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LES CHRONIQUES DE L’AFFREUX 3

LES CHRONIQUES DE L’AFFREUX

Couverture-Chronique-de-l'Affreux

Dans cette rubrique tour de Babel, je lève aux plus affreux d’entre vous, sans pudeur et sans vertus, sans filets et sans sifflets, le voile sur mes découvertes intimes qui sauront, j’en suis sûr, émoustiller vos pensées et, A + si affinités gustatives, alléger vos larfeuilles vachards.

En somme, une rubrique fourre-tout où vous retrouverez mes conseils du moment, avec son gros lot de bandes dessinées, de curiosités littéraires et (si si !), de séries télévisuelles… « Brazil », quand tu nous tiens…

Et pour ces troisièmes chroniques de l’Affreux, sous un ciel plombé qui flingue votre entrain travailleur, j‘offre un cocktail science-fiction/ intelligence artificielle/ insolite à ceux d’entre vous qui nourrissent des pensées utopiques et dystopiques…

Chroniques 3 : « Je voudrais que tu te rappelles notre amour est éternel et pas artificiel… »

Ouais, « Louise », on se souvient de tes tubes fans des « nineties »… Comme tu as saoulé mes soirées avec tes attaques sonores du temps où j’étais maqué avec l’une de tes « fans de »… Tu as de la chance que je reprenne tes morceaux pour lancer ma rubrique…

Au menu livresque :

robocop-mort-ou-vifwebEt pour entonner bien comme il faut mes chroniques, je vous propose de retrouver le pote Murphy, alias RoboCop, le flingueur de truands aux mécanismes bien huilés dans l’adaptation en bande dessinée du scénario qu’avait pondu Frank Miller pour son troisième volet cinématographique… Fidèles à leurs habitudes, les types des studios n’ont pas vraiment respecté le script et préféré offrir au spectateur une sombre daube numérique. Pour ceux qui préfèrent le matériau d’origine, le voici illustré chez les éditions Wetta… Dès les premières pages, on entre dans la dystopie qu’est RoboCop, avec son univers made in Blade Runner, ses flingues fatals, ses gangsters vérolés, ses flics pourris, avec ce flic cybernétique, âme égarée sur les sentiers du mal, plus humain que les êtres de chair et de sang qui cherche à protéger les impuissants des « pots pourris ». En somme, notre flic robotique se bat contre les apôtres du capitalisme, ceux-là même qui aujourd’hui cherchent à nous bourrer le mou pour que nous consommions encore et toujours plus leurs produits défectueux afin d’engrosser les poches de leurs potes actionnaires. Le message est clair, sans humanité, la vie n’est qu’une farce nihiliste sans intérêt aucun, sauf pour les types en haut de l’échelle. Le monde de RoboCop est pollué, dépouillé de sa beauté. Portrait d’un futur qui nous pend au nez… Ombre au tableau du comic book, contrairement au sublime Batman : Dark Knight, Miller, n’est pas seul aux commandes de ce récit, si bien qu’on y perd en qualité… Gare aux trademarks

RoboCop : Mort ou vif, scénario de Frank Miller, Steven Grant & Ed Brisson, dessin de Korkut Öztekin, Wetta, mai 2016, 96 pages, 14,77 euros.


androides-01-resurrectionwebSuite logique de RoboCop, avec Androïdes, la série concept de science-fiction des éditions Soleil dans laquelle le personnage central est un sublime automate au courbes alléchantes (eh ! eh !). Le pitch est presque le même que celui de RoboCop : dans un futur proche, l’humanité est stérile (dixit K.Dick), les humains survivent grâce à une pilule miracle inventée par l’industrie pharmaceutique… Un meurtre, une enquête remettront les fondations de ce beau monde en question… Là, encore, les auteurs émulent Do Androids Dream of Electric Sheep? (Blade Runner pour les incultes) du visionnaire Philip. Qu’ajouter à cela ? Le récit nous offre un twist final bien amené, le dessin est inspiré, parfois il fait écho à celui de Moebius. On a tous les éléments du bon polar de SF… Qu’apporte-il aux rangs de la SF ? Rien de neuf ou de bien novateur, sauf une histoire-hommage bien huilée qui ravira les amateurs d’Asimov. À noter tout de même, Androïdes est une histoire complète qui vous évitera de débourser mille et cent euros pour boucler une nouvelle collection. Les tomes deux et trois de la collection sont également des récits complets… Nos bourses apprécient.

