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RICK JAMES, DES VIES INSIDE – Part five

RICK JAMES, DES VIES INSIDE

Par Vincent Zimmermann

Super Freak2

Standing on the top… Streets Songs

Après Fire It up, James enchaîne l’écriture de plusieurs singles pour le second album des City Band, The boys are back. On dit alors du leader du groupe, Levi Ruffin, qu’il est trop proche de Rick James (tout le monde ne sait pas que Rick est aux manettes, derrière l’artiste). Rick James est productif, très, trop ? Son son est un peu partout. Une confusion se crée dans le paysage musical avec tous ces différents titres, entretenue par l’arrivée d’un petit nouveau sur lequel l’influence de Rick James dépasse même sa musique : Prince.

Rick James:prince1Des promoteurs informent Rick James que Prince, qui s’apprête à sortir son premier hit, « I Wanna Be Your Lover », aimerait faire la première partie de la prochaine tournée de l’auteur de « You & I ». Rick n’est pas contre, reconnaissant au petit bonhomme une parenté musicale évidente et un talent incontestable (qu’il visualise sur une bande vhs.). Il ne se méfie pas outre mesure du jeune coq qu’il trouve trop statique sur scène pour lui faire de l’ombre. Prince étant d’une timidité aigue (dont on pourrait dire qu’elle relève des urgences psychiatriques à ses débuts), il ne prend pas la peine de contacter James ne serait-ce que pour le remercier de lui donner sa chance. Rick décide de lui rendre visite du coup, pour rencontrer «l’apprenti ». Direction : Minneapolis ! Une région voisine de Buffalo et de Detroit et ô combien similaire -la population y est noire et pauvre, l’environnement est composé de grands lacs à la frontière du Canada et la température y est glaciale l’hiver. Une région connue aussi pour ses musiciens et qui semble donner comme vocation de s’essayer à la musique. Lorsqu’il arrive dans l’entrepôt où Prince répète, ce dernier est en train de jouer de la batterie… Il semble exulter durant son solo de batterie et une cour agglutinée autour (des musiciens et quelques fans de la première heure) semble comme hypnotisée par sa performance. Que James, évidemment, trouve très médiocre. Face à la scène où Prince joue, il y a une autre batterie. Rick s’en empare aussitôt et s’y installe pour faire face à Roger Nelson. Il veut donner une petite leçon au Kid, qu’il assimile à un ersatz. Là, il fait raisonner son savoir-faire, dans le vaste lieu clos, en enchaînant les rythmes. La réaction du Kid de ne se fait pas attendre. Il quitte les lieux, vexé, sans faire le moindre commentaire. Un premier contact de deux égos démesurés et qui ont tant en commun, une rencontre pour le moins manquée. Le début d’une longue série d’accrochages. Et lorsqu’arrive cette tournée désormais mythique -The Fire it up Tour- et qui place Prince en première partie de Rick James, les incidents entre les deux musiciens vont se multiplier. On rapporte à Rick que Prince détaille le moindre de ses gestes en concert dans le but de le copier lorsque son tour vient à passer. Puisque celui-ci assure la première partie de James, Prince ne tarde pas à lui voler la vedette. Le public, qui vient d’assister aux imitations tant dans le style musical que dans le jeu de scène de Rick, conserve de la seconde partie un sentiment de déjà vu. Plus qu’une entrée en matière qui chauffe la salle pour la star qui arrive, les spectateurs ont le sentiment que l’élève dépasse le maître en quelque sorte. La rivalité bat son plein durant toute la tournée. Rick s’en prend à Prince. Il s’insurge auprès de celui-ci. L’accuse (à tort ou à raison) de lui piquer son jeu de scène et de lui voler ses effets. Le Kid lui répond qu’il bougeait déjà comme ça, accompagnait déjà son micro de façon spectaculaire (en tendant dans la foulée son oreille comme sa main pour faire chanter le public),  un jeu de scène emprunté à James Brown, Jackie Wilson et George Clinton. Le Kid, inverse le dialogue, et accuse du coup Rick James d’avoir tout pris à ses idoles ! Un argument incontestable. Même s’il est évident qu’il emprunte à Rick également certains de ses trucs qui font sa singularité. James se vengera à sa manière de cet affront, durant la tournée, à l’occasion d’une pause. Ce tout nouveau modèle de synthétiseur, le OB-X., que Prince est le premier à utiliser à l’époque (un modèle très rare et difficile à dégoter puisque récent et peu connu) et bien James le lui volera (littéralement) ! Et sans que le Kid ne soit jamais informé qu’il est l’auteur de ce délit !

