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La Diar(rh)y #4

La Diar(rh)y #4

On croit avoir tout vu, tout lu, tout entendu, on croit, les années passant, que plus rien ne pourra nous surprendre, nous en apprendre plus encore sur l’inanité de ce monde, sur les abysses de bassesse et d’aveuglement de ceux qui y exercent leurs pouvoirs, et ce à tout niveau, du politique au domestique, car dès qu’il y a pouvoir finalement, il y a bassesse et aveuglement, et puis finalement non, les ressources sont inépuisables quand il s’agit de cynisme, d’indécence et de veulerie. Alors, conscient de participer à cette inanité universelle, en y allant de sa petite contribution à mi-chemin entre révolte et dérision, on repique au truc, on s’enferme dans les toilettes de sa pensée, et on se vide en espérant qui sait, pouvoir éclabousser, par on ne sait quel miracle, ceux qui rendent ce monde si laid.

Diarrhy illustration 1 - copie

 



 

1er juin – Hier soir, beau concert d’Andy Shauf dont le nouvel album a été traité dans la sélection Bandcamp #4, qui réussit même le tour de force, mais hélas uniquement une fois son ultime morceau débuté, à faire clore son clapet au public parisien entassé sous la voute noirâtre et moisie (enfin pour ce qu’on peut en voir) de la Mécanique Ondulatoire. À l’exception des 3 ou 4 premiers « rangs », inhabituellement silencieux et respectueux, deux adjectifs qui semblent n’avoir plus guère de sens pour la plupart de ceux qui désormais traînent leur morgue hautaine dans les salles de concerts de cette capitale de plus en plus irrespirable. En première partie, une dkouverte comme on aime en faire quand on s’efforce d’écouter les « vedettes américaines » comme on disait d’antan : Mothers, avec une chanteuse au look austère et à la mine taciturne qui, dès que sa bouche eût émis un son, nous fit rappliquer dare-dare devant la scène pour un set à base de musique délicate comme de la broderie et tendue comme un cliffhanger de Breaking Bad. Bon dieu que c’est bon ces surprises inopinées quand on pense devoir subir une nième insignifiance casée là du fait d’aléas inexplicables. Et comme leur dernier album est sur Bandcamp, héhé, vous voyez ce que je veux dire.

 

Diar(rh)y #4 2 juin2 juin –  Terrassé par une douleur atroce de la hanche gauche, je passe une radio (graphie bien sûr, je n’ai pas été invité sur RTL ou Europe 1 pour en parler, quoique la suite montrera que cela eût pu être amusant) à la recherche d’une coxarthrose. Bon, le jour où vous écrivez « je », « douleur » et « coxarthrose » dans la même phrase, vous savez, pour prendre une métaphore calendaire, que vous pénétrez dans l’automne de votre vie, et que l’hiver pointe même parfois son groin gelé. Ce détail médical pour en venir à la dite radio qui, à ma grande surprise, non seulement ne montre pas la moindre trace de « bec de perroquet » et autre géode signant l’atteinte fatale de mon articulation auparavant si souple et indolore mais, plus étonnant encore, montre clairement, sous la symphyse pubienne, mon attribut pénien avec une précision assez indécente (pour preuve l’illustration ci-dessus, qui ferait d’ailleurs une assez jolie pochette de disque pour le groupe Decubitus mais ils n’existent plus depuis 16 ans). Je souris en repensant à cette jolie phrase de je-ne-sais-plus-qui et qui disait « Le pénis est le grand malentendu entre les femmes et les hommes : les hommes pensent que c’est un os, les femmes savent que ce n’est même pas un muscle ». Bon, tout ça n’est pas très socio-politico-sardonique mais merde, la douleur réduit le champ critique à des considérations anatomiques, croyez-en ma longue expérience dans le domaine.

 

3 juin – Le 27 mai dernier, Macron répond à un syndicaliste que « la meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler ». Il a de la chance d’être né à la fin du 20ème siècle et pas du 18ème le micro-ministricule, parce que sinon, à cette heure, sa tête et son costard auraient déjà fait partition. Pas parce qu’il l’aurait quitté son beau costard, ni même parce qu’on lui aurait arraché, mais parce que sa tête aurait été dkollée du tronc aussitôt cette abjection proférée. Y a des précédents. Et les années passant, l’exaspération montant, il pourrait y avoir des successeurs à ces illustres inconnus que le mépris de classe a envoyé ad patrem.

