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La sélection Bandcamp de dk #5

La sélection Bandcamp de dk #5

Allez, on ne baisse pas la garde, les escapades estivales et l’envie de rien foutre ne doivent pas avoir raison de ces rubriques attendues avec une impatience gourmande par… (pas de statistiques des syndicats ni de la préfecture donc je ne m’avance pas) personnes (avec un « s » j’espère quand même). Ce mois-ci, du sludge-doom avec Cough, du rock 80’s avec Civil Union, du rap avec L’1consolable. Que demande le peuple ? (on me dit de l’argent, de la considération et des perspectives d’avenir… Pfff quel petit joueur ce peuple) 


 

Bandcamp#5 CoughIl y a des albums, ils sortent, vous les écoutez pour la première fois, vous savez que vous avez affaire à un classique qui laissera son empreinte indélébile dans l’histoire du rock comme un tétrapode dans la roche un temps molle des côtes irlandaises. Bon, on n’est pas toujours bon juge pour ainsi vaticiner. Tenez, des albums dont je pensais de la sorte à leur sortie, en guise d’empreinte indélébile, n’ont laissé que celle d’un pied de touriste dans le sable d’une plage du cap d’Agde. Mais pour Cough, vanité coupable peut-être, j’ai le sentiment de ne pas devoir me tromper. D’ailleurs je ne suis pas peu fier d’avoir mis dès 2010 leur première demo gratuitement à disposition, sur un site musical un peu corsaire que je barre depuis plus de 6 ans (Forgotten Songs, un peu d’auto-promo n’est pas pêché mortel d’autant que ça ne me rapporte pas un kopeck, juste des emmerdements) et que certains connaissent peut-être. Revenons à nos tousseurs du moment qui n’ont pas, c’est le moins qu’on puisse dire, enchaîné les albums depuis cette première demo, le dernier datant de 6 ans (l’excellent Ritual Abuse). Mais l’attente en valait la chandelle (crois pas que ce soit français cette expression, pas grave, la chandelle est un accessoire qui mérite toujours de figurer dans une chronique doom) car ces virginiens vertigineux nous offrent (enfin s’ils peuvent nous le vendre, ils préféreront) avec ce Still They Pray, 65 min de doom à relents sludge rien de moins qu’exceptionnelles. Si immédiatement la parenté avec Electric Wizard est frappante, ce n’est pas uniquement parce que le style épouse la géométrie sonore de ces géniaux précurseurs, mais aussi parce que Jus Oborn, son homme protée, en est le producteur. Certains pourront grimacer devant ce « à la manière de » qui se dégage de l’ensemble, mais Cough réussit le tour de force de ne pas se laisser embourber dans le marais boueux conçu il y a déjà plus de 20 ans par les sorciers du Dorset, mais à y prendre appui pour construire son propre édifice, plus varié, moins monolithique. Still They Pray, leur meilleur opus à ce jour, et qui sera probablement un des albums de l’année dans pas mal de listes de sites consacrées au genre, contient par ailleurs des incartades inattendues et délicieuses, tel ce « Let It Bleed », dont le titre-hommage aux Stones cache un morceau où se mêlent Bolan, Neil Young et Dinosaur Jr, mais, oserais-je dire, pour un résultat, tout au moins dans ce style, que les 3 n’ont jamais vraiment atteint. Bon, j’ai fait plus long que d’habitude dans cette rubrique, mais cet album donne envie de s’appesantir, ce qui, pour un album d’une telle lourdeur, est finalement logique.

Cough, « Still They Pray » (ici)

 

