Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

La sélection Bandcamp de dk #12

La sélection Bandcamp de dk #12

 Par dkelvin

C’est bon, vous êtes rentrés ? Vous avez bien nourri vos mélanomes (attention, certains sont malins) et laissé vos tympans en jachère ? Oui ? Il est donc temps de se ressaisir. Vous allez de nouveau me cacher ces corps bronzés (ou rougis) et remettre dans vos CAE (conduits auditifs externes enfin) de quoi accompagner cette fameuse tartine de merde que la vie nous oblige à manger chaque matin avec un condiment sonore pouvant la rendre plus sapide. Ceci dit, attention, ce n’est pas de l’easy listening ce mois-ci puisqu’on a successivement de l’experimental-math-rock-progressive-punk (si si) avec Tera Melos, de l’occult rock ibérique féminin avec Kabbalah et enfin du sludge avec le split EP de No Funeral / Livid. Et après ça vous me direz que la rentrée n’est pas festive. Ingrats.


 

 

Bandcamp #12 Tera MelosFranchement, dans un premier temps, j’ai bien failli ne pas insister et laisser ces Tera Melos rejoindre le grand bac virtuel des poubelles de bandcamp. Trop conceptuel et compliqué pour moi. Plus l’âge, le temps, la patience, les neurones, je ne sais pas mais en tout cas plus intéressé. A-t-on besoin de nouveaux Wire, de nouveaux XTC, de nouveaux Devo, de nouveaux Don Caballero, de nouveaux Battles ? Je ne crois pas. Mais allez savoir pourquoi, je me suis entêté… et j’ai bien fait. Car ce trio masculin américain de Sacramento montre rapidement qu’il en a sous le coude, et qu’il compte bien ne pas en rester à cette resucée contemporaine d’un intello-rock sophistiqué. Non, il abrase, dépote, secoue, bref il est chiantophobe et ça j’aime. Bien sûr, on est loin du garage-rock, et les références sus-citées ne sont pas inappropriées, mais finalement la réponse est si : on a besoin d’un groupe qui fasse perdurer ce style, à condition que ce soit en en proposant une version aussi ébouriffante (je suis conscient que ce n’est pas avec ce genre de substantifs métaphoriques que je peux vous faire imaginer à quoi ça ressemble, mais le lien vers l’écoute exhaustive et gratuite de l’album est juste en dessous, alors ici je cherche juste à vous faire cliquer dessus, d’où cette profusion plus ou moins judicieuse de mots imagés). Bon, précisons que ce groupe n’est pas tombé de la dernière averse texane (d’autant qu’il est californien). Formé en 2004, il en est à son 4ème album (5ème si l’on compte la compilation Drugs To The Dear Youth) mais, humblement, je dois admettre que j’ignorais complètement l’existence de ces individus. Du coup pas moyen de vous dire comment cet album s’inscrit dans leur discographie, mais des coups d’oreille à leur production passée semblent me montrer qu’ils furent un temps plus proches d’un experimental punk-jazz (appellation non contrôlée) à la Lightning Bolt qu’à leur style actuel. En tout cas, on ne sent pas des types qui recyclent mollement une formule, cet album ayant tout des qualités d’un premier album, c’est-à-dire cette urgence et ce quelque chose de bordelique que, hélas, les groupes corrigent avec les suivants (quand ils disent que leur musique a mûri alors qu’elle commence juste à devenir un peu pourrie). Bref, c’est dissymétrique, heurté, déstructuré, rapide, puissant et un peu frappé, avec un sens du chaos assez Zappaesque, le tout avec des mélodies vocales qui ont des inflexions Pink Floydiennes marquées. Si avec ça y a pas afflux de souris sur le lien j’avale mon clavier.