 

4 juin – Manuel Valls se mit à lire d’un ton sévère : « Le gouvernement est respectueux des droits sociaux, nous ne contestons pas le droit d’inonder, mais nous n’accepterons pas que des centaines de litres d’eau prennent en otage les Français qui veulent se rendre à leur travail, que des ruisseaux qui ne représentent qu’une partie infime de l’eau de ce pays, bloquent les routes, envahissent les rues des villes et participent ainsi à briser la dynamique de la reprise économique alors même que les caisses sont à sec ». Il se retourna vers sa Plume : « Dites-donc, vous êtes sûr qu’on en fait pas un peu trop là, ça va finir par se voir que je raconte n’importe quoi non ? ». « On peut enlever le passage des caisses à sec si vous voulez, mais sinon, pour le reste, c’est pas pire que votre discours au CRIF » répondit la Plume, avant qu’on ne lui signifie son congé. Et sur ce, le premier ministre alla devant les micros serviles des médias autorisés pour parler des inondations.

 

Diar(rh)y #4 5 juin5 juin – Je pointe mon nez au « défilé des Insoumis » (en fait le défilé a lieu sur scène et le public, nous, les regardons défiler, assez novateur, sympathique, mais un peu longuet) qui se déroule Place Stalingrad. J’y vais pour voir qui y va, mais aussi, ne soyons pas hypocrite, pour y écouter Jean-Luc Mélenchon dit Méluche, tribun tout de même d’une autre trempe que la concurrence, et surtout dont les options politiques me conviennent nettement mieux. En parlant de trempe, on évite d’en prendre une puisque la pluie a cessé, et on espère que lui-même n’en prendra pas une en 2017. En tout cas, en une heure chrono, le bonhomme exalte, émeut, amuse, réconforte, venge de l’humiliation quotidienne infligée par les médias, les néo-libéraux, les économistes et toute la flopée de cerbères du capital qu’on nous formate dans les écoles de commerce et de journalisme. Je repars rasséréné. En guise d’illustration (ci-dessus), un Où est Charlie ? version Où est dkelvin ? (si si cherchez bien, j’y suis).

 

7 juin – J’ai fait un rêve. On invitait le Président de la FIFA sur le plateau d’une télé quelconque, et l’homme ou la femme-tronc qui a l’outrecuidance de se dire journaliste, au lieu de lui parler de foot, d’Euro(s), de stratégies ou de pronostics, lui posait les questions suivantes : « Vous condamnez les violences des hooligans ? », « Qu’est-ce que vous répondez à ceux qui disent que le foot prend en otage les informations pendant un mois ? », « Vous cautionnez les sifflets des supporters français quand un footballeur étranger touche le ballon ? », « Après tous ces morts dus aux attentats, vous ne trouvez pas indécent ces manifestations hystériques de joie à chaque fois que l’équipe de France marque un but ? », « Est-ce que l’Euro n’est pas une manière de relancer le foot qui était en perte de vitesse depuis les piètres performances de l’équipe de France ? ». Oui, c’était un sacré beau rêve. Pas que ces questions soient moins connes que celles que ces perroquets gris à balai rectal posent aux syndicalistes de la CGT, mais pour une fois, c’était cette drogue dure qu’est ce foutu sport à la con qui en était la cible. Ce n’était bien sûr qu’un rêve. Si le Président de la FIFA pointe son pif à la télé, aucun risque qu’on lui déballe de telles balivernes bien sûr. Je parie même qu’on arrivera à coller les violences des hooligans sur les grévistes de la CGT (ben pardi, si au lieu d’être monopolisés sur les manifs, les flics pouvaient s’occuper des hooligans).

 

8 juin – Bon ça y’est, la récréation est terminée, tout le monde a bien rêvé, des millions d’américains ont pensé que peut-être, cette fois, qui sait, on allait avoir des élections qui aboutiraient à un véritable changement, ils ont cru à la belle histoire du vieux Bernie qui allait renverser la table, le comptoir et le tiroir-caisse de Wall Street et devenir le premier président de gauche des États-Unis, mais peau de balle, la belle mécanique à berner que sont les élections a parfaitement fonctionné et à la niche Bernie, place aux gens sérieux, aux culs cousus d’or, aux sponsorisés, aux stipendiés, aux élites, bien au chaud dans la main des financiers. Cette fois-ci ce sera Hillary Clinton, qui après Obama et le premier noir à la Maison Blanche, va nous servir le gimmick, repris en boucle par le psittacisme médiatique international, de la première femme à la maison Blanche. Oui c’est ça, à la maison les femmes, et que tout soit bien blanc surtout, nourrissant ainsi le sexisme ordinaire. Car on ne peut pas crier au racisme quand tous les médias ne parlent du maire de Londres qu’en termes de « premier musulman maire d’une grande ville européenne », et y aller soi-même de son premier noir ou première femme Président des États Unis en considérant qu’il s’agit d’autre chose que de sexisme et de racisme, ou alors je n’y comprends plus rien. Ça devient assez infantilisant vous ne trouvez pas cette démocratie représentative où l’on vous permet de jouer quelques semaines au « et si cette fois on mangeait des trucs bons au goûter » avant de vous filer votre même pitance rance et périmée en vous demandant en plus de trouver ça bon. Franchement, quelques jours après mes enthousiasmes naïfs pour jlm2017, je dois dire que j’ai foutrement la sensation que, comme en 2012, on va encore participer à un simulacre humiliant et que tout foutre en l’air et faire leur affaire à tous ceux qui exercent quelque pouvoir que ce soit, est vraiment la seule issue possible.

