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CHRONIQUES CINÉ MAI 2017

CHRONIQUES CINÉ MAI 2017

PAR THOMAS LÉCUYER

 

MARIE FRANCINE : Viens chez moi j’habite chez mes parents

Marie FrancineAprès un 100 % Cachemire 50% réussi, voici enfin le retour gagnant tout en humour et en élégance décalée pour la formidable Valérie Lemercier qui signe la comédie parfaite qu’on espérait d’elle ! Ici, tout est précis : justesse du jeu des comédiens, précision du rythme, sens du gag et des dialogues. Tout est parfaitement jugé, jaugé et exécuté sous la forme d’une déclaration d’amour très parisienne aux grandes comédies romantiques de l’âge d’or hollywoodien, comme le rappelle le final jazzy, amoureux et enneigé dans un Paname de carte postale. On pense aussi parfois aux meilleurs feel good movies britanniques, ceux signées Richard Curtis par exemple. Il y a dans Marie Francine ce même mélange de tendresse, de justesse et d’humour scato que dans les meilleurs comédies de nos amis grands bretons.

Ça pétille, ça croque, ça fond dans la bouche, c’est doux et relevé à la fois, comme les bons petits plats mitonnés par Miguel, le cuisinier attendrissant et généreux interprété par Patrick Timsit, parfait dans le rôle. L’ensemble de la distribution est incroyable d’ailleurs, et les parents de Marie Francine, incarnés par Hélène Vincent et Philippe Laudenbach, sont un incroyable ressort comique. Trente ans après La vie est un long fleuve tranquille, Hélène Vincent montre donc que niveau comédie, elle en a encore sous le pied ! Il ne faut pas oublier aussi le formidable numéro de déguisement de Denys Podalydès, qui incarne l’ex-mari de Marie Francine. Pour couronner le tout. Valérie Lemercier sert son cinquième film accompagné d’une délicieuse bande son qui remet au goût du jour Moustaki (j’ai carrément découvert certains morceaux grâce au film), des raretés d’Aznavour, ou encore le fado d’Amalia Rodriguez. C’est bien simple : quand je repense à ce film, ça me rend heureux. Une bonne dose d’humour, de tendresse, de fantaisie et de romantisme loin des clichés et des facilités auxquels les comédies françaises de ces dernières années nous ont habitués.

Sortie salles le 31 mai

 

L’AMANT DOUBLE : Le trou de la couche d’Ozon.

L'amant doubleJ’en ai vu, dans ma vie, des films ridicules, mais alors là c’est le pompon. Pourtant j’ai toujours bien aimé le cinéma de François Ozon, ses partis pris, sa subjectivité totale, sa générosité formelle et ses prises de risque. Formellement, encore une fois, Ozon s’en sort bien. C’est esthétiquement très beau, trop même, on ne se croirait plus dans un film, mais dans un numéro de AD, ce magazine d’ architecture et design hyper chicos que les bobos mettent en évidence dans leur salon pour faire bien. Et puis y’a pas à dire, il sait filmer ses acteurs, et dans son objectif, Jérémie Rénier et Marine Vacth sont beaux et torrides.

Mais voilà. On parle du reste ? On parle de la mise en scène ultra ampoulée, de la mysogonie permanente du propos (tout semble ici se régler à grands coups de phallus), de la réflexion psychanalitique de comptoir qui habite tout le film, sorte de digest de « Sigmund Freud pour les Nuls » ? On parle du scénario trop confus pour être honnête, du dénouement qui frôle le grand n’importe quoi et auquel d’ailleurs on ne comprend rien ? On en parle du plan d’ouverture sur un spéculum enfoncé dans un vagin, en cadre serré, qui ne sert strictement à rien d’autre à part à faire son intéressant et à tisser une métaphore de collégien entre une vulve, un larynx et un œil (oui, ça ressemble à une sale devinette Carambar) ? On en parle du scénario fin comme du papier à cigarettes, et qu’Ozon tord et détord jusqu’au ridicule, parce que sinon ça tiendrait à peine 10 pages de roman photo dans le magazine Nous Deux ? : une jeune femme trop sexy mais trop mal dans sa peau se tape deux frères jumeaux/ psychiatres. Mais les jumeaux ne sont pas qui l’on croit et la névrose non plus. Tadam. On en parle de toutes ces scènes de genre ridicules comme quand les deux jumeaux se roulent des pelles ou comme l’histoire de la chambre de la fille de la voisine pleine de chats empaillés, ou encore comme cet espèce de scène d’accouchement sauce Alien vers la fin avec ventre qui explose, sang qui gicle et foetus aux doigts crochus ? Craquage total. Et les dialogues, on en parle des dialogues ? Alors la palme d’or des dialogues les plus ridicules de l’année est décernée à l’Amant Double. Florilège, à déclamer avec une grosse voix virile et sérieuse, comme Jérémie Rénier : « Dégage avec ton foetus sale pute », « Tu sais que j’ adore faire l’amour a des femmes enceintes », « C’est ça que tu veux baiser avec des jumeaux ».

