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RICK JAMES, DES VIES INSIDE – part three

RICK JAMES, DES VIES INSIDE

Par Vincent Zimmermann

COME ON GET IT

 

Come on, get it !

En 1977, Rick James a 29 ans. Dans le récit complet qui nous occupe, au suspens digne d’un album de bd de la Marvel, nous en étions restés là. Le musicien est sur la brèche. Et s’il n’a pas le cran de se tuer, la mort occupe ses pensées. C’est quelque chose qui a à voir avec son ego surdimensionné qui le sauve. Comment le monde pourrait-il se passer de sa musique ? C’est un truc dans ce goût-là qui le maintient en vie. Voilà comment passer d’une dépression extrême qui pousse à en finir, flingue sur la tempe, à une confiance en soi sans limites en quelques petites semaines… croire en soi ! James retourne là où il se sent le mieux pour se faire : à Buffalo, chez sa mère. Et il se met sérieusement au travail. Toute son énergie revient peu à peu et il reforme un groupe. Avec Tony, son batteur, il dégote un guitariste hors paire –un dénommé Aiden Mow– et qui joue à la manière de George Benson. La route vers le succès est à nouveau empruntée.

Rick et Aiden créent ensemble « Get Up and Dance ». Tony sent qu’il faut foncer enregistrer « ça » et rallie à sa cause un trompettiste et un saxophoniste. Le disque est vite enregistré et trouve preneur très rapidement. Un distributeur se charge de faire connaître le single qui caracole en tête des charts. Le succès reste local mais fait n°1 à Buffalo. James crée un label à ce moment : Mood Records (avec une lune dessinée dessus). Mais le distributeur ne veut pas payer de royalties s’il n’y a pas d’album complet derrière… (ça fait partie du deal). Le groupe entre donc en studio (une ancienne grange, à la campagne -pas loin de Buffalo. Un studio créé par un jazz band : Spyro Gyra. Il enregistre douze titres. Nous sommes en pleine période disco. Ce qui va beaucoup jouer pour le succès du disque. En arrangeur hors pair, baigné par ses usuelles influences (rock, jazz, R & B, funk), Rick, en savant mélangeur, va surfer sur la vague pour mieux sortir du lot —remisant au placard beaucoup d’artistes aux approches trop simplistes ou plus conventionnelles. « On met souvent 15 ans à réussir du jour au lendemain ». Voilà une vieille maxime (je ne me souviens plus où je l’ai entendue !) qui illustre parfaitement ce qui arrive à Rick, ainsi qu’aux musiciens qu’il a en partie choisis. Un succès fulgurant après 20 ans de galères ! Une réussite qui porte le nom d’un album qui va se vendre à quatre millions d’exemplaires (un double platine à l’époque) : Come get it ! (1977)

 

Quelques titres (détaillés ci-après) y sont hautement recommandables :

Mood« You and I » (un titre inspiré par l’histoire de James avec Kelly) connaît ainsi une intro disco qui bascule très rapidement vers quelque chose de plus funky. Les riffs de fin sont proches de ceux de Funkadelic ; les paroles également.  James s’inspire aussi (pour la construction du fond sonore) du « Walk on the Wild Side » de Lou Reed (a-t-il dit). Ça ne saute pas aux oreilles mais il y a effectivement des chœurs féminins qui ponctuent le morceau de leur chant lancinant, donnant à ce morceau son unité et sa couleur.

Un passage TV dans une émission de Soul Live de 1978 fait montre également d’un look très élaboré du chanteur « débutant » (bottes lunaires et combinaison noire traversée par un vaste éclair blanc. Un bon équilibre entre la surenchère vestimentaire de l’époque, directement inspirée du groupe The Kiss essentiellement, et l’attitude étonnement soft de James, qui chante en solo, sans emphase, tout simplement accompagné par sa guitare, juste entouré de danseurs et seuses venu(e)s pour créer l’ambiance de l’émission -un concept d’émission dont on peut penser qu’il est emprunté à Soul Train.

« Mary Jane » parle également d’amour. De l’autre amour que Rick cultive, au sens propre comme au figuré : pour la marijuna. En arrivant au studio, la chanson (écrite directement à la basse avec du Peter Tosh en tête) n’est pas encore finalisée. James ajoute au moment de l’enregistrement des flûtes et un rythme de guitare dans la lignée de ceux qu’on trouve chez James Brown. À la toute fin, le titre vire au reggae, un ajout plus qu’opportun et qui apporte une couleur particulière à l’ensemble.

« Hollywood » est lyrique. Cette ballade mélodramatique (très riche musicalement) c’est un peu le « Mes chers parents je pars » signé MC MS, en plus funk ! James, bien que connaissant déjà la Citée des Anges au moment de l’enregistrement (il a subi quelques revers), imagine donc ici le départ vers Hollywood d’un jeune homme qui lui ressemble beaucoup, et qui part en quête du succès. C’est une question de vie ou de mort, dit-il. Et on veut bien le croire ! Le chant est adressé à la fois à sa mère et à son père (que James a peu connu) et met en scène un enfant unique (lui a des frères et sœurs). Malgré un côté très romancé, donc, le titre est très crédible ! L’orchestration est sans bavures. Un incontournable pour les amateurs de solo électrique, et de rythmes précis, profonds et parfaitement exécutés. Une chanson prophétique, dans un sens… puisque figurant en face B du single de son premier véritable hit : « You & I ». Le rêve de fortune et de gloire se réalise tout de suite après.

