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CHRONIQUES CINÉ MARS 2017

 CHRONIQUES CINÉ MARS 2017

PAR THOMAS LÉCUYER

 

T2 TrainspottingT2 – TRAINSPOTTING : « Un train peut en cacher un autre, même vingt ans après »

Paris risqué mais pari gagné pour Danny Boyle qui nous propose de retrouver sa bande de anti-héros junkies vingt ans après le premier opus de leurs aventures fracassées . À l’instar du personnage de Mark Renton, toujours interprété par Ewan McGregor, ici en grande forme, on revient ainsi dans cette banlieue de Londres pour retrouver une bande de vieux potes avec qui on a partagé bien des cuites, des trips, des espoirs et au moins autant de désillusions. La double force du diptyque Trainspotting, c’est d’abord d’avoir réussi à faire de ces étalons de la loose une bande de héros hyper-attachants et paradoxalement lumineux malgré la crasse de leur existence. C’est ensuite l’incroyable verve graphique du réalisateur, qui continue de nous épater avec son sens du cadre, du montage et du rythme, soutenu par une bande originale des plus jouissives. Un very bad trip so british empli de nostalgie.

Sortie en salles le 1er mars


PaulaPAULA : « Flou de toi »

Ce biopic sur la vie et l’œuvre de la peintre allemande Paula Modersohn Becker ne facilite pas la vie de ses spectateurs : outre un sujet pointu (franchement, tout le monde ne connaît pas Paula Modersohn Becker, d’ailleurs vous connaissiez vous ?), il se perd dans une mise en scène impressionniste qui brouille la trame narrative et provoque souvent l’ennui. Malgré une réflexion pertinente sur la place des femmes dans la société en général et dans l’art en particulier, le film peine à nous attacher à son héroïne dont il dresse un portrait aux contours flous et frileux. C’est évidemment difficile de faire un biopic sur une personnalité aussi pointue, mais alors si en plus le ton reste distant, comment éveiller l’intérêt ? C’est à cette question que le réalisateur Christian Scwochow a mal répondu. T.L.

Sortie en salles le 1er mars


 

patientsPATIENTS

À franchement parler, je ne suis pas un grand fan de Grand Corps Malade, alors à l’idée de devoir me farcir son biopic, j’y allais un peu à reculons. Fort heureusement, le slameur, devenu pour l’occasion réalisateur, signe un premier film très juste, très sobre, très drôle et très touchant, dans lequel il fait preuve d’un étonnant recul et qui ne raconte d’ailleurs pas sa propre vie, mais bel et bien celle d’un personnage, Ben, qui doit réapprendre chaque geste du quotidien suite à un accident qui l’a laissé tétraplégique incomplet. Ici, au centre de ré-éducation, c’est l’inverse de l’extérieur : c’est le fauteuil roulant qui est la norme et le valide qui ne semble pas à sa place. Cette mise en perspective différente permet vite au spectateur d’oublier le fauteuil pour ne se concentrer que sur les personnalités de cette belle bande de potes déglingués par la vie et qui essaye de se reconstruire à grands coups d’espoirs, de hip hop, de pétards, de coups de gueule, d’amour, d’amitié, d’envie d’y croire puis de tout foutre en l’air, et de téléshopping M6. Seul bémol, le film est co-réalisé par un clippeur émérite, Mehdi Idir, ce qui donne doit à quelques séquences maladroites dignes qu’un mauvais clip de R’n B qui gâchent un peu la sincérité et la justesse du propos.