Androïdes : tome 01 résurrection, scénario de Jean-Luc Istin, dessin de Jesús Hervás Millán, couleur de Olivier Héban, Soleil Anticipations, juin 2016, 64 pages, 15,50 euros.


le-jour-ou-ca-bascule-humanowebEt moi, l’Affreux, j’ai particulièrement apprécié ce jour de bascule, en compagnie de la fine fleur de la bande dessinée internationale… Le jour où ça bascule, ma lecture suivante, est une bande dessinée dans laquelle treize auteurs rendent hommage, pour leur quarantième anniversaire, aux éditions les plus uchroniques du moment, ces Humanoïdes associés, créés, entre autres, par Moebius, Druillet, Dionnet dans les années soixante-dix et reprises par la suite par Giger. On plonge sans tuba, en compagnie de Boulet, Campbell, Cassaday, Fingerman, Kaneko, Koike, Lepage, Matsumoto, Peeters, Pope, Terada, Urasawa, et Vivès, avec Bilal qui signe la couverture, dans des océans d’anticipation qui brisent les codes de la bande dessinée. Libres dans leurs récits et dans leurs traits, chacun explore le jour de bascule de chacune de nos vies, de nos sociétés, après lequel rien n’est plus pareil. Onirisme, métaphores, poésie, rires et fins de nos mondes parfois étriqués, sont clairement au rendez-vous de ce recueil ô combien surréaliste. Côté rires, je vous recommande le I want to believe de Boulet qui tord à souhait les idées reçues de nos légendes urbaines. Côté poésie et claque picturale, le Fish de Koike est plus puissant que les étrangetés picturales du graphiste Naoto Hattori… C’est pour dire…

Le jour où ça bascule, scénario et dessin : collectif, Les Humanoïdes Associés, 02 décembre 2015, 132 pages, 21,90 euros.


lodeur-des-garcons-affameswebJe quitte les rivages de la SF pour ceux tout aussi mystérieux de l’ouest sauvage de l’Amérique aventureuse qui nous a conquis, gamins. Loin de nous offrir un western traditionnel où cowboys se flinguent à tout-va, où natifs embusquent à chaque pas, L’odeur des garçons affamés est un astucieux trompe-l’œil qui présente des personnages aux habits mystificateurs. 1872. Le Texas. Un photographe baroque, un jeune garçon sibyllin, un géologue pragmatique s’enfoncent dans les territoires inexplorés de l’Amérique afin d’en dénicher les mystères de l’ouest. Sauf que rien ni personne n’est ce qu’il semble être. Tout est faux, chacun porte un masque derrière lequel les rêves chamaniques s’invitent. Parfois, on navigue du côté du Dead Man de Jim Jarmusch, parfois ceux de River of No Return, signé Otto Preminger avec Marilyn (si si !), mais surtout du côté des songes de la nature. En bon Affreux, j’ai accroché à la narration moins au dessin et ses couleurs criardes qui ont maintenu mon esprit sur la piste de décollage…

L’odeur des garçons affamés, scénario de Loo Hui Phang et dessin de Frederik Peeters, Casterman, 30 mars 2016, 112 pages, 18,95 euros.


manifestdestinyt1webAprès les illusions de l’ouest, voici ses horreurs livrées par le comic book Manifest Destiny signé par les protégés de Robert Kirkman (The Walking Dead), Chris Dingess et Matthew Roberts. Ce récit romancé sur fond historique narre le fameux « destin manifeste », idéologie selon laquelle la nation américaine avait pour mission divine, au dix-neuvième siècle, de répandre la civilisation vers l’ouest. Pas sûr que les natifs qui se sont fait déloger de leurs terres par nos ancêtres explorateurs venus du vieux continent adhèrent à ce douteux manifeste. Sacrés cowboys, toujours là pour nous faire gober le bien-fondé de leurs conquêtes de territoires. Quoique nous, avec l’Afrique et j’en passe et des contrées, on ferait mieux de ne pas trop la ramener… Avec ce comic book, les auteurs transposent en quelque sorte l’univers de The Walking Dead dans l’ouest sauvage… Les explorateurs sont poursuivis non pas par les flèches aiguisées des natifs mais par des créatures mi-humaines mi-plantes et d’autres ersatz de centaures ou minotaures issus des mythes les plus anciens. Nos héros, le capitaine Lewis et le lieutenant Clark (figures historiques) doivent guider leurs hommes dans cette contrée hostile et leur éviter d’être, à leur tour, changés en créatures de la mort. On tient là un bon récit d’aventure, avec un dessin qui rend hommage au genre, et une narration qui gère parfaitement la tension dramatique… To be continued, manifestement.

Manifest Destiny, scénario de Chris Dingess et dessin de Matthew Roberts, Image, Delcourt, 15 juin 2016, 160 pages, 15,95 euros.


concile-des-arbres-lewebPour conclure mon exploration des livres dessinés, et pour ne pas quitter les eaux troubles du mystère, j’ai opté pour un héritier de Sleepy Hollow, Le Concile des arbres, un récit qui associe une ambiance gothique à une enquête policière de Sir Conan Doyle. Tous les soirs, sous les coups de minuit, des enfants pensionnaires d’un hôpital situé au milieu d’une forêt noire se livrent à un rituel cabalistique. Les deux héros, Artémis d’Harcourt et Casimir Dupré inspirés de Scully et Mulder, sont chargés de résoudre les mystères de la forêt… Avec son scénario qui mêle la science à l’obscurantisme, les croyances aux superstitions, la révolution industrielle au paranormal, on entre sans mal dans l’étrange univers du dix-neuvième siècle de Jules Verne. Avec ses traits aquilins voire incisifs, Bara emprunte à Loisel ses plus beaux coups de crayon. Comme pour l’album Androïdes, j’ai trouvé le récit un peu trop référencé. À croire que de nos jours, on ne fait plus que reproduire le travail des anciens, en moins bien. Du bon récit, mais rien de neuf sous les tropiques livresques.

