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Glop/Pas glop [CHRONIQUES CINÉ JUILLET-AOÛT]

GLOP / PAS GLOP

Chaque semaine, une petite doublette de critiques ciné à haute teneur brazilienne, glop ou pas glop… Enjoy !

LE 13 JUILLET EN SALLES

Juillet_AoutJuillet – Août : « Voilà l’été »

Après le polémique Un Français, qui dressait le portrait d’un jeune facho hexagonal, Diastème revient avec une œuvre plus légère mais tout aussi foisonnante. En suivant les vacances d’été de deux sœurs de 14 et 18 ans, le réalisateur explore des thématiques qui lui sont chères dans un diptyque plein de charme, de fraîcheur et d’une certaine mélancolie, explorant des chemins auxquels on ne s’attend pas. Jouant la carte des souvenirs, avec une première partie chez la mère, très bling bling, sur la Côte d’Azur et une seconde partie beaucoup plus iodée et sauvage en Bretagne, chez le père, il vise droit dans le cœur des spectateurs et atteint parfaitement sa cible entre attachement, nostalgie, légèreté et réflexion. Epaulé par un casting solide et bien assorti (mentions spéciales au vieux loup Patrick Chesnais, au ristique Thierry Godard et au duo de sœurs fabuleuses Alma Jodorowski et Luna Lou), le réalisateur livre sans doute LA comédie française de l’été 2016.

 

Bastille Day : « Les doigts dans la prise (de la Bastille) »

Après Taken, Lucy et From Paris with Love (tiens, que des productions Besson !), voici le blockbuster estival qui défonce Paris comme chaque année. On ne peut pas lui reprocher la bêtise de ses dialogues, puisqu’il n’y en a pour ainsi dire pas. Copié-collé sur diverses bessonneries et autres bourneries hollywoodiennes, le machin, d’un inintérêt total malgré ses scènes d’action survitaminées, propose en tête de gondole un Idris Elba décevant, à des années-lumière du solennel Mandela ou du génial blockbuster Pacific Rim. Rendre Idris Elba mauvais, c’est sans doute le plus impardonnable dans cette pitoyable entreprise d’un énième action movie décérébré et parisien.

Juillet-Août (glop) et Bastille Day (pas glop), sortie salles le 13 juillet.

 

LE 20 JUILLET EN SALLES

independence-day-resurgenceIndependance Day : Resurgence : «Menu XL»

C’est un plaisir coupable, un peu comme prendre un menu XL au fast food ou un gros paquet de bonbons en plus des courses (vous savez, ceux accrochés à côté des caisses qui vous font de l’œil pendant que vous faites la queue). Oui, coupable : gras, lourd, sucré et plein de saloperies. Mais c’est bon, à condition de ne pas en abuser. On ne peut pas reprocher à Roland Emmerich de nous avoir trompés sur la marchandise : c’est exactement la même chose qu’il y a vingt ans. Un grand n’importe quoi sauvé du ridicule par un sens aigu de l’autoparodie et de la non-prise au sérieux, gratiné d’un tas de raccourcis et d’invraisemblances scénaristiques mais aussi d’effets spéciaux incroyables et de formidables clins d’œil qui laissent penser que ce cinéma est moins débile qu’il n’en a l’air : une uchronie qui présente une humanité unifiée face à une menace qui la dépasse (ça devrait nous inspirer), une présidente des États Unis (bête comme ses homologues masculins), des Chinois partout, des héros blacks qui ne meurent pas, un couple de scientifiques gays ET seniors (génial!), de l’humour juif, et le toujours fantastique Jeff Goldblum.

 

Le BGG : Le bon gros géant : « Bon gros plantage »

Malgré le très louable projet d’adapter le formidable roman jeunesse de Roald Dahl et le talent indiscutable de Steven Spielberg, force est de constater que le transfert du Bon Gros Géant sur grand écran est un échec. D’abord, et essentiellement, parce que l’esthétique du film est très très moche, ensuite parce que la richesse littéraire du roman, son inventivité narrative, sa syntaxe, ses néologismes, son esprit insolent et naïf pour gamins polissons sont de toute façon impossibles à transcrire en images. Il y a une richesse des mots que le cinéma n’arrive pas toujours à s’approprier. C’est le cas ici. Heureusement, le film est sauvé du désastre total par son excellent casting, et notamment le petite Ruby Barnhill, juste incroyable de justesse et de malice !

