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La Diar(rh)y #5

La Diar(rh)y #5

 

La diar(rh)y a pris ses quartiers d’été pendant quelques temps. Mais pas de quartier pour l’actualité pour autant. Voilà donc en quelque sorte l’épitomé d’une saison chaotique, aussi bien sur le plan politique que climatique. La tendance estivale consistant à s’étendre complaisamment sur les buzz du jour afin d’étaler ses analyses, souvent guère plus enthousiasmantes que celles de sa dernière prise de sang, j’ai plutôt adopté le format concis dès le milieu de l’été, la saillie étant, vous en conviendrez, le mode d’expression le plus fertile et le plus excitant. En voiture Simone (j’ai appris que la voix qui nous annonce l’arrivée des trains en gare s’appelle Simone, d’où la pertinence désormais de cette expression désuète).

Diarrhy illustration 1 - copie


 

 

Diar(rh)y #5 5 juillet5 juillet – Est-ce la pluviométrie qui transforme ce printemps et cet été 2016 en saison des moussons, l’échec du comité de soutien à rassembler la somme nécessaire pour aider Christophe Goffette dans son combat contre le(s) con(s), le 49.3 qui ensevelit 3 mois de lutte syndicale et populaire dans la sempiternelle indifférence estivale par laquelle les congés payés, eux-mêmes obtenus de longue lutte, tuent chaque année les luttes, l’interruption du seroplex dont je pensais ne plus avoir besoin mais finalement il semble que si, la constatation quotidienne de mon irréductible désaccord avec l’humanité que mes obligations professionnelles me contraignent à affronter, le sentiment que ce que j’écris n’intéresse absolument personne (ça ce n’est pas d’hier mais l’âge venant, m’atteint de plus en plus), si ce n’est quelques irréductibles que je ne connais pas, et celle qui a récemment accepté de partager ma vie et que par bonheur, elle, je connais, ou la camarde qui me poursuit de son fameux zèle imbécile, comme le chantait Brassens dans sa plus belle chanson, je ne sais pas mais le fait est qu’une immense langueur mélancolique m’étreint et m’éteint. Ce serait dommage de (comme à mon habitude de velléitaire dilettante facilement dkourageable hélas) l’abandonner en rase web cette diar(rh)y. Elle avait repris, je trouve, de belles couleurs. Certains me disaient ne plus reconnaître le dkelvin noir et sans espoir qui avait régalé son monde d’évocations mortifères, suicidaires mais néanmoins humouristiques (du sous-Cioran disaient ceux qui me méprisaient). Nous allons voir de quoi les jours qui viennent seront faits.

Diar(rh)y #5 6 juillet Robespierre6 juillet – Hier soir, rediffusion d’un numéro de « Secrets d’Histoire », l’émission du royalidolâtre obséquieux Stéphane Bern, consacrée à Danton qui bien sûr, avait le beau rôle face à cet idéaliste austère, vertueux et obsédé par le respect du peuple, bref « névrosé » de Robespierre, et dont je m’inflige la vision car j’ai du mal à brider ma curiosité quand il s’agit de la Révolution française. Ah question prorogation de la légende noire de Robespierre, ça se tenait là. Au mépris de tout ce que, depuis tout de même quelques décennies, les historiens un peu sérieux et surtout les faits, nous ont appris. La psychologie (de comptoir, Danton était un bipolaire, allons donc), la personnification à outrance, la vision méprisante du peuple (ici réduit à une populace affamée non pas de pain mais de sang) et le sentimentalisme à géométrie variable (Danton était sincère dans ses sentiments, Robespierre non, alors que toute biographie de ce dernier montre le contraire) sont les piliers de cette émission qui est sauvée au moins par le rappel chronologique, qui fera du bien à ceux qui avaient oublié combien la Révolution a connu de soubresauts durant ses 5 années. Mais tout de même, attribuer à Danton la suppression de l’esclavage quand ce fut Robespierre qui, bien seul, le porta dès le début de la Révolution (comme la suppression de la peine de mort, le rétablissement des juifs dans leurs droits civiques, le suffrage universel, le mariage des prêtres etc.) c’est un peu dur à avaler. Et puisque l’abolition de l’esclavage (en février 1794) fut honteusement attribuée au seul Danton, une petite piqûre de rappel avec ce discours de mai 1791 (3 ans plus tôt Bern, 3 ans plus tôt) que Robespierre prononça dans une réprobation quasi générale. « …Dès le moment où dans un de vos décrets, vous aurez prononcé le mot esclaves, vous aurez prononcé et votre propre déshonneur et le renversement de votre Constitution. Je me plains au nom de l’Assemblée elle-même, de ce que, non content d’obtenir d’elle tout ce qu’on désire, on veut encore la forcer à l’accorder d’une manière déshonorante pour elle et qui démente tous ses principes. Si je pouvais soupçonner que, parmi les adversaires des hommes de couleurs, il se trouvât, quelque ennemi secret de la liberté et de la Constitution, je croirais que l’on a cherché à se ménager un moyen d’attaquer toujours avec succès vos décrets pour affaiblir vos principes, afin qu’on puisse vous dire un jour, quand il s’agira de l’intérêt direct de la métropole : vous nous alléguez sans cesse la Déclaration des droits de l’homme, les principes de la liberté, et vous y avez si peu cru vous-mêmes que vous avez décrété constitutionnellement l’esclavage. L’intérêt suprême de la nation et des colonies est que vous demeuriez libres et que vous ne renversiez pas de vos propres mains les bases de la liberté. Périssent les colonies, s’il doit vous en coûter votre bonheur, votre gloire, votre liberté. Je le répète : périssent les colonies et les colons s’ils veulent, par des menaces, nous forcer à décréter ce qui convient le plus à leurs intérêts. »

