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CHRONIQUES MAI 2017 [BD, CD, DVD, LIVRES…]

CHRONIQUES MAI 2017

 

AN AMERICAN TRILOGYAN AMERICAN TRILOGY 

Cyril Morin est un compositeur français prolifique. Ses scores recouvrent les images du petit et du grand écran depuis déjà trois décennies. Il y a quelques années, l’artiste traverse l’océan Atlantique, s’entoure d’une troupe de comédiens et réalise coup sur coup 3 longs-métrages qui embrasse les États-Unis d’Amérique sur une quarantaine d’années. Rien que ça ! Toutefois, Cyril Morin ne se prend pas pour un historien, il cible trois contextes marquants et typiquement américains qu’il érige en symbole d’une nation aussi belle que malade. The Activist, NY84 et Hacker’s game ne célèbrent pas « l’american dream », loin de là, mais la dure réalité que tout un chacun doit s’employer à combattre pour résister et survivre.

THE ACTIVIST

Pendant l’insurrection de Wounded Knee en 1973 aux États-Unis, deux activistes Indiens sont mis en détention. En prison ils doivent faire face à la menace des deux policiers qui les surveillent et collaborer avec la jeune avocate chargée du dossier. Pour quelles raisons recevront-ils la visite d’un conseiller du Président Nixon ? D’un sénateur ? D’une star hollywoodienne ? La tension monte dans ce poste de police éloigné de tout.

The activist est un huis clos puissant. Une âpre confrontation entre les autorités officielles à la solde des puissants et le peuple indien, une nouvelle fois victime de spoliation. Le film fait étrangement écho au combat mené depuis décembre 2016 dans le Dakota par les Sioux de Standing Rock qui résistent « encore » tant bien que mal au passage d’un pipeline géant, promesse de nouveaux dégâts écologiques. L’Amérique de Nixon et de Trump est celle des lobbies, des combats du pot de terre contre le pot de fer. The Activist va à l’essentiel avec beaucoup d’efficacité quand il s’agit de dénoncer les jeux de pouvoir et les conflits qui pourrissent encore aujourd’hui, et plus que jamais, notre société.

 

NY84

Trois jeunes artistes, Kate, Anton et Keith, libres, insouciants, amis et amants, font la fête dans le New York underground du début des années 1980. La fête se termine en 84, quand Anton et Keith contractent une mystérieuse maladie appelée le « cancer gay ».

NY84 s’empare avec délicatesse de l’épineux sujet de la propagation du SIDA dans le milieu underground des grandes agglomérations. Cyril Morin ne tombe pas dans l’écueil de la sensiblerie mais oriente son drame du côté de la stupeur. Un peu comme si tous les malades et les miraculés criaient de concert –Eh bien celle-là, on ne l’avait pas vu venir ! Les années 80 sont celles du fric, des excès et de l’insouciance crasse des consommateurs. Comme si notre monde devait être puni d’avoir été aussi révolutionnaire et insoumis pendant les années 70. Ce deuxième opus, tout comme le premier, est porté par d’excellents comédiens.

 

HACKER’S GAME 

Ce «techno thriller» moderne et d’actualité nous conduit avec suspense dans le monde de Soyan, un hacker employé par une société de cyber-sécurité qu’il vient de pirater, et de Loise, une cyber-détective. Loise et Soyan vont tomber amoureux et s’embarquer dans une relation dangereuse lorsque l’employeur de Soyan lui demande de couvrir les actions d’un vendeur d’armes que Loise doit contribuer à arrêter. Vivant dans un monde virtuel, ils devront tout risquer pour un amour réel.

Hacker’s game est à l’image de notre société hyper connectée. À savoir hyper froid, hyper lisse, aux frontières de la misanthropie. Ce troisième opus qui dénonce la virtualité et le cyber-monde comme les nouveaux objets de désocialisation et d’influence pêche par manque d’idées. Le sujet est traité trop frontalement pour être intéressant. Le nez dans le guidon, on ne reconnaît pas le voyage. Dommage.

Disponible en Blu-ray chez Media in Sync.

 

Du côté de chez ELEPHANT FILMS, c’est la fête ! Voilà que déboulent dans les bacs trois superbes westerns proposés dans toutes les versions connues. Un plaisir coupable à s’en faire péter les rétines. Entre version approuvée par le réalisateur, version approuvée par l’acteur principal, version approuvée par le studio, version approuvée par le public, version restaurée, version intégrale restaurée, ces trois combos blu-ray/DVD bourrés de bonus ras la couscoussière feront le bonheur des cinéphiles et cinéphages les plus aguerris (entendez par là, ceux qui ne mangent jamais 5 fruits et 5 légumes par jour !).

