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La Diar(rh)y #6

La Diar(rh)y #6

 

Petite diar(rh)y ce mois-ci. Pourtant on en a bouffé de l’info avariée. Les salmonelles à côté sont d’inoffensives saprophytes. J’aurais dû en maculer les murs de cette rubrique. Mais justement, non. Sentiment lancinant de mithridatisation. Anesthésie insidieuse de ma causticité. Plus que d’épisodiques éruptions en marquent la production, pour des sujets parfois anodins, tout au moins subalternes. Le plus terrifiant est ailleurs. Sous les bombes à Alep, sur les plages des îles Grecques, dans les geôles d’un peu partout, et puis dans tant d’autres lieux dont on ne nous parle pas. La mondialisation de l’empathie est, dans l’état actuel du monde, rien moins que destructrice pour l’esprit. Cette rubrique en est une sorte de témoignage désespérant.

 

Diarrhy illustration 1 - copie

 

 

 

 


diarrhy-6-1-septembre-graffiti1er septembre. Pour commencer le mois, mon graffiti du canal de l’Ourcq préféré. Une dklaration d’amour d’un graffeur à son père (son héros, son ami, son modèle). Dédié à tous les pères qui ont su instaurer avec leurs enfants, une fois devenus grands, une relation d’affection, de respect, d’amour et parfois, mais pas d’obligation, d’admiration. Que ce père soit ou non biologique, peu importe en vérité. On acquiert la paternité comme la nationalité française. Pas par le sang mais par le sol. Ici, le sol signifie avoir été présent auprès de ses enfants, même dans les pires conditions, et Dieu sait si ces temps-ci, pour beaucoup dans ce monde, « pires » n’est pas une exagération.

 

5 septembre – Cahuzac dit que le premier compte ouvert dans un paradis fiscal avait pour but de financer la campagne de Michel Rocard. Rigolez rigolez. C’est facile de se moquer. En attendant, d’ici peu il vous dira comment les 3 suivants ont été ouverts pour financer les tournées de Bowie, Prince et Lemmy Kilminster. Et oui. Je sens qu’il y a de mauvais esprits, du genre à couper les cheveux en quatre, ce qui dans le cas Cahuzac est assez mesquin, qui vont nous dire que, comme par hasard, les quatre (non pas cheveux, suivez un peu) sont morts récemment et qu’ils ne sont plus là pour se défendre. Mais alors ça, c’est petit. D’abord ils ne sont pas morts, ils sont allés, comme leurs comptes, au paradis, pas fiscal certes mais bon, on ne va pas chipoter. Et puis comme le dit mon client (merde voilà que je me prends pour l’avocat de Cahuzac, faut que je fasse attention à ne pas prendre mes seconds degrés au premier moi), « au royaume des chauves, les implantés capillaires sont rois ». C’est pas une preuve ça ?

 

