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Bertrand Hottin, la passion animée [ITW BD]

Bertrand Hottin, la passion animée

Par Filakter

Olympie

Pour avoir déjà montré ce qui se fait chez Ankama, on sait qu’il y a des auteurs de talent, qu’ils soient scénaristes, dessinateurs ou les deux à la fois : Run, Aurélien Ducoudray, Mathieu Bablet, Guillaume Singelin (en chronique ou en interview sur Brazil 3.0) et bien d’autres encore. Aujourd’hui, je prends le temps de vous présenter le trop rare Bertrand Hottin. Enfant des années 80, son dessin et ses source d’inspiration nous donnent un petit coup de jeune, je préfère le dire ainsi, en nous ramenant aux images si chères à nos yeux. Laissons la parole à ce doux rêveur, tout autant animé par la passion, que passionné d’animation.


 

PandalaPeux-tu revenir sur ton parcours professionnel ?

  • Je voulais faire de la bande dessinée, je crois que c’était vraiment pour l’envie de raconter des histoires, pourtant je regardais d’avantage de séries animées que je ne lisais de BD, mais ça partait sûrement d’une forme d’individualisme, je me voyais plutôt gérant l’univers dans sa globalité, scénario comme graphisme alors qu’il faut beaucoup de monde pour réaliser un animé. De fait, j’ai persévéré dans les démarches auprès des éditeurs, c’est finalement au sein d’Ankama que j’ai commencé (après quelques participations à des collectifs BD). Pour Ankama j’ai commencé en tant qu’illustrateur (ma passion première), au bout d’environ 1 an et demi je suis passé indépendant pour réaliser la BD Pandala, une aventure de 3 ans, je pensais poursuivre dans la BD mais les besoins financiers m’ont poussé à faire un crochet dans l’animation en salarié à Ankama toujours, je pensais y rester environ 2 ans, finalement ça fait 7 ans que j’y suis.

 

Présente-nous ton travail au sein d’Ankama. Notamment ton rôle dans l’animation du film Dofus Livre I : Julith.

  • Dofus_1_JulithJe suis donc à Ankama Animation en tant que layoutman (décorateur au trait). L’équipe Layout BG (Background) intervient après le story-board, nous réalisons le décor de chaque plan en nous basant sur les recherches décors et le story-board, ensuite le décor sera mis en couleur par l’équipe en charge, les BG couleur, puis l’animation, les FX et le compositing, avant le montage final avec voix et musiques. Pour le film j’ai été en charge d’une partie des décors à l’intérieur du stade, dans la séquence ou Joris rencontre Kan et dans la longue séquence du combat final, nous étions plusieurs à travailler dessus, car il y avait beaucoup de plans. Mais ma scène principale est dans le parc de Bonta, là où les héros apparaissent en sortant de la zone ecaflip, c’est une séquence qui commence doucement puis qui dévie vers une confrontation entre Bakara et Julith. J’ai aimé travaillé sur ce passage dans la végétation, et j’en ai eu la charge.

 

Peux tu nous dire ce qui t’a marqué dans la réalisation de ce long-métrage ? As-tu une scène préférée, un personnage favori, un souvenir cauchemardesque, un moment dont tu es fier ?

  • Le plus marquant c’est la différence entre les séries et le film, le niveau de détails et de précision était beaucoup plus élevé, de fait nous avions nettement plus de temps pour réaliser un plan, c’était appréciable. Je n’ai pas de personnage préféré, ils ont chacun leurs points forts. Il y a eu des moments plus difficiles comme pour chaque production, probablement les passages dans le stade car nous travaillions avec une base 3D pour les formes primitives que nous redessinions, c’était très redondant. Je ne suis pas spécialement fier, disons simplement que mes meilleurs plans restent ceux dans le parc. C’est intéressant de voir comment les décors sont ensuite mis en couleur, la façon dont le coloriste interprète le trait n’est jamais identique à ce qu’on imagine en le dessinant, peut être que je mettrais un ou deux plans en couleurs avec ma propre vision maintenant que le film est sorti.

 

Enfant, tu as sûrement eu des influences du côté des animes japonais, du gaming et autres récits merveilleux. Ton blog et ta page FB regorgent d’animaux, de créatures, personnages inventés, ou  fanarts, etc. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

  • 13522_412124708968480_6564092765469972011_nOui c’est vrai que j’aime bien reprendre les séries existantes, c’est une source d’inspiration, ça l’a toujours été, c’est ainsi que j’ai décidé d’être dessinateur, c’était une passion depuis tout petit mais à l’adolescence j’ai vraiment passé beaucoup de temps à dessiner mes héros favoris. Aujourd’hui encore j’aime réaliser des illustrations de ces personnages qui m’ont fait rêver et le font encore, j’apprécie tout autant de faire des dessins de mes propres créations, comme pour tout créatif mon univers se nourrit de ce que  j’aime. J’ai toujours apprécié le monde animalier, c’est pourquoi il se retrouve dans mon travail personnel. Dans mon enfance en parallèle à Goldorak ou Albator j’appréciais énormément des œuvres comme Rox et Rouky, Bambi et très particulièrement Brisby et le secret de Nimh (un chef-d’œuvre que j’ai vu un peu plus tard, mais quel superbe film et magnifique histoire !) également des séries comme Bouba le petit ours. J’ai un projet d’histoire ne mettant en scène que des animaux, exempt de toute présence humaine, depuis des années, mais je ne prends pas le temps de le développer. Ce ne serait probablement pas de la bande-dessiné, j’envisage plutôt une narration en système de livre illustré, mais je dois trouver le bon système de narration, le texte doit se lire facilement, pas avoir un pavé de texte sur une page et une image sur l’autre.