 

apoillegoof_BD9 juin – Lancement du comité de soutien à Christophe Goffette, Illustre timonier de ce site mais avant tout homme qui fait usage de la liberté d’écrire ce qu’il a envie, abusivement attaqué en justice pour Injures publiques dans un édito de Crossroads datant de 2009 et où la turricule de lombric responsable de cette accusation inique a cru se reconnaître (s’il a trouvé le portrait si ressemblant qu’il s’y est reconnu, comment conclure qu’il s’agit d’injures, au contraire, à moins que la véracité du portrait constitue en soi une injure, ce qui se défend mais dans ce cas l’accable plus qu’il ne le dédouane). Quand je dis turricule de lombric, je suis injuste avec les annélides, car depuis Darwin on sait que le lombric est « un personnage intelligent et bienfaisant, qui opère de vastes changements géologiques, un niveleur de montagnes… un ami de l’homme » (citation exacte d’un article scientifique paru dans Etudes et gestion des sols de 2001, c’est dire le sérieux de la chose). Je ne vais pas reproduire la totalité du texte de soutien que vous trouverez ici. En revanche, je ne sais où en sera le montant de la cagnotte quand paraîtront ces lignes, mais si la somme vertigineuse et ignominieusement obtenue lors de l’appel (20 000 €, ça fait cher le kilo de compost) n’est toujours pas couverte par les dons de ceux qui ont signé la pétition du comité de soutien, il faut donc aller la gonfler un peu sur le site où une cagnotte a été mise en place afin que l’amusante métaphore visuelle ci-quelque-part-autour ne devienne pas une terrible réalité.

 

Diar(rh)y #4 10 juin10 juin – Dès ce soir-là, le diar(rh)iste se planta nu, devant le grand miroir de la salle de danse qui jouxte la salle où il tente de maintenir une apparence décente à sa carcasse (décidément, diar(rh)y spécial « on se met à oilp » ce mois-ci), et, après avoir un peu grimacé devant ce corps et ce visage marqués par les années, s’entraîna à répéter en boucle : « Le foot je m’en fous, je m’en branle, je m’en tape, je m’en cogne, je m’en baslec, je n’en ai rien à braire, à secouer, à carrer, je m’en tamponne le coquillard, je m’en bas les omoplates, ça m’en touche une sans faire bouger l’autre ». Ses ablutions cérébrales faites, il s’en retourna soulever un peu de fonte dans la grande salle vide pendant que ses compatriotes vociféraient devant 11 joueurs qui, selon qu’ils gagneront ou perdront, seront héros nationaux ou traîtres à la patrie. Une célébration de la nuance comme on peut voir. Avec de telles passions populaires, le Front National n’a plus qu’à attendre son heure.

 

 

11 juin – Je n’imaginais pas que la réalité se rallierait aussi vite à mes rêves (voir diar(rh)y du 7 juin) puisque hooligans russes, anglais et français imbibés de bière et de haine, se sont foutus sur la gueule à Marseille (rixe de jeunes porcs dans le vieux port en quelque sorte, en plein ramadan, quel hilarant spectacle que donnent là les héritiers de l’Europe aux fameuses racines Chrétiennes mais à la frondaison barbare ! Une bande de dégénérés, de fins de race qu’il est souhaitable de voir s’éteindre au plus vite oui). Bon je ne vais pas cacher que je serais assez gourmand d’une petite bataille rangée entre hooligans et casseurs avec mise en RTT des CRS. On installe en hauteur quelques caméras, on passe tout ça à 20h30 en prime time, on met du Slayer en bande son, et hop, on a enfin un spectacle sang et lumières de qualité. Autre chose que les festinullités à la David Guetta ou ces matchs anémiques de décérébrés en shorts. Cyril, si tu nous écoutes. Je ne vois en effet que cet anima(l)teur au QI de mollusque pour produire une émission pareille.

