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La sélection Bandcamp de dk #9

La sélection Bandcamp de dk #9

 Par dkelvin

 

Bon alors comment ça ? J’apprends que depuis que cette rubrique n’est pas parue (3 mois déjà), vous vous êtes mis à acheter n’importe quoi ? Que vous errez sur Bandcamp comme des âmes en le pen (pas de risque, ils n’en ont pas) ? Du coup, n’écoutant que mon sens du devoir (non ce n’est pas le nom d’un groupe), le sélectionneur du bandcamp que je suis reprends du service. D’ailleurs, j’avais annoncé la fin de la diar(rh)y (pour cause d’engagement politique personnel, ce qui allait la rendre horripilante aux yeux de beaucoup), pas de ce tri sélectif sonore, dont voici 3 pépites (et pas déchets) qui vont enchanter vos oreilles orphelines. The Vernes (indie-pop aérienne), Fannyland (en fait un des innombrables avatars de Harry Cloud) et Bilge Rat (math-noise tortueux). On y va.


Bandcamp#9 The VernesDe nos jours, les Ray Davies ne sortent plus leurs merveilles pop sur des 45T distribués par des majors (on appelait ça alors des « maisons de disques ») mais à compte d’auteur sur des cassettes, oui j’ai bien dit des cassettes, ce qui nous ramène finalement dans les mêmes eaux temporelles que les Kinks du temps de leur splendeur. On peut raisonnablement s’en désoler, mais aussi se dire qu’acheter la dite cassette rapporte bien plus à l’auteur que les royalties, plus miséreuses que royales, que ces parasites versaient (et versent encore) à ceux qu’ils maquereautaient (et maquereautent encore). Vous me direz que tout cela ne dit pas ce que valent ces Vernes (aucune idée de ce que signifie ce mot, peut être rien), à part que j’évoque le Ray Davies de 1966, ce qui n’est déjà pas rien comme référence. En effet, même si bien sûr on peut raccrocher ce groupe à toute une école pop, dont la re-floraison se fait sur des modalités particulièrement plaisantes (voir dans les précédentes sélections Bandcamp les géniaux Spires mais aussi Peaer, Soft Fangs et Fond Han), on doit admettre que c’est chez ces Vernes que le fantôme des Kinks de Something Else est le plus flagrant. Ils sont pourtant, comme les sus-cités, américains, et c’est étrange de voir cette musique aussi estampillée brit-pop, retrouver depuis quelques années un nouveau souffle aux Etats-Unis. Cet album (même s’il n’existe qu’en cassette et en version numérique, on le qualifiera d’album puisqu’il contient pas moins de 15 morceaux soit une bonne cinquantaine de minutes) alterne atmosphères extrêmement intimistes avec des jaillissements presque grunge (plutôt Dinosaur Jr.) le tout, et c’est là tout le suc de ce bouquet, soutenant des mélodies qui enchantent littéralement l’esprit et qu’on n’a cesse de retrouver dès le 15ème morceau terminé. Sûrement la chose la plus addictive que j’ai écouté depuis longtemps (depuis je dirais Dream Confusion de The Spires). Il y a qui plus est des standards en puissance, comme ce « Fcking Drones », qui a peut-être perdu son « u » pour pouvoir passer en radio, et qui le mériterait amplement, étant donnée son évidence. Mais il n’est pas loin d’en aller de même pour « Summer’s Gone », toute en apesanteur, « Why ? » qui trace sa route comme du Inspiral Carpets (mais si, souvenez-vous) et bien sûr « The Curious Cat’s Eyes » qui, avec une bonne vidéo de chatons sur Youtube, serait à coup sûr le hit de l’été. Quand on ajoute des textes particulièrement cafardeux, assez inhabituels dans ce genre, on voit qu’on tient en Mat Gragg le grand ordonnateur de ce qui était au début un one-man project, quelqu’un qu’il faut encourager à persister. Bref, je préférerais saturer d’entendre les Vernes truster les ondes radios et les musiques de magasin, que de faire la promo d’une cassette vendue à compte d’auteur (pour 5$, une misère), mais ainsi en va l’inversion des valeurs actuelles, alors je m’adapte.