 

FUREUR APACHE 

LA CAVERNE DES HORS-LA-LOILe chef Ulzana et des Indiens s’échappent de la réserve où ils sont parqués pour commettre les pires exactions. Un détachement est chargé de les intercepter…

Fureur Apache est devenu au fil des ans un western culte. Culte parce que réalisé par l’immense cinéaste Robert Aldrich, et non par un tâcheron de seconde zone qui se prend pour un rebelle. Culte parce qu’il est à contre-courant de tout ce qui se produit au sein de l’industrie hollywoodienne. Culte parce qu’il dégage une violence intense et perverse. Culte parce que détesté à sa sortie. Culte parce qu’il nous place dans une position inconfortable où les bons et les méchants n’existent pas. Culte parce qu’il fait travailler du chapeau. Culte parce qu’il enfonce le clou là où ça fait mal, alors que l’on n’en peut plus. Culte parce qu’il est tout simplement génial. Un grand western pour les hommes virils et les fillettes.

 

LE SURVIVANT DES MONTS LOINTAINS 

LE SURVIVANT DES MONTS LOINTAINSIl y a 5 ans, Grant McLaine, alors employé d’une compagnie ferroviaire, fut chargé par son patron d’arrêter Utica Kid, un voleur de trains. Après l’avoir laissé s’échapper de manière inexpliquée, Grant fut considéré comme complice et licencié. Mais bientôt son passé le rattrape : alors qu’aujourd’hui il gagne sa vie en jouant de l’accordéon, son ex-patron le contacte, lui demandant de surveiller le transport de la paye des ouvriers, qui est régulièrement dérobée…

Le Survivant des monts lointains est un western d’aventure qui ne manque pas d’air, ni de souffle. D’ailleurs, James Neilson a su palier les faiblesses de l’histoire en s’emparant de la nature. La beauté -et c’est peu de chose de le dire- des paysages du grand Ouest font oublier les moments cucul la praline d’une intrigue un poil convenu. On nous balade au cœur d’une Amérique préservée où, au loin, les neiges éternelles dominent les immenses prairies de fleurs sauvages. Ces plans bucoliques sont toujours bon à prendre ! Grant McLaine, incarné par James Stewart, héro tutélaire au grand cœur mais pétri de doute car, sur le sentier de la rédemption, a la lourde tâche d’assurer la mission de sa vie, celle qui devra redorer son image aux yeux de tout un pays. Pris en étau entre un cowboy repenti (un Audie Murphy des grands jours qui à tout moment peut retourner sa veste) et le salaud du cru (auteur d’exactions impardonnable), McLaine doit aiguiser ses sens. Le danger rôde partout. Et c’est là que Le Survivant des monts lointains fait la différence. Il endort le spectateur et le cueille là où il s’y attend le moins. Et c’est très fort !

 

LA CAVERNE DES HORS-LA-LOI 

LA CAVERNE DES HORS LA LOISeul survivant d’une bande de hors-la-loi, Pete Carver fut arrêté et condamné à 15 ans de prison pour avoir dérobé une vraie fortune lors de l’attaque d’un train. Le magot, qui avait été dissimulé par un complice, n’a jamais été retrouvé. Lorsque Pete revient en ville, après avoir purgé sa peine et sans un dollar en poche, il est accueilli en héros. Tout le monde lui fait crédit et propose de lui rendre service, pensant qu’il va récupérer et partager le butin, qui serait dissimulé dans une des cavernes de la région. Mais Pete est surveillé…

La Caverne des hors-la-loi est une absolue rareté. Et c’est déjà beaucoup ! Ce western atypique est l’œuvre de William Castle, le William Castle producteur de Rosemary’s Baby, 13 fantômes et réalisateur, entre autres, du Manoir Hanté… Si ce film ne casse pas des briques, on reconnaît immédiatement la patte du cinéaste et son savoir-faire unique pour installer des ambiances mystérieuses. Voilà une curiosité dont il serait idiot de se priver.

Tous ces films sont disponibles en combo blu-ray/DVD chez Elephant films.

 

Comme si les trois westerns ne suffisaient pas à vos longues soirées devant la télé, voilà que j’en profite pour vous proposer trois nouveaux Douglas Sirk. Comme à son habitude, le cinéaste explore le milieu de la petite et grande bourgeoisie en décortiquant leurs moindres faits et gestes et leurs moindres habitudes. C’est dans ces petits riens que Sirk décrypte avec maestria les codes d’une société refermée sur elle-même. Là où tout n’est qu’ordre, luxe et beauté, nous découvrons un milieu à bout de souffle, malade de sa condition, au bord du précipice. Aussi élégant soit-il, le cinéma de Sirk est d’une cruauté sans pareille.

LE SECRET MAGNIFIQUE 

LE SECRET MAGNFIQUEUn jeune milliardaire arrogant, Bob Merrick (Rock Hudson), est victime d’un accident de bateau. Une équipe de secouriste s’affaire à le sauver avec un équipement qui aurait pu éviter la mort à Wayne Philips, un grand chirurgien humaniste. Pétri de remords, Merrick va se rapprocher d’Helen (Jane Wyman), la veuve éplorée du médecin, dans une quête de rédemption et d’amour.

