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La sélection Bandcamp de dk #10

La sélection Bandcamp de dk #10

 Par dkelvin

 

Ça y’est ? Vous avez digéré le menu du #9 ? On peut y retourner ? (le type qui croit qu’il y a des gens qui le lisent). Attention, ce mois-ci c’est de l’airain, du haut tonnage c’est certain. Avec pas moins de 3 albums qui, dans leur genre, ne seront pas égalés (enfin il me semble) cette année. Et pour le premier d’entre eux, pas seulement dans son genre. Bref, allons-y pour Pile, Feature et Jackson Reid Briggs and The Heaters.


Bandcamp #10 Pile Hairshirt of PurposeQuand un nouveau Pile sort, l’incertitude n’est pas de savoir s’il sera bon. Il l’est toujours, et souvent il explose même ce genre de qualificatif pondéré. Non, elle réside seulement dans le fait de savoir s’il sera ou non l’album de l’année. Ce fut clairement le cas en 2012, avec l’impressionnant Dripping, mais pas en 2015, You’re Better Than This étant trop erratique, chaotique, et parfois même indulgent, pour tout à fait emporter l’adhésion. Cette fois, l’incertitude fut de courte durée. Aux deux tiers de l’album (leur 5ème) il était clair que personne cette année ne pourrait rivaliser. Bien sûr, ceci n’engage que moi, et la subjectivité du propos est pleine et entièrement assumée, mais j’ai la vanité de penser que ceux qui prennent le temps de suivre cette rubrique accordent quelque crédit à mon appareil critique. Donc, ce Hairshirt of Purpose (quel drôle de titre, une « chemise de cheveux d’objectif », il doit y avoir un sens, mais mon english n’est pas assez fluent pour que je comprenne de quoi il s’agit), s’il reprend les fondations de la maison mère, parvient à les porter à leur plus haut niveau de perfection, avec une capacité insensée de prendre l’auditeur par la main (à moins que ce ne soit l’oreille), le faire lentement tournoyer, puis le soulever de terre et le faire léviter dans un fracas de décibels, agencés de telle manière que l’on s’y sent plus confortable que dans un cocon muqueux. Si si. Écoutez, c’est prodigieux. Pour cet album, on dirait que Rick Maguire, l’artisan génial de cette dkonstruction constante du paradigme rock (on cherche en vain la séquence couplet – refrain chez Pile, en fait les morceaux, à l’image des heures glorieuses de Brian Wilson, sont des sortes de symphonies miniatures) a décidé qu’il n’y aurait pas une note de trop, pas une de gratuite, pas une d’inutile. Et bigre le bougre y est arrivé. Attention Pile n’invente rien. Non, Pile est un concentré d’influences. Les Pixies de Surfer Rosa sur « Rope’s Length », Shorty sur « Hairshirt »,  Vic Chesnutt sur « Fingers », Jesus Lizard sur « Texas » et puis Oxbow sur « Dogs », « Slippery » ou le sublime « Making Eyes ». Et puis tant d’autres, aussi diverses que le Dylan de Time Out Of Mind pour les intonations vocales ou Robyn Hitchcock pour les arpèges, les montées chromatiques et les sinuosités mélodiques, j’arrête là car je sens que je lasse, et que les plus jeunes eux aussi vont me dégainer des noms, mais sûrement plus récents que mes vieilleries. Si cet album soulève autant l’enthousiasme (pas que le mien, il suffit de lire chroniques, critiques et commentaires), c’est qu’il y règne une folle liberté dans les styles, les ambiances, et même les durées. Le contraste est la base même du projet musical de Rick Maguire, et en cela il est vrai qu’Oxbow et les Pixies de Surfer Rosa sont les références qui reviennent le plus. Mais la puissance émotionnelle de la musique de Pile est infiniment plus forte. Ce type parvient, et il est le premier, à réconcilier le folk le plus intimiste et le noise le plus abrasif, souvent dans le même morceau. Bon, excusez la longueur, mais ce n’est pas tous les jours que l’on a une telle splendeur à chroniquer. Et le sentiment d’avoir été bien insuffisant. Mais l’inspiration s’use.

