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La Diar(rh)y #7

La Diar(rh)y #7

Avec les feuilles, cet automne voit tomber les illusions. La dernière des illusions est de croire qu’on les a toutes perdues écrivit Maurice Chapelan. J’ai le sentiment que l’heure arrive où nous l’atteignons cette ultime illusion. Le plus triste, c’est que le plus élémentaire dkorticage en fait chuter certaines que l’on croyait pourtant bien solidement arrimées. À croire qu’il faut penser le moins possible pour les garder intactes. Mais personne ne veut vivre d’illusions. Il veut bien de l’espoir, car ce dernier a lui au moins une infime mais réelle (sinon ce serait une illusion) chance de se réaliser. Allez, en avant pour un octobre qui fut plus gris que rose.

Diarrhy illustration 1 - copie


1er octobre. Disparition de Jacques Noël, le « passeur » de la librairie le Regard Moderne. Passeur car il faisait passer les œuvres, même les plus extravagantes au regard des critères ô combien périssables du moment, de leurs auteurs à ceux qui pouvaient les apprécier (et si possible les acheter). Je serais hypocrite en dklarant a posteriori avoir beaucoup fréquenté ce lieu qui, en lui-même d’ailleurs, était un spectacle, tour de Babel intérieure dont la langue ne serait brouillée par aucun Dieu puisque, au contraire, à partir de multiples langages artistiques, il parvenait à les faire toutes parler une langue accessible au visiteur. Je lui avais déposé trois exemplaires de Quetton Larttotal il y a quelques mois. Il les avait pris, sans enthousiasme, mais pris tout de même. Ils sont désormais une des strates de ce millefeuille gigantesque désormais orphelin de son grand architecte.

diarrhy-7-4-octobre-mur4 octobre. Un article recense les murs qui peu à peu se mettent à couvrir la planète : 65 murs construits et planifiés, soit 40 000 km de long, c’est-à-dire rien moins que la circonférence de la Terre. Contre les cris de la misère, la seule réponse des humains tient en deux mots : murs murs. Si au moins on y trouve des graffitis comme celui photographié le long du canal Saint-Denis, ce sera une (mince) consolation.

5 octobre. On m’invite à bajasser dans une conférence. Délai de réflexion : 2h. Je crois que je vais répondre que, comme l’éjaculation, la réflexion je ne l’aime guère précoce. Finalement j’accepte. Pourtant, je m’étais juré d’appliquer le tryptique décisionnel énoncé par le célèbre philosophe Proustien Dave : « les trois questions que je me pose avant de répondre à une proposition, c’est « est-ce bien payé ? », « suis-je légitime ? » et « ai-je envie de le faire ? » ». Bien que les trois réponses fussent non, je réponds oui. Ah l’insoutenable légèreté de l’être, comme disait le fameux fantaisiste tchèque Milan Kundera.

