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LES CHRONIQUES DE L’AFFREUX 5

LES CHRONIQUES DE L’AFFREUX

Couverture-Chronique-de-l'Affreux

Dans cette rubrique tour de Babel, je lève aux plus affreux d’entre vous, sans pudeur et sans vertus, sans filets et sans sifflets, le voile sur mes découvertes intimes qui sauront, j’en suis sûr, émoustiller vos pensées et, A + si affinités gustatives, alléger vos larfeuilles vachards.

En somme, une rubrique fourre-tout où vous retrouverez mes conseils du moment, avec son gros lot de bandes dessinées, de curiosités littéraires ou pas et (si si !), de séries télévisuelles… « Brazil », quand tu nous tiens…

Et pour ces cinquièmes chroniques de l’Affreux, sous un ciel gelé qui « freeze » l’absolu, pour cette nouvelle année de joies (espérons-le !), j’ai pensé amener en ces lieux, une sélection hétéroclite qui saura mettre en appétit les amateurs de bonnes surprises… « Happy new year » en chanson, s’il vous plaît !

Chroniques 5 : « Ha ! Qu’est-ce qu’on est serré, au fond de cette boîte, Chantent les sardines, chantent les sardines… »

Eh oui, mes petites sardines, cette année, on se donne la main pour être heureux !  On se touche, on se frotte les arêtes ! Allez, on met la sono à fond dans notre boîte de conserve, les amis, et peut-être, sera-t-on aussi enthousiastes que le turlupin, Patrick Sébastien ! Si on se collait un peu plus aux autres, qu’est-ce qu’on serait heureux… Sans oublier la pêche aux thons… Qu’est-ce qu’on se marre ! Allez, je retourne à notre rubrique livresque avant que certains mauvais esprits ne pensent que les circuits de mon encéphale ont cramé !

Au menu livresque, donc :

corentinEt pour amorcer mon chant, j’ai pensé, comme Christophe Honoré dans Les Chansons d’amour, aller chercher du petit Breton (et pas n’importe lequel, eh), l’orphelin Corentin, héros emblématique des éditions du Lombard, créé par Paul Cuvelier dans les années quarante, qui aura bercé de ses aventures exotiques, les enfances de nos aïeuls. Corentin, à l’instar de Tintin (Cuvelier et Hergé auront, du long de leur carrière, un véritable respect pour le travail de l’autre), est un ado qui n’a pas froid aux yeux… Gamin, il quitte la brutalité de son tuteur breton pour naviguer en mer inconnue et croiser la route des Indes, des Amériques, et surtout, des guêpiers… Cet album hommage est repris en main par Van Hamme, scénariste prolixe, qui aura eu la chance de collaborer avec Cuvelier sur Corentin à deux reprises. Pour leur troisième collaboration, les deux auteurs avaient prévu de nous offrir l’album en question… Mais ça ne se fera pas… Phénix ressuscité de ses cendres, l’album voit finalement le jour en 2016, avec au dessin, cette fois, le talentueux Simon qui rend sacrément hommage à Cuvelier (qui, depuis, repose en paix). Dans cette bande dessinée qui conclue le séjour de Corentin en Inde, notre héros est accusé à tort du vol de trois perles sacrées… Il va devoir mener une enquête pour innocenter son nom et échapper au châtiment suprême. Avec ce tome, on replonge un demi-siècle plus tôt à l’époque de Cuvelier… Du grand classique !

Corentin, Les Trois perles de Sa-Skya, scénario de Jean-Van Hamme, dessin de Christophe Simon, Le Lombard, 17 juin 2016, 56 pages, 14,99 euros.


Elias_Couv_webjpgSur la route de l’aventure, j’ai ensuite croisé le chemin du roi Élias, le maudit. C’est l’histoire d’un vilain roi cupide qui va, tout comme le roi Midas, recevoir une leçon de la fatalité. En effet, un méchant sorcier va s’amuser à échanger son visage avec celui du roi, dérobant ainsi, à ce dernier, son identité et sa toute puissante… D’errances en péripéties, l’homme va devoir trouver sa voie avant de pouvoir retrouver son identité. Mages, bestiaire fantastique et compagnons d’infortune sont au menu de ce tome (classique en devenir de l’heroic fantasy) qui regroupe la trilogie Élias le maudit. On a un malin plaisir à suivre les mésaventures de ce tyran déconfit aux vertus quasi inexistantes… Le scénario sort des sentiers battus du genre… Le dessin tient la route… L’excursion est fort plaisante et drolatique à souhait… Élias, à lire, donc !