Independance Day : Resurgence (glop) et Le BCG (pas glop), sortie salles le 20 juillet.

 

LE 27 JUILLET EN SALLES

la couleur de la victoireLa couleur de la victoire : «Cours Owens, cours»

Stephen Hopkins fait partie de ces bons petits artisans du cinéma hollywoodien, qui, sans jamais avoir signé de chefs-d’œuvre fracassants, alignent une filmographie longue comme le bras et riche en petits films cultes, séries B bien senties et vigoureux plantages. On notera dans la carrière du Monsieur, en vrac, Moi Peter Sellers, L’Ombre et la Proie ou encore Blown Away, qui ont tous trois fait la gloire de nos soirées télévisées. Le voici aux commandes d’un « film sérieux », biopic inspiré et inspirant du coureur afro-américain Jesse Owens qui remporta quatre médailles d’or au JO de Berlin en 1936, non sans fortement irriter l’organisateur de ces jeux, un certain Goebbels, déjà une belle sous merde. Notons au passage le très bon titre original du film « Race », au double sens évident. Sobre, appliqué et efficace, le film se regarde avec plaisir et lève le voile sur ces JO d’Hitler, et notamment sur la personnalité troublante de la réalisatrice « officielle » de la propagande nazie, Leni Riefenstahl.

Guibord s’en va en guerre : « House of Caribous »

Le formidable comédien québécois Patrick Huard, qui nous avait déjà régalés il y a quelques années avec son incroyable prestation de donneur de sperme anonyme rattrapé par sa multiple progéniture dans Starbuck, est de retour sur les écrans du Vieux Continent, cette fois dans la peau d’un politicien local, membre indépendant du Parlement Québec-Nord qui, par un coup du sort politique, sera amené à effectuer seul un vote décisif : le Canada doit-il entrer en guerre au Moyen-Orient ? Délicieuse fable sur les vices et vertus de la démocratie directe, ce « House of Cards » drôle et léger, sauce sirop d’érable, se savoure à chaque instant, porté par son casting et ses multiples rebondissements drôles, tendres, et intelligents. Secondé par un irrésistible stagiaire haïtien, le député Guibord vole de crise en crise avec la clairvoyance d’un gars d’ici (enfin de là bas) (enfin je me comprends) : crise familiale, crise conjugale, crise économique, crise ethnique, crise politique, crise diplomatique… Tout ici est élaboré avec savoir-faire et intelligence, humour et tendresse, justesse de chaque instant. Sans parler de la musique omniprésente et incroyable, exploitée ici avec une précision d’horloger suisse, jusqu’aux dernières images que vous ne devrez pas rater.

Insaisissables 2 : « Abracadaflop »

Quand on connaît tous les trucs, c’est bien connu, la magie disparaît et le charme n’agit plus. Le deuxième volet des aventures des supers magiciens voleurs au grand cœur souffre de ces maux, en plus de réelles faiblesses de scénario qui laissent penser que personne, ni scénaristes, ni producteurs, ni réalisateur, ne savait bien quoi faire pour mener à bien cette suite commandée. De la magie, il n’y en a pas, ou si peu, exactement en proportion inversée des invraisemblances scénaristiques qui se ramassent à la pelle dans une histoire faiblarde à la mise en scène hystérique. Et puis si Jesse Eisenberg et Mark Ruffalo ne s’en sortent encore pas trop mal, l’arrivée de Daniel « Harry Potter » Radcliffe est un peu de trop (bonjour le clin d’œil relou : « Harry Potter » en vil homme d’affaire contre des magiciens moldus !  Quant à Michaël Caine et Morgan Freeman, avouons-le, ils commencent un peu à sentir la naphtaline.

La couleur de la victoire et Guibord s’en va en guerre (glop) et Insaisissables 2 (pas glop), sortie salles le 27 juillet. 