 

12 juin – La tuerie d’Orlando donne l’occasion de voir à l’œuvre de manière quasi fractale les mécaniques de sélectivité émotionnelle et leur algorithme désolant. En effet, il semble s’agir pour beaucoup, avant de savoir quel impact émotionnel le massacre de plusieurs dizaines d’humains par un autre aura sur leur système limbique (assez formaté par leur cortex frontal comme on va le voir), d’en identifier les tenants et les aboutissants, qui se résument pour les premiers à « au nom de quoi le tueur agit-il ? », et pour les seconds « dans quelle catégorie d’orientation religieuse, sexuelle, politique, ethnique se rangent les victimes ? ». Ici, il y eut initialement flottement (avec l’inepte accusation de certains de dissimuler qu’il s’agissait d’une attaque contre les homosexuels, alors que les médias raffolent au contraire de ces taxinomies commodes qui leur favorisent le travail question experts à inviter et bouillie interprétative à en tirer), et puis une fois que DAECH et homosexuels purent être attribués respectivement aux tenants et aux aboutissants, alors tout le monde y alla de son couplet (avec refrain ça marche aussi d’ailleurs, y avait toute la chanson en fait), sur Islam et homosexualité. Ah la foutaise, ah ce qu’il se marrerait l’abruti(reur) qui trouva pour donner consistance à sa violence névrotique la furie destructive de DAECH et la classique haine du pédé, mais qui, sous d’autres latitudes ou en d’autres temps, aurait fait allégeance à je ne sais quel suprématisme racial pour aller massacrer du noir ou au culte du moustachu créateur du IIIème Reich pour dégommer du jeune social-démocrate. On a récemment connu. Alors accorder autant de crédit à ces prétextes et qui plus est, à y étalonner son émotion me lève littéralement le cœur et me fait réellement douter de l’authenticité de ces affects qui me paraissent plus affectés qu’affectifs.

 

13 juin – Une semaine que le ramadan a commencé. Vous en entendez beaucoup parler vous ? Près de 5 millions de musulmans en France, dont la plupart ne mangent ni ne boivent du lever au coucher du soleil, soit ces jours-ci de 6h du matin à près de 22h, pas rien vous en conviendrez, et personne ne l’évoque, pas un média, tout au moins généraliste, à qui cela soulève l’once d’un souffle d’intérêt. Vous me direz « ben normal ducon (si si je sais que certains me parleraient comme ça, je peux même donner des noms), la laïcité tu connais ? ». Mouais, mais quand même, si les catholiques ou même les juifs s’astreignaient au dixième du tiers d’un tel régime, ça voudrait y aller dans les rédactions sur les éprouvantes conditions de vie pendant cette période d’abstinence. D’ailleurs j’aimerais rappeler à tous ceux qui nous saoulent avec les racines chrétiennes de la France (qu’ils étendent même jusqu’à l’Europe, les vikings et les celtes apprécieront) que dans leur cher christianisme il existe un ramadan encore plus exigent voire intransigeant qui s’appelle le carême. Ça dure 40 jours, en commémoration aux quarante jours de la tentation du Christ dans le désert entre son baptême et le début de sa vie publique (heureusement que les bigots ont la diar(rh)y d’un mécréant comme moi pour apprendre quelque chose sur leur religion). Plus exigent car on y a droit qu’à un repas par jour, le soir et encore, avant c’était même le régime xérophage, c’est-à-dire du pain, des fruits secs et basta. On est loin du filet de colin au beurre fondu avec sa ronde de frites le vendredi saint. Bref les cathos de mes deux, au lieu de discuter le bout de gras sur les racines chrétiennes de la France en terrasse de restaurant, du 10 février au 20 mars, vous auriez dû jeûner, ce qui rend nettement moins bavard. Et montrez plutôt du respect pour ceux qui suivent les préceptes de leur foi, aussi infondés soient-ils, mais ils le sont tous.