Garden of loveAprès Garden of love, Rick part à nouveau se ressourcer. À Hawaii cette fois. Il séjourne dans une maison au bord de l’eau prêtée par un ami. Il est un peu dépité par l’échec qu’il vient de subir —une première depuis son irrésistible ascension— mais conserve contre vents et marées le type décontracté. À une soirée, il croise le peintre Dali. Celui-ci lui propose de faire son portrait sur un coin de nappe. James est aux anges, Dali a comme capté son âme sur ce croquis. Le célèbre peintre invite James à conserver le dessin. Un immense cadeau quand on sait le prix auquel s’échangent les dessins du maître du surréalisme en 1980. Le lendemain, James se promène tranquillement au bord de l’eau. Il fait bon, chaud, la brise fraîche qui émane de la mer lui tend ses bras soyeux et enveloppant. Bref ! Il se décide pour un petit tour dans l’eau et en ressort tout rafraîchi. Seule ombre au tableau –et qui illustre plutôt bien la décontraction irresponsable dont l’artiste peut faire preuve : le précieux Dali, qu’il a conservé dans une poche de son short, est totalement détrempé ! L’encre s’est mêlée à l’eau et ne forme plus qu’une grosse tâche ! Il lui faudrait se ressaisir ! Son manager du moment, Shep, lui conseille de faire du Lionel Ritchie. Le son formaté et qui plaît en ce moment. James le vire ! De retour à L.A. il mesure sa célébrité, son succès, il a conquis la ville. Il a enchaîné 4 albums en 3 ans tout de même ! Come Get It ! en 1978, suivi de Bustin’ Out of L Seven et Fire It Up en 1979 et Garden of Love en 1980. Mais il se sent triste. Il est profondément déçu par l’échec du dernier et le champagne français ou bien la coke dont il s’empiffre n’y feront rien. Seule direction à prendre (again) : Buffalo ! Là, il retrouve une mère, toujours aussi bonne conseillère. Elle comprend cette soudaine attitude nostalgique chez son fils et le conforte dans son besoin de retour dans le passé. Il est parfois salvateur lorsqu’on se perd un peu en route de retrouver ses origines, de revenir sur ses traces. Une direction à prendre pour James, selon sa mère. Un conseil d’autant plus pertinent que ce qui a fait son succès jusqu’ici et ce que les gens aiment chez lui au final. C’est ça ! Sa capacité à se sortir avec ironie et légèreté de situations peu enviables voire effrayantes. Une attitude qui a pour source ses racines : les ruelles du ghetto.

 

STREETS SONGS (promo de l'album)

De ce retour en arrière, il en puisera l’inspiration pour réaliser son chef-d’œuvre de sa carrière : l’album Streets Songs. Le retour à la rue. Le retour dans ces quartiers mal famés où il a grandi, où il a passé son enfance, c’est de cela dont James a besoin. Il y retourne en se faisant discret et se fond dans la masse des anonymes. Porte des sapes discrètes et « locales », cachant ses cheveux longs sous une casquette en baladant son jean crasseux dans les ruelles, entre dans les rades paumés. Là où même le patron s’enivre d’alcools de mauvaise qualité. Il tend l’oreille, entend ce que jouent les ghettos blasters : George Benson et son « Give Me the Night », Kool & the Gang et son hit « Celebration », ou encore « One in a Million You » de Larry Graham. Il capte les chiens qui aboient, les types qui se battent, les enfants qui pleurent, les mères qui hurlent… L’album Street Songs, son chef-d’œuvre, son carton le plus fort commercialement -aussi- se met en place peu à peu. Pour l’écrire il crèche une semaine au studio Record Plant de Sausalito (où il a déjà réalisé Fire It Up). Il s’aménage un couchage sur place pour ne pas perdre la moindre note. Progressivement, la magie opère. Les quelques semaines à faire le plein de souvenirs dans les quartiers de son enfance vont progressivement ressurgir. Cet album a pour thèmes : le sexe, les drogues, la gloire, la frustration, les violences policières, la passion et la détermination. C’est le « What’s going on » du « Sick Rick » –un album concept autour de ce qu’il est et son album le plus complet.