La plus grande influence de James pour cet album (comme pour ceux qui suivront) est la façon dont les Beatles, avec l’album Sergent Pepper, émule toutes leurs influences du moment (Les Beach Boys, The everly Brothers etc.). James fait la même chose, en quelque sorte, en implémentant dans son premier disque tout ce qu’il aime de funk et de dance chez les autres : Barry White, Marvin Gaye, The Isley Brothers, Isaack Hayes, James Brown, Norman Whitfield (son pote et mentor chez Motown), Giorgio Moroder (pour son travail récent pour le compte de Donna Summer) et George Clinton évidemment (le guru funk et à suivre !) via ses deux groupes : Funkadelic et Parliaments. La vision d’un groupe de multi-instrumentalistes initiée avec Salt’ Pepper puis White Cane reprend vie ici, aussi. Avec le « Stone City Band » qui est constitué dans la foulée. Pratiquement tous ses musiciens (rencontrés tout le long de son périple et devenus ses amis) y sont conviés. Le titre « Stone City Band Hi ! » d’en faire écho. La deuxième partie de l’album, elle, est enregistrée au Record Plant de New York. Content de la qualité obtenue, James décide d’injecter plus de moyens dans le disque et fait appel à Shelly Yakus (un ingénieur issu du rock) ! Il se retrouve au même étage que Bruce Springsteen et Aerosmith qui, eux aussi, enregistrent. Le couloir est parfois littéralement bondé de groupies. Steven Tyler et Rick James partagent ensemble, sur un énorme couteau, l’équivalent d’un paquet de coke. Tyler adore « You & I », et son auteur exulte. Lui est un fan de « Dream on » et « Walkin’ the dog ». Un grand moment !

Huit semaines plus tard, l’album est bouclé. Come Get it ! n’a plus besoin que d’un distributeur d’envergure pour sortir. James et Tony volent vers L.A. à la recherche d’une major. Il pense faire écouter la démo à Warner Bros., Atlantic, RCA ou Colombia mais certainement pas à Motown !  Évidemment, c’est Motown qui leur met le grappin dessus ! Et ce, dès qu’ils arrivent en ville ! Avant même que leur tournée des différentes maisons de disques n’ait pu commencer, ils se font alpaguer et convaincre par Jeffrey Bowen (que Rick avait rencontré et apprécié du temps des Mynah Birds). Jeffrey se voit créditer d’une écoute exclusive de 24h. Le lendemain, le producteur rejoint James à son hôtel et lui propose de sortir l’album ! L’offre formulée est alléchante. Le genre de deal irrécusable. De son côté, pendant ces 24h, Tony tente de doubler James et lui aussi, avec Motown ! Mauvaise idée ! Les avocats de Motown lui règleront son compte. Suzanne De Passe, approchée par Tony, fait immédiatement le nécessaire pour évincer le batteur du groupe. C’est la première chose qu’elle dit à James lorsqu’elle le rencontre ce matin-là, et alors qu’ils arrivent tous les deux avec Jeffrey, dans son bureau : « Ton associé a cherché à te doubler, j’en ai fait mon affaire » ! La seconde chose qu’elle lui indique, c’est qu’il va falloir bosser à nouveau sur le disque. Rick accepte. Il a en face de lui celle qui a fait les Jackson Five (et qui a eu la judicieuse idée de faire croire que Diana Ross les avait découverts) —en réalité, c’est Bobby Taylor qui les avait amenés, à elle, Michael Jackson et ses frères. En bonne pro intuitive De Passe laisse à James le choix de l’arrangeur. Il obtient Art Stewart. Le « type » a aidé sur l’album de Marvin Gaye What’s going on ? (l’un de ses albums de chevet) et a produit le hit « Got to give it up » avec l’artiste. A. Stewart est humble, de surcroit. Ce qui le rend d’office compatible avec l’ego de Rick. Il règle une ligne basse là, ajoute un instrument à corde par ici ; sans d’autres buts que d’améliorer l’ensemble et par petites touches, pour ne, quasi, rien modifier à la musique de James.

Rick n’aura plus qu’à améliorer son look. En passant trois coup de fils Berry Gordy (passés en direct devant l’artiste) le célèbre fondateur de la Motown lui obtiendra ses premiers « vrais » shows tv. C’est à ce moment que notre chanteur se fournit une panoplie proche de celle des Kiss – qu’il découvre en concert sur recommandation. Auquel il ajoute une coupe de cheveux « jungle-roots » – dont la source d’inspiration est à rechercher du côté de chez Stevie Wonder en pleine promotion de son album Master Blaster ! Ces premières télévisions connaissent de grosses audiences (plusieurs millions de spectateurs), l’ovni Rick James est lancé !

À suivre : L’ascension.

 


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