diarrhy-7-6-octobredanielle-simonnet-photo26 octobre. Nous allons assister à la première représentation de la conférence gesticulée de Danielle Simonnet au Théâtre Clavel. Bon alors pour certains ça demande explications. Danielle Simonnet est une conseillère de Paris élue du Parti de Gauche. Ses prises de paroles me ravissent depuis déjà plusieurs mois, tellement elle exprime de manière simple, émouvante mais aussi argumentée, toute une série de sujets qui paraissent, dans ses endroits de pouvoir, subalternes et anecdotiques parce qu’il s’agit de la vie des gens. Mais les gens de pouvoir sont généralement là pour jongler avec les subventions, les dotations et les impositions, pour bâtir, pour lancer de grands projets, pour discuter de nominations, pour noyer dans une prose politico-administrative les apories qui se présentent à eux. Bref, que ce soit pour s’occuper des kiosquiers et savoir où et comment ils vont pouvoir aller pisser dans les nouveaux bungalows design high-tech qu’on leur prépare, ou pour se préoccuper du prix des activités ludiques pour les enfants dans les allées du jardin d’acclimatation qui est exploité par le héros de Merci Patron, l’impayable Bernard Arnaud, Danielle Simonnet fait mentir l’adage qu’une fois élues les meilleures volontés sont victimes d’un raptus qui les transforment en cuistots politicards, dont le périmètre d’intérêt se limite à la cuisine interne que leur délimitent leur nouvelles fonctions. Il y a bien des raisons concrètes à cela, et la place manque pour les dkortiquer, mais promis un jour je commettrai un petit essai pour tenter d’en analyser les principaux déterminants. Il y a quelques mois, elle s’est pliée à cet exercice d’art oratoire assez novateur qui consiste à se produire sur scène en mêlant one-(wo)man show et discours politique. Casse-gueule pour le moins, la glissade dans le ridicule et le pathétique quand ce n’est la mise à mort de la parole politique n’étant pas loin. Mais dans le cas présent, une vraie réussite, du fait non seulement du fond (le dkorticage des mécaniques sexistes et condescendantes du pouvoir) mais aussi la forme, Danielle Simmonnet ayant une nature comme on dit, parce qu’elle est nature justement (décidément le français est une langue plaisante), soit l’exact opposé du fabriqué et de la tarfuf(f)erie d’une grande partie de la classe politique. Bref, même si le sujet (la lutte des taxis contre Uber) peut paraître moins crucial que d’autres, et même sur certains plans, discutable (pas mal de points aveugles dans son argumentaire), c’est un moment qu’on est heureux de vivre, parce qu’il donne naissance à des modalités de combat moins confinées à la sphère militante que les autres. Mélenchon est dans la salle. Sans jouer les stars, malgré l’assaut des micros et caméras. Car les chaînes de radios et de télés ont dépêché leurs émissaires pour cette première. Nous sommes même sollicités à l’entrée et à la sortie pour servir de cobaye à leurs éternels et assommants micro-trottoirs. Mais nous refusons. Plutôt crever que de servir de pâture à ce néant sémantique, marronnier insignifiant de l’information.

8 octobre. Mon nouveau « conseiller bancaire », que l’on m’impose de rencontrer pour pouvoir transférer mon compte là où désormais je vis, essaie de me convaincre que les agios sur les dkouverts ne sont pas si onéreux que cela. Il me tartine sous le nez des produits en croix à la noix, on sent qu’il y croit, il arrondit, il dit « vous voyez là », il oublie de préciser que ses calculs ne valent que si l’on n’a pas dépassé le dkouvert autorisé, mais que dans la vie, les dépenses vous tombent parfois sur le coin du même nez, sans se préoccuper d’être en deçà ou au-delà de ce que l’on vous a autorisé. Quand je lui dis, il admet et rempoche ses mathématiques pour les nuls d’un air dépité. Il est encore jeune, il n’a pas atteint ce moment de l’existence où, quand on exerce un métier qui contribue peu ou prou au malheur des gens, le cynisme finit par triompher pour parvenir à se supporter. Car dans le top des dégueulasseries de cette société, qui n’en manque pourtant pas, elle est bien placée celle qui veut que les banques se fassent de l’argent sur les difficultés financières de leurs clients. Plus que des saprophytes (qui contribuent à la bonne marche de l’organisme qui les nourrit) ce sont des saprophages, qui s’engraissent sur le malheur et l’aggrave. Et à qui ça profite effectivement.

11 octobre. Réunion pour la rédaction du plan d’accueil des étudiants « handicapés » à l’Université. La responsable de ce service d’accueil, à propos d’une étudiante en fauteuil : « Elle est méritante, elle ne demande jamais rien ». Le mérite du « handicapé » mesuré en sa capacité à ne rien demander. Je suppose que demander de l’aide pour aller pisser quand on est en fauteuil doit, aux yeux de cette responsable, déjà entamer partiellement le mérite attribué. Finalement pisser dans sa culotte pour conserver le mérite qu’on vous accorde c’est quand même un peu cher payer. En revanche, pisser sur la tronche de la responsable de cette phrase abjecte ne serait pas immérité (à condition qu’elle n’apprécie pas, bien entendu).