15 juillet – Aujourd’hui, je me suis dit « mon petit dk, arrête ton mauvais esprit qui te fait porter tant de jugements négatifs à l’emporte-pièce sur les actes innombrables perpétrés par des spécimens qui se disent de la même espèce que toi, et dont tu crains à raison que ce ne soit vrai, ouvre-toi, mets en lien ton premier et ton septième chakra (pour les connaisseurs « le Muladhara et le Sahasrara », pour les profanes « le trou du cul et le cortex frontal ») et canalise tes énergies négatives vers la compréhension universelle de ton prochain (je me demande comment je peux inventer des phrases pareilles), bref, essaie de comprendre les motivations de cet être, ton semblable (ô putain là je me retiens de m’insulter), qui a décidé de faire un carnage avec un 19 tonnes de location sur la Promenade des Anglais, noire de monde un soir de feu d’artifice, ce qui garantissait d’écraser un maximum d’enfants, de femmes, de personnes âgées et même de musulmans, le 14 juillet étant la fête sans connotation religieuse par excellence ». Aussi, j’ai mis un peu en veilleuse mon système limbique (qui nous fait quand même dire et écrire il faut l’avouer un maximum de conneries) et j’ai tenté une expérience extrême d’empathie envers ce sac à m… oups, cet homme que dis-je, ce semblable, qui a pu arriver à la conclusion que c’était là ce qu’il avait de mieux à faire de sa vie, puisque le fait de ne pas survivre à cette expédition devait tout de même lui apparaître comme relativement attendu, à moins que je n’ai pas pris la pleine mesure du QI de pingouin dégén… oups décidément, de l’altération du discernement dont ce pauvre homme était affecté. Alors, fort de nombreuses années (anciennes il est vrai) à m’infliger des films où des psychopathes les plus tordus et des tarés aux obsessions macabres les plus phénoménalement perverses sont les héros, j’ai pris quelques instants la place de cette fiente de scolop… oups de cette personnalité tourmentée. Ça a donné ça : « Bon alors, maintenant que j’ai bien compris les préceptes de l’Islam, c’est-à-dire manger du porc, boire de l’alcool, prendre des drogues, frapper ma femme, baiser indifféremment avec des femmes et des hommes, danser la salsa, je vais passer à l’étape suivante, plus spirituelle et dont les deux composantes mystiques sont : la barbe et le meurtre des impies. Pour la barbe je vais me la faire pousser à l’aide de prières appropriées, car sinon c’est bien connu, elle risque de ne jamais pousser, et pour la tuerie je vais regarder des vidéos de décapitation fournies gracieusement par DAESH, ce qui va très logiquement me faire louer un camion pour écraser des gens de tous âges dont j’ignorerai même jusqu’à la religion, d’ailleurs si ça se trouve je vais rouler sur un futur collègue de terrorisme venu faire des repérages. Quand mon camion va écraser des corps, en projeter d’autres, en démembrer certains, je tirerai au pistolet sur ceux que je n’arrive pas à choper et ce sera plus jouissif encore que dans GTA ». Bon, là j’ai arrêté, pris d’un haut-le-cœur ontologique d’anthologie, et j’ai dû admettre mes insuffisances en termes d’empathie extrême, faut pas pousser. Tout ça ne tient tellement pas debout, en l’air, ou dans quelque position que vous voulez, que seul un délire d’ordre paranoïaque peut inscrire cette horreur dans quelque agencement compréhensible. Malheureusement pour lui (et pour nous, ce qui signifierait qu’il ait été pris en charge avant sa virée funeste), en guise de médecin, ce n’est pas le psychiatre auquel a eu affaire cette chiure de diptère (pas de oUps), mais au légiste.