J’ai été cueilli. Comme une petite fleur des prés. Vous ne trouverez dans ce chef-d’œuvre aucune sensiblerie, aucune niaiserie, aucune affèterie mal placée mais de l’amour et du suspens. On est loin d’Hitchcock et pourtant on y pense. Parce que le héros, qui sait y faire, est un manipulateur qui profite d’une femme sans défense. Mais il n’est pas ou n’est plus le salaud qu’on imagine car derrière le vernis, il y a un chic type qui s’ignore. Dans Le Secret magnifique, rien n’est gagné, jusqu’à la dernière seconde l’intrigue tient le choc. L’ambition formelle de Douglas Sirk nous vrille les yeux. Très recommandé.

LES AMANTS DE SALZBOURG 

LES AMANTS DE SALZBOURGHelen Banning (June Allyson) quitte les États-Unis pour Berlin dans le but de changer de vie et de métier. Elle y fait la connaissance de Tonio Fischer (Rossano Brazzi), un grand chef d’orchestre qui ne la laisse pas indifférente mais qui pourrait ne pas être aussi libre qu’elle le pense.

Cette romance impossible n’est pas qu’une simple histoire d’amour exotique digne d’un roman photo. C’est évidemment plus que ça ! Sirk nous raconte la vie d’une femme qui, loin des siens, tente l’aventure du dépaysement radical avec ce qu’elle a de plus excitant et de plus cruel. Le cœur d’Helen balance entre l’homme qui l’accueille, un médecin réputé pétri de gentillesse, et l’homme qui la subjugue, un chef d’orchestre aussi avenant qu’une porte de prison. Mais voilà, le chef d’orchestre est fragile, et les femmes aiment les hommes forts et fragiles. Nous, les bien portants, les équilibrés, on n’est que des crottes de bique ! Enfin bref, Sirk réussi une nouvelle fois son coup. Tout ce petit monde transpire la beauté mais tout est étouffant, tout semble au bord de la rupture. Un film rude et généreux. Recommandé par nos soins.

CAPITAINE MYSTERE

CAPITAINE MYSTEREEn Irlande en 1815, Michael Martin (Rock Hudson) est un jeune révolutionnaire détroussant les riches pour financer la révolution. Se sachant poursuivi par les dragons du roi, il doit fuir vers Dublin. Il y rencontre le capitaine Thunderbolt (Jeff Morrow), un rebelle qui en fait son second. Le capitaine Mystère est né, l’aventure peut commencer.

Capitaine Mystère (Capitaine Lightfoot, in english) bouillonne de références historiques mais il est dans la conscience collective des cinéphiles le film qui a inspiré Michael Cimino pour Le Canardeur. Chez Sirk, le Capitaine « Lightfoot » Mystère est le side-kick du Capitaine Thunderbolt, tout comme dans le Cimino, Lightfoot « Jeff Bridges » est le side-kick de John Thunderbolt Doherty « Clint Eastwood ». Vous me suivez ? Car j’ai l’impression de ne pas être très clair ! Bref, le Capitaine Mystère de Sirk en a autant dans le pantalon que le Thunderbolt and Lightfoot de Cimino. Pourtant ce n’est pas la même histoire ! C’est à rien n’y comprendre !! Un conseil : si vous désirez passer une bonne soirée, alors matez-vous Capitaine Mystère de Sirk puis Le Canardeur de Michael Cimino. Toutefois, saviez-vous que le Capitaine Myst…

Ces trois films de Douglas Sirk sont disponibles en combo blu-ray/DVD (mais pas Le Canardeur !) chez Elephant Films.

 

L’ESPRIT DE CAÏN 

L'ESPRIT DE CAÏNLe docteur Carter Nix (John Lithgow) est un pédopsychiatre réputé qui décide d’abandonner sa carrière pour mieux pouvoir élever la fille qu’il a eue avec Jenny (Lolita Davidovich), elle-même médecin. Cette dernière se montre concernée par l’obsession grandissante que son mari porte à l’éducation de leur enfant, jusqu à commencer à douter de la santé mentale de l’homme qu’elle a épousé et qu’elle croit connaître.

L’Esprit de Caïn, nous l’attendions depuis des lustres ! Et ce, dans une version digne de ce nom. Voilà qui est chose faite! C’est un film à part dans l’œuvre de Brian de Palma. Un thriller sec, tortueux et dérangeant qui mérite d’être vu et revu, et même rerevu. De Palma, comme à son habitude, se joue de nous avec une facilité déconcertante. En deux temps trois mouvements de caméra, il nous berne. Alors bien sûr, au début, on croit la chose facile, l’histoire cousue de fil blanc mais il n’en est rien. À chaque chapitre, les cartes sont rebattues. Rebattues encore et encore pour une nouvelle partie de poker menteur. John Lightgow, avec sa drôle de gueule de bon père de famille, fiche les jetons. Ce jeu des faux-semblants peut rendre fou tant il est complexe ! Revoyez ce coup de Maître ! Suspens assuré.

Sinon, ce maxi combo vous propose la version cinéma et la version director’s cut réalisé par Peet Gelderblom et validé par De Palma.

Cédric Janet

 

 


Kankoiça
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