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La Diar(rh)y #8

La Diar(rh)y #8

Voilà, c’est fini, comme dit la chanson. Pour conclure cette diar(rh)y an(nu)ale, une ultime ration pour une année qui ne fut ni meilleure ni pire que les autres sur le plan(plan) planétaire, avec son lot d’ignominies mais aussi de merveilles, et puis toute cette fantaisie dont l’humain sait faire preuve, et qui ne connait ni limites morales (surtout pas les sinistres convenances) ni limites géographiques (et internet est devenu l’universalisme où s’expriment et s’échangent ces innombrables fantaisies qui mettent un peu d’absurde et de poésie dans cette médiocratie criminelle qui nous sert de camisole de force sociétale). Merci à ceux qui l’on lue, en espérant qu’elle leur a (sou)tiré quelques sourires, les a fait parfois (un chouia) réfléchir, et puis qu’elle les a de temps à autre éclairés ou consolés, enfin arrachés une émotion quelconque. Car si au commencement était l’émotion disait Céline, et non le verbe comme le prétendait la Bible, je crois deviner qu’à la fin il ne reste aussi plus qu’elle. Et c’est très bien ainsi.

 

Diarrhy illustration 1 - copie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 novembre. Bon alors, comme d’habitude ici, résumé du débat des primaires de la droite (le second) : « Yaka, faukon ». Voilà, c’est tout. Ah si quand même une petite chose, parmi d’autres absurdités émises par nos 7 substances grises. Pour empêcher que des terroristes du terroir (des terroiristes) web-djihadisés fassent des attentats chez nous, fermer les frontières (!!!). Les amateurs de Groucho Marx et d’UBU ont donc passé une bonne soirée de détente

10 novembre. Question du jour : pourquoi « apporter des solutions » à un problème c’est le résoudre et pas le dissoudre ? Je ne m’explique pas cette anomalie terminologique. Oui, vous me direz qu’il y a plus grave, mais certainement pas de se demander pourquoi Trump a gagné, puisque c’est à l’évidence ce qui tient lieu de sujet de discussion ces jours-ci. Pour le savoir, il suffit de regarder l’état d’abrutissement généralisé dans la culture yankee a tenu sa population. Et quant à ceux qui se lamentent d’avoir un tel énergu-man à la tête de la première puissance du monde, je leur rappelle qu’il y a peu il y avait Georges Bush Jr. Rappelez-vous, pas un beauf non, un ahuri absolu qui a plongé le monde dans le chaos. Alors les velléités de remplacer la guerre par le commerce de Trump, je dois dire que sans partager en rien la vision du monde de cet olibrius, ça aurait plutôt tendance à me rassurer. Même les plus Obamolâtres (je rappelle que dès son élection en 2008, j’émettais dans la Diar(rh)y alors publiée dans Xroads, plus que des doutes sur le caractère révolutionnaire et salvateur de cette arrivée d’un noir à la maison blanche), admettront que sur le plan des relations internationales, leur idole laisse la planète dans un sale état. C’est vrai qu’il a plutôt fait preuve de retenue dans l’engagement de son pays dans les conflits qui truffent la terre, mais franchement, il s’est révélé un piètre négociateur et d’une totale inefficacité pour faire progresser la paix où que ce soit. Il est vrai qu’il y a un goût pour se foutre sur la gueule et se faire sortir la tripaille chez l’humain qui est difficile à contrer avec des arguments de raison. En fait, avoir un avis sur ces questions de là où nous sommes, tient plus de la fabulation poétique qu’autre chose, mais c’est toujours mieux que l’affabulation politique que les médias nous servent à jets continus.