Élias le maudit, l’intégrale, scénario de Sylviane Corgiat, dessin de Corrado Mastantuono, Les Humanoïdes Associés, mars 2016, 168 pages, 18 euros.


kick-asswebLoin des sentiers perdus d’Élias, se trouve sur les rayons du box-office, le héros en kit, Kick-Ass, pondu par l’âme retorse de Mark Millar, et les traits fripons de John Romita Jr… Encore un comic book en cet espace, me direz-vous… Mais, eh, que voulez-vous, c’est ce que les Américains font de mieux… Kick-Ass, c’est un ado d’une banalité plus qu’ordinaire qui, la nuit se fantasme (comme Mark et moi, gamins) en train de bondir sur les toits enfiévrés de Manhattan, le cul moulé dans les collants entoilés de Spider-Man. Sauf que Dave, contrairement à nous, poltrons, décide de passer à l’acte et d’aller chasser les vilains. Affublé d’une combinaison verte-grenouille et d’une paire de bâtons, l’intrépide Dave Lizewski, geek suprême, va d’abord en découdre avec les malfrats de son quartier avant d’en prendre plein la gueule avec la mafia… La force de Kick-Ass réside dans l’absurdité de son univers… Ce gamin qui, d’un coup, joue les héros est en décalage total avec la dure réalité de la rue… Car, contrairement aux aventures de Daredevil and Cie, dans la vraie vie, le moindre coup est potentiellement fatal… Dave s’en rend compte très rapidement… Kick-Ass, c’est la mise en abyme suprême du super-héros…  C’est la déconstruction du mythe du super en collants… Et c’est un terrain miné d’humour noir, que seul Millar maîtrise, ce jour, dans le comic book (lisez sa version des Avengers, The Ultimates, et vous me direz). Personnellement, j’ai moins apprécié le personnage de Hit-Girl, la gamine qui se prend pour Deadpool… Avec ses katas et ses flingues à tout-va, elle casse le côté réaliste du comic et nous amène plus dans une resucée ultra-violente des aventures de Batman que celles drolatiques, parce qu’absurdes et décalées, de Dave Lizewski… Il n’empêche, avec son humour grivois digne de Trainspotting (pas de hasard : Millar et Irvine Welsh, les deux auteurs respectifs, sont tous deux Écossais) la  saga, achevée depuis, est l’un des comic books les plus percutants et tordants à ce jour. À lire impérativement en VO pour les privates jokes

Kick-Ass, scénario de Mark Millar, dessin de John Romita Jr, Icon/ Marvel comics, 2008-2014, tomes 1-2-3 (+ le tome Hit-Girl, pas du tout indispensable) disponibles partout neufs ou d’occasion à des prix variables…


death-of-supermanwebToujours chez les super-héros, les classiques cette fois, je vous invite loin des pavés battus par Kick-Ass, dans les cieux azuréens fendus par l’homme de demain, Superman, avec la saga The Death and Return of Superman, parue initialement en 1993 et qui a, à cette époque, cartonnée sur le marché du comic book. Signée Dan Jurgens et une pléiade d’auteurs en vogue (et de talent) à l’époque, l’histoire nous raconte comment l’homme d’acier va trouver la mort face à un monstre aux pouvoirs plus redoutables que les siens. En véritable bouclier, Superman, va protéger de son corps et jusqu’à son dernier souffle, ces humains à qui il a juré fidélité. C’est la première fois qu’un éditeur prend le risque de tuer l’une de ses icônes… Marvel s’inspirera de cet événement et tuera des années plus tard, son vaillant Captain America. La saga de chez DC nous montre un Superman plus humain que super, qui, pour une fois compte plus sur sa volonté que sur ses pouvoirs  divins… S’engage une lutte sans merci contre un ennemi invincible… Suit le retour de Superman (la règle d’or des comic books est que la mort d’un héros reste provisoire, on ne peut pas en dire autant dans nos vies) qui revient sous la forme de quatre avatars aux antipodes de sa droiture. En faux prophètes, chacun prétend être la réincarnation de Superman… On suit leurs envolées messianiques jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour… Je recommande ce pavé aux amoureux des sagas aux mille rebondissements qui se lisent d’un trait et qui n’aiment pas ce que les cinéastes sinistres et sans talent d’aujourd’hui on fait de ces icônes. Un film de super-héros n’est pas un docu-fiction sur le terrorisme, c’est un divertissement censé émerveiller (et nous faire croire qu’un homme peut voler comme a su le faire Christopher Reeve). Les scénaristes de The Death… sont géniaux, plein d’entrain, des idées plein la caboche. Les dessins ne suivent pas toujours (ceux de Bogdanove écorchent les yeux) mais ne gâchent en rien le plaisir… À lire en VO pour l’authenticité.