12 octobre. Titré « Information importante », je reçois un message selon lequel la présidence de l’Université nous invite à aller gratuitement au cirque Zavatta. Etonnement. Au cirque Zavatta ? Pourquoi faire ? C’est tous les jours le cirque Zavatta ici ? Des bêtes féroces domestiquées, des clowns (blancs surtout), des Augustes drapés dans leur suffisance et dont le nez rouge n’est dû qu’aux arrosages et aux vins d’honneur, des pachydermes qui tournent en rond dans leur salle de classe en barrissant des phrases absconses, des numéros de trapèze sémantique pour que les étudiants aient peur de se vautrer aux partiels, des couteaux tirés entre collègues, on pourrait filer la métaphore ad nauseam. Non franchement, aller au cirque Zavatta, ce serait vraiment faire des heures sup non payées.

13 octobre. Premier débat (avec peu de hauts) de la primaire (ah ça pour être primaire) de la droite et du centre. Dans le bocal télé, un poisson, une sirène et quelques crabes. Résumé pour ceux qui ont raté ce « pain in the ass » télévisuel : les musulmans doivent devenir chrétiens, les fonctionnaires auto-entrepreneurs et les vieux travailler. Voilà. Réaliste et excitant quoi. On sent qu’il leur reste quelques cartouches dans leur flashball à conneries. Sûr qu’ils vont les tirer au second débat. On est impatients. Ou pas.

14 octobre. On me sollicite sans me solliciter (enfin on me fait comprendre que ma contribution serait bien accueillie) sur les études consacrées au punk, à travers des ateliers type PIND (punk is not dead) ou même un projet de recherche qui a obtenu le soutien de l’Agence Nationale de la Recherche, ce qui n’est pas rien quand on considère la concurrence (car désormais les chercheurs sont en concurrence pour mendier leur obole, il faut bien que le politique humilie les rares envers qui ils font des complexes, c’est d’ailleurs réussi car les intéressés se ruent tous vers l’écuelle du maître en espérant que les autres n’auront rien et eux tout, car bien sûr on ne répartit pas, non, on trie, on élimine, on sélectionne, fin de la parenthèse que je referme en tremblant de rage). J’oppose généralement une fin de non-recevoir (jolie expression trop peu usitée, qui traduit bien que l’on ne recevra pas cognitivement l’invitation, que son refus est presque archaïque, tout au moins sub-cortical). Le prochain numéro d’une nouvelle revue baptisée l’INqualifiable prépare un numéro consacré au punk. Depuis des jours je me débats (car je suis assez fragmenté du cerveau pour débattre avec moi-même, sans réussir à trouver un point de convergence, encore moins un accord) pour savoir si je soumets un texte ou non, m’imaginant sortir de mon incohérence si j’en profite pour pondre un pamphlet contre l’utilisation du punk comme pitance historico-sociologique. A l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai encore pas résolu le conflit (véniel en comparaison de ceux qui gangrènent la planète, j’en suis conscient).

