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La sélection Bandcamp de dk #11

La sélection Bandcamp de dk #11

 Par dkelvin

Haha, vous vous pensiez tranquille, à profiter de votre coupure estivale pour vous enivrer de muzak (très souvent Coldplay et U2 dans les supermarchés balnéaires ces temps-ci, c’est normal, ils le méritent), et bien non, le bandcamper viendra vous chercher jusque dans vos band(e)camping pour tenter de vous faire écouter des… (groupes/musiciens/gugusses, appelez ça comme vous voulez) qui méritent le détour de vos lobes auriculaires. Dans ce numéro, Julia Julian, de la pop délicate comme de la dentelle, Bat Piss, du noise abrasif comme de la toile émeri et Adrift For Days, du sludge boueux comme un discours de Macron… oops, merde, pas réussi à tenir un paragraphe sans m’en prendre à lui. Décidément, c’est plus fort que moi.


 

Bandcamp #11 Julia JulianBon, à force de voir des pop-singer-songwriters géniaux partout (récemment Mat Gragg de The Vernes), je comprendrais que, comme mon banquier, vous ne m’accordiez désormais plus guère de crédit pour les prochains que je vous vanterai ici. Mais ce serait coupable concernant ce Max Ripps, celui qui en fait office derrière ce patronyme trompeur (il ne s’agit donc pas de l’album solo d’une Julia Julian), car honnêtement, j’ai rarement entendu, en une petite trentaine de minutes, autant de subtilités, de trouvailles et d’influences magnifiquement digérées et régurgitées. On citera Jonathan Richman, Monochrome Set (c’est particulièrement patent sur « drug mart »), Felt, Aztec Camera et bien sûr l’inévitable Ray Davies, (celui de 66), mais j’en oublie, oui je dois certainement en oublier beaucoup, car la culture musicale de ce jeune garçon est impressionnante. Ce groupe d’Oberlin, dans l’Ohio (car il y a bien un groupe derrière ce nom propre, et ce malgré le titre un peu énigmatique (In Group / Out Group) de l’album), s’amuse à jongler avec toutes sortes de sonorités dont on avait perdu l’habitude et qu’il est assez délicieux de retrouver. Et même certaines que l’on pensait ne pas regretter et qui, ici, redeviennent sapides. Je n’aurais ainsi jamais cru être capable de me sentir transporté par un solo de moog (enfin sûrement une imitation numérique mais l’illusion est parfaite) sur le final du sublime « scurff ». La dernière fois c’était sur l’album The Hilt de Golden Earring, autant dire la préhistoire. Comme le sont les sonorités de Mellotron, de glockenspiel ou de trombone (réelles ces deux dernières et non pas du digital) qui soudain surgissent, et qui ajoutent aux morceaux une saveur toute particulière. Apparemment lo-fi (ils n’hésitent pas à dire que l’album fut enregistré dans leur chambre), la musique se développe pourtant souvent en un crescendo somptueux et qui vous happe en une spirale céleste (comme sur « eh cmon », off the hook », ou « 656 »). Mais tout ça ne serait pas suffisant pour s’enthousiasmer autant s’il n’y avait la beauté des mélodies (écoutez celle de « scurff » ou, encore plus éblouissante, celle de « off the hook », vous m’en direz des nouvelles). Pour être (presque) complet sur les qualités de cet album, il faut préciser que loin d’être une musique linéaire, les thèmes au contraire pullulent et s’imbriquent sans cesse de manière imprévisible. Le groupe se permet même d’étranges « final » durant lesquels il repart sur un tout autre morceau durant 20 à 30 secondes avant de l’interrompre brutalement. Jamais entendu telle audace auparavant. Perturbant mais symptomatique de l’absence de contraintes que s’impose le quatuor. Non seulement cet album me sert de bande-son estivale, mais il va s’inscrire durablement, aux côtés des précédentes productions de The Spires, The Vernes et Lunchbox/Bird of California dans la liste de ceux que l’on porte en soi jusqu’à fermeture définitive de sa petite boutique existentielle.

