to be. I’m in charge. I’m it. » (Rick James, 1982)

Outro (bis)

Tous les faits de cet article sont issus, dans leur large majorité, de passages traduits -de manière résumée ou reformulée, mais fidèles au récit initial- présents pour la plupart dans les deux autobiographies signée Rick James (dont l’une d’entre elle a été écrite avec l’aide de David Ritz). J’ai cependant pris la liberté d’y inscrire ma vision du personnage et mon appréciation de sa musique en me gardant bien de ne pas mentionner certaines histoires relatées m’apparaissant anecdotiques, farfelus ou par trop invérifiables. L’article contient aussi des faits qui émanent d’autres documents (articles de presse, émissions, documentaires TV).


Première partie : Enfance et adolescence. Du ghetto au Vietnam.

Seconde partie : Du stress aux paillettes…

Troisième partie : Come on, get it !

Quatrième partie : L’ascension.

Cinquième partie : Standing on the top… Streets songs.

 


Kankoiça
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