Diar(rh)y #8 12 novembre12 novembre. Portait télévisuel de Romy Schneider. Un document intéressant. Pas tant pour sa qualité intrinsèque (d’une niaiserie qui, hélas, est devenue la marque de fabrique de ce genre de narratifs visuels) ni même pour la qualité intrinsèque de Romy Schneider (quel gouffre toutefois entre cette femme tourmentée et ces innombrables « actrices » qui gangrènent le cinéma depuis 20 ans) que pour se rendre compte dans quel univers machiste elle a dû vivre et travailler. Supposée jouer dans des « films de femmes », elle jouait en réalité dans des films de bonhommes, et le cinéma de ces messieurs était typique d’un sexisme qui faisait des « femmes » des êtres mystérieux, énigmatiques, des animaux sauvages qu’on ne parvenait pas à domestiquer, des choses précieuses qu’on se faisait voler, bref une réification sous couvert, pour créer un néologisme opportuniste, de rein(e)ification. Elle n’est pas morte que de ça, mais certain que ça n’a pas aidé à la faire vivre.

Diar(rh)y #8 14 novembre14 novembre. Leon Russell est mort. Quand j’avais 12 ans, il représentait pour moi l’épure de la classe scénique. Je l’avais dkouvert dans une capture live de « The Letter », vue à la télé, et où sa silhouette altière, coiffée d’un improbable haut de forme d’où s’échappait en flots sa longue chevelure blanche, accompagnait Joe Cocker de son jeu de piano si singulier, syncopé, heurté et bourré ras la gueule d’un feeling qui vous donnait une envie irrépressible de remuer. En 2010, son album avec Elton John montrait un surprenant retour en (haut de) forme, tout au moins musical, car on sentait le bonhomme physiquement assez diminué. La suite confirma. Elles s’en vont les unes après les autres les idoles de notre adolescence. Et l’on sent bien qu’on va les suivre d’ici peu. Et cela, ne le cachons pas, ébranle nos sentiments d’immortalité qui se tapissent, ne le nions pas, quelque part au fond de nos raisons défaillantes, et que nous attribuions aussi à ces aînés, de si peu nos aînés et qui partent pourtant déjà, à un âge avancé, où l’on part, raisonnablement.

Diar(rh)y #8 19 novembre19 novembre. Mag(nif)ique concert (gratuit) de Billie Brelok hier soir dans une Bibliothèque (au joli nom de François Villon). Grande malgré sa taille (modeste), modeste malgré son talent (grand), cette rappeuse de Nanterre d’origine péruvienne (je le précise car elle le revendique, et plusieurs de ses textes sont « dits » dans sa langue originale) mériterait de devenir un phénomène de grande ampleur. Sa présence, sa pogne, son énergie, sa rudesse, son intransigeance, la pertinence de ses textes et l’enrobage musical approprié que lui concocte son acolyte didaï, qui l’accompagne aussi sur scène (il y a avec elle ce soir-là un guitariste et un bassiste qui donnent à mon tout une puissance et une richesse sonore à faire pâlir la concurrence), bref tout ce bel agencement ne devrait pas rester sans écho, ou alors c’est vraiment à désespérer.

Diar(rh)y #8 21 novembre21 novembre. Hier je mets sur ma page facebook une affiche incitant à « lire dans son caca » plutôt que d’aller voter aux primaires de la droite, et ce matin qu’est-ce que j’apprends ? Que le vainqueur s’appelle Fillon. On dira ce qu’on veut, moi j’y vois un signe.

23 novembre. Parfois une phrase nous traverse l’esprit sans que l’on sache si elle est d’une fulgurante clairvoyance ou d’une désolante opacité. Aujourd’hui, ce fut « la peur est le sourire du diable ». Suis pas encore fixé. PS. En la relisant à l’heure d’envoyer cette diar(rh)y au grand ordonnateur, je penche pour la clairvoyance. Hélas.

24 novembre. L’université m’écrit pour me demander de « réveiller l’entrepreneur qui est en moi ». Non, franchement, je préfère le laisser roupiller.

Diar(rh)y #8 25 novembre25 novembre. Un joli détournement d’une affiche interdite parce que choquante et qu’ils ont remplacées par la pitance sexiste habituelle empruntée au porno mais même pas assez honnête pour en être. Tartuf(f)erie quand tu nous tiens.

