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La sélection Bandcamp de dk #8

La sélection Bandcamp de dk #8

Je ne vous cache pas qu’en débutant cette 8ème livraison de la sélection Bandcamp, je me demande si elle a déjà fait vendre le moindre disque et même fait dkouvrir le moindre musicien ou groupe à qui que ce soit. Mais comme l’espoir fait vivre et que la boite de Pandore est déjà vidée, espoir compris, depuis longtemps, je rempile. Ce mois-ci, encore du varié, mais pas de l’avarié croyez-moi, avec du Doom (Stoner Woman), du rock lo-fi (Fond Han), et du punk (Dyscontrol).


 

bandcamp8-stone-womanCommençons avec du doom metal old school (rien que la pochette le laisse deviner). A première écoute, on sent l’influence Black Sabbath matinée de Black Widow (d’ailleurs leur précédent EP s’intitulait Black Widow) et autres combos seventies gothiques bien marqués chez ces natifs de Virginie. Mais rapidement vient à l’esprit une autre référence, nettement moins vieille école, puisqu’il s’agit des géniaux Acid Bath (pour les moins affranchis, un groupe sludge de Louisiane du début des années 90 et dont le premier album When The Kite Strings Pop n’est rien moins qu’un des cinq ou six meilleurs albums du genre). Bien sûr la voix, assez proche de celle de Dax Riggs, contribue à la ressemblance mais pas que. Non, il y a une atmosphère poisseuse et étouffante assez comparable chez Stone Woman. Le groupe est toutefois moins porté sur le death et reste splendidement princier sur le somptueux « Shallow Grave », qui rampe comme un python sur le corps nu d’une jeune vierge sacrifiée à quelque culte occulte. Pas très « Osez le féminisme » mais tant pis. Bref on attend un de ces jours (enfin un de ces sabbats devrais-je dire) un album complet car une fois de plus on doit se satisfaire d’un EP et de 4 titres qui, bien qu’excellents, laissent sur leur faim. Un groupe qui a tout pour devenir une tête de bouc du mouvement.

Stone Woman, « Closer To Death » (ici)

 

bandcamp8-fond-hanBon, si vous vous fiez au premier morceau (« Rink Brat ») de cet album, vous allez penser que vous avez affaire à une sorte de croisement entre Naked City et Anal Cunts, bref du noise jazz extrême dkonstruit au bulldozer. Mais en fait pas du tout du tout (ils remettent toutefois le couvert deux fois sur des éjaculats sonores d’une minute environ au cours de l’album). Ces 56 secondes terminées, commence en effet tout autre chose, une sorte de rock mélodique lo-fi à la Grass Is Green ou à la Kal Marks, comme les USA (eux sont du New Jersey) nous en offrent pas mal ces temps-ci (tant mieux j’adore). Par rapport à leurs colistiers du genre, Fond Han est plus radical, plus complexe aussi au niveau mélodique, avec, pour point commun, cette façon nasillarde de chanter qui en exaspère tant mais qui participe au charme que je leur trouve. Thomas Baumann est l’artisan-opérateur de cette architecture sonore (non seulement il chante, tient la guitare mais aussi la batterie). D’ailleurs l’intitulé Fond Han se résume à un duo où l’on trouve aussi une bassiste-keyboardiste du nom de Kira McDonald, avec quelques invités venant apporter ci et là leur contribution à l’édifice. En tout cas, ce garçon mérite notre respect. Maintenir cette relation particulière entre soi et les autres via une musique qui peut tant paraître appartenir à une époque révolue, est méritant, vaillant, héroïque même. D’autant qu’il y instille cette dose d’émotion sans laquelle honnêtement, et j’en conviens c’est un prisme critique qui peut agacer, je ne suis plus capable d’apprécier quoi que ce soit. L’album est court (une vingtaine de minutes). A noter qu’un mois après la sortie de ce mini-LP, ils ont publié sur Bandcamp un extraordinaire morceau intitulé « Ughed », enregistré avec un membre de Grass Is Green (tiens tiens) et un de Two Inch Astronaut. A acquérir à tout prix pour ajouter à ce superbe nuage fictif (Sham Cloud).

Fond Han, « Sham Cloud » (là)

bandcamp8-dyscontrolLongtemps que je n’avais rangé un album sous l’étiquette punk (quelle horreur ces étiquettes, mais un temps totalement hostile à ce genre de vice taxinomique, je m’y suis assujetti par commodité, mais aussi, soyons honnête, par faiblesse). Pourquoi punk ? Parce que réellement, c’est bien à ce genre que l’on peut assimiler ce trio Canadien d’Halifax. Que ce soit le drumming sautillant, les vocaux monocordes, l’atmosphère fuligineuse, la simplicité brute de la structure des chansons, ou la production austère, sans oublier les textes relativement nihilistes, tout ici concourt à justifier (pour une fois) ce logo si souvent usurpé. Si l’ensemble peut donner une impression de monotonie (mais évoquer musicalement la grisaille urbaine et son carcan social est à ce prix), au fur et à mesure des écoutes se détachent certains morceaux qui, n’ayons pas peur des superlatifs, parus à d’autres époques, se seraient hissés parmi les standards punks, tel cet incroyable « Disappear » que, par simple marque de confiance à mon endroit (je fais des efforts pour mettre en mots ce que je pourrais garder pour moi, à un âge où beaucoup considèrent la rédaction de ces chroniques comme des amusements d’adolescent attardé), je vous demande de bien vouloir prendre le temps d’écouter. Si j’ai vu, ci et là, Mission of Burma ou les Wipers évoqués pour parler de ce groupe, je suis plus que sceptique concernant ces comparaisons, et c’est réellement le punk du début des 80’s qui l’emporte. Sur un plan plus « psychique », cet album a le don de pouvoir faire écho à nos états de frustration, de dégoût, de colère, de ressentiment, états qui peinent souvent à trouver de quoi s’exprimer dans ce que l’on écoute. Et bien vous pouvez me croire, ici, ils pourront. Et vus les temps qui s’annoncent, je crains que ce soit à l’avenir ce genre de musique que nous soyons le plus souvent amenés à saupoudrer sur nos plaies mentales, tant que palpitera encore en nous ce qu’on nomme la vie.

Dyscontrol, « Living Without » (hop)


dkelvin


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