Diar(rh)y #5 17 juillet Alan Vega17 juillet – « Suicide’s Alan Vega died » titrent aujourd’hui les journaux anglais (enfin pas tous, ceux qui s’intéressent à Alan Vega, c’est-à-dire pas bézef). Ce n’est certes pas parce qu’il s’est suicidé, mais l’expression a cette ambiguïté qui lui sied bien, lui qu’on ne sut jamais où classer, et tant mieux car classer, quelle plaie. Souvenir#1 : Suicide en première partie d’Elvis Costello à l’Olympia le 18 juin 1978. Que mon frère d’armes (et de larmes) me pardonne, lui qui a longtemps voué une certaine dévotion au binoclard prolifique, mais franchement, comparé à ce que donna ce soir-là le duo new-yorkais, dans une indifférence coupable striée de quelques sifflets qui me semblent rétrospectivement encore plus misérables qu’ils me semblaient à l’époque, ce fut si insignifiant qu’il réussit, de rage, à me faire quitter la salle pour rester sur le souvenir hallucinant des 4 seuls morceaux que Suicide put interpréter (« Ghost Rider »/ « Rocket USA »/ « Cheree »/ « Dance »/ « Frankie Teardrop »). Les siffleurs, je me souviens les avoir copieusement insultés mais bon, nous n’étions pas assez nombreux pour que cela les perturbe outre mesure dans l’attente de leur héros. Il est vrai qu’en réécoutant ces courtes 22 min où l’hybridation vocale de Presley et de Bolan flottait sur un ressac synthétique hypnotique et strident, il y avait de quoi être chamboulé dans ses repères rock. Surtout qu’Alan Vega ne ménageait pas ces « Shit The Fuck Off » et autres « You Suck ». On peut le vérifier sur le témoignage sonore de ce concert ici https://www.youtube.com/watch?v=qD4Id4ul-Lw&list=PLeXRlkm7kgZMnTU7Ts-bj3D151hOBPRIr&index=7 car, étonnamment, de nombreuses apparitions scéniques de Suicide en 77 et 78 ont été conservées, et ce sont désormais de précieux témoignages, non seulement musicaux, mais aussi historiques. Souvenir #2. Lyon, le Pink, une discothèque « homo » (une « boîte à pédés » selon le lexique fin et imagé des beaufs locaux) où j’allais régulièrement avec des vendeurs de la Fnac, rayon disques bien entendu, qui m’avaient pris sous leur aile, et avec Dolores, déguisée en garçon pour que nous passions pour un couple. Un des rares lieux qui passait de la bonne musique, notamment Suicide, et dans lequel je pouvais m’adonner à la fameuse chorégraphie minimaliste d’Alan Vega où seuls les pieds glissent sur le sol, le corps suivant comme il peut. Alan Vega qui, je m’en aperçois aujourd’hui, jour où j’apprends son décès, avait donc déjà 40 ans en 1978. Car Suicide avait débuté son aventure en 1970, même si le mouvement punk, bien moins rétréci du bulbe que ce qu’en disent les usurpateurs qui s’en réclament, en France, les historiens (des noms si vous voulez, mais la liste serait si longue qu’elle souillerait inutilement de la place), les a propulsés dans les stratosphères de la notoriété (enfin, toutes proportions gardées). Alors bien sûr, comme Iggy Pop ou Keith Richard, on pourrait se dire qu’il s’agit déjà  d’un exploit d’en être arrivé à un tel âge avec une vie aussi (apparemment) intense et baignée dans une telle insouciance du danger, mais on ne peut s’empêcher d’être attristé de voir le monde se dépeupler de ceux qui nous le rendaient encore (un peu) supportable. Et puis ces derniers temps, le duo Alan Vega- Christophe m’euphorisait avec son « Tangerine », de loin le meilleur moment de Vestiges du Chaos. Alors c’est un compagnon du quotidien et non du passé qui s’est éteint. Et à force que des petites lumières disparaissent, il n’y a que l’obscurité qui naisse.