 

26 novembre. Mort (annoncée, non survenue, car si ça se trouve, le corps est froid depuis belle lurette) de Fidel Castro. Bon, finalement, ce qui est réconfortant, c’est que malgré sa mort, ça n’empêchera pas PPDA de l’interviewer. Pour le reste, la bienveillance dont bénéficie l’ex leader massimo (même si l’on dit que cette dénomination n’était pas de lui) de la part d’une partie de la gauche française (dont Jean-Luc Mélenchon, ce qui ne me dissuadera pas pour autant de contribuer à sa campagne) laisse tout de même un peu pantois. Je sais bien que l’on fait, rétrospectivement de même avec nos héros historiques, ainsi l’auteur de ces lignes a un penchant d’indulgence bien grand pour le leader Maximilien, à qui la fin de carrière de guillotineur (peut-être pas en chef mais en tout cas pas en retrait) ne parvient à effacer (à mes yeux) la puissance émancipatrice qu’il représente dans l’histoire de l’humanité. Mais disons qu’on leur accorde le bénéfice non pas du doute mais de l’époque, ce qui ne peut être attribué au barbu cubain cigarophile. En fait, tous ces hommages, ces positionnements à charge ou à décharges, ces apologies ou ces condamnations paraissent de pitoyables pitreries rhétoriques dont on aurait intérêt à débarrasser la parole.

27 novembre. Juppé battu par Fillon aux primaires de la droite 34% contre 66%. C’est une langue riche le français. Pour chaque événement, il y a toujours une large gamme de mots à notre disposition. On ne sait jamais lequel choisir. Ainsi ce soir, on hésite entre « raclée », « branlée », « dégelée », « dérouillée », « rossée », « tripotée », et mon préféré, « dkulottée », pas seulement parce que je peux y glisser un dk que parce qu’il s’y insinue une sémantique érotique qui met un peu de fantaisie dans ce glauque cérémonial.

Diar(rh)y #8 28 novembre28 novembre. Joe Corre, le fils de Malcolm McLaren et de Vivanne Weswood (je ne savais pas qu’ils s’étaient reproduits ces deux-là) procède à bord d’une péniche  sur la Tamise à un autodafé d’une malle de diverses bricoles punks qu’on dit valoir (enfin, avant réduction en cendres) 6 millions d’euros. Propos scandalisés de certains, à l’exception on le remarquera, de l’un des initiateurs du mouvement en question, Mark Perry, qui dit à juste titre n’en avoir rien à foutre. Alors que fleurit sur le mouvement une végétation verbeuse plutôt gerbante, et qui se sert du punk pour narrer des anecdotes d’un inintérêt cosmique, cela aura été le seul acte punk de cette année de commémoration. A ce propos, la revue l’INqualifiable vient de sortir son numéro Spécial Punk pour lequel, après de longues hésitations (voir Diar(rh)y du mois dernier) j’ai fini par écrire un texte. Un texte pour expliquer que je ne veux pas écrire sur le punk. Allez comprendre. Décidément l’INcohérence aura été une de mes tares existentielles (une de mes, car j’en ai bien d’autres). Et la vanité aussi. Car qu’est-ce d’autre que de la vanité d’y aller de son petit pensum personnel alors que l’on estime inutile cette littérature amphigourique mais qu’on sent une fierté à voir son nom figurer parmi les contributeurs ? La vanité de celui qui sait qu’il va mourir et qui laisse des petites traces ci et là en espérant, le benêt, qu’on ne l’oubliera pas tout à fait.

30 novembre. Une vidéo circule sur le net où le petit François (Fillon) est pris les doigts dans la confiture du MEDEF, lors d’un grand oral devant un aréopage de patrons, à qui il annonce rien de moins qu’un passage en force de toutes ses mesures les plus anti-sociales durant l’été qui suivra(it) son élection. Il utilise même le terme, insensé dans la bouche d’un politique français, de « blitzkrieg ». C’est ce qu’on appelle une dklaration de guerre sociale. Il va l’avoir sa blitzkrieg. Mais ce sera plutôt Koursk que Barbarossa, faisons confiance à Martinez, qui sera son Gueorgui Joukov. On rappelle que la blitzkrieg est définie comme une « guerre de pénétration rapide et de destruction ». Moi qui dénonçais dans la dernière diar(rh)y l’utilisation de la sodomie dans la métaphore politique et sociale chez les humoristes, voilà que Fillon s’y met en y ajoutant la métaphore guerrière. Surement le nom qui veut ça.