Sortie en salles le 1er mars


Traque à BostonTRAQUE À BOSTON

C’est indéniable, Peter Berg est un bon faiseur : Hancock, Deepwater Horizon, Du Sang et des Larmes, et même Very Bad Things en 1998 : toujours du cinéma de divertissement du meilleur acabit, servi par des castings gros calibres. Traque à Boston n’échappe pas à la recette : un casting cinq étoiles (Mark Whalberg, Kevin Bacon, John Goodman, JK Simmons), une réalisation très efficace, précise, collant au plus près de l’action, des enjeux simples. Bref, une excellente série B. Sauf que. Sauf que ça parle d’un attentat, le pire depuis le 11 septembre 2001 sur le sol américain. D’où la gêne. On ne peut pas traiter un sujet si sensible sur le ton de la série B. Très vite, le film se résume à son titre : traquer ces salopards d’islamistes et les choper coûte que coûte. Sans nuance ni recul, Berg caricature évidemment les bons comme les méchants, rajoute un max de pathos et de séquence inutiles comme l’histoire du couple qui perd chacun une jambe, des parents qui ne retrouvent plus leur petit garçon, ou du flic qui veille des heures durant un cadavre d’enfant abandonné sur les lieux du drame. Trois histoires de victimes juste là pour rajouter du pathos, tirer la larme, et pousser le spectateur à haïr encore plus les frères Tsarnaev. C’est tout de même très manichéen. On aurait préféré que Berg se concentre uniquement sur le procédé de traque, toute l’impressionnante machine américaine qui se met en marche pour retrouver deux petits terroristes amateurs qui s’avéreront au final être de pathétiques loosers, comme toujours d’ailleurs chez les terroristes. Les séquences d’investigation orchestrées par Kevin Bacon, comme celles sur le terrain quand on suit Mark Whalberg, se suffisent  à elles mêmes et auraient fait un film implacable et passionnant. Pourquoi alors avoir rajouté tant de mélodrame inutile ?

Sortie en salles le 8 mars


Les figures de l'ombreLES FIGURES DE L’OMBRE 

Un biopic frais et attachant sur un trio de scientifiques afro-américaines qui ont largement contribué aux victoires de la NASA dans la guerre pour la conquête spatiale avec l’URSS dans les années 60. On y parle, d’un ton plutôt léger, de problématiques féministes et raciales, sur une musique groovy sixties signée Pharell Williams, qui co-produit aussi le film. Le traitement de ces problématiques sérieuses pourrait sembler un poil trop optimiste, mais ce choix de ton semble être la signature de Théodore Melfi, un petit nouveau à Hollywood, à qui l’on doit l’excellente production Netflix St Vincent, avec Bill Murray, et tout dédié à son immense talent, et qui abordait déjà des problématiques graves avec un certain détachement joyeux. Le tout est servi par un impeccable trio d’actrices, avec la sublime Janelle Monae notamment,  et un Kevin Costner un peu insipide, mais comme ça n’est pas la première fois, on lui pardonnerait presque.

Sortie en salles le 8 mars


Miss SloaneMISS SLOANE

Ce portrait fictif d’une lobbyiste américaine broyée par les rouages du système politique n’est pas vraiment raté car Jessica Chastain est parfaite dans le rôle titre. Hélas, une comédienne, même excellente, ne peut porter sur ses épaules tout un film. C’est pour l’essentiel très long, très verbeux et très déjà vu. La partie d’échecs politico-financière, avec ses multiples coups de théâtres pas toujours très compréhensibles, est mille fois plus excitante dans la série House of Cards notamment. On sent d’ailleurs le film ultra-calibré pour parler aux fans de la série à succès, piochant même dans son casting, tellement calibré que ça frise parfois le copier/coller. C’est un produit hollywoodien totalement standardisé selon les normes d’un style en vogue en ce moment, qui fait aussi penser à une autre série à succès, Damages, par moments. Bref, ça aurait fait une bonne série, mais ça ne fait pas un bon film. Une mise en scène plus inspirée, ainsi qu’un scénario moins bavard et moins truffé de rebondissements à répétition, auraient mieux servi ce portrait ambigu d’une femme de pouvoir, dont les dents ont longtemps rayé le parquet comme des talons de douze.

Sortie en salles le 8 mars


De plus belleDE PLUS BELLE

D’aucuns parlent de ce film comme étant le Tchao Pantin de Florence Foresti, le contre emploi qui révèle enfin toutes les qualités de jeu de l’humoriste, comme ce fut le cas pour Coluche à l’époque. Toutes proportions gardées, De Plus Belle brille effectivement par la justesse du jeu de la comédienne qui quitte le registre comique pour celui du drame intimiste d’une quarantenaire qui lutte contre le cancer, ses séquelles, et ne sait pas trop comment envisager la « vie d’après ». Un film pertinent sur un sujet rarement abordé au cinéma, l’après maladie, la difficulté de reprendre une vie normale, la peur de rechuter, les séquelles, le sevrage d’attention… Florence Foresti et Matthieu Kassovitz forment un beau duo dans cette comédie dramatique pleine de sincérité, de sensibilité et d’élégance, dans son propos comme dans sa réalisation. On aime particulièrement l’exploration du domaine du burlesque comme thérapie, avec la toujours magnifique Nicola Garcia en irrésistible professeur d’amour de soi et le génial Jonathan Cohen, révélé par la mini-série Serge le Mytho, parfait en cancérologue fils à maman désabusé et plein d’humour. Un film imparfait mais terriblement attachant.