27 juillet – Veille de notre retour d’Irlande, après 10 jours de diète volontaire d’informations, soulagé de ce sevrage au point que redevenir ces animaux impuissants abreuvés d’horreurs, d’injustices et de toute la vaste dégueulasserie humaine que les médias déversent dans notre quotidien de gré ou de force, nous paraît une épreuve supplémentaire (la première étant de quitter les Irlandais et de retrouver les Français) que l’on s’inflige. Mais à l’étal des marchands de journaux, s’étale sur chaque Une le meurtre du père Hamel, égorgé en l’église Saint-Etienne du Rouvray. Les Irlandais étant encore fortement catholiques. Ils n’y vont pas par 4 chemins (qui, c’est bien connu, mènent tous à Rome, sûrement au Vatican) et évoquent une nouvelle guerre de religion. Voilà qui ne donne guère envie de rentrer. Mais bien sûr, il s’agit là de l’éternelle exagération de cette presse qui pourrait bien être l’une des maladies de l’esprit la plus terrible de l’histoire de l’humanité. Je me dis alors que la gentillesse irlandaise ne résisterait sûrement pas à une immigration conséquente et que finalement les humains ont, s’ils ne parcourent pas le monde, une trouille universelle de l’autre, où qu’ils soient.

30 juillet – Je m’aperçois que j’ai perdu l’envie de rédiger ces longs pavés corrigés et re-corrigés jusqu’à ce qu’ils me paraissent acceptables pour être incorporés à la diar(rh)y. L’actualité ne m’inspire guère que de brèves saillies que j’ai aussitôt envie de partager sur ma page facebook. Généralement, je n’aime guère mélanger les genres, et en particulier recycler les textes d’un support à l’autre, chacun étant rédigé avec les contraintes spécifiques du support à l’esprit, pouvant rapidement perdre toute pertinence en étant utilisé sur un autre. Mais pour une raison que j’ignore, il ne me semble pas que ce soit ici un souci, et que les phrases puissent perdre leur intérêt (si tant est qu’elles en aient eu) en étant intégrées dans cette diar(rh)y. Ce que je vais donc faire les prochains jours. Cela me permet, qui plus est, d’étoffer certaines d’entre elles par des précisions qui me semblent nécessaires et trop encombrantes dans un statut facebook. Bien sûr, si je devais constater que cela devient, si j’ose dire, chronique, j’interromprais définitivement cette diar(rh)y dont la reprise ne m’a pas apporté la satisfaction que, naïvement (à mon âge c’est coupable), j’escomptais.

31 juillet – Affaire Adama Traoré. Prochain sujet au Bac, matière : physique. Vous avez 6 genoux de flics sur le thorax et vous mourez par asphyxie. Montrez que les deux n’ont pas de relation de cause à effet. Vous avez 4 h. À mon avis ça ne va pas suffire.

2 août – Un article publié dans American Antiquity conclut (enfin propose) que les peintures rupestres auraient été réalisées par des femmes. Les hommes préhistoriques qui ont décoré les grottes étaient donc des femmes. Les misogynes indkrottables diront « pas surprenant, la déco intérieure c’est un truc de bonnes femmes ».

Diar(rh)y #5 3 août UNICEF3 août – La campagne de l’Unicef utilise le slogan suivant « L’allaitement stimule la santé d’un enfant, son QI, ses performances scolaires et son revenu à l’âge adulte ». Le choc des œillères. Celles de l’Unicef, qui prend pour acquis des corrélations prédictives douteuses entre l’allaitement les premiers mois de la vie et les revenus à l’âge adulte (on a connu aussi con au début du XXème siècle avec la relation entre les protéines et la réussite sociale, mise dans le mauvais sens) et celles d’Osez le féminisme qui considère que toute information sur les bénéfices de l’allaitement est une attaque contre les femmes, et une remise en question de leur choix de disposer de leur corps. Les études sur les bénéfices démontrés de l’allaitement sont légion et ce depuis plus de 30 ans. Après, chacun fait ce qui lui plait. La démonstration des effets terrifiants du tabac n’empêche pas le tabagisme de régner. Nier la réalité n’est pas un service à rendre à la cause que l’on défend, sauf si cette cause est irrationnelle. Heureusement qu’aux yeux d’Osez le féminisme la sphéricité de la terre ne cause pas de préjudice apparent aux femmes, sinon il faudrait probablement dire qu’elle est plate pour leur complaire.