« Give it to me baby » arrive assez vite. C’est le premier titre écrit. Il décrit ce fragile équilibre, avec un goût pour les excès, qui peux cohabiter chez la même personne (lui en l’occurrence). Une balance faite d’un goût prononcé pour le sexe et d’un amour pour la défonce à la coke ! Il en résulte un groove fun et entraînant. Le clip, plutôt drôle, illustrera un type survolté qui court après sa fiancée, fuyante et expressive comme dans un dessin animé. Vient ensuite (toujours dans l’ordre où les titres ont été composés –et qui ne correspond pas à l’ordre d’apparition sur le disque) : « Mr. Policeman », qui relate l’histoire d’un ami que Rick a vu mourir sous les coups d’un policier. Stevie Wonder, de passage au studio, y a ajouté un peu de harpe. La fin du morceau est enveloppée dans une boucle de reggae. James venait de revoir pour la seconde fois l’un de ses films préféré The harder they come, qui inclut Jimmy Cliff. « Fire and Desire », ce duo romantique et profond avec Teena Marie est, quant à lui, né du souvenir d’une brève idylle (autant physique que spirituelle) que James a eue à Paris avec une splendide éthiopienne. Pour l’anecdote (encore une !), Teena Marie était très grippée au moment de l’enregistrement et a failli être remplacée juste avant qu’elle ne réunisse toute ses forces, in extremis, pour venir au studio et faire le job ! En arrivant au studio, non sans difficulté, elle aurait déclaré à James : « D’aucune façon je n’aurais pu souffrir qu’une autre chanteuse me remplaçe pour interpréter cette merveilleuse composition ». Ce qui donne en version originale -c’est toujours un peu mieux ! : « No way i’m gonna let some other bitch sing that song ! Just play the track, Rick, and give me the headphones ! ». « Ghetto Life », « Bellow the Funk (pass the J) », « Call Me Up » et « Make Love to Me » sont également des titres forts et autobiographiques. Malgré leur format longue durée, ces chansons sont de plus organisées de façon à être écourtées en cours de route pour les passages radio.

Les sept titres envoient du lourd ! Et sont parfaitement complémentaires. Il ne manque plus qu’un titre pour boucler le tout… Ce n’est pas le plus mauvais qui va arriver mais, au contraire, le hit mondial et intemporel qui offrira à James une notoriété mondiale et trans-générationnelle (qui traverses le temps, les modes et les générations, donc.). La plupart des kids, le grand public, le monde entier connaît le sample de Mc Hammer issu de cette chanson. La ligne de basse de « Super Freak », reprise dans « U Can’t Touch This ». Cette fameuse ligne de basse… James est prostré sur un fauteuil, il fait face à la console d’enregistrement, lorsqu’il la sort négligemment, comme ça, en cherchouillant un peu. Il est trois du mat’ lorsque le truc arrive… Rick et son ingénieur du son viennent d’enregistrer les cuivres de « Give It to Me Baby ». Comme sortie de nulle part, la ligne de basse -quatre lignes descendantes- lui plaît et il ne cesse de la jouer, et commence à fredonner des trucs dessus. « She’s a very kindy girl… ». Il continue comme ça, sans pour autant être véritablement satisfait du texte improvisé. Son ingénieur lui conseille alors d’enregistrer la ligne. « Tu plaisantes ? » lui demande-t-il sans fausse modestie. « Vas-y ! C’est cool ! C’est hypnotique mec ! ». Le texte suit naturellement, il n’en aura jamais écrit une phrase ! Tout est enregistré d’une traite, directement !

Super FreakDès sa sortie dans le commerce « Super freak » devient un énorme hit. Il entraîne les ventes en cascades de l’album et avec lui tous les publics ! C’est à ce moment le plus grand succès que la Motown ait connu depuis « Songs in the Key of Life » de Stevie Wonder. Rick est une super superstar. Il devient l’ami de Grace Jones. Le modèle Iman (future femme de David Bowie) serait sa nouvelle fiancée. Il entraîne dans son sillon et sa réussite Grandmaster Flash ou encore Teena Marie (qui sort sous sa coupe son quatrième album). Lorsque arrive le Funk Fest, organisé par Georges Clinton, il obtient de pouvoir passer juste avant le maître du funk et lui ravit la vedette. Un peu comme Prince l’avait fait à ses dépens. Rick a une dent contre Clinton –qui ne l’a jamais aidé sinon à écouler un peu son stock lorsque que Rick était dealer.