Pile, A Hairshirt of Purpose (ici)

 

Bandcamp #10 FeatureFeature est un trio de jeunes anglaises qui propose une pop abrasive et « en même temps » (Macron sort de ce clavier) soyeuse, une musique qui rabiboche avec un genre qui a souvent produit du hautement dispensable. Si l’on veut quelques références, la musique emprunte à proportions variables, aux Ramones, aux Cramps, à Sonic Youth, aux Buzzcocks et à the Fall. Mais par-dessus ce rugueux assemblage, flottent des mélodies frappées d’évidence (celle de « Twins » évoque même les Mama’s & Papa ‘s, et c’est un foutu compliment) chantonnées sans niaiserie mais sans agressivité non plus, un peu comme pouvaient le faire les girl-groups du shoegazing d’antan (les noms ne me reviennent pas mais bon, vous en avez bien un ou deux en tête je pense). Bref, en 30 minutes, Liv Willars, Jen Calleja et Heather Perkins déposent un sacré jalon dans l’histoire du genre. Certains morceaux comme « Psalms » ou « Pre-feel » mériteraient même d’être des hits tant on s’imagine des foules les reprendre en chœur. Mais ne rêvons pas, on sait que depuis plusieurs décennies, seule la sous-soul à beat simpliste dont la principale qualité réside le plus souvent dans la callipygie de son interprète, peut accéder à de tels niveaux. On ne sait d’ailleurs pas combien de temps va durer cette sinistre plaisanterie, mais les générations futures risquent de se demander ce qui a bien pu se passer comme accident cérébral collectif pour que l’époque ait eu de tels goûts de chiottes. Mais revenons à nos Feature, auxquelles on a effectivement du mal à ne pas retourner une fois qu’on a goûté à leur cuisine sonore. Personnellement, c’est presque devenu un automatisme, un tic, je remets cet album dès que je ne sais pas quoi écouter. Sûr d’y trouver plaisir. À part l’instrumental qui clôt le disque (et dont le côté Interlude-de-notre-enfance rend l’écoute assez pénible), rien n’est à jeter. Ma préférence va à « Fresh Pillow », suspendu dans le vide, à « Reeling »,  pêchu et aérien, mais aussi au très Fall-esque et énigmatique « Gatekeeper », où l’une des 3 récite en allemand un texte fondé sur une interview du peintre Georg Baselitz, qui déclare entre autres que « les femmes ne peuvent pas bien peindre ». Car il faut préciser la dimension féministe des textes, qui ne gâte rien. Hélas tout cela appartient au passé car j’apprends que le trio s’est déjà séparé. Ça n’enlève rien à la qualité de cet album chaudement recommandé.

Feature, Banishing Ritual ()

 

Bandcamp #10 Jackson Reid BriggsLe terme punk est devenu un couteau suisse lexical depuis quelques temps. Au moins les années 90 avaient-elles la décence de créer des mots pour désigner leur adaptation du punk (le noise ou le grunge par exemple). Mais là non, dès que le beat est un peu accéléré et que les guitares sont distorsées, hop, c’est punk. Cela n’entretient le plus souvent que bien peu de points communs avec ce qu’on peut considérer comme relevant du punk mais c’est commode. Alors quand on tombe sur un groupe qui reprend, lui, réellement le flambeau du punk le plus défoliant, brutal, colérique et séminal, on a aussitôt envie d’en chanter les louanges. Et ici c’est ô combien le cas. Je vous mets au défi, après avoir écouté ce « Monday Morning » qui ouvre les hostilités, de ne pas immédiatement adopter ce Jackson Reid Briggs au sein du club très select de vos héros punks. Dans une sorte de jeu mental d’autant plus ridicule qu’il est infantile, et qu’à mon âge c’est presque un signe de sénescence précoce, j’ai imaginé que cet album était celui que Third World War aurait fait en 1978. Peut-être le magnifique « Altona Beach », qui met un terme à l’album et seul moment calme (mais bien glauque) que nous offre JRB qui m’inspire cette uchronie. Mais il est vrai que les préoccupations triviales du quotidien, et le ton avec lequel elles sont narrées, ne sont pas pour rien dans cette comparaison. Rien que les titres « Everyone Is Ugly », « I Want To die » ou « Shaking On The Floor » suggèrent qu’on n’est pas dans de l’euphémisation du réel. Quant à la vitesse à laquelle tout ça est conduit, je préfère vous la laisser dkouvrir, mais sachez qu’on excède toute limitation de vitesse connue en ce bas monde. En écoutant cet album, on se dit que finalement la vraie violence musicale, elle est là, pas dans le hard rock et ses dérivés qui, bien que pas sans mérites, ne parvient jamais à autant entrer en vibration avec notre rage intérieure, une rage à la fois métaphysique (notre pathétique condition mortelle) et sociale (ce monde laid et injuste) qui trouve dans cette musique et cette musique seulement (et assimilées comme celles d’Unsane ou Today Is The Day par exemple) de quoi s’exprimer. J’oubliais de préciser que ce gus est australien (de Melbourne) et que, de plus en plus, il semble que cette île serve de réserve à grands groupes quand le reste du monde paraît peu à peu s’en dégarnir.

Jackson Reid Briggs and The Heaters, When Are You Going To Give Up On Me So I Can Give Up On Myself (hop)


Kankoiça
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