5 août – Pokemon Go serait de la « réalité augmentée ». Plutôt euphémisée, voire réduite. Ainsi, à Paris, non seulement l’autochtone ne voit plus la famille de migrants qui dorment à même le sol et qui sont pourtant bien là, mais à la place maintenant, il voit des Pokemons qui eux n’y sont pas. Des perspectives infinies pour faire oublier le réel.

7 août – Chronique du racisme ordinaire. Restaurant de bord de plage, cap d’Agde. Un client (vieux blanc à la voix aussi forte que la corpulence) en famille, qui trouve que son entrecôte-frites met trop de temps à arriver, à la serveuse (jeune noire souriante et à l’évidence elle-même contrariée de cette attente) : « Dites donc, le cuisinier là, il est blanc ou il est bronzé comme vous ? ». La dkomplexion est en marche. Pourquoi n’avoir rien dit ? Bonne question que je me suis bien sûr posée. J’étais accompagné de mes parents. Nous étions, ma mère et moi, dos à dos avec l’abruti dont il est ici question. Ma mère a juste laissé échapper un « pov con » que l’intéressé n’a, je crois, pas entendu. Pour ma part je suis resté muet, simple spectateur de la scène, voulant savoir jusqu’où irait ce(t) (in)digne représentant franchouillard du racisme à l’ancienne (celui de la peau assimilée à des comportements stéréotypés, ici une incompétence en matière de cuisine) et quelle serait la réaction de la serveuse, attendant que la situation s’envenime pour lui venir en renfort et, qui sait, faire déguerpir de là ce salopard, lui aussi en famille, et notamment en compagnie de ses petits-enfants. Mais elle se contenta d’un souriant « Oh il ne faut pas dire des choses comme ça monsieur » et partit. Elle revint même apporter à ce vultueux septuagénaire l’entrecôte-frites tant espérée et, au lieu de lui balancer au travers de sa gueule porcine, laissa ce cannibale bouffer sa viande sans même une pincée d’amertume visible. Lorsque vint le moment de régler l’addition, je profitais de la présence de la jeune serveuse au comptoir pour lui glisser un « Vous êtes méritante de supporter des propos racistes comme ceux de tout à l’heure. Je trouve ça honteux ». Elle me sourit « Ah ? Vous avez entendu ? Oui ça arrive assez souvent vous savez ». Sans commentaire.

Diar(rh)y #5 10 août Palestine10 août – La Palestine aurait disparu de google map et serait devenue Israël. Si internet avait existé, il n’est pas impossible qu’en 1940 Google aurait décidé que la France s’appelle l’Allemagne. Ou alors peut-être est-ce un privilège exclusivement réservé à Israël (ou plus exactement à son régime d’extrême droite actuel). Édifiant : toute une série de journaux américains pro-Israel viennent au secours de Google en disant que la Palestine n’a jamais figuré sur les cartes Google et qu’il n’y a pas d’affaire, alors que Google… reconnaît la suppression de la Palestine lors de la correction d’un bug (pardi, la correction d’un bug qui aurait supprimé Israël aurait été rapidement rectifié je pense). Ah les zélés porte-voix d’Israël sur le sol US pris la main dans le sac.

Diar(rh)y #5 11 août Anne ven der Linden11 août – Les religions, que beaucoup de ma génération pensaient, fieffés optimistes benêts, vouées à une disparition complète à court terme, ont repris au contraire depuis 20 ans une vigueur aussi insupportable qu’inexplicable. Avec ses éternels collabos qui préfèrent abandonner jusqu’à leur honneur plutôt qu’avoir à faire avec les bigots enragés qui pourraient les menacer (la menace n’a même pas à être énoncée, ces pleutres la devancent, et veulent montrer à leurs potentiels bourreaux leur soumission absolue pour être épargnés). Alors si l’Islam focalise souvent l’attention (parfois à juste titre, pas toujours non plus), ne pas oublier que ce bon vieux catholicisme n’est pas en reste, comme le montre la déprogrammation* d’une exposition d’Anne Van Der Linden par la galerie L’atelier des Vertus, qui a eu le vice de la considérer comme « offensante pour la religion ». Cette déprogrammation, elle, est offensante pour bien plus : pour la laïcité, pour la liberté d’expression, pour l’art, pour la liberté, pour l’idée même de galerie.

*Anne me précise que ce n’est pas exactement une déprogrammation, mais qu’elle a préféré ne pas poursuivre le projet de cette exposition du fait de ce commentaire et du droit de regard assez coercitif des galeristes. Dont acte.

