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Alain Henriet roule des mécaniques [ITW BD]

Alain Henriet roule des mécaniques

De la pinup sexy aux avions de guerre, de Golden Cup à Dent d’oursque vous aimiez l’histoire ou la science-fiction, la palette d’Alain Henriet n’a pas fini de nous séduire. Ce talentueux dessinateur a bien voulu nous présenter son travail et son expérience sur quelques-uns des titres qui ont fait son succès. Aujourd’hui, on met l’accent sur une des facettes de son art : la représentation des engins, machines du passé, mécaniques du futur, moteurs du peut-être. Attachez vos ceintures !


JohnDoe_Henriet_BalooPour commencer, peux-tu nous raconter ton parcours, ta formation, nous parler de tes goûts en termes de dessins. Quelles sont tes modèles ou tes influences ?

  • Si on parle d’école j’ai toujours été en option dessin, dès la 2e secondaire. Lors de mes 19 ans je me suis inscrit dans un cours du soir de BD, cours donné par Philippe Foerster et Gerard Goffaux, au cours des métiers d’art du Hainaut près de Mons en Belgique. C’est là  que j’ai eu mes premiers contacts dans le milieu de la BD, avant ça, je ne connaissais personne, mes parents faisaient les marché ambulant, et je passais mon temps entre les clients à servir à dessiner dans la cabine du camion, dès mon plus jeune âge. Nous passions tous nos week-end sur les marchés, et j’en profitais là pour dessiner aussi. Après les secondaire, je suis rentré à l’académie de Liège, mais cela fut vide d’expérience, le seul grand point positif en matière de BD à l’époque, c’est que je faisais ce que je voulais, j’ai donc dessiné à l’époque mon premier album de 30 pages, lorsque j’étais en 3e, Une pizza à l’œil un album édité par Tony Larivière en 1996. Et surtout, c’est dans cette même période que Thierry Tinlot à lancé un concours BD dans toutes les écoles supérieures, que j’ai gagné avec Reno qui lui venait de Tournai, c’est ce qui m’a permis de rentrer chez Dupuis.

Dans Golden Cup, scénarisé par Daniel Pecqueur, tu nous régales avec des véhicules futuristes lancés plein pot dans des courses effrénées. Comment s’est organisée la rencontre entre Daniel et toi ?

  • Oh assez simplement, à l’époque je dessinais  John Doe avec Baloo au scénario, et nous arrivions en fin de trilogie, et les éditions Delcourt m’ont proposé une série de science-fiction qui était lié à Golden City, leurs critère : dessiner de jolies filles et des voitures !

Golden_Cup_Pecqueur_Henriet_DelcourtExplique-nous la création de ces machines. Sur quoi t’appuies-tu pour concevoir leur design ? Jusqu’à quel point es-tu décisionnaire, dans l’esthétique des voitures, par exemple ? 

  • Quand je suis arrivé sur la série je n’y connaissais absolument rien ! Sur ce premier tome, il y a 4 personnes qui ont designé des véhicules dont moi, sur la fin du tome 1 est arrivé Manchu, et c’est lui qui a commencé à designer tout les véhicules, moi de temps en temps j’en faisais l’un ou l’autre que j’incorporais aux autres. Pour arriver progressivement sur les tomes 5 et 6 à que ce soit 50/50 en terme de création de véhicule entre moi et Manchu.

Comment arrives-tu à concilier un dessin réaliste avec un univers ultra-moderne voire inventé ? 

  • Le plus simplement du monde, le fait que les décors aient l’air crédible et réaliste combiné, ainsi que les véhicules, que ça ne fasse pas trop fantaisiste.

Indirectement liée à la mécanique, il y aussi le côté pin-up de certaines femmes présentes lors des compétitions. Est-ce un clin d’œil à l’univers des courses et la vision qu’on en donne ou est-ce encore autre chose ?

  • Comme je disais plus haut quand on est venu me chercher, on m’a clairement dit, Golden Cup, c’est des filles et de la mécanique. J’ai donc suivi le plus simplement du monde le scénario de Daniel Pecqueur. Et comme Daniel a été pilote professionnel à l’époque, il savait ce qu’il fallait mettre dans la série. et c’est toujours plus sympa de dessiner des filles sexy.

Dent_Dours_Henriet_Yann_cycle1À l’opposé (si on veut) il y aussi ton travail sur Dent d’ours avec Yann au scénario. Cette fois tu nous embarques dans une vision historique. Forcément, cela demande de la documentation. Explique-nous comment cela s’est mis en place. Connaissais-tu déjà bien le monde de l’aviation, en particulier celui de la 2nde Guerre Mondiale ? 

