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RICK JAMES, DES VIES INSIDE – Part four

RICK JAMES, DES VIES INSIDE

Par Vincent Zimmermann

 

FIRE IT UP

L’ascension

Son premier single « You and I » grimpe d’autant plus vite dans les charts (le top R & B, comme le top pop) que James fait quelques émissions de télé très regardées -et que Berry Gordy en personne a programmées pour lui. Cette forte médiatisation s’accompagne d’autres succès, aussi fulgurants qu’incontestables. Le compositeur est en confiance, et dans les meilleures conditions possibles pour réaliser et promouvoir son second album : Bustin’ Out of L Seven. Puis il enchaîne, quasi dans la foulée, avec l’opus Fire it up, son troisième album en moins deux ans. De vastes tournées sont organisées partout dans le pays et pour chacun de ces deux disques.

bustin-out-of-L-sevenJames est dans le vent. Ça y est ! Et s’il est conscient, en bon copieur/colleur, en bon mixeur et arrangeur, qu’il doit toute sa musique à ses influences musicales, il est aussi fier de constater, en mélomane averti, qu’il y a de lui dans les derniers Stevie Wonder et Marvin Gaye ! « Cash in your face » de Stevie Wonder et « Funk me » de Marvin Gaye pour exemples. Lorsque on devient riche, célèbre, passé la période où on a pu mettre en exergue « ce truc spécial » qu’ont les plus grands artistes, il faut rester alerte. Toujours rester à l’affût. Ne jamais perdre la face, ne jamais perdre cette acuité qui mène au sommet. Le groove et le public, en l’occurrence, se doivent de ne jamais passer devant les certitudes et les questions d’égo. Marvin et Stevie le savent et vous le diraient mieux que moi… le son du moment : James l’a. Et même ses idoles l’intègrent ! Marvin, un peu jaloux, lui fait tout de même une drôle de blague. Gaye est dans une mauvaise passe, un peu à cran et très remonté contre son employeur : Berry Gordy. Il vient de se séparer de sa première femme (Anna, la sœur aînée de son patron) et doit reverser à son ex-épouse toutes les royalties à venir sur son prochain album à sortir. Un comble ! Bref, voilà qu’il prend un malin plaisir à duper James avec une question qui le déstabilise complètement.  Marvin : « Tu es double platine ? ». James : « Oui ». Marvin : « Gordy a dû te verser ton bonus dans ce cas. ». James : « Quel bonus ? ». Marvin : « Et bien le demi-million de dollars dû par million de disques vendus. Il te doit 1 million, mec ! ». Rick, ne voyant pas le gag arriver, devient comme fou. Il court vers les bureaux où la direction a l’habitude de s’enfermer. Prend à parti d’abord un petit producteur croisé dans les couloirs, puis Miss De Passe en personne et enfin Gordy lui-même. Tous, évidemment, nient l’existence d’une telle prime et qui viendrait couronner ses ventes. Berry Gordy lui fait alors comprendre que Marvin Gaye s’est joué de lui ! L’argent afflue en masse, ceci dit. James entame une tournée triomphale qui va durer 4 mois. 4 mois à remplir des stades de 20 000 places par soir à travers toute l’Amérique. De retour de tournée, l’artiste se voit encaisser un chèque de 1.875.000 dollars. Avec lesquels il achète une Jaguar, une Rolls, une somptueuse villa hollywoodienne et s’entoure d’une équipe de serviteurs. L’ex-baraque d’un magnat de la presse (et ayant inspiré le film Citizen Kane) affirmera-t-il plus tard ! Il y fait venir sa mère (décidemment importante dans son processus créatif) et ses potes musiciens. Madame James a tendance à fermer les yeux sur les états seconds de son fils, elle est fière de lui. Même lorsqu’il est sous drogue ! Du reste, ce mode de vie qu’il a (décalé, dépravé et dangereux) participe beaucoup à sa réussite. Dans l’élaboration de sa musique mais aussi dans la façon dont son public reçoit son travail. Et ça aussi elle le sait. James sert d’exutoire à une jeunesse qui se retrouve dans ses sons, comme dans son attitude. Et les médias ne s’y trompent pas. On parle de lui comme le roi d’un genre nouveau : le punk-funk.

Puisqu’il est un bon vendeur, Berry Gordy lui demande de réaliser des titres pour Diana Ross du coup -la grande star de Motown, sa protégée de l’époque. James livre une bombe : « I’m a Sucker for Your Love ». Mais son boss ne voit pas ce nouveau projet de la même façon. Là où Gordy voit un album réalisé par plusieurs compositeurs, James veut concevoir l’album dans son intégralité… sinon rien ! Ce sera rien. L’album The Boss sera finalement réalisé par d’autres, de ce fait. Les faiseurs du tunes maison et plus anciens s’y attèleront : Ashford et Simpson. Et la chanson de James ira à une autre chanteuse (choriste pour Diana Ross) et qu’il découvre à l’occasion d’une répétition. Il a vrai coup de foudre pour elle : « Une blanche qui sonne plus noire que noire » qui jusqu’ici travaillait dans l’ombre de Diana. Son nom : Teena Marie.