13 août – Dans le Parisien, on annonce le départ de DAESH de la ville kurde de Manbidj sous le titre « A Manbidj on peut à nouveau fumer ». Ah bon, c’est donc ce que l’olibrius en charge du titrage dans ce quotidien, que les hasards d’une villégiature estivale m’amènent à parcourir chaque matin, a retenu non seulement de l’article mais plus largement de cette « libération » : le droit de fumer ? Peut-être pour mieux, en creux, associer l’interdiction de fumer (effective dans un nombre grandissant de lieux par chez nous) à je ne sais quelle dictature hygiéniste qui s’apparenterait à un fanatisme terroriste digne de DAESH. D’autant que nulle part dans l’article on ne retrouve la phrase d’accroche, le journaliste (qui, contrairement au titreur, bien planqué derrière son ordinateur, lui risque vraisemblablement sa couenne là-bas) n’évoquant que « les combattants kurdes [qui] distribuaient des cigarettes aux passants » sans même dire qu’ils les voient fumer (ce que la photo d’une femme âgée et voilée postée en bannière de l’article sur le site internet semble vouloir illustrer, mais a-t-elle été prise à Manbidj par le journaliste ou son photographe lors de cette libération, voilà qui n’est précisé clairement nulle part). Ce sont ces marchands de mort, ces DAESH du poumon que sont les cigarettiers, qui doivent se réjouir de voir ainsi leur produit de destruction massive devenir un symbole de libération. Soixante-dix ans après la libération de la France, aucun changement, comme si des décennies de démonstration que cette saloperie de tabac est un pourvoyeur de camarde qui ferait passer les célèbres moustachus bavarois et georgien pour des bienfaiteurs de l’humanité avec leurs dizaines de millions chacun de morts (ceci dit les estimations vont de 6 à 40 alors) puisque la clope a envoyé ad patrem pas moins de 100 millions d’humains au cours du XXème siècle (estimation de l’OMS). On me dira qu’avec un peu plus de temps, nos deux démocideurs auraient pu se révéler concurrentiels mais bon, visiblement peuples et gouvernants ont plus à gagner à laisser le tabagisme sévir que de le combattre.

15 août – Je ne suis pas loin de penser que la musique qu’écoutent ces temps-ci les « jeunes » (ce simili-rap festif à voix passée au mixeur) est la plus exécrable, affligeante, consternante qu’il m’ait été donné d’entendre dans ma déjà longue vie, après pourtant avoir traversé des années noires sur le plan musical. Mais là on touche le fond. Le pétrole n’est pas loin.

Diar(rh)y #5  16 août Sookie Sirene16 août – Ceux qui suivent Scoptophilia (peu de Français mais peut-être quelques-uns de ceux qui viennent ici) savent comme j’éprouve une admiration pour le travail d’auto-portraits de la singulière et fascinante Norvégienne dénommée Sookie Sirene. Or, le terrorisme pudibond de Facebook ayant encore frappé, elle y est privée d’accès soit du fait du signalement-délation d’un cul-coincé, soit parce que leur logiciel de censure, plus efficace encore que le code Hays (quand on pense que dans les années 70 l’idée qu’un tel code existait encore 35 ans plus tôt, nous paraissait témoigner d’une mentalité médiévale, et que 35 ans plus tard on a le même, en pire) a considéré que c’était intolérable. Donc pour continuer à voir son travail, voilà la liste des sites où elle les publie (attention, Instagram et google + sont aussi allergiques aux tétons que Facebook, leurs créateurs ont dû être élevés au biberon et ils se vengent donc sur ceux qui, habitués, ne trouvent rien de répréhensible dans l’exposition d’un attribut corporel que les hommes eux peuvent exposer sans craindre les foudres de la censure, la logique américaine dans toute sa splendeur). Sites pour trouver Sookie Sirene :

http://sookiesirene.tumblr.com/

http://www.sookiesirene.no/

http://plus.google.com/u/0/+SookieSirene

http://www.instagram.com/sookiesirene

On peut aussi la retrouver sur plusieurs posts de Scoptophilia bien sûr.

https://scoptophilia.blogspot.fr/search/label/Sookie%20Sirene

Diar(rh)y #5  17 août Burkini17 août – Il y avait le Burkina Faso, il y a désormais le burkini facho, jeu de mot un peu facile mais inspiré par le pouvoir de cet attribut vestimentaire, plus fait pour la plongée que la natation certes, à faire sortir du bois ceux dont le concept de liberté s’arrête à leur arbitraire. Ce dessin de LaSauvageJaune a le mérite d’économiser de la logorrhée fastidieuse et d’y substituer un sourire.