15 octobre. Cérémonie en mémoire des quatre-vingt six personnes massacrées par l’anencéphale au camion du 14 juillet dernier sur la promenade des Anglais. Dans le processus de, comment dire pour ne pas enfiler les termes fallacieux, et bien nous dirons de « survie des rescapés et de ceux qui y ont perdu un être qu’ils aimaient », ce genre de commémoration apparemment dérisoire a son utilité. Encore faut-il que les mots ne viennent pas salir le silence et, au contraire, qu’ils l’éclaire d’un contrejour qui en estompe l’obscurité. Mais hélas, Hollande passe encore à côté avec une phrase qui, à peine lue, génère en moi une colère qui me jette sur ce clavier. Cette phrase, c’est celle où il salue la mémoire de ceux qui, dit-il « sont morts pour que nous soyons vivants et libres ». Mais qui lui a rédigé ce texte ? Cet individu (à moins que ce soit lui-même, mais j’en doute) connait-il la signification de la conjonction de subordination, dite aussi conjonction de but, « pour que » ? Ces gens sont-ils donc réellement morts « pour que » nous soyons vivants et libres ? Je ne vais pas faire le mauvais procès d’un contresens total, qui consisterait à interpréter la phrase comme signifiant que le but que recherchait celui qui les a écrasés était de nous rendre vivants et libres. Une telle lecture de la phrase ne serait pas syntaxiquement fausse, mais elle serait marquée du sceau de la mauvaise foi. Non, en restant simplement sur la signification que souhaite lui donner son auteur et celui qui la profère, on ne peut que se révolter contre ce qu’elle charrie comme mensonge et comme réécriture fallacieuse de cet événement épouvantable. Ils seraient morts pour que nous soyons vivants et libres s’ils avaient combattu volontairement alors que là, surpris dans un moment de totale vulnérabilité, ils n’ont eu, comme nous n’aurions eu à leur place, que le réflexe de tenter d’éviter cet engin qui fonçait sur eux. Donc non, ils ne sont pas morts pour que nous soyons libres et vivants. Ils sont morts pour rien. C’est d’ailleurs ce qui rend ces morts aussi sidérantes et insupportables. Niant le libre arbitre, son auteur a mis en pratique sa vision fasciste du monde, celle d’avoir le droit de vie ou de mort sur d’autres êtres humains. S’ils sont morts pour quelque chose, à la limite, c’est pour que ce type puisse une fois dans sa vie, appliquer jusqu’à son aboutissement le plus terrifiant et létal, sa doctrine fasciste, façon de pouvoir, grâce à DAESH et son uniforme mental qu’il offre, jouer au dictateur sanguinaire quand on n’en a pas l’envergure et que l’agencement politique dans lequel on vit ne le permet pas. Mais ce n’est pas fini. Imaginons même accompagner l’inculte qui a rédigé cette phrase dans le cheminement de sa pensée. Accordons lui même, avouez que je fais des efforts question empathie, le fait qu’il pense que ces gens puissent être considérés comme des combattants ayant volontairement risqué et perdu la vie pour arrêter ce camion. En quoi ce « combat » avait-il pour but que nous soyons vivants et libres ? A la rigueur « vivants », si l’on imagine que ce 15 tonnes ait continué son atroce ouvrage et fasse d’autres victimes. Et encore, ceci ne justifierait pas le « nous » collectif qui, dans sa bouche, représente l’ensemble du peuple français. Mais plus incompréhensible encore est ce « libres ». A ce que je sache, il ne s’agissait pas de s’emparer du pouvoir et d’instaurer un état islamique. S’il y a réduction des libertés, c’est bien du fait de l’Etat, pas celle des terroristes qui peuvent au pire se voir accuser, par la peur qu’ils nous inspirent, de restreindre notre liberté de déplacement. Et encore, celle-ci aussi est plus le fait de l’Etat que des terroristes. Non, décidément, cette phrase n’a aucun sens, sauf d’enfiler des mots-clés qui ouvrent les portes de l’émotion sans subir la moindre analyse cognitive. Elle a été écrite et dite « pour que » nous assimilions toute victime comme un réserviste mort au combat et nous compromettre tous dans une guerre dont on ne connait ni les tenants ni les aboutissants. Quitte à opérer un dévoiement complet du langage mais c’est le propre de la propagande depuis la nuit des temps. Cette nuit des temps où peu à peu il semble que nous retournons.