The Death and Return of Superman, omnibus (2013), scénario de Dan Jurgens, Roger Stern, Louise Simonson, Karl Kesel, Jerry Ordway, dessin de Dan Jurgens, Brett Breeding, Jon Bogdanove, Tom Grummet, Jackson Guice,  DC comics, saga initialement parue en 1993, 1124 pages, le prix varie entre 67 et 95 euros en boutique ou sur Internet selon les vendeurs (un conseil, achetez d’occasion…)


d_auteurwebAprès ce voyage sur les sphères olympiennes, je me suis penché sur les complexes et délicats droits des auteurs de ce monde. C’est quoi un auteur ? C’est un type ou une gonzesse qui pond des idées et des concepts dans des domaines aussi variés que l’image, le son, l’architecture, la poésie, les fringues, et pas que l’écriture contrairement à ce que l’on pourrait croire. Ces gens-là sont protégés par un dispositif juridique appelé le « droit d’auteur » dont la première version, la « Loi de la Reine Anne » pondue en Angleterre, daterait de 1710, et protégeait, selon les historiens toujours (info à prendre avec des pincettes, donc) les œuvres de l’auteur quatorze ans durant. Ce tome 5 de la collection La petite Bédéthèque des Savoirs, associe un spécialiste du droit avec un dessinateur et, ensemble, ils nous offrent ce petit bouquin qui nous défriche, avec malice, un sujet juridique pas franchement bandant. Et pourtant, le duo use d’exemples colorés comme le Schwarzy de Terminator ou les Quatre Fantastiques pour donner vie et dépoussiérer ce sujet de plus en plus épineux… Le livre montre bien le sac de nœuds juridique amené par les nouvelles technologies… Mais, les législateurs ne reculent devant aucun défi pour protéger nos idées les plus saugrenues… Respect donc… Ce tome est forcément moins rock’n’roll que Le Nouvel Hollywood, que j’avais chroniqué dans cette même rubrique… Il n’empêche, si vous avez le cœur à vous plonger dans ce bordel créatif, foncez, lisez, dégustez.

Le droit d’auteur, La petite Bédéthèque des Savoirs, tome 5, scénario de Emmanuel Pierrat, dessin de Fabrice Neaud, Le Lombard, mai 2016, 80 pages, 10 euros.


Le-jeu-des-perles-de-verrewebAprès ce tour de force dans les recoins de la justice, je vous propose une échappée belle dans un autre système de pensée, plus aérien cette fois, celui du Jeu des perles de verre, imaginé par le tortueux Hermann Hesse en 1943. Comme pour tous ses livres, mais encore plus pour celui-ci, il est difficile de résumer le propos du roman ou même de tenter une explication de son fameux jeu (OK, je l’avoue, je n’y ai rien pigé…). Ce qui importe, surtout, c’est de comprendre que les pensées de l’auteur, mystique sur les bords, sont des allégories des domaines spirituels, scientifiques et artistiques. Qu’il s’agit encore là d’un parcours initiatique, celui de Joseph Valet, qui va gravir les échelons de la société ultime pour, non pas gouverner le monde, mais se détacher de ses entraves capitalistes, et peut-être, acquérir une vraie liberté. Hesse imagine un mariage parfait entre la science et le sens du beau, la musique et les mathématiques pour rebâtir les fondements de la civilisation mais aussi de la culture humaine. Moins onirique que Siddhartha ou bien Narcisse et Goldmund, ce pavé est néanmoins l’aboutissement de l’œuvre de Hermann Hesse. Trois ans après sa parution, en 1946, l’auteur a obtenu le Prix Nobel de littérature, c’est pour dire. Ce livre à lire, à relire, à méditer est un compagnon idéal quotidien.

Le jeu des perles de verre, de Hermann Hesse, Le Livre de poche, 693 pages, 8 euros.


