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RICK JAMES, DES VIES INSIDE – part two

RICK JAMES, DES VIES INSIDE

Par Vincent Zimmermann

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Du Stress aux paillettes…

1977. James Ambrose Johnson Jr, avachi sur un fauteuil aux accoudoirs déchirés par le temps, fixe un revolver chargé sur la petite table ronde au milieu du salon. Voilà bientôt 10 ans que celui qui se faisait appeler Little Ricky ou encore Rick James Mathews, sur les scènes de Toronto, s’accroche à son rêve, connaître à nouveau un succès équivalent au succès d’estime rencontré pour son titre « It’s my time » (approuvé par Berry Gordy et son équipe dans les célèbres bureaux du label Motown.). Il a 29 ans et fait face à cette arme scintillante dans un hôtel miteux du Downtown Hollywood. Il est à un tournant de sa vie. À la croisée des chemins. Ou il se flingue d’une balle dans la tête, ou bien, cette fois, il se remet au travail et réussit pour de bon ! Les dix ans qui viennent de s’écouler, s’ils étaient mis en accéléré, ressembleraient à ce passage de Phantom of the Paradise, lorsque Wilson, en un rien de temps, est à la fois mis à l’écart, défiguré, spolié, transbahuté d’un bout à l’autre du film et pour finir spectateur du succès d’interprètes qui reprennent sa musique. C’est un sentiment d’injustice qui l’envahit -exacerbé, certes- et qu’il ne peut que déplorer. Le constat cinglant de succès rencontrés par d’autres, ceux qui hier encore avaient croisé sa route et partagé ses ambitions. Lui aussi a multiplié les formations de groupe, l’écriture de singles, lui aussi s’est vu offert d’être produit (et à plusieurs reprises.). Par d’obscures boîtes de production ou de plus importantes avec lesquelles il n’est parvenu à s’entendre. Moralité, il n’a subi que des échecs. En plus de ça, sa vie sentimentale (riche de nombreuses aventures, mais sans lendemain et de deux idylles plus sérieuses -Morgan et Kelly- mais qui ont le malheur de se croiser) est un vaste chaos ! Un grand désordre fait de tromperies, de déménagements, de mariage, d’un bébé, de séparations et de réconciliations courtes et autres ruptures de rythmes, en tous sens ! James, pour parfaire le tout, s’improvise, pour faire bouillir la marmite, de plus en plus dealer de drogues en lieu et place de musicien ! Il se rend même en Inde et en Colombie pour en ramener d’important stocks ! Certains de ses contacts lui ont fait l’honneur de leurs sincères amitiés durant les dix ans qui viennent de passer -depuis son premier disque. Des gens qui lui ont témoigné le plus grand respect pour ses compositions, son jeu de guitare ou de batterie. Des personnes, de celles qui réussissent, et qui lui ont montré de l’intérêt pour ce qu’il est : un gars sympa et spirituel, vif, talentueux, toujours partant pour s’amuser. La plupart ont bossé avec lui. Neil Young et Bruce Palmer notamment (on dit maintenant d’eux qu’ils ont apporté un son nouveau mêlant folk rock et musique soul, ceux-là. Une maison de disques les a signés et ils font sensation à LA.). David Clayton-Thomas, qui faisait la même tournée de clubs que James à Toronto il y a peu, et qui casse la baraque avec son hit «  Spinning Wheel » chanté avec les  « Blood, Sweat & Tears ». Pendant ce temps, James, lui, a purgé une peine de prison pour avoir déserté le pays et évité le Vietnam. Puis, il a multiplié les échecs, malgré les aides et ses nombreuses connexions. Dealé pas mal de drogue, aussi et monté quelques coups. À l’image de son séjour en Inde, la vie de James est similaire aux montagnes russes.