16 octobre. Concert de Sihasin (prononcer Shi-ha-szin), le duo Navajo formé par Jeneda et Clayson Benally, soit les 2 tiers de Blackfire (remember la Crossroads night, ils en étaient). J’y retrouve d’ailleurs le grand manitou du site qui abrite cette Diar(rh)y, le Goof en personne, pas vu depuis des lunes, et qui peut du coup contempler les ravages que le temps a laissé sur mon visage (le sien en est plutôt exempt). Clayson est à la batterie (dont il joue debout, et il chante sur des rythmes fous, et pour moi ça veut dire beaucoup… ooops je me laisse emporter là) et Jeneda à la basse, et au chant. Elle chante d’ailleurs avec une voix étrangement assez pop, le tout pour une sorte de rock simple et direct qui n’est pas sans rappeler parfois les Stone Coyotes. Bien sûr il y a tout un arrière-plan de lutte pour la reconnaissance des droits des Navajo, pour le respect de leur culture, pour la sauvegarde de l’environnement, qui irrigue cette musique et lui donne une force qu’elle n’aurait pas sans cela. Après le concert (écourté visiblement pour des raisons de réglementations légales et peut être de bon voisinage, on est en effet dans un lieu pas tout à fait adapté à accueillir des concerts de rock), ils entonnent en famille (4 générations font visiblement le périple en Europe) des chants traditionnels qui permettent d’entendre la vibration particulière de ces incantations vocales si particulières, et si souvent pastichées par la culture yankee, qu’on rappelle être celle de migrants économiques venus envahir des terres occupées par des autochtones qu’ils ont massacré, pratiquement éradiqué (aidés il est vrai par les infections virales et bactériennes importées d’Europe) et maintenu dans une condition de subordination et de domination culturelle rien moins que despotique. Ce histoire de faire un petit rappel de vaccination historique. Je repars avec des envies de grands espaces, mais dehors ce n’est que le bitume parisien. Ca va un de ces quatre avoir raison de ma patience, et je pressens que je vais un jour élire domicile dans quelque lieu plus champêtre et verdoyant avec ma squaw.

17 octobre. Tiens, le grand commémorateur en chef n’en parle pas du 17 octobre 1961 et de la responsabilité de l’Etat Français dans le massacre des manifestants algériens qui, à Paris, a fait entre 150 et 200 morts. L’a la commémoration sélective le commémorateur en chef. Le harki oui, le militant ou sympathisant du FLN non. C’est à ce genre de choix que l’on voit que perdure le regard colonial, pour ne pas dire colonialiste, de l’Etat français, qui veut bien reconnaître ses torts envers ceux qui ont soutenu sa politique coloniale, pas envers ceux qui l’ont combattue. Colon un jour, colon toujours.

18 octobre. J’ai de tous temps remarqué la nature péremptoire, intolérante et même fascisante de certains défenseurs des animaux. Pas de tous mais quand même, de suffisamment pour que cela soit préoccupant. Ainsi, me permettant de m’interroger sur le fait que Tripadvisor doive ou non supprimer le référencement des attractions où il y a maltraitance animale, ce référencement permettant en effet de poster des images ou des commentaires mettant en garde contre ces attractions et de dissuader les touristes ou voyageurs sensibles à cette cause de s’y rendre quand, sans cela, ils pourraient se voir, une fois sur place, être attirés par les rabatteurs locaux, je reçois une bordée de commentaires agressifs et injurieux, comme si j’avais appelé à la chasse à l’éléphant (on laisse ça aux anciens sportifs décérébrés à la Olmeta et autres Alphand). « Protégez nous de nos amis, nos ennemis on s’en charge » pourraient presque dire les animaux. Bon, ça m’apprendra à (ne plus) m’approcher d’eux.

20 octobre. Dans notre série « Sachons traduire le langage administratif ». La secrétaire en chef : « quelle est la personne ressource en interne qui gère le projet ? ». Traduction : « quel est le con qui s’en occupe ? ».