Sortie en salles le 8 mars


L'embarras du choixL’EMBARRAS DU CHOIX : « Lamy Ricoré »

Après le navrant Retour Chez ma Mère, le réalisateur Eric Lavaine retrouve la comédienne Alexandra Lamy pour une nouvelle comédie, ratée elle aussi, qui nous conte les déboires d’une jolie quarantenaire incapable de prendre des décisions et donc confrontée à d’intolérables dilemmes dès qu’un choix s’offre à elle. Prise entre deux feux de l’amour, son cœur balance et celui du spectateur chavire bientôt, non pas de bonheur mais de gêne et d’ennui face à tant de situations comiques ratées, aseptisées et téléphonées. Ça ressemble à une bonne comédie, mais en fait c’est fadasse et sans intérêt, comme la Ricoré par rapport au café. Le scénario, plus que léger, n’est qu’un prétexte pour nous servir de la Lamy à chaque plan et c’est vite lassant, malgré la bonne volonté évidente des comédiens.

Sortie en salles le 15 mars


La Belle et la BêteLA BELLE ET LA BÊTE « Elle est où la magie ?»

Disney continue d’exploiter son filon des grands classiques animés déclinés en « vrais films » avec moins de magie, moins de fantaisie, moins de gags, et plus de sérieux, de noirceur, de « profondeur » et d’effets spéciaux spectaculaires. Alors certes, il n’y a objectivement rien à reprocher à l’excellent travail du réalisateur Bill Condom dans ce remake du fabuleux dessin animé sorti en 1991. Rien sauf que toute la magie, la liberté et le légèreté de l’animation ont disparu, et que cette nouvelle version est du coup bien tristounette, prétentieuse et trop sérieuse. Ces nouvelles version filmées des classiques animés Disney, c’est un peu comme découvrir que ce n’est pas le Père Noël qui est descendu de la cheminée, mais Tonton Jacques, déguisé. Ça fait disparaître toute la magie. Et elle est passé où la magie ? Ben à votre avis ?

Sortie en salles le 15 mars


A United KingdomA UNITED KINGDOM : « L’amour comme royaume »

En 1947, Seretse Khama, jeune Roi du Botswana et Ruth Williams, une londonienne de 24 ans, tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Evidemment, tout s’oppose à leur union : leurs origines, leurs cultures, leurs familles, et les lois en vigueur, tant au Royaume-Uni qu’en Afrique du Sud, le grand voisin influent du petit Botswana. Seretse et Ruth vont défier les diktats de l’apartheid, faire face à tous les conservatismes, aux jugements haineux, aux préjugés, aux rejets, au racisme prévalent des deux côtés. En surmontant tous les obstacles, leur amour va ainsi changer leur pays et inspirer le monde. Après le magnifique Loving de Jeff Nichols, voici un autre portrait, classique mais passionnant, et rempli d’émotion, d’un couple mixte face à l’histoire, et d’un amour si grand qu’il peut changer la face du monde.

Sortie en salles le 29 mars


Telle mère telle filleTELLE MÈRE TELLE FILLE : « Fausse couche »

Prenez un formidable duo d’acteur (ici Juliette Binoche et Lambert Wilson), ajoutez-y une jeune comédienne talentueuse et branchée (Camille Cottin), mijotez dans un pitch tendance (ici une parabole comique sur la maternité et le rapport mère/fille), et vous êtes quasiment assurés d’obtenir une bonne comédie sociale. Sauf si, comme ici, le scénario, écrit avec les pieds, se contente d’enchaîner les saynètes navrantes et ridicules, noyées dans un humour pas frais. Mais que sont allés faire ces beaux acteurs dans cette comédie si ratée ? Ont-ils demandé des cachets si chers que la production n’avait plus les moyens de se payer un scénariste ? Franchement un bon conseil santé & bien être : évitez ce film.

Sortie en salles le 29 mars

 


Kankoiça
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