 

Aiolia-Milo-Pope-coloLa gestion des couleurs, les ambiances ou les décors, l’expression des visages sont des points forts de ton dessin, je trouve. Quels sont instruments favoris, plutôt tradi, plutôt ordi ?

  • Ça fait plaisir quand on te dit que tes personnages sont expressifs. La gestions des couleurs, les recherches d’ambiances en trouvant l’inspiration dans tout l’univers environnant, les livres de photo et l’inépuisable internet, c’est passionnant. J’ai longtemps privilégié les techniques traditionnelles, même sur les tome 2 et 3 de Pandala l’ordinateur était l’outil secondaire, mais la technique infographique a pris de plus en plus de place, aujourd’hui je suis très à l’aise avec car j’y ai trouvé des techniques avec lesquelles je peux m’exprimer avec mon style, comme sur le papier. De fait je fais aussi beaucoup moins de peinture, mais pourtant cette dernière garde mon affection, je regrette simplement de ne pas avoir plus de temps, j’aime cette technique sans erreur possible, la sensualité du contact avec le papier, le pinceau qui glisse, la poudre de pastel, etc… C’est ce qui manque sur l’écran.

 

planche39 okParle-nous de tes diverses contributions artistiques.

  • Cela fait maintenant une douzaine d’années que je travaille pour ou avec Ankama, de fait ça représente le plus gros de mes contributions, à chaque fois j’ai fait des projets à temps plein, ça ne laisse pas trop le loisir de faire autre chose. J’ai d’abord participé aux premiers Artbooks de Dofus, quelques illustrations pour le premier mais surtout le plus gros de celles des tomes 2 et 3 ainsi que leur couverture. Durant ces contrats avec Ankama je faisais aussi d’autres peintures qui étaient mises directement en ligne sur le site ou dans le jeu. J’ai beaucoup apprécié cette période où les travaux étaient très variés et demandaient une bonne réactivité, on me donnait un sujet, souvent une légende de plusieurs pages, je la lisais puis je créais des designs et un croquis de recherche pour l’illustration en rapport, j’avais un bon rendement, je ne travaillais qu’en techniques traditionnelles à ce moment. Suite à ça je suis passé en indépendant pour réaliser la BD Pandala imaginée par Tot. Il en écrivait le scénario en me fournissant le découpage et moi je m’attelais alors à faire les planches. Tot m’a laissé le scénario dès le tome 2, ainsi que le 3. Après 3 ans sur Pandala j’ai quitté le monde de la BD pour joindre celui de l’animation, tout en continuant à faire quelques planches ou illustrations pour le magazine « Dofus Mag ». Je suis donc à nouveau passé en salarié d’Ankama pour le poste de Layoutman que j’évoquais plus haut.

 

Je reviens sur Pandala, magnifique trilogie sans paroles. Explique-nous la conception de ces albums.

  • C’est Tot qui m’a proposé d’illustrer ce récit, il souhaitait que j’y mette mon côté illustrateur, c’est pourquoi le récit est sans parole et avec peu de case par planche, je pouvais alors charger les cases sans casser le récit car ce dernier se veut contemplatif, le lecteur doit avoir le temps et l’envie de se poser sur une page plutôt que de vite passer à la suivante. J’ai vraiment beaucoup aimé cette collaboration. Sur le premier tome c’est donc du 100% tradi, sauf pour les dernières pages du récit où les personnages ont été colorés sous photoshop. Pour le tome 2 j’ai opté pour une réalisation sur le modèle de l’animation, un décor à la peinture et le personnage à l’ordinateur incrusté dessus, mais il est bien entendu prévu et dessiné dans la case dès le début, c’est juste au moment où je peins que je ne l’inclus pas, je le fait à part à l’ordi et je l’intègre ensuite. Je trouve hélas que j’ai mal géré sur le tome 2, le 3 est meilleur autant pour l’intégration des personnages que pour la technique de peinture des décors.

 

noa renard foxQuels sont les genres dans lequel tu te sens le plus à l’aise ?

  • J’ai fait référence à un projet animalier, c’est vraiment ce dernier que je souhaiterais prendre le temps de développer, mais depuis le temps que je l’ai imaginé il a beaucoup évolué et continue encore, je préfère laisser ceux qui en auront envie le découvrir le moment voulu, quel que soit le support.

 

Veux-tu nous présenter tes projets et souhaits ?

  • Depuis quelques mois j’ai quitté le monde de l’animation pour rejoindre celui du jeu vidéo, toujours à Ankama, j’ai émis le souhait de changer de structure et ça a été possible, j’avais d’abord travaillé sur des recherches graphique pour l’univers du MMORPG Dofus (massively multiplayer online role-playing game, soit : jeu en ligne massivement multijoueur, NdR), aujourd’hui j’ai intégré l’équipe du jeu Wakfu. C’est donc encore une nouvelle façon de travailler, je fais toujours de la recherche graphique mais je fais aussi de la vectorisation. Contrairement à l’animation ou je n’étais que sur une étape, laissant la mise en couleur à d’autres, ainsi que le dessin et l’animation, fx, compositing etc. Ici je suis le processus :  je crée, c’est validé, je vectorise, ensuite c’est intégré dans le jeu par d’autres mais tout se fait très vite, il ne faut pas attendre un an ou deux pour le voir à l’écran. Je fais aussi encore de l’illustration de décors de jeux selon les besoins. J’aime bien ce nouveau challenge, j’ajoute une corde à mon arc et j’y prends plaisir. Pour ceux qui voudront voir des réalisations plus personnelles il suffit de taper mon nom sur facebook ou dans un moteur de recherche.

 

planche 2Et j’invite les lecteurs à le faire ! Merci Bertrand pour toutes ces réponses !

 


Kankoiça
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