 

Diar(rh)y #5 19 août  Anne Marie19 août – Chronique du racisme ordinaire (suite et hélas pas fin). Le Parisien de ce jour. Elle s’appelle Anne-Marie. Elle est dite retraitée de l’Education Nationale. Elle habite Cologne (pas en Allemagne mais dans le Gers). Elle fait de l’échangisme (d’appartement, d’appartement). Elle a échangé pour quelques jours sa maison à colombages pour un appartement (de 190 m² quand même) près de Barbès. Cette « charmante » (vous allez rapidement comprendre les guillemets) retraitée répond donc à quelques questions du journaliste puis, au chapitre de ce qui lui pose problème dans cet échange, après avoir évoqué (entre autres) la planche à découper et l’essoreuse à salade, elle glisse un mystérieux « Et le quartier. Mais on ne peut pas tout dire ». Ce que ne peut pas dire Anne-Marie de Cologne (dans le Gers), retraitée de l’Education Nationale, c’est que dans le quartier de Barbès il y a beaucoup mais alors beaucoup (peut-être pense-t-elle « trop ») d’arabes et de noirs. Donc voilà, c’est dit, selon les partages de ce statut, sa liberté de parole aura été respectée et elle a pu dire ce qu’elle voulait. Tu vois Anne-Marie, depuis que tu y es, ce qu’il y a de trop à Barbès, ce ne sont pas des arabes et des noirs, mais ce sont des Anne-Marie de Cologne (dans le Gers), retraitée de l’Education Nationale. Comme disait Baudrillard « Un seul être en trop et tout est surpeuplé ». Il faudrait donc rentrer maintenant, on ne sait jamais, un lecteur arabe ou noir (ou simplement racistophobe, il y en a pas mal à Paris où le FN ne fait pas trop recette) pourrait te reconnaître et là bien sûr, il n’est pas sûr qu’il t’appelle Anne-Marie tu vois, mais il se peut qu’il emploie d’autres patronymes moins affectueux. Ce serait regrettable certes, mais tout de même un brin excusable.

20 août – Chronique du sexisme ordinaire. Rio 2016. Quand il s’agit du handball masculin les medias parlent des joueurs, quand il s’agit du handball féminin, ils ne parlent que de leur entraîneur, pas une femme bien sûr. Il va falloir songer quand même un jour à ne plus les laisser sévir impunément non ?

23 août – « Burkini : 16 personnes verbalisées à Nice en 48 heures ». Voilà, la chasse est ouverte. Que les intégristes de la laïcité (qui en dévoient le sens comme les intégristes de l’Islam le font avec l’Islam) se réjouissent donc, ils ont été entendus. Ils peuvent faire chier les gens (enfin les gens, pas tous hein, un peu toujours les mêmes les gens en question) avec la bonne vieille droite xénophobe et islamophobe en guise de bras séculier. Il ne faudra tout de même pas s’étonner après quand ça va péter. On notera que des femmes voilées faisaient parties des victimes du carnage de Nice. C’est ce qu’on appelle la double peine. Me semble que ce pays devient relativement irrespirable.

Diar(rh)y #5 24 août Estrosi24 août – On se frotte les yeux mais non, on lit bien ce qu’on lit « Christian Estrosi a fait savoir que la ville de Nice porterait plainte contre les internautes qui diffusent des photos de policiers qui verbalisent des femmes en burkini ». Du coup, on (en l’occurrence je) rédige une petite note sous la photo censée nous valoir une plainte (sur quel sous-bassement juridique on aimerait le savoir mais après l’affaire dont je parle au début de cette diar(rh)y, il y a de quoi craindre le pire désormais en matière de décision judiciaire). « C’est ça, porte plainte en plus, tu portes surtout la responsabilité de la dégueulasserie (soutenue par toute une ribambelle de féministes bien mal inspirées) de ces scènes que tu voudrais que personne ne voit, et des futurs attentats qui, inéluctablement en découleront (des psychopathes opportunistes doivent déjà être sur le coup). Si je suis parmi les victimes, ramène pas ta trogne à mes funérailles surtout, je serais capable de ressusciter rien que pour te faire quitter les lieux illico-presto ».