22 octobre. Je n’en peux plus de cette utilisation permanente de la sodomie dans la métaphore politique et sociale. Les « on se fait enculer », « ils nous la mettent profond » et autres « sans vaseline » sont supposés illustrer le fait que nous sommes victimes de tel ou tel, généralement le patronat ou les politiciens, mais la liste n’est pas exhaustive. Les édito-humoristes, même ceux qui par ailleurs ne sont pas sans m’amuser, comme Pierre-Emmanuel Barré sur France Inter ou surtout Matthieu Longatte dans Bonjour Tristesse, l’utilisent d’ailleurs comme principal levier comique, ce qui est tout de même un peu réduire l’humour à ce à quoi Rocco Siffredi réduit l’amour. Mais si nous sommes victimes, c’est que nous ne sommes pas consentants, donc c’est bien le fait que ce soit un viol qui devrait servir de métaphore, et non pas que ce soit une intromission anale. A ce que je sache, lorsqu’il y a consentement, et même désir (si si) celui ou celle qui « subit », mais nous dirons de préférence « bénéficie » ou « profite » de la sodomie, en retire du plaisir non ? Ou alors il ou elle est masochiste et aime avoir mal, mais hormis cette infime partie des cas, le ou la récipiendaire du membre au sein de son fondement (que tout cela est élégamment écrit) en éprouve une jouissance, qui peut même conduire à l’orgasme. Donc on voit mal dans ces conditions, en quoi le fait que l’on nous encule, pourrait représenter métaphoriquement le paroxysme de la violence et de l’humiliation. A moins que pour celui qui emploi cette métaphore, l’acte en lui-même est violent et humiliant, et alors là, son utilisation devient fort inquiétante. En effet, cela non seulement en dit long sur sa vision de cette pratique sexuelle (qu’on espère du coup il ne fait pas « subir » à sa ou son partenaire, même consentant.e) mais surtout, cela renvoie à une discrimination envers les femmes et les gays, les principaux concernés par cette voie de pénétration, étant même la seule pour ces derniers. Pas sûr que ce soit leur but, mais en fait celui qui use de cette image affirme que quiconque se fait enculer se fait humilier. Bref, avant d’utiliser cette métaphore, il serait bon de se poser quelques questions du genre de celles que je pose ci-dessus, sous peine de trahir un inconscient moins reluisant que ce que l’on souhaite montrer. Le mois prochain, la conférence traitera de l’emploi métaphorique des couilles dans l’évocation du courage.

26 octobre. Énigme SNCF n°1. Avoir placé les miroirs des WC dans les TGV de telle manière que les hommes se voient pisser. Ne vois pas l’intérêt. Enigme SNCF n°2: les retards de plus de 20 min pour difficultés de préparation de train. Préparer ses affaires, c’est pas un truc qu’on acquiert dès le CM2 ça ? Enigme SNCF n°3. Récit (tout est vrai) : 8 quais dont 1 seul, le quai E, est bourré ras la gueule par des voyageurs qui attendent leur TGV avec 20 min de retard (voir énigme n°2). La voix de Simone (cette voix synthétique qui jaillit à jets continus dans les gares), peu embarrassé par la redondance terminologique, annonce qu’un train est annoncé mais qu’il ne va pas s’arrêter. Devinez où ? Dans le mille Emile, quai E, où s’entassent les patients voyageurs avec bagages encombrants, enfants turbulents et vieillards hésitants. Le temps passe. Rien. Environ une minute plus tard, la voix réitère son annonce. Le temps repasse. Toujours rien. Toutes les minutes environ, Simone nous annone son annonce d’un train annoncé jamais suivi d’effet. A la septième occurrence, un train apparaît enfin. Pas n’importe quel train non, un train de marchandises (!!!) qui, au mépris des assertions répétées de Simone, a l’effronterie de s’arrêter. Devant nous. Spectacle incongru, surréaliste, Fellinien même, que cette foule de voyageurs, faisant face non pas aux voitures colorées du TGV qui, à cette heure, devrait se trouver là, mais à des wagons d’un marron crasseux, qui font planer soudain sur la scène un malaise, comme si une faille spatio-temporelle nous jetait brutalement au temps des déportations, et qu’on allait nous faire grimper dans ces wagons à coups de crosses et sous des ordres braillés en allemand pour nous emmener au diable vauvert. Voyant s’approcher le chef de gare, plastronnant, imbu de sa fonction, pas démonté le moins du monde devant ce qui apparaît pourtant, comme on dit dans le jargon technique « un bordel sans nom », je me dirige vers ce fier représentant de la compagnie ferroviaire et lui demande, sur un ton légèrement sarcastique, si l’aiguilleur n’aurait pas fumé quelque substance hallucinogène. La plaisanterie ne l’amuse pas, et levant son menton altier, il me lance un « pourquoi ? » auquel je me contente de répondre en lui montrant le train de marchandises là, devant nous, et en lui disant que bien que d’une famille de cheminots depuis 4 générations, je dois dire que je n’avais jamais vu ni entendu parler de pareille absurdité. Il tourne les talons, avec, dans le regard, une expression de profonde commisération. Le train se remet soudain en branle et laisse place, quelques minutes plus tard, au fameux TGV. Durant tout cet épisode, à part moi, tout le monde est resté d’une effarante placidité. Résignation générale. Je saisis même quelques regards réprobateurs à mon endroit. Faut-il être un peu fou pour oser rouspéter. Et on dit le français râleur. Quand il achète un billet de train, il semble qu’il adopte la mentalité d’un bovin qu’on mène à l’étable, ou plutôt à l’abattoir. En attendant, si l’on passe de la métaphore bucolique à maritime l’état de la SNCF depuis quelques années, ressemble à celui d’un navire ensablé que personne ne semble essayer de remettre à la mer.

