Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

BORN TO BE WISE

BORN TO BE WISE

Robert Wise était un réalisateur majeur du cinéma américain avant que celui-ci, à l’instar de tous les autres, ne soit disloqué, atomisé, éparpillé version puzzle par le nouveau dieu du monde… (roulements de tambours et cri guttural punk post hémorroïdes…) : The Internet.

Bah oui, qui aujourd’hui s’intéresse encore au nom d’un réalisateur mort ? Qui va se regarder un polar des années 50, un western au charme suranné de surcroît en noir et blanc ou une autre sucrerie sur son ordi, son ipad ou son écran de téléphone entre deux conversations de fb ou autres snapchiottes ??? Personne, c’était pourtant un nom qui comptait à une certaine époque dans le monde du cinéma, des cinéphiles…

Comment donc faire découvrir, redécouvrir les pépites du cinéma tout en vulgarisant au maximum le propos ?


Faisons donc fissa pour introduire Robert Wise, un petit gars de l’Indiana (né à Winchester en 1914) qui fut embauché en tant que coursier chez RKO et qui grimpa les échelons jusqu’à devenir une sommité du montage. Évidemment devenir un des meilleurs monteurs en pleine époque des starlettes est un métier que l’on n’aurait renié pour rien au monde, mais il s’agissait bien de monteur de bobines et non de rendre hommage à Rocco et ses frères.

On passe rapidement sur cette honorable carrière qui lui permit de rencontrer d’autres tâcherons de la pellicule, notamment l’obscur Orson Wells pour lequel il monta le petit et méconnu Citizen Kane. Monteur, monteur certes mais le virus de la réalisation se fit poindre assez rapidement et c’est en 1944 qu’on lui donna l’occasion de montrer son talent, sur le tournage de La malédiction des hommes chats, en remplaçant au pied levé Günther Von Fristsch jugé trop lent (et donc en dépassement de budget…). Robert Wise tournera ensuite une quarantaine de films, récoltant au passage quantité de récompenses à travers le monde. Je vous rassure immédiatement, pas question de faire un Learning to fly de sa filmographie conséquente, ce qui serait assez rébarbatif pour vous lecteurs Braziliens ainsi que pour mon clavier qui ne possède pas assez de lettres à son arc. Par contre, jouer les Nick Hornby, en proposant ma liste des cinq Robert Wise à se regarder séance tenante est un pari que je vais tenter de relever.

Éliminons immédiatement les deux oscars aux pains d’épices du réalisateur, car qui aujourd’hui à envie de se regarder West Side story (1960) ou La mélodie du bonheur (1964) ? Je ne parlerai pas non plus de Star Trek (1979) car les vicissitudes de Spoke et ses amis me sont toujours passées au-dessus des oreilles. La Startrekmania ainsi d’ailleurs que la Lucasmania pour l’autre saga «concon» des étoiles reste d’ailleurs (pour moi) à ce jour un des grands mystères de l’histoire du cinéma. Je ne dois pas être de la même planète que le commun des mortels et cessez donc de me jetez vos chaussettes pleines de morve, je ne changerai pas mon avis d’un iota.

 

L’univers pugilistique de Robert Wise. Le noble art (la Boxe) a toujours eu droit à de vaillants longs-métrages, mais rarement un cinéaste a su puiser dans ce sport autant de maestria avec si peu d’artifices.

nous-avons-gagne-ce-soir-afficheThe Set Up en 1949 (Nous avons gagné ce soir) est une merveille de film noir porté par le fabuleux Robert Ryan en anti Rocky du peuple. Tout l’univers de la boxe est ici compilé, les combats de seconde zone, les magouilles des bookmakers, la sueur des miséreux, ouvriers-boxeurs (OS du sport) se donnant tout juste le droit de survivre en dehors du ring. Combattre pour se payer une soupe dans ce sport populaire qui manie autant la technique des combattants que la malice de l’entourage. Robert Wise est si bon, si juste, si humain dans sa narration qu’on a l’impression de sentir le camphre du vestiaire mais aussi malheureusement la sueur acre d’une fin irrémédiablement tragique. Bill «Stoker»Thompson boxeur en fin de carrière est débordant d’humanité, de courage, de bravoure à défaut d’un talent inné. Un vrai boxeur du peuple aussi vite oublié que son combat terminé.

Immense uppercut… La boxe sport de la rue, échelle sociale incontestable (mais combien de boxeurs auront-ils su la grimper ?) aura quelques années plus tard de nouveau les honneurs de la caméra de Robert Wise.

 

marque_par_la_haineMarqué par la haine en 1956 (Somebody up there likes me)

Biopic consacré au champion du monde Rocky Graziano, petite frappe new-yorkaise quasi analphabète, élevé dans le ruisseau par un père alcoolique et brutal, qui, par le plus grand des hasards, va terminer champion du monde et idole de toute une ville. Interprété par un jeune Paul Newman au sommet de sa forme, ce second film de boxe magnifie le courage, la volonté d’un destin à l’américaine (ou rien n’est impossible).