Le Concile des arbres, scénario de Pierre Boisserie et dessin de Nicolas Bara, Image, Dargaud, 22 avril 2016, 64 pages, 14,99 euros.


le-matin-des-magicienswebEt voici un livre bien singulier pour cette chronique fantasmagorique : Le matin des magiciens du journaliste et écrivain Louis Pauwels et de l’ingénieur chimiste Jacques Bergier. Cette œuvre  baroque est un ovni littéraire. D’entrée, sa quatrième de couverture vous annonce la couleur : « Ce livre n’est pas un roman, quoique l’intention en soit romanesque. Il n’appartient pas à la science-fiction, quoiqu’on y côtoie des mythes qui alimentent ce genre. Il n’est pas une collection de faits bizarres, quoique l’Ange du Bizarre s’y trouve à l’aise […] Il est le récit, parfois légende et parfois exact, d’un premier voyage dans des domaines de la connaissance à peine explorés ». Voici la présentation des auteurs… Difficile de faire plus clair ou plus nébuleux. Peu importe… Ce qu’il vous faut savoir c’est que dans cet objet littéraire unique en son genre, on y aborde les thèmes de l’alchimie, des sociétés secrètes, des civilisations perdues, des sciences occultes, des religions, de l’ésotérisme, du chamanisme, du paranormal, avec son lot de révélations sur les origines de nos connaissances scientifiques. De l’or en barres pour Mulder et les aventuriers de l’irréel. Les auteurs nous introduisent la notion de « Réalisme fantastique », un mouvement de contre-culture né dans les années soixante sous la plume de Louis Pauwels et Jacques Bergier qui questionne les phénomènes inexpliqués rejetés par la science. Ce livre n’est pas un roman qui vous narre une histoire, c’est un compagnon de chevet qui vous plonge les nuits d’insomnie dans les énigmes du monde. Ma rencontre avec Le matin des magiciens est également des plus étranges… Mon beau-père, niçois de surcroît, m’a offert cet obscur objet en pensant que sa bizarrerie causerait à mon cabaret des curiosités. Second point à la limite du réalisme fantastique : en parcourant le livre, j’ai réalisé que l’auteur, Louis Pauwels était le grand-père de mon éditrice, celle-là même qui a publié mon Système A. « Vous avez dit bizarre ? » J’ose penser que vous aussi, vivrez une étrangeté en compagnie de ce livre…

Le matin des magiciens, de Louis Pauwels et Jacques Bergier, Gallimard collection Folio, octobre 1960, 639 pages, 9,70 euros.


true-detective-s01webPour cette dernière séance je vous propose de vous évader dans les contrées non moins baroques de la saison 01 de True Detective, série unique noire qui nous embarque corps et âmes aux racines du mal de Dantec. Si vous avez aimé la brume moite d’Angel Heart d’Alan Parker, vous adhérerez à l’ambiance poisseuse de True Detective, saison 01 (je précise « saison 01 » afin qu’il n’y ait pas de confusion dans vos petites têtes de poissons rouges. La saison 02, sortie depuis, est une sombre contrefaçon ratée de la première saga, livrée par le créateur lui-même… L’appât du gain en a fait plonger plus d’un…). True Detective, c’est quoi ? C’est l’histoire de Martin Hart (Harrelson) et Rust Cohle (McConaughey), deux ex-partenaires des enquêtes criminelles de la Louisiane, qui se remémorent avec confusion et traumatismes l’enquête qui a bouleversé leurs vies. Un tueur en série aux rites occultes est en cavale en Louisiane… Obsédés par cet homme nos détectives ruinent leurs vies privées pour attraper cette créature de la nuit… En vain… L’homme joue les invisibles. Si bien que le doute plane sur l’identité du monstre… L’un des deux détectives serait-il l’assassin ? Porté par un McConaughey monstrueux de talent (avec Dallas Buyers Club, c’est son meilleur rôle), un Harrelson au bord du gouffre, la série fiévreuse vous fait marcher sur un tison ardent tout du long du périple du duo jusqu’au choc final…

True Detective, des acteurs au sommet au service d’une mise en scène enflammée.

True Detective saison 01, série Américaine créée par Nic Pizzolatto, avec Matthew McConaughey, Woody Harrelson, Michelle Monaghan, Michael Potts, Tory Kittles… saison 1, 08 épisodes, 55 minutes. Diffusé sur HBO en 2014.


That’s all for now, folks…


L’Affreux, aka Arnaud Delporte-Fontaine, illustration de Bertille Delporte-Fontaine

 


Kankoiça
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