1er décembre. Le Canard Enchaîné révèle que François Fillon, vous savez l’austère chevalier du libéralisme à la figure triste, touche une moyenne de 18 000 € par mois en tant que salarié d’une boîte bidon (c’est une boîte ou un bidon s’écrie le lecteur tatillon ?) qui porte le nom de 2F Conseil (devinez pourquoi 2F… ah merde vous êtes forts), en fait une couverture pour toucher la bouillote d’argent que lui rapporte ses prohibitives conférences données… enfin vendues, un peu n’importe où dans le monde, et quand je dis « n’importe où » c’est vraiment « n’importe où », ne rechignant pas à faire part de ses lumières éblouissantes à des régimes obscurantistes comme ceux du Kazakhstan. Bon, étant donné que cette florissante entreprise n’a qu’un seul salarié, lui-même, ça ne rassure pas sur sa capacité à créer de l’emploi si, par malheur, l’inconséquence électorale venait à le porter à la tête de ce pays. Mais on dira que je chipote. Quand même, ajoutées à son indemnité parlementaire (un peu plus de 5000 € mensuels), voilà qui fait désordre quand on se fait le chantre de l’austérité. Sûrement une manière d’illustrer l’adage « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Bref, amateurs de cuisine fessière, réjouissez-vous, arrivage des premières casseroles au cul de Mr Fillon.

2 décembre. Dans les journaux, on peut lire que François Hollande ne « briguera pas un second mandat ». Il y a dans « briguer » cette sonorité particulière qui le rapproche du mot « brigand ». A la limite, il semblerait presque plus exact de dire qu’il ne « brigandera pas » un second mandat. Les raisons qu’il donne à cette renonciation sont d’ailleurs bien absconses. Il faut dire qu’elles ne peuvent être que fallacieuse. La véritable est qu’il s’épargne une humiliation historique dont son ego ne se remettrait pas. Car il sait bien le mandataire, que ses mandants ne voudront pas lui remettre un nouveau mandat en mai prochain, qu’ils pensent qu’il les a grugés, qu’il a usurpé sa fonction en se parant de vertus et d’intentions qu’il ne possédait pas. Plus qu’un brigand finalement, c’est bien à l’éternelle catégorie des tartuf(f)es à laquelle nous avons ici affaire. Décidément, un éternel recommencement.

Diar(rh)y #8 3 décembre3 décembre. Vu « La sociale », film sur la création de la Sécurité Sociale, justement dans le viseur du nouveau sniper de la droite, Herr Fillon. Devrait être remboursé par la Sociale justement, afin de lutter efficacement contre les risques de fillonite aiguë du printemps prochain. L’occasion de dkouvrir un oublié de l’histoire politique de ce pays : Ambroise Croizat, que mon père m’a dit hier soir, avoir failli rencontrer le 1er mai 47 pour lui être présenté en tant que meilleur apprenti des ateliers de Nevers !!! Mais voilà, cet idiot n’avait, dit-il, pas été averti, et du coup s’est fait rudement engueulé le lendemain par son chef… et hier soir par moi, qui aurait adoré avoir un témoignage de première main sur le bonhomme dont on tresse des lauriers tout le long du film, qui a l’air effectivement un type sensationnel, aussi bien sur le plan politique que personnel (l’amour que lui porte sa petite fille tire des larmes). Comme quoi la grande histoire nationale peut parfois rencontrer la petite histoire familiale au détour d’un événement apparemment insignifiant.

Diar(rh)y #8 4 décembre4 décembre. Gotlib est mort. Enfant, j’ai dkouvert le fou rire avec lui. Ça crée des liens. Et même pendant mes interminables 12 semaines de classe à Libourne*, je me souviens que nous assassinions notre ennui vespéral dans l’enclos glacial qui nous servait de chambrée, avec les tomes de la Rubrique à brac que l’un de nous avait glissé dans son barda (ça pourrait bien être moi mais je n’en jurerais pas). C’était comme un hublot vers notre liberté perdue. Il fait partie de ces gens dont on peut dire qu’il y eut un avant et un après eux. Ils ne sont pas si nombreux et on se sent toujours redevables à leur endroit.