 

LE 03 AOÛT EN SALLES

Ma vie de chatMa vie de chat : « Oups la boulette (de poils) »

C’est l’heure de la récré pour Kevin Spacey qui a sans doute besoin de se détendre après toutes ces saisons oppressantes et passionnantes de « House of Cards », une des trois meilleures séries du monde (mais qui sont les deux autres ?) dont il incarne le rôle titre avec majesté, justesse et cruauté. Le voilà ici en bon milliardaire et mauvais père qui se retrouve réincarné en chat et va devoir faire preuve de bonne volonté s’il ne veut pas être coincé dans ce corps de vieux matou pour le restant de ses jours. Produit par Luc Besson et réalisé par ce bon vieux Barry Sonnenfield (le papa des Men in Black !), cette comédie légère et savoureuse, qui affiche aussi Christopher Walken à son casting, irrésistible en vieux papy à chats et veste en velours, est la solution idéale pour une sortie ciné estivale en famille ! Casting réjouissant pour les parents, histoire simplissime et cousue de fil blanc pour les enfants, gags bon enfants, douce ironie dechaque instant… Que demander de plus ?

Free Dance : « Danse avec les mous »

Dans la droite lignée de ses grandes sœurs des années huitante, comme Fame ou Flashdance, cet énième film de danse pour jeunes filles en fleurs aurait pu avoir un intérêt quelconque si et seulement si son traitement n’avait pas été sacrifié aux codes les plus bas de gamme des séries télé et même pire, des émissions de télé-réalité. Il n’y a pour ainsi dire pas grande-chose à sauver de cette production pré-mâchée, réchauffée et même pré-digérée dont on connaît la fin au bout de la première minute, si ce n’est quelques numéros de danse pas trop mal troussés mais hélas filmés comme dans un prime time sur TF1. Bref, on s’ennuie ferme, et c’est tout ce qu’on veut, sauf du cinéma.

Ma vie de chat (glop) et Free Dance (pas glop), sortie salles le 03 août. 

 

LE 10 AOÛT EN SALLES

sos fantômesGhostbusters : « Who you gonna call ?? »

Il fallait oser franchir le pas et sortir, vingt-sept ans après le second volet, un nouvel opus des aventures des cultissimes chasseurs de fantômes ! Le réalisateur Paul Feig s’en sort avec les honneurs et évite ainsi à la franchise de rejoindre le tristement célèbre « club des 27 » dans une agonie cinématographique horrible. Entre l’hommage décomplexé et le remake malin, ce troisième volet ne tombe dans aucun des pièges qui lui étaient tendus : toujours efficace, toujours surprenant, souvent drôle, jamais ringard, le film, truffé de clins d’œil, assume tout à fait sa filiation tout en revisitant intelligemment le mythe. Le féminisme décomplexé de l’ensemble, porté par quatre comédiennes exceptionnelles, et les punchlines ravageuses, apportent une saveur exquise au film. Bref, le pari était osé, et il est remporté ! Who you gonna call ?

 

C’est quoi cette famille ? : « C’est quoi ce film ?»

Julie Gayet, Julie Depardieu, Philippe Katerine, Chantal Ladessou, le casting alléchant était de bonne augure mais, hélas, le scénario, écrit sur un paquet de Petits Écoliers, oscille entre l’improbabilité absolue et la banalité totale. Une poignée de gosses de riches qui en ont marre d’être transbahutés au gré de leurs familles recomposées décident ainsi de squatter un immense appartement dans un quartier cossu de Paris inoccupé depuis qu’une aïeule a eu l’infortune de décéder. C’est absolument pas drôle, dénué de toute pertinence sociale, et surtout ça sonne totalement faux. Le réalisateur Gabriel Julien-Laferrière vient de la télévision et a notamment dirigé certains épisodes de « Fais pas-ci, fais pas-ça ». Ben justement, il y a des choses qui ne se font pas.

Ghostbusters (glop) et C’est quoi cette famille (pas glop), sortie salles le 10 août.

 

LE 17 AOÛT EN SALLES

starTrek sans limiteStar Trek Beyond : « Un bon space cake »

Très occupé par son nouveau joujou, la trilogie Star Wars, J.J. Abrams a laissé à Justin Lin, ancien de la franchise Fast & Furious, le soin de réaliser ce nouvel opus de Star Trek après avoir pris le soin de lui laisser quelques consignes pour maintenir à niveau ce reboot dont il avait réalisé les deux premiers volets avec brio. Le résultat, fort convaincant, donne un grand space opera classieux et gentiment vintage, qui ne lésine ni sur la pyrotechnie spectaculaire ni sur la psychologie des personnages. En effet, malgré sa tripotée de rebondissements, le trio Kirk/Spock/Mac Coy reste l’intérêt majeur du film et nous prouve que, même au fin fond de l’espace, l’important, c’est les copains. Véritable petite cerise sur le space cake, la scène de baston intergalactique sous fond de Beastie Boys est un régal.