Bandcamp#5 Civil UnionPour tout dire j’ai mis un certain temps à savoir si j’aimais vraiment ce disque tant il emprunte à des genres qui ont déserté depuis longtemps mon environnement sonore, c’est-à-dire ce rock 80’s qui oscillerait (entre autres) autour de the Cure, the Birthday Party, ou Ed Kuepper (que les fans de ce dernier écoutent « We’ll Let It Lie », ils seront surpris). Et puis il a bien fallu me rendre à l’évidence, et avoir la lucidité de m’avouer que cette musique me remuait, me transperçait et faisait courir sur ma vieille échine des frissons finalement devenus pas si fréquents parmi les groupes dkouverts ces dernières années. Ce groupe de Nouvelle Zélande (d’Auckland exactement) est surtout un véhicule pour l’âme torturée du jeune Anthony Sheehan-Drent, qui a une vision du monde plutôt noire et désespérée (un temps j’aurais dit lucide, mais plus aujourd’hui), peuplée d’âmes vides qui mènent jusqu’à leur terme des vies destructrices, des autres ou d’eux, ou parfois des deux. Rien qu’aux titres (« Love Makes Slaves Of Us All », « Like Nuns For Christ » ou « We’ll Let It Lie ») mais surtout à la teneur des textes, on comprend que l’atmosphère est plus proche de « Bad Lieutenant » ou de « Breaking Bad » que de la dernière pochade comédébile. Mais tout ça n’aurait guère d’importance si la musique n’était pas à ce point flamboyante, magnifiquement tourmentée, puissante et enivrante. Sans vouloir donner dans l’hyperbole systématique, voilà encore un album qui mériterait de rester comme un disque culte tant il a tout pour cela, ne serait-ce que ces tours de force qui font les standards sur lesquels une génération parfois se nourrit (ici les imparables « Love Makes Slaves Of Us All » et « Follow The Red Herring »). Attention, on sort de cet album assez secoué, mais si c’est ce que vous recherchez, alors c’est une bonne adresse.

Civil Union, « Seasick, Lovedrunk » (là)

 

Bandcamp#5 L'1consolablePas fréquent ces dernières années qu’un album de rap se fraye un chemin dans ma citadelle musicale, qui plus est français, tant, à part de très rares exceptions, je suis devenu généralement assez rétif au genre après une période (déjà fort ancienne) où le rap donnait l’impression de pouvoir donner naissance à une florissante arborescence de styles et d’agencements plus exaltants les uns que les autres… Bilan, peau de balle, bérézina, c’est devenu une beauferie comme une autre, comme ça tout le monde a la sienne et les tiroirs-caisses fonctionnent à plein régime, tout va bien. Pourquoi avec un tel talent L’1consolable n’est pas un phénomène à la Stromae, certains, désespérés de l’indigence de ce qui précède, pourraient probablement m’expliquer cette énigme, mais pour moi cela en reste une. J’ai cru qu’en composant « On veut mieux que ça » et « 49.3 (feat. François Hollande) » ce printemps, il allait devenir le Rouget de l’Isle du mouvement social contre la loi Travail, tant ces morceaux sont pertinents, efficaces et amusants, mais il ne semble pas. Depuis ses albums « L’1consolable est payé à rien foutre » et « L’1consolable est payé à foutre la merde » il y a 5 ans, L’1consolable enfile les singles les EPs et les albums comme autant de perles sur un collier qui n’est pas celui du chien de guerre, mais celui des îles du Pacifique et qui, dans l’1conscient collectif, prend valeur de métonymie de la vie saine, libre, hédonique, l’antithèse de ce que L’1consolable narre en utilisant tout ce que la langue française, souvent généreuse, peut lui offrir questions calembours, rimes, jeux de mots, déstructuration du langage, amphibologies, le tout fondé sur les deux mamelles du rap c’est-à-dire la prosodie et le flow. Il y a 1 an il avait osé, et réussi le pari un peu 1considéré, de reprendre 12 chansons de Brassens en adaptant les textes aux contextes spécifiques qu’il décrit, et le résultat étant bluffant. Dans son nouvel album, il pousse la complexité de son projet jusqu’à proposer à l’auditeur de jouer avec ses textes, mais je n’ai personnellement pas eu l’envie de m’adonner à ce passe-temps, et même ainsi l’album épate et enthousiasme. Sur le plan des samples, le simple semble lui plaire et il n’a pas peur d’aller piocher dans des atmosphères de vieilles musiques françaises, mais arrangées aux petits oignons, non franchement même les plus rétifs succomberont. Bon, rétif au début, rétif à la fin, la boucle est bouclée. Rien à jeter, faut l’acheter.

L’1consolable, « Rap Games » (hop)


dkelvin

 


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