*Pour les plus jeunes, j’évoque ici cette chose d’antan, apparemment partie pour redevenir d’avenir, et que l’on appelait « le service militaire » et qui renaîtrait dit-on sous le nom de « service civil », ce qui est quand même un peu se foutre du monde mais je ne veux pas m’étendre.

5 décembre. J’ai l’impression que beaucoup ces temps-ci ont oublié que Descartes a dit « Je pense donc je suis », pas « Je pense à qui je suis donc je suis ». Parce que pendant que tu penses à qui tu es, tu n’es personne justement. Mais tout de nos jours concourt à nous faire douter de qui l’on est pour nourrir ceux qui font métier de soi-disant nous l’enseigner, par le truchement de guides, de magazines ou de consultations… payantes bien sûr. Et les réseaux sociaux sont devenus des immenses aires de « je » en quête de (re)connaissance. Mais rassurons-nous, avec le temps et les handicaps apportés par les années, les affres du « qui je suis » s’estompent car la réponse devient alors lumineuse et terrifiante : « un rien éphémère et insignifiant ». Alors vient le temps du « faire ». Quand on pense que les révolutionnaires de 1789 avaient majoritairement entre 25 et 35 ans, on se dit qu’heureusement qu’à l’époque on ne passait pas 20 ans de son existence à se poser des interrogations existentielles sur l’être et que l’on se préoccupait de faire dès l’entrée dans la vie adulte.

8 décembre. L’héca-tombe se (et nous) poursuit. Après Keith Emerson en mars dernier c’est Greg Lake aujourd’hui. ELP n’a jamais eu bonne presse dans le milieu des rock critics et des amateurs de rock-le-vrai-le-pur, mais comme je l’écrivais dans la Diar(rh)y lors de la disparition d’Emerson, et comme je suis heureux de le lire (en d’autres termes) sous le clavier de Mark Perry, il y avait dans ce groupe une énergie débridée et une inventivité qui faisaient tolérer leurs pesanteurs classico-casse-bonbon. Et puis la voix de Greg Lake, éternellement associée aux premiers King Crimson, et qui, quand elle trouvait l’occasion de s’exprimer dans ELP, filait son pesant de frissons, comme dans le magnifique « Take a Pebble ». Bon, je ne vais pas en remettre une couche sur ELP, mais si ça peut en conduire certains à confirmer à leurs yeux que j’ai des goûts de chiottes et à d’autres que finalement je ne suis pas facile à cerner, et qu’au moins ce n’est pas de sectarisme dont on peut m’accuser, ce sera toujours ça de pris.

9 décembre. Il y a deux sortes d’individus. Ceux qui aiment résoudre les problèmes et ceux qui aiment les créer. Mais il n’y a pas symétrie en la matière, car les premiers aiment moins les résoudre que les seconds aiment les créer. Et les premiers se passeraient même volontiers des seconds pour s’occuper de choses plus intéressantes que résoudre les problèmes qu’ils ont créés. Bref les seconds me font chier.

