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LES CHRONIQUES DE L’AFFREUX 6

LES CHRONIQUES DE L’AFFREUX

Couverture-Chronique-de-l'Affreux

Dans cette rubrique tour de Babel, je lève aux plus affreux d’entre vous, sans pudeur et sans vertus, sans filets et sans sifflets, le voile sur mes découvertes intimes qui sauront, j’en suis sûr, émoustiller vos pensées et, A + si affinités gustatives, alléger vos larfeuilles vachards.

En somme, une rubrique fourre-tout où vous retrouverez mes conseils du moment, avec son gros lot de bandes dessinées, de curiosités littéraires ou pas et (si si !), de séries télévisuelles… « Brazil », quand tu nous tiens…


 

Et pour ces sixièmes chroniques de l’Affreux, dans un climat pré-post électoral pas banal, j’ai concocté pour vous, mes biquets, une recette indé-vinyle aux refrains mystico-banlieusards… Après le Corbeau et le Renard de La Fontaine, voici le Docteur Renaud et le Mister Renard du père soiffard…

Chroniques 6 : « Renard est un sacré soiffard, Renaud est sobre comme un moineau, Quand Renaud rejoint son plumard, Renard s’écroule dans l’caniveau »

Nul besoin d’être né en banlieue pour apprécier l’argot du père Renaud, ou d’avoir fait Science Po pour lire une lame de tarot et avoir du pot(entiel)… Laissons nos âmes speedées par nos emplois du temps cadenassés s’évader au gré des mistrals gagnants et des prédictions talisman. Entre deux, plongeons-nous dans de la bonne bédé bien indé comme il faut… En piste, amateurs !

Au menu farfelu, donc :

BANDE A RENAUD C1C4 OK.inddRenaud fait son come-back et pas que sur scène (le « chanteur énervant » renaît des cendres de ses mégots et nous offre depuis fin 2016 une tournée arrosée « Phénix Tour » partout en France, à condition qu’il y ait un troquet à l’horizon), le revoilà dans les bacs de la bande dessinée avec la nouvelle édition (nouvelle parce qu’il y a des inédits, petits malins) de La bande à Renaud chez nos amis de chez Delcourt. On retrouve dans la bande griffonnée, et non pas sonore, les coups de crayons ardents d’une bande de dessinateurs aussi prestigieux que facétieux qui donnent vie à 25 des chansons les plus célèbres de l’homme au Bandana rouge. Guérineau embrasse un flic, Terreur Graphique passe une Nuit en taule, un Mistral gagnant se lève pour Max Cabanes, Laurent Vicomte est Morgane de toi, Frank Margerin attend Le Retour de la Pépette, André Juillard Laisse béton son crayon, Yslaire s’ennuie avec Mimi, Dodo & Ben Radis embarquent l’Auto-stoppeuse, Loisel chante pour Pierrot, Un rouge-gorge bat de l’aile avec José-Louis Bocquet & Arno, François Boucq s’aventure avec Gérard Lambert, Tome & Janry esquivent de justesse le Putain de camion, Pascal Rabaté se fait entarter, Ptiluc s’allonge sous les vagues, Jean-Claude Denis dîne avec la Mère à Titi, Thierry Cailleteau & Olivier Vatine ont le Baby-sitting blues, Cent ans de solitude après revoilà Didier Tronchet, David Chauvel se fait ausculter par Docteur Renaud tandis que Jérôme Lereculey se fait bastonner par Mister Renard, dès que le vent soufflera Michel Plessix se fera prendre par la mer, André Geerts retourne sur les bancs de l’école avec Jonathan, Laure Harlé & Michel Blanc-Dumont adorent les Charognards, Simon Léturgie a vu le loup entrer dans Paris, Ted Benoît a bu un coup avec Le Père Noël noir, Loulou le voyou en a collé une à Philippe Berthet & Dominique David, Edith est à la croisée de Manhattan-Kaboul, tandis que Renaud écrit une putain de préface arrachée de force…  Ouf !