diarrhy-6-10-septembre-fete-de-lhuma10 septembre – Longtemps que je n’avais mis les chaussures à la fête de l’Humanité. Mais le temps et les temps me donnent une fougueuse envie d’y retourner. Et puis le bonheur de partager ce moment avec celle qui, désormais, partage ma vie. Bon, la perspective d’y voir et d’y écouter Mélenchon n’y est pas pour rien. Pas encore rassasié du bonhomme, on me dira naïf, groupie attardée ou sénile peu importe, j’assume. La première fois que j’ai franchi le palier de cet événement festif placé sous l’égide de Marx, ce n’était, je dois l’avouer humblement, que pour y voir jouer les Kinks. J’étais un jeune ado qui ne s’intéressait qu’à la musique. C’était le 7 septembre 1974, ils étaient programmés sur la scène principale (ceci dit il me semble qu’il n’y en avait qu’une à l’époque, alors qu’aujourd’hui il y en a un peu partout, un peu trop d’ailleurs) juste avant Maxime Leforestier, et ils s’étaient fait copieusement sifflés, ce qui ne m’avait pas rendu le militant communiste et le fan du bucheron chantant particulièrement sympathiques. Je crois même me souvenir qu’une fois de plus (cf. Suicide dans la Diar(rh)y#5), j’y étais allé d’un de mes classiques et inopérants « Allez-vous faire foutre bandes de connards » et autres « Tas d’ignares ». Ensuite, après quelques décennies à ne plus y montrer mon nez, j’y fis des incursions régulières dans les années 90, histoire que mon fiston associe l’atmosphère merguez-frites et bonne franquette à des souvenirs agréables, on n’est jamais à l’abri d’une boboïsation outrancière quand on habite Paris (elle eut lieu, mais elle n’est pas outrancière). A l’époque, la fête avait encore les sabots sur l’herbe du parc de la Courneuve, l’accueil dkontracté et des tarifs plus plaisants que ce goudron sous les pieds, ces hangars où s’entassent une flopée de stands associatifs, ce filtrage digne d’un concert à Bercy (non, ne comptez pas sur moi pour l’appeler du patronyme honteux qu’Hidalgo a accepté) et ces pass-3-jours-à-35€-même-si-vous-n’y-restez-que-quelques-heures (surtout quand on apprend que le tarif Huma est 25€ et que les 10 autre € vont dans la poche de la Fnac !). Ce tableau un poil sévère ne doit pas escamoter le réel plaisir ressenti à se retrouver entourés de gens qui, peu ou prou, partagent un socle commun de représentation du monde, surtout après cet été qui, sur ce plan-là, fut rien moins qu’effrayant. Il y a un âge où c’est une sensation que l’on vit comme un cadeau divin. Après quatre-vingt-dix minutes d’un Mélenchon étonnamment tonique malgré les conditions climatiques (une chaleur suffocante qui lui fit littéralement tremper la chemise) et environnementales (échos des basses de la Petite Scène qui venaient en bourrasque balayer ses phrases, ambulances qui de temps à autres y ajoutaient leur sirène) et qui surprend toujours, en osant souvent des thèmes et des positions pas particulièrement en phase avec des pans entiers de ceux supposés lui apporter leur vote, et pas toujours les mêmes (on pense à la réduction de la consommation de viande et à la prise en compte de la souffrance animale qui doit en faire tiquer pas mal, mais aussi à son souhait d’alliance inconditionnelle avec la Russie et la Chine aux dépends des États-Unis ou son soutien tout aussi inconditionnel à Chavez et Maduro qui en fait tiquer d’autres, parmi lesquels je me compte). Avant, une jolie surprise avec Ali Amran, une sorte de Peter Perrett kabyle (même s’il vit en France) au charisme indéniable et avec un groupe qui parvient à mélanger rock et effluves du maghreb avec une rare élégance. Après, un débat sous la tente du stand du Philistin avec Saïd Bouamama, Bahar Kimyongur et Michel Collon, intitulé « Guerre et terrorisme : la gauche en faillite ? » et une trentaine d’auditeurs à qui la parole fut donnée dès le début, même si les réponses avaient tendance à s’éterniser. D’ailleurs il ne fut question que de des motivations de jeunes Français à épouser une cause aussi violente et suicidaire, au lieu de diriger leur rejet de la société telle qu’elle est vers des engagements plus politiques et moins belliqueux. Il sembla s’en dégager l’idée qu’avoir subi dans leur vie quotidienne des humiliations liées à leurs origines est le primum movens de cette voie empruntée. Pas sûr que ce ne soit pas d’un réductionnisme coupable et que dans sa volonté de tout simplifier, chacun y va de sa petite explication métonymique qui concentre à ses yeux la totalité des déterminants, quand ils sont innombrables. Sacrée trouille de rester dans l’incertitude, dans le doute, de l’humain. Journée gâchée toutefois par la vision d’une tête de porc cuite plantée sur un piquet près d’une buvette restaurant. Celui qui a fait ça s’est-il demandé l’effet que ce spectacle produirait sur un vegétarien, un musulman ou même quelqu’un qui n’a pas envie de voir une tête de cochon tranchée et cuite en se promenant, et qui peut être préférerait même y voir celle du gros con qui l’a déposé là, communiste ou pas peu importe, la connerie n’ayant pas de parti. J’espère qu’il s’agissait de pure connerie beauf et pas d’un message adressé aux musulmans parce qu’alors ce serait très mais alors très grave. On va leur donner le bénéfice du doute. De toute manière ils ne liront pas cette rubrique alors.

