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La sélection Bandcamp de dk #7

La sélection Bandcamp de dk #7

Bandcamp m’a permis de dkouvrir bien des groupes dont la presse rock française ne m’aurait pas informé ne serait-ce que de l’existence (ceci dit, je ne lis plus la presse rock française depuis la disparition de Xroads donc je parle sans savoir, mais je suis bien certain de ne point me tromper). Encore trois exemples ce mois-ci avec Peep Tempel, Peaer et Christian Fitness.


 

bandcamp7-peep-tempelQuand viendra l’heure du bilan musical de l’année 2016, peu de chances/risques que cet album ne figure pas tout en haut de la (ma) liste, car il concentre tout ce que j’affectionne désormais dans ce genre que l’on nomme, par commodité de langage, le rock : l’osmose entre le fond et la forme, la porosité entre vie réelle et textes, l’énergie vitale communiquée et l’affranchissement des postures rock qui (me) sont devenues tout bonnement insupportables. Oui, Peep Tempel est un concentré rare de tout celà, et même plus encore car il vient ici de fracasser tous les plafonds de mes critères sus-cités avec un album que je n’imaginais honnêtement plus possible aujourd’hui. On en sort en effet abasourdi par sa diversité et sa capacité à placer autant d’influences en si peu de temps, et sans perdre pour autant son authenticité. Car ce trio, apparemment plus de toute première jeunesse (assertion fondée sur leur physionomie) et qui en est au moins à son 6ème opus, fait ressurgir les spectres d’une floppée de groupes que l’énumération ne pourra que vous inciter, j’espère, à vous ruer sur le lien en dessous-là, quelques lignes plus bas. On y trouve, en vrac et selon les moments, les remugles sapides de The Fall, de Third World War, de Captain Beefheart, d’Oxbow, de Screamin’ Jay Hawkins, des Dead Kennedys et même, plus récents, de Sleaford Mods. Bref une grande partie de ce qu’on pourrait parfois appeler le « working class rock à l’anglaise ». Et puis de tant d’autres j’imagine dont j’ai sûrement oublié de détecter les traces (Black Flag ou Fugazi me semblent parfois perceptibles, mais j’avoue mes insuffisances sur ces deux-là). Quand on sait qu’ils viennent par ailleurs de signer, avec l’illustration visuelle de « Rayguns » le clip le plus hilarant et caustique de l’année, on en vient à les considérer comme une sorte de miracle (dont vous n’entendrez pas parler ailleurs qu’ici je vous fiche mon billet). L’Australie serait-elle le dernier temple où rendre un culte au rock sans risquer l’apostasie ? Je vais finir par le croire tant les groupes insulaires peu à peu envahissent mon panthéon (puisqu’on est dans la métaphore architectonique) personnel. En tout cas en voilà une nouvelle manifestation.

Peep Tempel « Joy »(ici)

 

bandcamp7-peaerAvant Bandcamp, j’avais délaissé, pour toujours pensais-je, la pop, mâtinée ou non de math-rock ou de shoegazing, imaginant qu’elle ne correspondait plus à ce qu’était devenue mon âme flétrie par les années et l’agencement délétère qui était alors le mien depuis si longtemps. Et bien je me fourvoyais, car de Ronson à Lunchbox en passant par The Concubines, The Spires et Soft Fangs, j’ai retrouvé un plaisir indicible à écouter en boucle ces mélodies acidulées, dont le caractère adolescent (même si certains de ces groupes ne sont plus si jeunes que ça) ne m’empêche pas d’y trouver des échos émotionnels. C’est encore le cas de ce groupe new-yorkais qui en est à son 3ème album (le premier date de 2011), conduit par Peter Katz (qui passa visiblement par d’autres groupes auparavant tels que Fugue, Poverty Hollow, Suns, tous inconnus au bataillon comme on dit mais certains d’entre vous sont peut-être en train de me traiter d’ignare honteux et ils n’ont finalement pas torts). La singularité (et le charme) de Peaer c’est ce mélange particulier de pop et de math-rock, le tout parcouru de volutes mélodiques qui font parfois évoquer Wyatt (sur le génial « Pink Spit » qui ouvre l’album), Robyn Hitchcock, Ray Davies, Brian Wilson mais bien sûr aussi tout un tas de gens qui, depuis 30 ans, ont creusé le sillon de ces grands anciens. Ce n’est pas tant le fait que Peaer soit novateur (il ne l’est pas) mais qu’il parvient à constamment articuler des éléments qui souvent se font un peu la gueule (pop et math-rock notamment). Par ailleurs, il y a un soin porté aux arrangements et une délicatesse dans l’accompagnement qui enveloppe comme une chrysalide. Bon, vous reste plus qu’à jouer les papillons et aller vous poser sur leur page bandcamp pour voir si ça vous cause.

Peaer  « Peaer » (là)

 

bandcamp7-christian-fitness

J’ai toujours eu un faible pour ces albums bricolés à la maison, faits de bric et de broc, souvent inégaux, hétéroclites, bancals mais tellement vivants qu’on (enfin je) se (enfin me)prend à les écouter autrement plus souvent que les autres. Genre les deux premiers McCartney ou, plus près de nous, R. Stevie Moore ou Graham Coxon (celui de Blur). Récemment, j’ai, dans cette sélection, fait l’éloge de certains héritiers de cette tradition, comme Paul Roberts et Harry Cloud. Ce mois-ci c’est Christian Fitness, le projet solo de Falco, gallois plus connu comme homme-protée de McLusky puis de Future of the Left (dont un album vient d’ailleurs de sortir) qui illustre à merveille ce genre. C’est son 3ème et une fois de plus c’est exactement le foutoir jubilatoire qu’on espérait. On y trouve ici aussi tellement de références/influences, saupoudrées au gré des tocades de notre artisan génial, qu’il est impossible de toutes les reconnaître et citer, mais j’ai eu plaisir à retrouver ici ou là (comme sur « reggie has asbestos training » ou « your favourite band wants you dead ») quelque chose du regretté MC 900 Ft. Jesus (regretté non pas qu’il soit mort mais parce qu’il a cessé toute activité musicale depuis 1995 et que c’est vraiment regrettable), et puis bien sûr, comme 99% de la production actuelle, pas mal de The Fall (sur « keeping up with the motherfuckers » ou « happiness is not for amateurs » notamment). Falco alterne des morceaux punkoïdes balancés comme des éjaculats (comme « donald got a train » ou « direct debit with ray winstone’s disembodied head »), des moments plus pachydermiques quasi-Melviniens (comme « the tides & jabs of staying hairy »), des pop-songs vicelardes, sursaturées et déconstruites (comme « bad boys die in the bath ») ou au contraire calibrées pour être d’inenvisageables hits (il y a 10 ans, « your favourite band wants you dead » en aurait été un pour sûr). Et puis il y a ce final insensé joliment intitulé « more skin for the skin-eaters », cet hymne insidieux qui ne vous lâche plus une fois réalisée l’effraction de vos tympans. Vous aurez remarqué en passant que les titres valent à eux seuls leur pesant de gratin (expression inventée pour l’occasion, de rien c’est kdo). Et les textes méritent le détour. Bref, encore un investissement d’avenir (celui de votre jouissance auditive dont je me préoccupe beaucoup). Une condition physique assez paienne mais essentielle. See you next month.

Christian Fitness, « This Taco Is Not Correct » (hop)


dkelvin


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