La bande à Renaud (25 chansons en BD), Collectif, Delcourt, septembre 2016, 104 pages, 18,95 euros.


Un autre gaillard fait son retour des limbes de nos imaginaires cette fois, c’est le jeune Epsilon qui, lui, retrouve sa grandeur sur papier de qualité offset 120 gr. chez Original Watts. Amateurs de Mikros, de Photonik, Kronos et autres créations de Jean-Yves Mitton aka « John Milton » pour les angliches, le Stan Lee toulousain qui a su égailler mes jeunes années du temps des magazines Titan et Mustang, je vous recommande cette nouvelle édition des aventures du fils de… (arf, je n’en dirai pas plus) avant que la demande ne dépasse l’offre et qu’on ne trouve plus trace du fils du néant nulle part. Eh ouais, les aventures d’Epsilon se font rares chez les bouquinistes. Et ça parle de quoi, au juste, Epsilon ? Eh bien, disons que c’est l’odyssée d’un jeune homme des années 2086 qui, après s’être révolté contre son père, un tyran de plus, va partir en quête de ses origines nébuleuses et découvrir les dessous de sa ville pas si édénique… Un must !

Epsilon, Jean-Yves Mitton, Original Watts, 2016, 6,50 euros le tome de 20 pages + coffret rangement comics en bonus pour 6 euros.


Un nouveau Raw (bandes dessinées en noir sur blanc, pour un rendu similaire aux planches à l’étape post-encrage) sort chez Wetta, cet éditeur indépendant couillu qui propose du comic hardcore aux plus zélés d’entre vous. J’avais déjà mis en lumière ici même dans ces chroniques, le Robocop : Mort ou vif, de Miller, etc., également paru chez Wetta. Cette fois, je m’attaque au plus dangereux des monstres célestes, l’innommable Alien, qui s’illustre avec horreur en noir et blanc dans l’album cartonné grand format, le sublime Aliens Alchimie Raw. Loin des mésaventures de Ripley, ce tome illustré par Richard Corben, l’un des piliers du magazine Heavy Metal, et narré par John Arcudi, le scénariste de Savage Sword of Conan, deux spécialistes de l’horreur et de l’heroic fantasy, nous conte les derniers jours de terriens installés depuis des lustres sur une planète loin de notre système solaire… Une série de meurtres terrorise la communauté… Une héroïne enquête et découvre l’atroce vérité : un intrus s’est glissé parmi eux… Une anticipation aussi glaçante qu’effrayante… À lire vite avant d’être dévoré…

Aliens Alchimie Raw, John Arcudi au scénario et Richard Corben au dessin, Wetta, 2016, 72 pages noir et blanc, 36 euros.


TransmetAdeptes de Hunter S.Thompson, du journalisme gonzo, d’alcool, de drogues, de trips et de scandales, vous avez aimé Raoul Duke, le journaliste déjanté de Fear and Loathing in Las Vegas ? Vous adorerez Spider Jerusalem, le trublion over-drogué de Transmetropolitan, l’excellent comic-gonzo signé par le très décalé Warren Ellis, et illustré par l’allumé Darick Robertson. Enfin un comic book sans super-héros qui nous transporte plus loin que les envolées capées de Superman. Avec sa verve, sa fuck attitude, ses néologismes tarabiscotés et colorés, le héros nous offre une critique vive et acerbe de sa société plus haute en couleur tu meurs. Durant cinq ans (temps de la publication de la série), son antihéros, Spider Jerusalem flanqué de ses deux assistantes Channon et Yelena, aussi sexys que casse-bonbons, et d’un chat mutant friand de cigarettes russes, mène un combat intraitable contre les malfrats qui se donnent bonne figure dans la société. Avec son costard noir et ses lunettes rouges et vertes vissées sur le pif, il s’attaque les couilles à l’air, à visage découvert au Président des États-Unis himself (un pourri de chez pourri plus si caricatural que ça de nos jours au vu des dernières élections américaines), tandis que ses confrères plumitifs ont vendu leurs plumes aux plus véreux. Menaces, oppression, drogues, utopies parallèles et cocktails explosifs s’entremêlent dans l’univers foisonnant de Transmetropolitan, une dystopie en passe de devenir réalité. À philosopher et consommer sans modération…