  1. En cherchant sur internet quelques jours plus tard, je vois que cette tête faisait partie d’une trilogie sous laquelle figuraient les noms de Hollande, Sapin et Valls (voir photo quelque part autour). Ce genre d’imagerie a longtemps été l’apanage de l’extrême droite, et celui qui en a eu l’idée devrait rapidement penser à la rejoindre. De toute manière, les cadavres d’animaux n’ont pas à servir de supports à ce genre de gags nauséabonds. Ils ont remplacé les têtes décollées des guillotinés ou décapités de la révolution française (mais DAESH lui perpétue cette tradition française, on est universalistes ou pas) mais accéder à la civilisation serait respecter les cadavres quels qu’ils soient. Et là il y a encore quelques efforts à faire visiblement.

11 septembre – « Tout le monde se souvient exactement de ce qu’il faisait le 11 septembre 2001 quand les attentats ont eu lieu » dklare avec son ton sentencieux exaspérant l’indéboulonnable Valls sur une des radios de Lagardère (si tu ne viens pas à Lagardère, une de ces radios viendra à toi, dans ta salle de bain s’il le faut, déverser sa boue d’infos bien moulées comme de grosses boules Quiès pour mieux te la fourrer dans les oreilles). Et bien moi non. Me souviens mais alors pas du tout de ce que je pouvais bien foutre faire quand ces avions se sont empalés dans les tours. À l’époque, nous n’avions pas le monde qui nous pétait à la gueule en temps réel dans nos smartphones, déjà parce que nous n’avions pas tous un smartphone, et en tout cas, personnellement, je n’en avais pas. Et puis on se demande bien pourquoi cet attentat particulier, qui touchait des Américains, devrait naturellement nous amener à nous souvenir précisément ce que nous faisions ce jour-là. Ce genre de mémoire figée est due à l’hippocampe (rien à voir avec le cheval marin, non c’est une zone de notre cerveau dont la forme parut à l’anatomiste vénitien qui le décrivit le premier en 1587, ressembler à ce petit animal improbable) et à l’amygdale (rien à voir avec celle que vous avez, ou aviez avant qu’on vous la dégage pour enrichir votre ORL, au fond de la gorge, non c’est une autre zone de notre cerveau qui parut elle ressembler à une amande), deux régions totalement indépendantes de notre volonté corticale et qui ne se plie pas à notre échelle des valeurs politiquement correcte, mais à l’impact émotionnel qu’un événement a sur notre système limbique. Il faut donc croire que cet événement n’a pas eu sur moi l’impact sidérant qu’il a eu sur le reste de l’humanité, en tout cas telle qu’elle est vue par Monsieur Valls. Cela fait sûrement de moi un mauvais Français, et on redoute qu’un jour une invention technologique permette de sonder hippocampe et amygdale car sûr que les délits d’émotions ne tarderaient pas à suivre. Pour l’instant on en reste à celui d’opinion mais certains, genre Valls, doivent piaffer d’impatience.

14 septembre. Ça a l’air d’en emmerder certains que tout le monde puisse s’exprimer sur internet. Ainsi, une citation d’Umberto Eco, extraite d’un entretien accordé au journal l’Espresso, circule pas mal en ce moment sur les réseaux sociaux (ce qui soit dit en passant ne manque pas de sel, vous allez voir pourquoi). La voici : « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles ». Déjà, il n’a pas dû le donner au comptoir d’un bar de Milan son entretien, car sinon on l’aurait fait taire tout de suite au lieu de publier cette imbécillité. Imbécillité car il faut vraiment avoir la tête dans son cul de mégalo prétentieux pour pondre un lieu commun aussi stupide. Quoique, finalement, c’est vrai, il a raison Eco. C’est chiant quand le peuple peut s’exprimer ailleurs qu’au bistrot (on voit le mépris de classe) ou dans l’intimité familiale, ou sur son lieu de travail, loin des canaux de résonance que sont livres, journaux, radios et télés, loin du tri sélectif qui sépare le bon grain de la pensée respectable de l’ivraie de l’impensé méprisable. On était si bien entre intellectuels et écrivains semblent dire ces nostalgiques de la parole filtrée. Enfin, intellectuels et écrivains qui passaient sous les fourches caudines de l’aréopage qui décidait qui aurait accès à la population et qui resterait dans son trou d’anonymat. Rappelons-nous l’écrivain Raymond Cousse (l’auteur du génial « Stratégie pour deux jambons », ce qui nous ramène à la fête de l’Humanité), boycotté par Pivot, à l’époque pas seulement le monsieur Météo de la littérature française mais aussi son sorcier, car il ne se limitait pas à annoncer le climat littéraire, il le faisait. Heureusement qu’Internet est arrivé, car les chiens de garde de la pensée convenable (ou inconvenante mais convenant au système car ne le contestant pas en tant que tel le système) prolifèrent désormais, et ont sérieusement resserré les mailles du filet (du coup ma métaphore canine ne tient plus trop la route mais bon je vous connais, aussi primaires fussiez-vous aux yeux des thuriféraires d’Eco, vous en avez saisi la sémantique, on n’est pas obligés de s’être farcis ses pavés indigestes pour y parvenir). Ironie : avoir écrit Le nom de la rose et mourir en devenant l’un des personnages médiévaux que l’on décrivait.