The Vernes, « the vernes » (ici)

 

Bandcamp#9 FannylandHarry Cloud est un gugusse (comme il lit et traduit mes chroniques, sûr qu’il va buter sur « gugusse ») de l’espèce des frappadingues géniaux (pareil pour frappadingue). Hétéroclite au possible dans ce qu’il compose, on suit le personnage comme on suit le journal intime de quelqu’un dont tout ce qu’il fait nous intéresse. Je dois dire que cela a toujours été ma manière préférée d’écouter de la musique, mais que bien peu ont des « carrières » assez imprévisibles et passionnantes pour justifier qu’on les suive ainsi la vie durant (je ne vois qu’un Kim Fowley et un Mark Perry pour avoir réussi à ne pas me faire dkrocher à un moment ou à un autre, Alain Kan ayant disparu trop vite). Harry Cloud est en train de s’ajouter à ce tandem en produisant une œuvre lo-fi branquignolesque dans laquelle on est toujours interpelés, même lorsqu’on ne se sent pas concernés par le style adopté, mais dans laquelle surtout on trouve des splendeurs insensées. C’est le cas dans cette nouvelle livraison (un an après les précédentes, délai particulièrement long pour ce stakhanoviste), qu’il fait paraître sous un nouvel avatar patronymique Fannyland (allez savoir pourquoi). Probable que la contribution des musiciens qui l’accompagnent lui a paru trop importante pour oser le sortir comme album solo. D’ailleurs, avec 6 morceaux et 15 min au compte-tours, ce n’est pas réellement un album mais plutôt un EP comme on disait d’antan. La durée n’étant pas le souci premier de cette rubrique mais l’intensité, il a toute sa place ici. Rien qu’avec « I’m Not Smart », contine enfantine heurtée et faussement naïve, il y a de quoi justifier son obole. Mais chaque minute apporte sa surprise, on passe de la fantaisie la plus potache au sludge le plus obtus, bref, une sorte de Captain Beefheart gore, de Zappa fun. Si avec ça je ne vous ai pas donné envie d’aller jeter une oreille, alors je peux me jeter par la fenêtre (« je sens que ça en encourage certains à t’écrire qu’ils n’ont pas envie d’aller jeter une oreille », me souffle quelqu’un de médisant).

Fannyland « The Adventures of Mr. Potoilethead » ()

 

Bandcamp#9 Bilge RatS’il y a un autre mouvement musical qui renait de ses cendres depuis quelques années, c’est ce noise rock mâtiné de math-rock qui a fait les beaux jours des années 89-94, et qu’on put en particulier (mais pas que) écouter sur le label Amphetamine Reptile. Prenant ses sources, à proportions variables, chez Slint, Don Caballero, Jesus Lizard, Oxbow et Drive Like Jehu, les groupes actuels re-concoctent à partir de cette grammaire leur propre langage sonore, souvent moins monolithique que celui de leurs géniaux aînés. On trouvera, parmi les meilleurs représentants de ce revival, Pile bien sûr (champions toutes catégories à ce jour, et dont le nouvel album qui vient de sortir vous vaudra je le crains une chronique dithyrambique ici-même), mais aussi Kal Marks, Grass Is Green, Two Inch Astronaut et maintenant ces Bilge Rat. Ils sont de Newhaven et ils penchent surtout vers le math-rock de Slint et Don Caballero, parfois même de Shorty et de US Maple avec leurs constructions tortueuses et sujettes aux sautes d’humeurs soudaines, qui doivent bien dévisser les cervicales en concert (comme sur le mal-nommé « Pop Song », venimeux et sinueux comme un serpent qui vise sa proie). La voix est nasillarde à souhait et les intonations à la Alex Harvey qui surgissent ci et là réjouissent le vieil SAHB-maniac que je suis (et que certains d’entre vous sont peut-être). Une fois de plus, sans faire une fixette (quoique), les mélodies ne sont pas sans rappeler celles que Ray Davies nous offrait dans les années 60. C’est particulièrement frappant sur « Burning Hair », dont d’ailleurs l’autre influence est Pile, groupe qui va probablement traumatiser une génération de jeunes musiciens, ce qui serait pour le moins justifié. Bref, ce trio risque autant d’assommer les ignifugés au genre que d’enflammer les amateurs. Personnellement, en l’écoutant je suis une torche vivante. A la prochaine donc, sauf carbonisation prématurée (feu-dk).

Bilge Rat, « Bilge Rat » (hop)

 


Kankoiça
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