Transmetropolitan, Warren Ellis au scénario et Darick Robertson au dessin, Vertigo/ DC comics, 1997-2002, 60 tomes en V.O, prix variable selon les libraires.


ainsiParlaZaratoustrawebÀ méditer en images, cette fois, le poème lyrique de Nietzsche, Also sprach Zarathustra, paru entre 1883 et 1885 en Allemagne. Ici, Soleil propose aux lecteurs de revisiter via un manga le « livre pour tous et pour personne » du philosophe critique de notre société occidentale qui aura, paradoxalement, eu tant de mal à se faire reconnaître de son vivant. Depuis, ses œuvres ont marqué les esprits passés et à venir. En deux mots (et plus si affinités), parce qu’on ne va pas résumer « l’inrésumable », Ainsi parlait Zarathoustra traite du rapport de l’Homme avec Dieu, de sa soumission à un au-delà qui n’adviendra peut-être pas. À travers le prophète, Nietzsche va exhorter ses frères humains à s’évader de l’influence divine afin de prendre en main sans plus tarder (au lieu d’attendre un Paradis chimérique) leur existence. Il les pousse à se surpasser, à briser leurs limites dans le but d’atteindre leur plein potentiel, celui du « Surhomme » (concept détourné, hélas, par les plus nauséabonds d’entre nous). En somme, l’idée est d’aller au bout de ses idées, et de ne rien attendre d’autre du ciel qu’une pluie saisonnière… La vie, c’est maintenant, pas après… La collection Soleil Manga propose avec intelligence une adaptation assez fidèle et lisible du texte du philosophe et permet aux addicts de la bande dessinée de découvrir une œuvre fondamentale. Les plus curieux se procureront le texte d’origine, les autres, auront le loisir d’aller lire les autres adaptations de la collection Soleil Manga comme Guerre et Paix, Le Rouge et le Noir, Le Capital, Le Prince, Du Contrat social, et bien d’autres œuvres essentielles à notre réflexion… Une œuvre graphique à recommander, donc.

Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche + collectif au dessin, Soleil Manga, octobre 2016, 192 pages, 7,99 euros.


la voie du tarotQuand il ne scénarise pas des bandes dessinées pour le compte des Humanoïdes Associés, l’ami Jodo tire les lames de tarot. Artiste multiforme, multicordes et multicartes, Alejandro cache dans ses manches infinies les lames divinatoires du tarot. À plus de soixante-dix balais (en 2004, date de parution du livre chez Albin Michel), l’artiste visionnaire partage avec nous dans ce recueil co-écrit avec Marianne Costa, auteure-rock-cartomancienne, ses connaissances sur cet art augural. À travers ses expériences, sa propre initiation à cet art dès son plus jeune âge au Chili, son pays d’origine, il dévoile dans son livre, tel un maître spirituel, les secrets et les pratiques du tarot. Loin de la consultation populaire qui consiste à tirer les lames de tarot pour savoir de quoi notre vie matérielle sera faite (travail-argent-amour-santé), pour cela lisez l’horoscope du Parisien ou allez faire appel aux escrocs qui sévissent sur Internet, Jodo montre et démontre que ce support est avant tout un instrument de connaissance de soi qui sert à nous accompagner et nous élever dans nos choix quotidiens et nous permet de mieux naviguer entre nos ombres et nos lumières. Bien sûr, les amateurs pourront s’initier à cet art, mais seuls les plus inspirés, ou les plus éthérés sauront lire à travers les lames. À ne pas mettre entre toutes les mains… Brrr !