15 septembre. Cahuzac suite. Après s’être essuyé les pieds sur la République, Cahuzac peut se vanter de se les essuyer sur le parquet. Seulement 5 ans inéligibilité ? On rêve. Enfin on cauchemarde.

17 septembre. Insondable prévisibilité des médias. Chaque fois qu’un politique ou un sportif a un souci de santé, on convoque au parloir le toubib de service pour venir faire un topo sur la maladie en question. Depuis quelques jours, ce sont les mystères physiopathologiques et les méandres symptomatologiques de la pneumonie dont on nous abreuve, rapport à Hillary Clinton bien entendu. On en vient à espérer que le bulletin de santé de Trump, qu’il doit publier incessamment, va nous révéler des hémorroïdes externes avec prolapsus rectal, histoire de les voir à la peine pour expliquer ça en prime time. On peut rêver non ?

20 septembre. Assez avec le patriotisme (ah ces insupportables « nos athlètes », « notre équipe), assez avec le comminatoire « il faut aimer son pays » (même s’il n’aime pas tout le monde le pays), assez avec l’Histoire de France, rien que de France (Sarko et ses gaulois, lui qui est hongrois, quel tartu(f)fe), quand la planète sera en train de crever vous aurez l’air fin avec votre amour de la patrie bande de nazes, il ne vous servira même pas de linceul. Avec la religion il fournit les montagnes de cadavres qui jonchent la sinistre histoire de l’humanité. Plutôt que le cultiver, on ferait mieux de l’éradiquer. Fin du caca nerveux.

diarrhy-6-23-septembre-ali-amran23 septembre. Après l’avoir dkouvert à la fête de l’Humanité, nous allons voir Ali Amran devant son public au Tamanoir de Gennevilliers, salle qui se situe en plein quartier du Luth. J’en profite pour constater que le quartier a plaisamment changé depuis que, un temps, j’y ai travaillé. C’était il y a plus de vingt ans, et franchement, l’insalubrité et le délabrement des immeubles ajoutés à l’absence totale d’aménagement urbain, rendaient ces lieux parfaitement sordides et désespérants. On a beau dauber sur l’abord dkoratif et palliatif du programme national de rénovation urbaine (le PNRU de Boorlo), il a quand même puissamment changé la vie des habitants de ces quartiers. Nous retrouvons donc Ali Amran avec la même formidable formation qu’à la fête de l’Humanité, et un auditoire conséquent qui connaît les paroles de ses chansons et les reprend en et avec cœur. À la fois populaire et rock, usant dans ses chansons de toute la variété de constructions qui permettent de les rendre constamment stimulantes, Ali Amran étonne. Etonnant aussi qu’il ne bénéficie pas d’une plus grande notoriété auprès d’un public moins circonscrit. Bien sûr il chante principalement en kabyle (à part « Travail au noir, mariage blanc » qui mériterait d’être un tube, autant du fait de son texte que de sa mélodie entêtante et imparable), mais justement, ne serait-ce pas là l’occasion de pouvoir mettre à l’épreuve cette mixité culturelle, ces influences réciproques qu’on nous vante sans jamais réellement les voir appliquées ? Vaincus par la fatigue et la chaleur, nous laissons l’assemblée toute à son bonheur de danser et chanter. Espérons que vous aurez la curiosité d’aller jeter une oreille. Il mérite surtout d’être vu en concert, ses disques étant hélas trop surproduits, ce qui gâche la qualité de sa musique.