Couv_AG_grandeweb« Connais ton ennemi et connais-toi toi-même, et cent batailles ne te mettront jamais en péril ». Voilà une bonne mise en exergue du célèbre traité du sage Sun Tzu. Rédigé au VIème ou Vème siècle av. J.-C. par un mystérieux général à tendance taoïste, Sun Tzu (nul n’a, à ce jour, prouvé l’existence de ce personnage légendaire), ce texte nous livre les secrets de la guerre parfaite, au cours de laquelle le sang versé reste optionnel ; durant laquelle la réflexion est plus importante que l’action ; la brièveté du conflit, dans l’intérêt des peuples, est primordiale. En somme, le contraire des stratégies d’aujourd’hui. Il fait finalement plus écho à la paix qu’à la guerre, car, comme le souligne le traité, une guerre qui s’éternise mène inévitablement à la famine et à l’endettement. Rien de bon ne sort d’un conflit armé :

« Le meilleur général est celui qui vainc sans avoir à livrer bataille » écrit Sun Tzu.

Livre théorique, il s’applique aussi au domaine des affaires (bien souvent à l’origine des guerres), de la politique et de la société. La présente édition qui, dans son introduction, replace le traité dans son contexte historique est illustrée en couleurs par Giuseppe Castiglione, peintre, au dix-huitième siècle, à la cour des empereurs de la dynastie Qing.

Un indispensable pour les excités de la détente.

L’Art de la Guerre, de Sun Tzu, traduction Philip J.Ivanhoe, Synchronique Éditions, 168 pages, 12,90 euros.


show-me-a-herowebPour boucler cette boucle manuscrite, j’opte pour une mini-série inspirée de faits réels, aux ressorts politiques et sociaux, Show Me a Hero, avec en rôle-titre, le nébuleux et très habité, Oscar Isaac, qui, plus qu’un héritier d’Al Pacino, est un acteur au jeu trouble et inédit qui puise dans les tréfonds de nos âmes ses plus noires inspirations…

« Show me a hero and I will write you a tragedy » Francis Scott Fitzgerald.

La série, mise en scène avec réalisme par le scénariste (entre autres pépites) de Million Dollar Baby, Paul Haggis, est ancrée au cœur de la ville de Yonkers, située en banlieue de New York, cité où les inégalités sociales et les conflits raciaux sont banals. Le pitch ? Les années quatre-vingt… La justice ordonne aux élus de la ville de Yonkers de construire des logements sociaux (comme nos HLM)  ailleurs que dans ses quartiers pauvres dans le but de favoriser la mixité sociale. Des politiques s’y opposent et font tout pour bloquer le projet. D’autres tentent, malgré les opposants, de faire appliquer la loi. C’est le cas de Nick Wasicsko (Oscar Isaac), ancien flic, élu et, plus tard, maire de la ville, qui va tenter, à sa mesure, de faire construire ces habitations.

On a le héros que l’on mérite, et le héros de ces gens est cet homme tour à tour combattif, passif, et dépressif. Les plus riches, ces travailleurs blancs qui n’ont jamais rien à se reprocher, s’opposent à l’invasion des classes pauvres, aux couleurs de peau ombragées. On suit, dans ce récit, la pérégrination de plusieurs personnages représentatifs des divers milieux sociaux, politiques et communautaires et surtout une réflexion profonde autour de l’habitat, du droit au logement, à la vie, à la tolérance…

Chez nous aussi, en France, l’inégalité face au logement est de mise. Quand on sait que les plus démunis sont sur des listes d’attente depuis des années pour obtenir un HLM alors qu’ils ont été reconnus prioritaires par la loi (DALO), tandis que des élus et autres nantis pistonnés se voient octroyer ces mêmes logements destinés aux plus pauvres, il y a de quoi enrager.

Show Me a Hero, une série engagée, critique, en colère, mais avant tout humaniste pour ceux qui veulent ouvrir un peu plus grand les yeux sur nos cruautés journalières.

Show Me a Hero, série américaine créée par David Simon, William F.Zorzi avec Oscar Isaac, Alfred Molina, Winona Ryder, Catherine Keener… Saison 1, 06 épisodes, 52 minutes. Diffusé sur HBO en 2015.


That’s all for now, folks…


L’Affreux, aka Arnaud Delporte-Fontaine, illustration de Bertille Delporte-Fontaine

 

 

 


Kankoiça
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