La voie du tarot, de Alejandro Jodorowsky et Marianne Costa, J’ai Lu, septembre 2010, 575 pages, 8,40 euros.


coffet-voyancewebTarologie toujours, voici un coffret bien pensé à l’attention de ceux qui cherchent à s’initier aux arts divinatoires. Attention, tirer n’est pas jouer. Le tarot est un art divinatoire, pas un jeu destiné à épater la galerie d’amateurs qui se sont invités chez vous un soir de beuverie. Chris Semet, l’auteur du livre qui accompagne le coffret le précise : « … ce n’est pas parce que vous saurez vous en servir que cela fera de vous un voyant, car la voyance passe par une faculté innée. » Bien sûr, tirer les cartes est à la portée de tous les esprits : même les plus scientifiques. Les manipulateurs, les psys à dix cents, aussi, y trouveront de quoi illusionner et parfois séduire un public crédule, ou avide de sensations. La cartomancie devrait, à mon sens, être un service gratuit, non pas payant, au service de ceux qui cherchent à consolider leur intérieur, évoluer vers leur meilleur, pas savoir de quoi demain sera fait ou avec qui ils combleront leur lit trop grand.

 Il n’empêche, ce coffret nous livre et délivre quelques-uns des secrets du tarot divinatoire avec en bonus des fiches sur la chiromancie, vous savez cet art qui permet de décoder les lignes et les monts de la main avec ses lignes de vie, de chance, d’argent (ha ha ha), de plans à trois (et, surtout des interprétations qui nous arrangent bien si vous voyez ce que je veux dire, petits malins)…

Vingt-cinq runes viennent compléter le package. La découverte de cet alphabet germanique apparu deux cents ans avant J. C. est attribuée à Odin, le père du tonitruant Chris Hemsworth. Plus sérieusement, cet autre art divinatoire (rassurez-vous, nul besoin de se prendre à un arbre neuf jours et neufs nuits comme Odin pour acquérir la connaissance des runes, lire le fascicule fourni suffira amplement) intéressera ceux qui sont accrocs au tarot.

Le coffret contient :

– 1 tarot de Marseille et 1 jeu de 32 cartes.
– 27 fiches sur la chiromancie.
– 25 runes.
– 1 livre de 128 pages avec les explications de Chris Semet, astrologue professionnel, pour comprendre les arts divinatoires.

Coffret soirée voyance, auteur : Chris Semet, Hachette Pratique, septembre 2015, 128 pages, 15,95 euros.


parisPuisque j’ai entamé ces chroniques par la chanson, je la conclurai par un air de fête, avec le plus que vital, Paris est une fête (A moveable Feast), livre ultime et posthume du père Ernest Hemingway, devenu, depuis les attentats du 13 novembre 2015, le symbole de la joie et de la liberté de jouir à Paris. Ce livre, écrit au crépuscule de la vie d’Hemingway, conte sa jeunesse bohème passée à déambuler sur les pavés de la capitale à l’époque (les années vingt) où les artistes (et non les stars de la télé-réalité) fréquentaient les terrasses de Montparnasse et de Saint-Germain. Il conte sa vie de jeune écrivain sans le sou, ses rencontres mythiques (Joyce, Fitzgerald, Pound…), ses mésaventures d’un soir, le déclin de son mariage, ses fringales hebdomadaires, ses inspirations soufflées par la Splendide, sa jeunesse mythique à Paris… À travers ses chroniques du quotidien, on hume avec nostalgie son parfum créateur et on se chauffe en sa compagnie sur la terrasse des cafés bons marchés, on revit son Paris le temps d’une lecture. Paris sera toujours une fête !

Paris est une fête, Ernest Hemingway, Folio, 256 pages, 8,20 euros.


That’s all for now, folks…


L’Affreux, aka Arnaud Delporte-Fontaine, illustration de Bertille Delporte-Fontaine
 


Kankoiça
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