 

diarrhy-6-24-septembre-ratp24 septembre. Alliant hypocrisie et ignominie, la nouvelle campagne publicitaire conjointe RATP, SNCF, STIF et même la région Ile-de-France, pour mettre en garde ceux et celles qui ne payent pas leur ticket sur les nouvelles sanctions financières et judiciaires fait dans le domaine très fort. Plutôt que vous dkrire l’imagerie ridicule (le dragon sur l’épaule en guise de diablotin, référence aux heroïc fantasies qui servent de nouvel étalonnage culturel), je vous mets l’un des trois visuels quelque part autour de ce paragraphe. Hypocrisie car les modèles utilisés sont jeunes (bon, ça on s’en doutait, pas que les « fraudeurs » soient jeunes, mais que ce sont eux que cette campagne visait, le dragon sur l’épaule signe la cible), mais surtout blancs de chez blancs, tous, et pas réellement dotés d’une apparence généralement associée au « fraudeur ». D’ailleurs, ça n’a pas raté, en embuscade, toute la mauvaise foi crasse affiliée aux idées du FN ou de la droite qui se dit désormais identitaire, est remontée comme des remugles pestilents des tréfonds de twitter, pour y aller de l’accusation de racisme anti-blanc, demandant même à SOS Racisme d’intervenir, feignant de ne pas voir que justement, cet évitement systématique de toute apparence pouvant évoquer la moindre origine autre que française, puait sa trouille de dévoiler ceux à qui elle s’adressait, et qu’ainsi elle atteindrait bien sa cible. Ignominie car si l’on regarde les peines encourues pour s’enfuir lors d’un contrôle, réflexe bien naturel quand on est jeune et qu’on veut échapper à l’amende prohibitive (près de 100 € mais attendez, le meilleur est à venir), et bien on encourt (on notera l’ironie sinistre du terme) 7 500 € d’amende. Près de 7 Smics à payer. C’est la technique du banquier : tu es à dkouvert parce que tu manques d’argent, on te colle des agios pour t’enfoncer un peu plus. Paye ou crève. « Mais ma paye je vais la toucher dans 10 jours ». « Justement, ta paye ou crève ». Une fuite, inspirée par un mouvement de panique, d’autant plus présent que le « fraudeur » est débutant dans la discipline. Je suis bien persuadé que ceux qui ont établi ce barème révoltant s’arrangeront avec la loi quand ce sera l’un de leurs rejetons qui sera pris sur le fait. Classique antienne du « faites ce que je dis pas ce que je fais ». Surtout lorsqu’on lit sur l’affiche qu’à cela s’ajoute une peine de prison pouvant aller jusqu’à 2 mois de prison. Alors là, quand on voit l’incroyable légèreté des peines qui effleurent ceux qui commettent des malversations financières de plusieurs millions, de ceux qui commettent des actes de violence dans des contextes où il ne faut déplaire à personne (rixe corse récemment, et surtout nos chères bavures policières), cette iniquité devient tout simplement une ignominie à côté de laquelle le dragon n’est qu’un doudou bienveillant. C’est gagné. Je vais désormais avoir honte à chaque fois que je vais payer mon ticket de métro. Certains vont me dire que c’est avec notre argent que se paie la fraude. Et bien il faudrait qu’ils se renseignent un peu les donneurs de leçon. La gratuité des transports se développe partout parce que sur le plan macro-économique elle se révèle finalement préférable à ce système de péage, qui fait que l’on finance les transports avec nos impôts, et qu’on nous les refait payer quand on veut les utiliser. Rien qu’en France, on en est à une trentaine de villes qui ont rendu gratuit leurs transports en commun. On me dira que le métro parisien c’est autre chose que les bus de Niort (début janvier 2017) ou de Dunkerque (pour 2018). Mais même sur son site, la RATP dévoile qu’en 2015, 90 M€ furent consacrés à la lutte contre la fraude et que 15% des procès-verbaux furent payés. Ils estiment la fraude à « 171 M€ de pertes théoriques de recettes ». On se demande comment ils aboutissent à ce résultat, surtout qu’ils l’avaient estimé en 2013 à 100 M€. Sacrée inflation de fraude. La pauvreté peut-être ? Mais ça la RATP n’en a rien à foutre*.