Non mais sérieusement. Sérieusement. Quel énorme nanar sur papier glacé !

Sortie salles le 31 mai


 

LE ROI ARTHUR : LA LÉGENDE D’EXCALIBUR

Le Roi ArthurAprès Sherlock Holmes, Guy Ritchie se paye le roi Arthur, à grands coups d’humour britannique qui n’a toutefois rien de flegmatique. C’est peut-être là le seul défaut de cette variation arthurienne réussie : le réalisateur anglais, connu pour son hyperactivité visuelle et la nervosité de sa mise en scène, en fait beaucoup, et parfois même un peu trop. Au-delà de cette surcharge formelle, le film est un pur moment de divertissement médiéval sous adrénaline, avec un Jude Law surprenant en grand méchant, un Charlie Humann très convaincant en Arthur, des références celtiques en-veux-tu-en-voilà, et une bande son qui semble avoir branché sur du high voltage la totalité des participants du célèbre festival interceltique de Lorient. À mi-chemin entre Le Seigneur des Anneaux et Game of Thrones, le film de Guy Ritchie remet l’épée au milieu du village : bien avant les anneaux, les seigneurs, les longs hivers et les trônes de fer, il y avait le mythe d’Arthur et Excalibur, dont on se racontait déjà la légende au 12ème siècle.

Sortie salles le 17 mai

 

LES FANTÔMES D’ISMAËL

Les fantômes d'IsmaelÀ la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu. Moins auteuriste qu’à l’accoutumée, mais toujours aussi confus, Arnaud Desplechin se risque à la mise en abyme et on a vite l’impression qu’en nous parlant d’Ismaël, il nous parle de lui. Cela peut paraître pompeux, vain ou gonflant, tout dépend de la perspective. C’est dommage car dans ce grand fatras de séquences décousues, certaines scènes sont très fortes, tandis que d’autres massacrent les talents d’acteur de Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg et Mathieu Amalric, dans des errances triangulaires et amoureuses qu’un intellectualisme bon teint tente en vain de sauver de la saveur d’un mauvais feuilleton sentimental.

Sortie salles le 17 mai


 

ET LES MISTRALS GAGNANTS

Et les mistrals gagnantsQuelque chose change en nous après la vision de ce film documentaire signé Anne Dauphine Julliand. Après avoir publié « Deux petits pas sur le sable mouillé » en 2011 et « Une journée particulière » en 2013, essais relatant son expérience de vie familiale confrontée à la maladie grave de deux de ses enfants, elle suit le parcours de cinq garçons et filles âgés de cinq à neuf ans et atteints de maladies graves, toujours de leur point de vue, restant à hauteur d’enfant, littéralement « caméra sous l’épaule ». Le résultat est une formidable leçon de vie, de force, de résilience et d’espérance, un film que chacun devrait voir et dont on devrait tous s’inspirer, en admirant l’incroyable force de vie de ces enfants, qui ont tant de choses à apprendre au monde qui se perd.

Sortie salles le 3 mai 

 

 

Braquage à l'ancienneBRAQUAGE À L’ANCIENNE

Après deux premiers films fort réussis, oscillant entre originalité, ironie et mélancolie, sur des trentenaires désabusés confrontés à leurs parents, comme à leurs conjoints ou à leur progéniture (Garden State en 2005 et Le Rôle de ma Vie en 2014), le réalisateur américain Zach Braff change de registre et s’attaque à la « génération senior » avec ce film de braquage entre copains octogénaires. En changeant de sujet, Braff change hélas aussi de style. Exit l’originalité, l’ironie, et la mélancolie, et place à la comédie de moyenne gamme, riche en gags encore plus essouflés que les vieux braqueurs, interprétés par trois superstars proches de la retraite qui cachetonnent et font les pitres comme ils le peuvent. Décevant.

Sortie salles le 3 mai


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