Taj Mahal1Face au Taj Mahal, à la lumière du soleil couchant, James et Kelly pleurent de bonheur. L’Inde est incroyablement pauvre, faisant passer le ghetto dans lequel il a grandi pour un endroit luxueux, mais il ne peut qu’apprécier la spiritualité qui émane du pays. En plus avec le prix du gramme, lui et Kelly, dans une atmosphère électrique et sensuelle, sont défoncés en permanence. Là-bas, ils achètent une sitar et écoutent Barry White. Le gars amène plus loin ce que Marvin, Curtis et Hayes ont commencé. À peine arrivé, les connexions avec ses contacts trafiquants de drogues se font et ils vont pouvoir repartir du pays chargés comme des mules. En sueur, les cheveux coupés, les bottes pleines de came, James et Kelly passent les douanes sans se faire prendre. À Manhattan, ils écoulent joyeusement leur stock et mènent bon train. Avec l’argent du deal, James organise même un concert évènement, repérant Kool & The Gang et the Ohio Players qui viennent chacun de faire leur premier hit. Avec un investissement initial de 3 000 dollars, le concert lui rapporte suffisamment pour acheter une Mercedes. À L.A, ils sont de toutes les fêtes. Pendant près de 6 mois. Sur sa chouette sono tourne le dernier Miles Davis : Big Fun (avec Herbie Hancock et Chick Corea). Il s’amuse, lui aussi. Jusqu’au moment où il fout en l’air sa caisse. Sans argent en banque pour pouvoir en changer. Nous sommes en 1974. Kelly, entre temps l’a quitté (pour retourner chez ses parents) et James se retrouve dans un petit appart sordide, fauché comme les blés et avec juste une basse. Il fait ensuite la connaissance d’un guitariste, avec lequel il joue deux de ses titres « My Mama » et « Funkin’ Around ». A & M (producteur de Peter Frampton et Supertramp) entend les deux morceaux et est intéressé  pour les sortir. Ce qu’ils font. Et si les disques font un flop sur le sol américain, en Europe «My Mama » est un succès. James part alors en Europe pour un peu plus d’un an.

Rick James2Il a déçu, déçoit et décevra beaucoup de monde s’il arrête tout. Surtout d’une balle en pleine tête, bon sang ! Des musiciens, des producteurs, beaucoup de « people » (dirait-on aujourd’hui) et qui lui ont été fidèles, l’ont aidé, dépanné. L’un, d’un hébergement, l’autre avec engagement, celui-ci d’un enregistrement… À l’image de : Big Red, dealer de son état et qui a ses entrées dans les studios et les clubs de Miami et qui lui trouve un engagement. Il intègre, grâce à lui, le groupe de Sam Moore –qui réalise son premier album solo- pour le compte des studios Criteria. Là, il apprend du guitariste Cornell Dupree ou joue avec Duane Allman et Steve Cropper. En un peu plus d’un an il commence à reprendre ses marques, attire à nouveaux sur lui quelques attentions. Mais ses mauvaises relations prennent le pas (à nouveau) sur sa carrière de musicien. Big red est surveillé et avec lui son entourage. On conseil à Rick James de quitter Miami. À l’image de Norman Whitfield (le compositeur des Temptations) qui le prend un temps sous son aile à Detroit. Il apprend de lui mais aussi de Bobby Taylor (qui a découvert les Jackson Five), tant techniquement que dans la façon dont il faut voir les choses (« les rois du pétrole, les stars, c’est nous, James, les compositeurs ! Pas les chanteurs ou ceux qui versent les salaires. Prends donc confiance une bonne fois, car toi aussi tu peux produire ») . Il côtoie et apprend des fameux Funk Brothers également : Earl Van Dyke, James Jamerson, Richard « pistol » Allen, Dennis Coffrey. En ressort la première composition de James pour Motown « Out in the country ». Calvin Hardaway (le frère de Stevie Wonder) le met aussi sur la voie (et les voix) de Burt Bacharach, de Hal David et des tubes de Dionne Warwick –qu’il s’emploiera à reproduire par bribes. Mais cette place rudement gagnée au fil des ans n’est qu’une voie de garage. La Motown à Detroit n’est plus qu’un écriteau. Gordy est à L.A. Et c’est là-bas qu’il orchestre le futur de sa prestigieuse maison. En plus de ne presque rien gagner (hormis les précieux conseils de ses aînés) James perd son temps à Detroit. Eddie Singleton, va alors l’aider lui aussi. Lorsqu’à Hollywood, durant l’été 1969, il n’arrive pas joindre mieux que l’assistant de l’assistant de Berry Jordy (et comme pour prolonger sa période d’essai entamé à Detroit). Au moment où il se fait promener et que personne ne le prend plus au téléphone, il trouve chez ce producteur une crèche chic -et très fréquentée par les « parasites », les rêveurs et autres opportunistes du showbizz du moment. Dans cet endroit il rencontre deux chics filles avec lesquelles il forme un petit groupe, les Salt n’Pepper (un nom repris bien plus tard par deux rappeuses new-yorkaises), une expérience qui tournera court. Un petit producteur leur fera faire une maquette pour un single mais le titre ne suscitera pas d’engouement particulier de l’industrie. C’est aussi là qu’il rencontre la « vraie » première femme dont il sera durablement épris : Seville Morgan. Avec elle et Greg, son bassiste du moment, ils emménagent dans un petit appartement avec piscine sur Alta Loma. Il monte un nouveau groupe : Heaven & Earth. Nouveau single, nouveau flop. Les temps sont financièrement difficiles. Parfois c’est Jay Sebring (le coiffeur des stars à L.A, ex-Monsieur Sharon Tate et que lui a présenté Steven Stills), qui paye pour le loyer. Parfois, c’est Steven qui paye les factures. Steven, va lui piquer son excellent bassiste et l’intégrer à sa formation -au passage. Alors que James souhaitait être riche et célèbre avant que cela n’arrive, durant cette décennie, il devient papa également. À 24 ans, toujours sans contrat ni disque à sortir et sans réelle perspective. Pire, il n’a subi que des échecs. C’est vers cette période que Jay Sebring disparaît. Le même jour que son ex-femme, nouvelle épouse de Roman Polanski, dans cet horrible massacre et tristement célèbre du 10050 Cielo Drive.