*Anne Van Der Linden me signale par ailleurs qu’il y aurait de la progressivité à introduire dans les tarifs des forfaits Navigo mensuels, qui passent de 16 € pour le tarif « Solidarité » à 73 € pour le tarif normal. Cette vision dichotomique des tarifs est inique et totalement déconnectée des réalités sociales où l’on ne passe pas de « pauvre » (ah, attention on dit « précaire ») à « aisé » (là on dit CSP+). Les échelles à deux barreaux n’existent pas.

25 septembre. « François Hollande reconnaît la responsabilité de l’Etat Français dans l’abandon des harkis ». Voilà Hollande qui, profitant peut-être de la vague de sympathie soulevée par les nouvelles contradictoires de la mort de Chirac (à l’heure où j’écris ces lignes, uniquement chimériques), s’essaie comme ce dernier l’avait fait le 16 juillet 1995 concernant la Collaboration et toutes ses dégueulasseries antijuives, à la reconnaissance de l’Etat Français dans une saloperie du passé. Mais ici comme ailleurs, Hollande est un nain, car Chirac faisait cette dklaration alors que pendant 14 ans à la tête de cet état, il y avait eu un ancien vichyste qui cultivait le déni aussi complaisamment que les amitiés écœurantes. Chirac venait mettre fin à cette relecture tronquée de l’histoire de France, relecture à la manière dont certains, à droite aujourd’hui, souhaitent le faire systématiquement pour tout ce que ce pays, pourtant pas avare d’horreurs, a fait dans son histoire, colonisation inclue. Bref, entre cette reconnaissance-là, purificatrice et celle, « putréfactive » (j’invente le mot, il mériterait d’exister) d’aujourd’hui, il y a un canyon infranchissable. Mais de toutes manières, il reconnaîtra tout ce que vous voulez Hollande. Ses erreurs, ses carences, ses insuffisances, tout. Ses conseillers en com lui ont dit que la repentance avait un pouvoir de régénérescence dans ce pays où Alzheimer règne dans l’esprit politique de sa population. Quand ce n’est le syndrome de Stockholm, les électeurs prenant fait et cause pour ceux qui s’empiffrent de privilèges sur leur bulletin. Alors, à défaut de se pendre, ce qu’il ferait si sa conscience prenait contrôle de ses actes, et bien il se répand en repentance. Putain, ça ferait quelques bonnes punchlines pour l’1consolable ça.

28 septembre. Pas un truc acheté il y a deux ans lors de mon arrivée dans mon nouveau lieu d’existence qui ne soit pas, d’une manière ou une autre, tombé en panne ou qui ne donne pas des signes de faiblesse (aujourd’hui, ma machine à laver). On me dira « obsolescence programmée ». En gros les industriels sont si perfectionnés, qu’ils sabotent eux-mêmes leurs appareils pour qu’on leur en rachète d’autres quelques années plus tard. Mouais. J’ai des doutes. En fait, je me demande plutôt si « l’obsolescence programmée » n’est pas une expression chic pour dissimuler qu’on nous vend de la merde.

29 septembre. On finit comme on a commencé, avec Rocard. Sa fameuse phrase « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde* » est citée ad nauseam, que dis-je, ad vomitum, par tous les fossoyeurs du droit d’asile et même de la compassion la plus élémentaire. Evidemment, désormais, tout le monde sait qu’il avait poursuivi en ajoutant « mais elle doit en prendre sa part », part que ne prend pas la France et que ceux qui citent cette phrase ne veulent surtout pas qu’elle prenne, mais peu importe, l’effet est assuré. En tout cas, je ne sais pas si la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais j’ai l’impression qu’elle en héberge déjà une bonne partie de la connerie.


dkelvin

 

 


Kankoiça
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