Diar(rh)y #8 10 décembre10 décembre. Quand on veut s’inscrire sur les listes électorales, on nous demande si on est un robot. Parce qu’il y a des robots qui essaient de se faire passer pour des humains et voter aux prochaines élections ? Damned ! Si je sais cela, c’est que cette année, enfin la prochaine à l’heure où j’écris ces lignes, je compte bien aller voter et faire mentir mon abstentionnisme chronique, que dis-je, itératif, subintrant même. Pour réussir ce prodige, il a fallu enfin quelqu’un qui parvienne à activer cette mécanique, étrange et chez moi chancelante, qui est le sens civique, le devoir d’électeur, le droit du citoyen, appelez-ça comme vous voulez, et qui me paraissait uniquement se contraindre à participer à cette machinerie sociale dont j’exècre pratiquement tout. En cela, je me suis toujours inscrit dans l’école de pensée d’un Gustave Mirbeau, dont La grève des électeurs fut longtemps mon unique manifeste (y compris au second tour de l’élection de 2002). Ce quelqu’un n’est finalement pas le responsable, puisque ce qui m’emporte dans cette aventure, c’est qu’il est l’émanation d’un mouvement collectif et indépendant d’une logique de parti (et parti-sane) et dans lequel figurent assez de préoccupations personnelles et de perspectives politiques qui me conviennent pour que je passe le pas de l’isoloir. Bon, pour les curieux, ce quelqu’un c’est jlm, plus connu sous le nom de Jean-Luc Mélenchon, le mouvement c’est la France Insoumise et le programme L’avenir en commun. Si la diar(rh)y avait passé l’année, je vous en aurais dit plus sur mes débuts dans la distribution de tract et le militantisme hésitant, mais cela restera à l’état d’ébauche. Les chances d’inverser le scénario catastrophe annoncé (un second tour entre Droite extrême et Extrême droite) est mince, mais cela vaut la peine d’être tenté, puisque de ma vie je n’avais eu à ce jour d’agencement dans lequel je me sentais autoriser à déroger à mon abstentionnisme forcené. Respirons au moins quelques temps l’air plus pur de l’utopie et tentons le sort.

Diar(rh)y #8 11 décembre11 décembre. Comme pour mettre en actes sans tarder mes résolutions de la veille, me voici sur le trottoir d’un vide-grenier à distribuer, pour la première fois de ma vie, des tracts pour jlm2017. Etrange impression que celle d’être novice et pris au dépourvu devant les questions des passants, plutôt bienveillants mais légitimement sceptiques. Je vais devoir progresser dans la discipline du « distribué de tracts » pour être crédible. Bon, s’y prendre en plein hiver, peu couvert, et l’estomac vide, c’est cumuler les obstacles, mais pour que le geste soit glorieux, il faut bien un peu souffrir. Et comparées aux vraies souffrances endurées par tant, les miennes sont on ne peut plus légères.

12 décembre. Phrase du jour : « Les parents nous créent, à nous de nous inventer ». Il faut bien dire que ces salauds font souvent leur possible pour nous en empêcher. Et je crains que les miens y soient arrivés. Et à l’âge que j’ai, il me faut inventer avec des restes, ce qui ne promet rien de bien fameux.

24 décembre. En fait l’enfer ce n’est pas les autres, c’est la somme arithmétique de chacun des autres. Pas meilleur moment pour que cette phrase, qui me semble avoir toutes les qualités nécessaires pour devenir maxime, s’impose à mon esprit. Ces festivités que j’appellerais tristivités ou même funestivités, sont l’occasion de l’application du paradoxe d’Abilene, qui désigne ce que l’on fait sans envie, uniquement parce que l’on pense que les autres en ont envie, alors qu’en fait personne n’en a envie, et le font pour la même raison. Et ça donne ces réunions plombées d’hypocrites convenances aux sourires faux et forcés et aux propos fielleux enrobés de courtoise amabilité, où tout le monde s’ennuie et se jure ne plus jamais supporter tout en sachant que l’an suivant il sera là, à compter les rides et les embonpoints des autres et en oubliant les siens. On me dira qu’il est des familles où cela se passe autrement. Certes, mais comme notre grand philosophe du XXème siècle, Michel Audiard, je répondrais que « oui, il y a aussi des poissons volants, mais qui ne constituent pas la majorité du genre ».

26 décembre. Je dkouvre un dessinateur islandais du nom de Hugleikur Dagsson. Longtemps qu’en matière de dessin, quelque chose ne m’avait autant plu. Une sorte de vision LD’* sociale). En plus le « minimalisme » des dessins me plait bien sûr énormément (même plus que celui des dessins de LD’). Vivement une parution française. Pour vous faire une idée, un dessin quelque part par-là autour. On espère une édition française un de ces jours, mais vu le niveau de l’édition dans la BD française, j’en doute.