25 août – Fontainebleau : 13 hommes arrêtés nus en pleine forêt ». Il semble que faire chier les gens pour leur (te)nue en extérieur soit devenu la priorité en matière de sécurité du ministère de l’intérieur. Ceux qui se font attaquer, voler, frapper apprécieront. Le XXIème siècle ne sera pas religieux, mais pudibond.

29 août – « Une rixe éclate entre naturistes et textiles sur une plage en Gironde ». Pour endiguer toute cette violence je ne vois qu’une solution : des arrêtés préfectoraux pour interdire le port de tout textile sur les plages. Le port du maillot de bain c’est finalement avoir honte d’une partie (même plusieurs) de son corps. Une grave oppression de la femme, une insulte aux droits élémentaires de ne pas s’habiller si l’on ne veut pas (chérie tu ne vas quand même pas montrer tes seins et tes fesses à tout le monde, remets ce bikini immédiatement). Bon, ceci dit, vivement qu’on regagne nos banlieues bétonnées pour échapper à toute cette violence sableuse.

30 août – « Démission d’Emmanuel Macron ». Le départ de Macron du gouvernement c’est un peu comme dans une gastro, quand les vomissements s’arrêtent. C’est déjà ça mais il reste encore la chiasse.

31 août – Une certaine Fatiha Boudjahlat, que les médias (et sans aucun doute elle-même) n’oublient jamais de présenter comme « enseignante en REP à Toulouse après 6 ans dans les quartiers difficiles de Marseille » (enseignante en quoi, personne ne sait, mais enseigner de nos jours suffit pour avoir le droit de déposer sa petite commission verbale ou écrite dans les toilettes médiatiques, qui l’accueillent avec gratitude et nous la resservent par les diverses canalisations auxquelles nous acceptons inexplicablement de nous raccorder par je ne sais quelle servitude volontaire), semble bien devoir jouer le rôle de ces idiots utiles (en l’occurrence idiote, mais le rôle est unisexe) de l’islamophobie, ses prises de positions étant reprises ad nauseam par tout ce que la toile compte de sites/blogs racistes et xénophobes genre fdesouche, mais aussi bien sûr par les médias plus respectables de la bonne vieille droite rance aux phobies identitaires plus larvées tels Le Figaro ou Causeur, ainsi que par les sites censés défendre la laïcité avec la même bienveillance qu’une mère castratrice défend la fonction maternelle. Donc, relayant les thèses complotistes qui ne manquent de surgir à chaque événement (je suppose qu’à l’heure où j’écris ces lignes, certains voient dans la démission de Macron un complot judéo-maçonnique si ce n’est la preuve de l’existence des extra-terrestres), la voilà qui affirme sans l’once d’un élément concret, que les photos de cette femme voilée sur la plage de Nice, à qui des policiers demandent apparemment de retirer sa tunique d’ailleurs étonnamment, le problème étant le burkini, qu’elle porte sous sa tunique, on comprend mal ce que veulent les policiers, vérifier qu’elle porte le burkini ? Tout ça est d’un confus) est un coup monté par les islamistes pour fabriquer de l’image de stigmatisation et la diffuser à travers le monde. En fait cette histoire de burkini aura réussi à avoir la peau des laïcs et athées qui se retrouvent, selon leur analyse de la situation et aussi il est vrai leur rapport au pouvoir, au rôle de l’Etat et aux libertés individuelles, soit du côté des islamophobes, soit du côté des islamistes. Comment a-t-on pu (car je me compte dedans) se laisser ainsi piéger ? C’est à désespérer. Donne pas envie de faire de l’humour je dois dire. A partir d’un attribut vestimentaire réservé à une activité aussi restreinte que se baigner, aboutir à cette éristique macro-politique et sociale qui va, comme ce fut le cas en Corse, jusqu’à des scènes de batailles (dé)rangées, c’est tout simplement accablant. Il paraît même que dans cette dernière affaire, c’est la vue de seins nus qui mit le feu aux poudres. Tout ça parce que dans un vieux bouquin on dit qu’il faut que la femme se couvre. Non mais là vraiment, l’infériorité de l’homme sur le singe commence à réellement se confirmer. Darwin avait raison, l’Homme descend bien du singe, qui ne se vautre jamais aussi bas.

Pas sûr qu’il y ait un #6. Dans ce cas, j’espère que vous avez pris quelque plaisir à lire ces 5 épisodes, qu’ils vous ont tiré quelques sourires, fait parfois réfléchir et qu’au moins vous ne les avez pas trouvés trop mal écris. Voilà qui suffirait à me les faire considérer comme pas tout à fait inutiles.


dkelvin

 


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