Avec la tournée de Street Songs, James renoue donc avec le succès. Mais c’est aussi lors de cette tournée que Teena Marie et James, à Pittsburgh, ont la mauvaise idée de coucher ensemble. À partir de là, leur relation va changer. Teena, probablement par jalousie mal placée, va devenir envahissante. Elle engage Roy, (le frère de James) ainsi que Penny (la sœur de l’artiste). Elle devient plus exigeante et augmente son cachet durant les tournées… C’est aussi à cette période que James goûte à cette horreur totale qu’est le free base. De la coke fumée. Une addiction immédiate, un train direct pour l’enfer. Un voyage dont jamais il ne se remettra. L’histoire ne dit pas si Teena est responsable ou non de cette macabre expérience, ce qui est sûr c’est que sa chute à suivre sera liée au produit ! À cette période, Seville, la mère de sa fille, Ty, revient vers lui en indiquant à James qu’il a eu un fils avec elle. Pensant que son ex-compagne fait cette démarche pour lui soutirer de l’argent, il lui ordonne, menaces à l’appui, de disparaître. Elle prend peur et l’écoute. James se rapproche à ce moment de Jan Gaye. Qui, elle est en pleine crise avec Marvin Gaye. Ce dernier a même récupéré le fils qu’elle a avec lui, en organisant une vaste mascarade : un faux kidnapping. Jan a le cœur brisé. James l’engage à plein temps dans son staff de production en tant que secrétaire. Pour être à ses côtés, pour la soutenir dans ce bras de fer. Le triomphe de Street Songs continue cependant. Un triomphe couronné par les Dick Clark’s Americain Music Award avec le titre de meilleur album soul/R & B de l’année 1982. Une cérémonie durant laquelle James trouve le moyen de s’embrouiller à nouveau avec Prince (qui refuse un autographe à la mère de Rick James, sous le prétexte de ne pas l’avoir reconnue. Il lui présentera ses excuses dans la foulée.). James trouve aussi à cette occasion l’opportunité de critiquer MTV, alors qu’il appuie Grace Jones dans sa remarque et qui consiste à dire que MTV ne fait que peu de promotion lorsqu’il s’agit de promouvoir de la musique noire. Cette première intervention à l’encontre d’MTV ne sera pas la dernière. Mais le fait est, ce rare acte de militantisme dont Mr. James fait preuve ici -et un peu par hasard, pour appuyer son amie Grace Jones- profitera finalement directement à deux poids lourds de l’époque, ses concurrents principaux de 1982 : Michael Jackson avec son clip « Thriller » et Prince avec son titre « Little Red Corvette ». Deux titres qui vont tourner en boucle sur les écrans du pays tout entier et dont la source est MTV. La tournée de promotion de l’album Street Songs se termine dans l’émission du Saturday Night Live. Là, Rick rencontre un jeune débutant, future grande star du rire : Eddie Murphy. Dan Aykroyd profite aussi de la présence de James pour lui proposer de signer la BO du Doctor Detroit. Ne trouvant pas cette comédie très drôle, il se contentera de consentir à l’utilisation de son titre « Super Freak » dans le film, moyennant un chèque de 30 000 dollars. Tout continue de lui sourire. Il se déplace partout en Europe, voyage en concorde, fait la foire dans les plus beaux night clubs avec de jolies filles aux bras. Il croise et côtoie des célébrités au top. Peter Tosh lui offre de la ganja. Ses amis les plus proches sont Robin Williams, Rod Stewart, Linda Blair –l’actrice de L’Exorciste devient un temps son amoureuse.

The TemptationsEt professionnellement, cerise sur le gâteau pour l’ami James, il remet sur le devant de la scène l’un de ses groupes de cœur : The Temptations. Le titre qu’il écrit pour eux, et qui va cartonner, sonne ironiquement comme une prophétie ! Il y est question d’une star au firmament, au top, et à propos de laquelle le refrain de la chanson prédit la destinée : « Standing on the top there’s no place you can really go but down, down, down. ». Pour l’heure, Rick achète une nouvelle maison à Buffalo et loue sur L.A. une suite au Château Marmont. Sentimentalement, il partage son temps entre Jan Gaye (qui a depuis divorcé de Marvin Gaye) et l’actrice Linda Blair. Quelques amourettes de passages -des groupies- peuvent être aussi de la partie. Dans le même temps, il consomme de plus en plus de free base –persuadé comme beaucoup d’autres avant lui qu’il sera plus fort que ce produit toxique. Évidemment, il se goure ! Dans un sursaut de conscience, il tente de remplacer ces activités récréatives, dangereuses et sans buts véritables en retrouvant sa fille. Il découvre alors que Seville n’avait pas menti : Ty (11 ans) a bien un frère, Ricky (9 ans) et qui effectivement est le portrait craché de son père !  Il fait un arrangement financier avec son ex-femme pour revoir ses enfants. Elle et les enfants acceptent de lui rendre visite. À l’aéroport, croyant les reconnaître, il se précipite sur deux enfants qui leur ressemblent et se fait disputer par une femme juste à côté… Ce ne sont pas les siens ! Ses enfants, arrivent, quelques minutes après par le couloir de débarquement du même avion. Malgré tous les cadeaux qu’il leur offre, toutes les attentions dont il fait preuve pour les recevoir (ils ont leur propre chambre dans sa maison, par exemple) il leur faudra du temps pour qu’ils passent de « Mr. James » à « papa » lorsqu’ils s’adresseront à leur père. Normal.

À suivre : La chute.


Première partie : Enfance et adolescence. Du ghetto au Vietnam.

Seconde partie : Du stress aux paillettes…

Troisième partie : Come on, get it !

Quatrième partie : L’ascension.

Sixième partie : La chute.


Kankoiça
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