* LD’ est une série de 3 BD à base de strips minimalistes, des 3 cases comme on dit, où je m’occupais des textes quand Jean-Pierre Duffour, qui ne pense plus nécessaire de me donner des nouvelles depuis de longues années, des dessins. On doit pouvoir encore en trouver ici ou là, neufs je ne sais pas mais d’occasion sûrement, sur les sites où l’on refourgue ce qu’on n’aime plus. Le titre exact de la série était Les ruminations de LD’ et Rackham les avaient édités (pas de nouvelles d’eux non plus, quand je pense comme dans ce milieu de la BD c’est réputé être l’ambiance amitié et tout et tout, je ne dois pas avoir le profil, ou être trop con à leur goût, ou pas assez affranchi à leurs yeux, l’éternel « culturacisme » de toutes les tribus artistiques qui ne valent pas mieux que les beaufs qu’ils dénigrent à longueur de BD).

31 décembre. Bon, l’année s’éteint. Ces bornes temporelles que l’humanité a instaurées, prennent une valeur de repère quasi-religieux dans l’esprit de beaucoup, même de ceux qui se disent athées et qui trouvent là, même pour s’adonner à quelques ripailles copieusement arrosées, une ritualisation de substitution à celles que la foi ne leur offre plus. J’ai toujours considéré cet épilogue calendaire comme une occasion de faire un retour sur ce qu’on a fait de sa vie durant l’année. Je garde pour moi ce qui concerne la valence personnelle et sentimentale pour n’en aborder que la valence diar(rh)ique. J’ai trouvé un certain plaisir à mettre en mots et choisir les angles singuliers pour relater ce qui captait mon intérêt, mon attention, en sachant que la limite de cet exercice se trouve dans la partialité assez fâcheuse des sujets traités, certains, omis, étant d’une importance autrement plus essentielle que ceux qui s’y trouvent. Mais c’est un trait commun à l’exercice alors je n’en éprouve pas plus de remords que cela. En tout cas, avoir retrouvé le chemin lexical et syntaxique de la hargne sociale, n’aura pas été le moindre des miracles qu’aura produit en moi celle qui a permis ma (re)naissance et qui se reconnaîtra.

Post-Scrotum. Pour ceux qui souhaiteraient continuer à lire ma prose (aucune idée s’il y en a, j’hypothèse), déjà merci de l’intérêt (comme je ne le sais pas, je ne peux dire que cela me fait plaisir, mais soyez sûr que si je le savais, cela me ferait plaisir) pas de support précis à leur donner hélas. Déjà il y a Forgotten Songs (https://dkandroughmix-forgottensongs.blogspot.fr/) et Scoptophilia (https://scoptophilia.blogspot.fr/), deux blogs consacrés respectivement à des vieilleries musicales et l’image du corps, mais attention en anglais. Sinon Quetton Larttotal m’abrite fidèlement dans son numéro annuel, la revue L’Inqualifiable semble accepter de le faire aussi, et, en guise de projets d’édition, je vais continuer à travailler sur un Lexique pour le XXIème siècle (dont les premiers mots sont justement parus dans les deux derniers Quetton), et tenter de faire paraître le 3ème tome de mes carnets (après Chez les tartuf(f)es et Représaille) intitulé Carne (prononcer à l’italienne) intime, ainsi que l’ensemble des diar(rh)ys écrites depuis 25 ans sur divers supports (New Wave, Crossroads/Xroads, Brazil 3.0) et, pourquoi pas, ce 1968-77 : une décennie d’albums – De « Good Vibrations » à « Anarchy In UK », chroniques d’une sélection de discographies (albums, dont pas mal sont parues dans les Learning to Fly de Crossroads/Xroads et dans 1960-2009 Les 800 albums essentiels), même si, en écrivant ces lignes, je suis assez circonspect sur les chances de trouver des éditeurs pour tous ces projets. Mais bon, la grande faucheuse approche, j’ai l’impression d’entendre le pas lourd de sa monture et le scintillement de sa lame arquée, il va me falloir me guérir de mon dilettantisme, de mon caractère velléitaire et de ma tendance à la procrastination, si je ne veux, sur le plan de l’écriture, n’avoir à l’heure de mon trépas, que l’image d’un épouvantable ratage, un fiasco co(s)mique. Espérons qu’au moins cela me fera mourir de rire.


dkelvin


Kankoiça
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