  • Un jour le téléphone sonne et c’est le scénariste Yann qui m’appelle, à l’époque c’était pour reprendre la série Buck Danny je me rappelle d’une discussion qui s’est étalée sur deux jours. Après ces fameux deux jours j’accepte de faire un essai avec Yann, mais nous ramenions Buck Danny et ses amis dans leur plus tendre jeunesse, nous nous retrouvions en 1929, durant la grand crise et Buck Danny à 17 ans. Yann avait un super scénario qui expliquait la naissance de cette série en deux albums, mais notre aventure fut de courte durée, elle a duré 3 pages, le projet ayant été refusé par les héritiers, pas de vintage. De là il ne restait plus que Yann et moi et c’est à ce moment là que Yann m’a proposé le scénario de Dent d’ours, le projet fut accepté par Dupuis, et l’aventure s’est mise en marche, le temps que je finisse mes autres séries. Mais de mon côté j’avais envie depuis longtemps d’aborder la seconde guerre mondiale, c’est juste que je n’en avais jamais eu l’occasion. Et c’est avec Dent d’ours que j’ai réellement fait la connaissance de l’aviation ! Et oui cela demande énormément de documentations, j’ai des classeurs complets de recherches en tout genre. J’ai récupéré les classeurs de mon fils et ses intercalaires et j’y ai placé toutes ma documentation.

Dent_Dours_Henriet_Yann_plancheCertains lecteurs nostalgiques retrouveront les frissons de la série télévisée Les Têtes brûlées en voyant les planches du premier album représentant la lutte entre les avions kamikazes japonais et les chasseurs américains. Les lecteurs sont particulièrement impressionnés par des machines comme l’aile volante des frères Horten, les Focke-Wulf Triebflügel à ailes rotatives ou encore le Silbervogel (« l’oiseau d’argent ») capable d’atteindre les États-Unis en une heure. Je répète la question de certains d’entre eux : les avions présentés sont-ils tous authentiques ? Comment les mettre en scène ?

  • Il est vrai que Dent d’ours est un mélange d’avions qui ont existé, d’autres ont été des prototypes, et les derniers n’ont pas dépassé les plans. Mais c’était très amusant de mettre tout ça en image, voir comment ça aurait été si tout avait été utilisé à l’époque. Les avions fonctionnent pour moi tous de la même manière, je parle en vol, donc si vous pouvez en faire bouger un, vous pouvez tous les faire voler !

Quelles sont le difficultés et les plaisirs de ce type de dessin ?

  • La difficulté et les plaisirs sont liés et les mêmes j’ai l’impression, c’est assez difficile de réunir un maximum de documentation sur tout ce que je vais dessiner dans une page, et quel plaisir quand j’arrive au mieux à représenter ce que Yann me demandait dans son scénario, comme un vrai travail de reconstitution historique.

Décris-nous ton association avec les coloristes, je pense notamment à Pierre Schelle ou à Usagi.

  • Sur Golden Cup les couleurs étaient tout simplement dans le suivi de Golden City, lisses et froides. Par contre dans Dent d’ours, nous voulions quelque chose de vieux et d’authentique, que ça sente le vieux, le sale, et surtout le naturel. La coloriste fait un boulot incroyable, j’ai jamais eu autant de bonnes critiques sur les couleurs d’un album. Les gens me parlent tout le temps des couleurs en dédicaces. En fait je passe ma documentation à la coloriste pour qu’elle puisse être le plus fidèle possible aux couleurs des avions et autres uniformes de l’époque, pour le reste, elle fait ce qu’elle veut, et j’en suis tout le temps très heureux.

Dent_Dours_Henriet_Yann_T2Décris-nous ta méthode de travail. Quelles sont tes techniques ou outils favoris ? 

  • Quand je reçois le scénario de Yann, je dessine un mini croquis juste à côté de son descriptif, ça doit faire 1cm2, quand j’ai fini la case, toujours en super petit je fais un plan de la page avec le nombre de case, pour voir comment je vais les disposer. Après je fais un découpage de 10 cm sur 13,5 cm, cela correspond à la diagonale de mes pages qui font 32,5 cm sur 44 cm. Je fais le découpage dans cette mini page de 10 cm sur 13, 5 cm donc et je l’envoie à Yann, ensuite j’agrandi ce découpage à la taille de ma page, et comme ça j’ai les bonnes mesures de mes cases., je pause une feuille A4 machine au-dessus de la photocopie de mon découpage, et je dessine le bon dessin, en me servant du brouillon de mon découpage pour les placements et les proportions. Quand j’ai crayonné toute ma page mais case par case sur des feuilles A4 de photocopie, je les scanne et les assemble sur photoshop, j’imprime l’ensemble en bleu sur du papier Shoeller et j’encre ma page en grand partie aux pinceaux Winsor et Newton N1 avec de l’encre de chine de la même marque.

Y a-t-il un type d’histoire que tu aurais envie de mettre en images? Quels sont tes projets ?

  • Si le scénario est en béton, je suis partant, mes projets sont toujours avec Yann, une nouvelle série se profile après les 6 premiers albums de Dent d’ours.

Merci beaucoup Alain !


Filakter


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