Julia Julian, In Group / Out Group (ici)

 

Bandcamp #11 Bat PissEn voilà à qui on ne peut reprocher leur manque de cohérence car, si l’on en juge au nom du groupe et au titre de l’album, la thématique urinaire domine. Aucune idée si la raison de cette fixette est à chercher du côté de l’amalori, de l’ondinisme ou du goût pour les jeux de mot foireux (ou les trois à la fois), mais tout me va, pas de problème. Ceci ne suffirait pas à justifier leur place dans cette rubrique s’il n’y avait bien sûr la musique proposée. Un pisse-copie sans scrupule et sans goût écrirait que ça ne pisse pas loin, mais comme je n’appartiens pas à cette espèce et que c’est loin d’être le cas, on va plutôt dire que c’est un des meilleurs albums de noise paru ces 10 dernières années. Sur le plan des influences (oui je sais, je suis incurable, il faut que j’en tartine toutes mes chroniques de ces foutues influences, mais je suis trop talé du cortex désormais pour changer), celle qui paraît a priori dominante, c’est Big Black, notamment la voix, qui évoque souvent Steve Albini. D’ailleurs l’album est masterisé par, pas moins que, Bob Weston, le bassiste de Shellac et surtout le sorcier du mastering rugueux et puissant. Si, sur certains titres (comme « Paralyzed »), on croirait écouter le fantôme du trio légendaire, sur d’autres, les influences sont plutôt à rechercher du côté de Hot Snake (« You And Me »), de Dinosaur Jr (l’intro de « Rui ‘s Lament »), d’Unsane (la suite de « Rui’s Lament » et surtout « N.U.M.N »), de Jesus Lizard et de Shellac (« Golden Handshake », « Wheatherboard Man ») et même de The Fall (« Tell Them My Name Is X »). Bref, pas du pipi de chat. Mais finalement peu importe ces influences, ce qui compte c’est le résultat et là, je vous assure, si vous êtes, comme moi, un orphelin du noise des années 90, vous allez savourer ce breuvage musical comme un champagne millésimé passé préalablement par le corps aimé. Quand on aura précisé que ce groupe est, une fois de plus, australien (Melbourne), on se demandera si la migration vers un continent (un continent, pas incontinent) aussi prodigue en combos séminaux (rappelez-vous récemment Peep Tempel, Jackson Reid Briggs, Regular Boys) ne va pas s’imposer pour finir nos jours dans une atmosphère sonore (et politique) moins pisseuse (ça y est je les ai tous faits, on peut pisser à la suite).

Bat Piss Rest In Piss ()

 

Bandcamp #11 Adrift For DaysJe ne suis pas peu fier d’avoir dkouvert ce groupe dès leur premier album (The Lunar Maria) il y a maintenant 10 ans. Déjà, sur Bandcamp à l’époque. Bon, je tiens à vous prévenir tout de suite, faire l’éloge d’un tel album quand le lectorat potentiel se livre à des activités de plein air parfois aux trois-quarts nus et sous un soleil radieux, c’est quasiment de la provocation, car Adrift For Days propose le sludge doom le plus caverneux, glacial et sombre qui soit. De ce côté rien n’a changé par rapport à leur premier opus, sauf que ce quintet de Sydney (oui je sais, encore des Australiens, ça devient fatigant) a pris de l’ampleur, de l’emphase et de l’envergure. Imaginez un mélange à proportions variables d’Electric Wizard, de Yob, d’Acid Bath (la voix de Mick Kaslik n’est pas sans rappeler celle de Dax Riggs), de Sleep, de Khanate et d’Esoteric, et vous aurez un spectre assez fidèle de ce à quoi vous pouvez vous attendre en cliquant sur le lien ci-dessous. Bien sûr, des groupes qui cumulent ces influences, il y en a quelques centaines, et j’en fais défiler une sacrée floppée dans mes pauvres conduits auditifs usés ras les étriers pour faire cette chronique (à peu près) mensuelle, mais Adrift For Days met la barre nettement plus haut que la concurrence, et au benchmarking du doom, il triomphe sans trop d’inquiétude. Ce qu’il apporte aussi, c’est une fragrance progressive qui n’est pas sans évoquer les seventies (on pense à Pink Floyd, au krautrock et même sur « A Sleepless Grey” au Roxy Music d’”In Every Dream Home A Heartache”). Bref, si cette sélection ne contient pas autant de doom et de sludge qu’elle en aurait contenu il y a quelques années, quand le genre occupait la majeure partie de mes préoccupations musicales, faites-moi confiance, quand il y en a, c’est du bon. Et Adrift For Days, quelques mois après Haast Eagled, c’est de l’exceptionnellement bon.

Adrift For Days, A Sleepless Grey (hop)

 


Kankoiça
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