FIRE IT UP2Fire It up, son album suivant, comme Bustin’ Out of L Seven, reste dans la lignée du son premier opus. Seuls quelques rares titres plus soul esquivent le genre qu’il a créée (« Love Interlude » était la ballade romantique et plus en marge du second opus, pour celui-ci se sera l’énorme «When Love is Gone » plus suave encore et la mélodie tenace. Un véritable bonbon, fait de miel et d’amandes !). À l’exception de ces quelques titres lyriques et ultra musicaux l’ensemble reste funky. James reste sur un triptyque commercial fait de drogue, de sexualité et de provoque. Et là encore, l’album, cartonne. Affublé d’une étiquette qu’il fait volontiers sienne car conscient qu’elle va rester et faire vendre, il aime aussi la sonorité des mots que l’expression comprend et qui s’entrechoque : le punk-funk devient roi ! Fire It Up, qui contient le hit « Love Gun », est finalisé en trente jours et à l’issue de la tournée du précédent. Le titre de l’album est d’ailleurs un clin d’œil direct à cette dernière puisque James a pris pour habitude durant son spectacle d’allumer un joint. Un genre de rituel et qu’il partage en communion avec son public. À cette période James peut mèner à bien toutes ses entreprises. Et, bien que parti de Los Angeles pour regagner Buffalo, la distance avec L.A n’est pas un problème (suite à tremblement de terre, sa mère et la plupart des musiciens que James hébergeaient ont préféré revenir au pays. James suit.). Il produit, arrange In ‘N’Out le premier album « en solo » de son groupe The Stone Band. Puis il signe la ballade « Déjà vu » que lui inspire Teena Marie et coproduit l’album de sa protégée, Wild and Peaceful, avec l’aide de Art Stewart. Tout ce qu’il touche se transforme en or. Il réussit même, avec ce dernier fait d’armes, là où Gordy avait jusqu’ici échoué. Vendre des disques d’une chanteuse blanche de peau à la communauté noire, qui l’adopte à la première écoute.

Les années 80 sont là et l’énergique Rick James fait la course, en tête. Avec environ cinq millions d’albums vendus en moins de trois ans, le musicien s’offre un peu de repos. L’occasion lui est ainsi donné de renouer avec une musique plus proche de ses racines, plus proches de son ambition initiale. Il va faire un album inspiré par les îles à proximité de Miami. Il vogue ainsi d’un îlot à l’autre, guitare sèche en main, sous une chaleur de feu et en quête d’apaisement. Cela donnera un album effectivement plus proche de mère nature. Dans l’esprit de ceux de Stevie Wonder et de Marvin Gaye (ses idoles et collègues) : Garden of Love. Il veut prendre son temps pour son prochain disque. Ne pas céder aux sirènes d’alarmes de la Motown qui lui en réclame déjà un nouveau. Rick finira par livrer un nouvel album, contenant seulement six titres (au lieu des 8 usuels et imposés par Motown) et qui sont dans cet esprit d’apaisement, de retour à la nature, à la contemplation sereine des choses. Sur cet album, Garden of Love, figurent des titres tels que « Island Lady », « Summer Love », « Gettin’ It On (In the sunshine) »… dans la lignée de titres tels ses idoles (Stevie Wonder, Marvin Gaye) auraient pu produire (entre deux chefs-d’œuvre.). On sent qu’il s’est relaxé au fil des escales traversées par son yacht loué, c’est un fait. Mais le résultat est éloigné de ce que les fans attendent de lui. Des ballades romantiques un peu mièvres, enrobées par les chœurs de ses fidèles choristes (qui rappellent les « Pointer Sisters ») et de violons composent l’ensemble.  Seul le single « Big Time » fait un peu de bruit et reste dans la lignée de ses tubes traditionnels. L’album atteint difficilement le niveau des ventes d’un disque d’or. C’est un échec. Un échec relatif, car il en écoule beaucoup. Mais deux fois moins que ses albums de funk cuivrés, rythmés, tapageurs et plus « punk ». Pour un multirécidiviste du disque platine, on peut parler d’échec !

Rick James:prince1Pour ternir le tableau, un « nabot » caractériel et à qui il a donné sa chance, en lui laissant assurer la première partie de sa tournée « Fire It up », fait de plus en plus parler de lui. Non content de l’imiter, de s’adresser à son public, ne veux-il pas prendre sa place par hasard ? Le prétendant au trône est ambitieux en tout cas et Rick l’a très clairement sous-estimé. Son nom est : Prince !

À suivre : Standing on the top… Streets Songs.


Première partie : Enfance et adolescence. Du ghetto au Vietnam.

Seconde partie : Du stress aux paillettes…

Troisième partie : Come on, get it !

Cinquième partie : Standing on the top… Streets songs.

Sixième partie : La chute.


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