Atlantic RecordsÀ partir de ce moment, James commence à réellement flipper ! Il prend peur. L’herbe qu’il fume toute la journée décuple au plus haut point sa parano et le fait d’avoir été invité à venir à cette funeste soirée –à laquelle il échappe grâce à un mal de tête carabiné lié à des abus d’alcool de la veille- ne fait qu’accroître son effroi ! Il veut tout arrêter, rentrer chez lui, à Buffalo et tout stopper. Sa mère, l’en dissuade. Et lui conseille plutôt d’arrêter ces stimulants qui n’en sont pas ! Elle a raison et il décroche un bon coup, va mener une vie plus saine, se remettre au travail et remonter un groupe : White Cane. Tous ses amis pros le félicitent, et le soutiennent (une fois de plus), dans ce nouvel élan (Norman Whitfield et Neil Young notamment). Mais James et son groupe tardent à trouver un bon manager. Le premier parce qu’il s’occupe à ferrer de plus gros poissons (The Eagles, en l’occurrence). Le second, qui leur propose d’aller signer chez Atlantic Records, est lui, plus préoccupé par la pêche, au sens premier du terme et sur son yatch (comme il se doit !). Se succèdent ainsi : Elliot Roberts (manager de Young) qui l’oriente vers Bill Graham, qui lui les engage un temps pour son club, le Fillmore West (Chicago). Où, là, Phil Walden (qui « a fait » Otis Reding) les repère et les signe chez Atlantic Records. Walden accepte avec réticence le nom du groupe (du fait du double sens de cette « blanche canne ») et fait promettre à James qu’il ne parlera pas de drogues dans ses chansons… Mais le deal tourne court ! ! Le sort s’acharne encore ! Les nombreux intermédiaires de la maison de disques fuient James lorsqu’il cherche à les joindre. Tom Dowd est censé superviser l’enregistrement d’un album entier, mais James trouve que les conseils du bonhomme n’apportent rien, le gars enfonce des portes ouvertes. Il prend sur lui, un temps. Fait son béni oui-oui. Mais l’enregistrement va tourner au fiasco. James veut s’en plaindre ! Le logement est surchauffé et sans clim, le matos ne convient pas. La moindre demande de James doit être validée par Dowd, Wexler et/ou Walden qui sont occupés par ailleurs –et à faire Dieu sait quoi ! Lorsque, enfin, il arrive à avoir en ligne un manager, la question (qui fâche) arrive naturellement : « Est-ce que vous voulez toujours que l’on fasse cet album ? ». Et James d’entendre, sonné par la réponse : « Je peux vous rappeler sur ce point ? ». Alors il craque ! Raccroche le téléphone et retourne, sans un sou, quasi au point de départ… sa direction ? Los Angeles !

Detroit est une voie de garage, à Toronto Rick est une ombre du passé, et quant à Miami, dont il revient, c’est un fiasco abominable ! Il n’en décolère pas, du reste. Autant d’appuis sûrs, d’opportunités solides -et qui contrastent avec sa personnalité inégale, son côté ingérable, irresponsable et intraitable. Des aides offertes et qui ne trouvent, chez les autres, pour échos que des trahisons, de la colère, des défonces, des déceptions entraînées par sa mégalomanie maladive. Le type pugnace et talentueux, que tous ses amis et groupies apprécient, voilà où il arrive au final : en bout de course et à bout, sur un vieux canapé, qui fait face à un flingue ! S’il n’avait pas 29 ans mais 27 à cet instant, peut-être aurait-il rejoint le fameux club des 27… et en ne laissant pour trace, qu’une vaste flaque rouge sortie du crâne !

À suivre : Come on, get it !


Images © DR


Première partie : Enfance et adolescence. Du ghetto au Vietnam.

Troisième partie : Come on, get it !

Quatrième partie : L’ascension.

Cinquième partie : Standing on the top… Streets songs.

Sixième partie : La chute.


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