Tera Melos, Trash Generator (ici)

 

Bandcamp #12 KabbalahQuelle ne fut pas ma surprise de penser à Sparks sur le morceau d’ouverture « Resurrected » d’un album qui pourtant se présente (et est) comme doom et gothic (on appelle ça de l’occult rock). Mais voilà, les ponts entre les styles sont plus inattendus que les puristes sectaires (souvent un pléonasme) de chacun veulent bien nous le laisser entendre. Alors certes, que les fans des frères Maël (j’en suis) ne se précipitent pas s’il-elle-s sont allergiques au doom et au gothic (ou à l’occult rock) car ce que propose ce trio féminin ibérique de Pamplune a quand même plus de raisons de faire se ruer sur elles les fans de Black Sabbath (les riffs de « Phantasmal Planetoid » et de « Presence » semblent tout droit sortis de Master of Reality) que de Sparks. Dans ce style occult rock (c’est bon vous l’avez ?) il commence d’ailleurs à y avoir une sorte de mouvement féminin (j’inclus les groupes avec une voix féminine) dans lequel on pourrait inclure Undersmile, SubRosa, King Woman, Windhand et les regrettés The Devil’s Blood (mais je sais que j’en oublie et certain(e)s vont me haïr). Kabbalah s’en distingue par une sorte d’approche plus « pop » (toutes proportions gardées) du paradigme Sabbathien (c’est manifeste sur « Dark Revelation »). En fait, elles sont un peu l’hybridation entre Black Widow et Black Sabbath. Si cet album était sorti en 1971, il serait aujourd’hui un classique indiscutable, mais il est vrai que 40 ans après il est difficile d’atteindre un tel statut pour une musique qui tient plus de la poursuite d’une tradition que de l’innovation. Reste que je vois mal un amateur du genre (j’en suis) ne pas adopter ce très agréable Spectral Ascent.

Kabbalah Spectral Ascent ()

 

Bandcamp #12 No Funeral vs Livid

Pour ceux qui l’ignorent, je suis tombé dans la marmite sludge quand j’étais petit (tu parles, je me rajeunis), c’était en 1989, et Neanderthal, Asbestosdeath (futurs Sleep), FuManChu, Grief et surtout EyeHateGod en furent les éhontés responsables. Oui, comme certain(e)s cinéphiles peuvent aimer Godard et Pierre Moro, certain(e)s amateurs de rock peuvent aimer Robert Wyatt et EyeHateGod. Depuis, ce genre a continué sa longue et lente reptation dans les marécages boueux du rock dans une indifférence assez complète, le plus souvent mêlée de mépris quand ce n’est d’incompréhension (résumée par l’inévitable « non mais tu aimes vraiment ça ? »). Ces dernières années le genre semble prendre un peu de plomb dans son aile de vieux vautour, même si avec Thou, Space Bong et Indian, le sludge a encore des têtes d’embarcation (j’allais quand même pas écrire gondole) d’un haut niveau. Et voilà que nous arrive ce split LP avec pas moins de deux groupes qui offrent une version old school du genre, ce qui permet de retrouver cette délicieuse odeur pestilentielle des débuts. No Funeral sont de Minneapolis et leur « Infection » aurait pu figurer sans mal au milieu des anciens de 1989. Leur style s’approcherait plutôt de celui d’EyeHateGod. C’est une vraie cure de jouvence (ça faut oser le placer dans une chronique consacrée au sludge) et une vraie madeleine de Proust (qui n’aurait probablement pas été très fan du genre), sur le second titre (« Disease Brought By »), on pense plus à Grief (ou même à Autopsy, quand ils ralentissaient l’allure, c’est-à-dire pas souvent). Je suis moins client (un peu trop gueulard à mon goût) mais c’est quand même crade et glauque comme le style le réclame. Pour beaucoup c’est à peine de la musique, pour d’autres c’est à la déprime ce que la fangothérapie est à l’arthrose, et c’est à ceux-là que cette chronique est destinée. Livid est plus proche du funeral doom (étrangement, rapport au patronyme), et pourrait évoquer Penance ou le premier Anathema, avec toutefois une qualité de son nettement supérieure. C’est, si l’on veut bien déposer à l’entrée ses préjugés, d’une indéniable beauté, même si le chant un peu emphatique épouse imparfaitement ce crépi sonore. Bref, voilà du funèbre comme je n’en avais pas entendu depuis longtemps.

No Funeral / Livid, Split LP (hop)


Kankoiça
septembre 2017
L Ma Me J V S D
« août   oct »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930  
Koiki-ya