Simples, concis, nerveux (montage sec et ciselé), passionnants, éreintants, deux films de sport à l’approche quasi documentaire qui en font deux chefs-d’œuvre wisiens.

 

 

le_coup_de_l_escalierLe coup de l’escalier en 1959 (Odds against Tomorrow)

Un petit polar superbe, de nouveau porté par les (larges) épaules de Robert Ryan (certains critiques de l’époque virent même la continuité de la vie du boxeur Stoker Thompson dans le personnage de l’acteur). Tiré d’un roman de William Givern, cette histoire de cambriolage sur fond de racisme ordinaire, est celle d’un casse minable pour bandits minables finissant de manière pitoyable. Mais quelle composition magistrale pour le duo Ryan/Harry Belafonte dirigé de main de maître par un réalisateur inspiré. Celui-ci avait la réputation de travailler vite et surtout (qualité mirifique pour les studios) de ne jamais dépasser son budget. Lorsque l’on voit le résultat de ce polar sombre, désenchanté, nerveux et sans espoir de réussite on se dit que bien des réalisateurs aujourd’hui devraient tourner avec des budgets plus dérisoires. Regardez-vous donc la scène où Harry Belafonte un tant soit peu éméché, pousse une homélie funèbre dans cette cave où l’on joue le jazz en guise de rédemption. Du grand art une nouvelle fois avec du talent en guise d’argent…

 

le-recuperateur-de-cadavresLe récupérateur de cadavres en 1945 (The Body Snatcher)

Commencer une carrière au sein d’un studio aussi imaginatif que la RKO fut une bénédiction pour Robert Wise, qui put apprendre toutes les ficelles du métier. Faire beaucoup avec très peu… Ou comment faire ses études de cinéma à l’école de la débrouille. C’est sous la férule du producteur Val Lewton qu’il tournera ses premiers films. Avec comme credo : faire du fantastique sans scène gore, tout en suggérant l’action.

The Body snatcher raconte l’histoire d’un docteur qui fait appel à un terrible revendeur de cadavres pour pouvoir mettre en place ses expérimentations. On admire une nouvelle fois la maîtrise narrative de Wise qui ne se perd dans aucun détail superflu, collant les scènes les unes aux autres dans un rythme de montage haletant. Et puis cerise sur le gâteau, ce film permet de revoir sans masques ni artifices, deux des plus beaux fleurons du fantastique de l’époque qu’étaient Boris Karloff et Bela Lugosi. Avec un peu d’imagination vous pouvez donc voir Frankenstein, Dracula, la Momie se muer en récupérateur de cadavres pour le bien de la science… et du cinéma, voire la science du cinéma.

 

je-veux-vivreJe veux vivre en 1958 (I want Live)

Robert Wise avait pris ses responsabilités de réalisateur en choisissant de faire de Barbara Graham une «innocente» condamnée à mort. Fait divers des années 50, son cas divise encore aujourd’hui entre des preuves dites irréfutables et des zones d’ombres bien peu claires. Néanmoins, I want Live est un film noir passionnant grâce à l’interprétation fabuleuse de Susan Hayward (oscarisée au passage) en menteuse diabolique prenant la vie et le diable par la queue. Atmosphère poisseuse accompagnée d’une bande son envoûtante, Wise réussit encore la gageure de réaliser un film noir haut en couleurs. On se prend de sympathie pour cette peut-être vraie meurtrière… ou pas.

 

Dernier choix difficile pour cette liste Hornbynienne, tant la filmographie de Wise est diversement riche. La canonnière du Yang Tse restera à bon port, L’odyssée du Hindenbourg dans les nuages, Le jour où la terre s’arrêta film phare des années 50 ou le paranoïaque et tentaculaire Mystère Andromède devront choisir une autre rubrique car le cinquième élément de cette liste sera…

 

deux-sur-la-balancoireDeux sur la balançoire en 1962 (Two for the seasow)

Robert Wise après West side story est une véritable vedette hollywoodienne. Pourtant il revient immédiatement sur un film aux ambitions plus modestes avec cette histoire de couple et d’amour… qui finissent mal en général. Mais le duo Robert Mitchum/Shirley Mac Laine fonctionne à plein régime et cette comédie est un divertissement plein d’intelligence et d’humour. Magnifiquement écrit avec des dialogues merveilleusement travaillés, voici une réflexion judicieuse, pertinente sur la difficulté d’entamer une relation amoureuse sans avoir définitivement terminé la précédente. Jerry Ryan, avocat sérieux et aussi… avocat sérieux, file le parfait amour avec Gittel Mosca danseuse extravertie aussi yin que lui yang. Film drôle mais pas que…, film léger mais pas que…, et puis Mitchum toujours au sommet, qu’il soit chasseur la nuit ou acteur le jour, il reste the Acteur et Mister Mitchum… Pas étonnant que Shirley mac l’aime..

 

Born to be wise (forever of course)


Jsthi


Kankoiça
octobre 2016
L Ma Me J V S D
« sept   nov »
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  
Koiki-ya