diarrhy-7-27-octobre-ceta27 octobre. Après quelques jours à laisser planer l’espoir qu’il bloquerait l’accord dit CETA (libre-échange entre le Canada et l’Europe), Paul Magnette, président du parlement Wallon, finit par céder le jour même de la deadline (j’aurais préféré écrire « échéance », mais le sens de deadline me paraît mieux convenir à la situation), presque à la dernière heure, comme dans les pires blockbusters américains. Tout ça pour ça ? C’était bien la peine de jouer les irréductibles pour capituler au dernier moment. Décidément, ces résistants de pacotilles, ces marchands d’illusion, ces vendeurs de rêve démocratique, sont encore pire que les cyniques. On tremble à l’idée qu’un Mélenchon fasse un jour pareil. Au fait, c’est ce même Trudeau, qu’on nous a vendu, il y a peu comme le phénix incarné qui allait régénérer la politique outre-atlantique ? Ah ça il suffit de nos jours d’un physique de gendre idéal et de sympathies LGBT pour que tout le monde se pâme, même si par ailleurs on est un courtier du grand capital. C’est bien lui en attendant que l’on voit venir détruire la démocratie Européenne, déjà en triste état, avec un accord qui prévoit que les multinationales pourront demander réparation pour des préjudices supposés subis du fait de législations devenant défavorables au commerce de la merde qu’ils veulent nous vendre (tabac, alcool, polluant, agent cancérigène, industrie écocide). Et qu’il ne joue pas les ravis de la crèche le Trudeau, le Canada a des centaines de millions à payer justement à cause de ce genre de tribunal, dit d’arbitrage mais qu’on appellera arbitraire, hors-sol qui était déjà présent dans l’accord similaire qu’ils ont signé il y a plus de 20 ans avec les USA et le Mexique (le NAFTA). Comment peuvent-ils être d’une telle duplicité et se supporter, voilà bien qui m’interroge. En tout cas, le Magnette, comme Tsipras et hélas tant d’autres, sont des fossoyeurs d’espoirs bien plus efficaces que tous les nervis du grand capital qui eux parfois, suscitent au moins l’envie de les combattre. Bref, le dessin de Kroll, publié dans Le Soir (quelque part autour), bien que très ingénieux, surestime l’acte.

28 octobre. Les journalistes de France 3 Midi Pyrénées décident de réagir aux commentaires xénophobes et racistes qui se sont déversés comme des jets de merde liquide jaillissant d’une canalisation d’évacuation, sous la vidéo d’un de leur reportage consacré à l’arrivée de quelques migrants dans un centre d’accueil de Toulouse. Si même les journalistes se mettent à avoir la nausée devant ce que font certains de leur information, c’est que ça devient sérieux, car jusque-là, ils n’étaient pas plus effarouchés que ça, et avaient même le micro généreux pour ces vomissures mentales. Cependant, il faudrait, au lieu de se dire simplement « choqué », leur dklarer la guerre verbale, manier l’éristique, leur faire rendre gorge, pas se contenter de condamnations morales et de rappels à la générosité. Ces gens-là sont de la graine de fascistes, et il faut les combattre comme tels. Jusqu’à l’extinction.

31 octobre. Cool, ce soir Halloween. On va pouvoir se débarrasser de ses bonbons au dioxyde de titane. La peur va changer de camp.


dkelvin

 

 


Kankoiça
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