Peter & Eliott le dragon : « Fumeux »

Avec sa fâcheuse tendance à adapter ses classiques animés en images réelles, Disney accumule les ratages. Comme pour Le Livre de la Jungle, il ne reste ici plus aucune saveur du film de 1977 qui mêlait habilement animation et prises de vues réelles, dans cette version écolo fadasse et bien pensante. Fini la fantaisie cartoonesque du dragon Eliott, le scénario farfelu et ses personnages idoines, le génie comique de Mickey Rooney, les chansons entraînantes qui avaient remporté un Oscar, la magie burlesque de l’ensemble. Place à un remake médiocre, réalisé comme un épisode de Dawson, avec sa pop country larmoyante, ses chemises à carreaux, ses sentiments téléphonés, son gamin énervant et son dragon moche.

Star Trek Beyond (glop) et Peter et Eliott le dragon (pas glop), sortie salles le 17 août.

 

LE 24 AOÛT EN SALLES

Toni-Erdmann-afficheToni Erdmann : « Mon père ce héros »

Injustement absent du palmarès cannois, ce film est une sacrée surprise, car avouons-le, j’y allais un peu à reculons. Pensez donc, un film allemand de quasiment trois heures sur les relations père/fille, avec un casting et une réalisatrice totalement inconnus ! En fait, il s’agit bel et bien de quasiment trois heures de bonheur, de montagnes russes sentimentales, entre rires et larmes, humour potache, critique sociale et drame intimiste. Ce père, qui propose à sa fille si lointaine une quête de sens à travers le masque du non-sens et de l’absurde, est un fabuleux personnage de cinéma, une sorte de Pierre Richard volontaire et teuton qu’on a très envie de serrer dans nos bras, un peu comme la fin du film. À voir absolument.

 

Bad Moms : « Maman j’ai raté ton film »

Alors je ne suis peut-être pas dans la cible, mais ce « Very Bad Trip », au féminin teinté de teen movie teinté lui-même d’anathèmes plus ou moins bien sentis sur la famille, les enfants, les mecs, le sexe, et la place de la femme dans la société (dans le désordre), est totalement raté. Lourdingues et hystériques, les personnages ne sont même pas sauvés par la mise en scène, navrante, ou la musique, insupportable. C’est comme Mes Meilleures Amies, mais en plus vulgaire et moins drôle. Bref, en raté.

Toni Erdmann (glop) et Bad Moms (pas glop), sortie salles le 24 août.

 

LE 31 AOÛT EN SALLES

Un petit boulotUn petit boulot : « Du bon boulot »

Ça pourrait passer pour un petit film, une petite comédie noire adaptée d’un petit polar américain, sans prétention. C’est sans doute cette humilité, ce goût de l’artisanal, à l’ancienne, le dialogue bien taillé, le casting savoureux, les seconds rôles aux petits oignons, le scénario bien ficelé mais sans fioriture, qui séduit le plus dans le nouveau film de Pascal Chaumeil. Après L’Arnacœur, il retrouve un Romain Duris en grande forme et nous offre un Michel Blanc qui nous régale en bandit provincial mais aussi en dialoguiste et scénariste inspiré. Un bon petit boulot, à l’humour bien noir et à la critique sociale acerbe.

Mechanic : Resurrection : « Statham error »

C’est en fait la suite du remake d’un film d’action américain de 1972. Vous me suivez ? Non, bon alors je reprends du début : en 1972 sort Le Flingueur avec Charles Bronson, vieux briscard des portes-flingues US qui incarne avec brio un tueur à gages particulièrement efficace et silencieux dans une série B désuète mais profondément seventies et vintage, donc pas dégueu. En 2011, Jason Statham reprend le rôle de Bronson dans un remake totalement inutile. Autant dire que cette suite sans saveur est une preuve irréfutable de l’existence du vide cinématographique hollywoodien.

Un petit boulot (glop) et Mechanic Resurrection (pas glop), sortie salles le 31 août.


Thomas Lécuyer

 


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