 

Diar(rh)y #4 16 juin16 juin – Christophe au Bikini, près de Toulouse. Il y a 42 ans, quand on me demandait quel était mon chanteur français préféré, je répondais Christophe. C’était l’époque des Mots Bleus et beaucoup croyaient que je galéjais, que je faisais, comme lorsque j’affirmais préférer Ian Hunter à Bowie, dans la provoc un brin snob. On est vite ktalogués dès qu’on ne partage pas les goûts de la doxa du milieu que l’on fréquente. Pas un milieu dit marginal ou alternatif qui ne me montra rapidement son hideux faciès normatif et intolérant. Du coup je n’en fréquente plus depuis longtemps. Et ne m’en porte que mieux. Pour vivre heureux vivons cachés. Etre heureux est ce que vous souhaite le moins ceux qui disent vous aimer ou vous avoir aimé. Au contraire, souvent ils se nourrissent de votre malheur. En devenant un jour heureux, vous leur coupez les vivres en quelque sorte… mais je m’égare. Christophe donc qui, lorsqu’on allait au-delà de ses tubes, proposait la musique la plus novatrice, imprévisible, précieuse qui soit, tout au moins à mes oreilles. Et puis cette voix si asexuée et pourtant si sexuelle, même si je peux comprendre qu’on ne l’aime pas. À l’époque, il fallait aimer Lavilliers, Le Forestier ou Yves Simon. Et bien sûr l’icône des icônes, Gainsbourg. Peu importe. À la même question, aujourd’hui, je fais la même réponse. Chanteur préféré ? Christophe. Le fait est qu’aujourd’hui, ce septuagénaire peut réunir dans une salle de concert un public hétéroclite de tous âges et de tous horizons, et proposer en intégrale son nouvel album (l’excellent Vestiges du Chaos, même si un peu en retrait comparé aux deux précédents) sans que personne ne râle, et les faire adhérer à une musique parfois d’une audace quasi-expérimentale bien que baignée de mélodies sucrées, qu’ils n’auraient pas pour beaucoup l’envie d’écouter si ce n’était pas ce personnage à la fois si hiératique et si familier qui leur proposait. La seconde partie du concert restera à jamais gravée dans notre mémoire : Christophe au piano (avec un siège rotatif dont il s’amuse avec une jubilation enfantine) revisitant son répertoire au gré des demandes du public et des accompagnements ponctuels de ses musiciens (dont le précieux Christophe Von Huffel aux guitares). Et plaisantant avec ce ton sibyllin qu’on aime tant chez lui. Non mais si pour certains la vieillesse est un naufrage, il en existe qui continue à voguer en haute mer jusqu’à la mort. Et ce sera son cas.

 

Diar(rh)y #4 22 juin22 juin – Ce matin, Manuel Valls, premier ministre de la France, pays où le hasard m’a fait naître et les nécessités vivre, a réussi ce tour de force de me faire comprendre le sens d’une expression jusque-là à mes yeux inexplicable : « Ça m’a troué le cul ». En effet comment quelque chose pourrait trouer ce qui l’est déjà ? Ma mère avait d’ailleurs intelligemment adapté cette expression populaire en un plus élégant « Tu ne vas pas me faire un trou là où j’en ai déjà un ». Mais outre qu’elle signifiait l’exact contraire de la précédente (puisqu’ici c’était l’insignifiance du propos qu’elle voulait imager et pas son caractère stupéfiant), elle ne possédait pas sa puissance sémantique. Pensez, quelque chose qui a une force suffisante pour percer notre fondement au point donc de nous faire imaginer qu’il ne l’était point. Et bien là, apprendre que la manifestation syndicale de demain était tout simplement interdite par la préfecture, nervi du ministricule sus-nommé, produisit en moi un effet qui donna soudain physiquement à cette expression son sens. Qui plus est, la métaphore apparaît d’une pertinence parfaite si l’on veut bien m’y substituer Marianne, puisque c’est bien au fondement de la République que cette icône incarne, que cette décision s’en prend. Bon, je ne sais pas si c’est la défaite de l’Espagne hier soir (mais merde, qu’il dklare la guerre à la Croatie alors, sur ce coup-là, la CGT n’y est pour rien) ou des relents de Franquisme (Mitterand c’était la Francisque, décidément, on a quand même une utilisation du préfixe « fran » un peu douteuse chez les socialos) mais en tout cas ce Valls a perdu le Manuel d’usage de la démocratie. Ahhh, à l’heure où j’écris ces lignes j’apprends qu’il y a contre-ordre puisqu’elle est finalement autorisée… mais sur un parcours balisé. Restez en ligne……. [les heures passent]…… Bon, finalement, la préfecture a décidé Diar(rh)y #4 22 juin bisdésormais de considérer les manifestations syndicales comme des disciplines olympiques d’athlétisme qui se dérouleront donc sur un parcours circulaire. La manifestation sera semi-mobile (j’allais dire semi-molle) et les athlètes pratiqueront leur discipline (la marche lente avec port de banderole ou de pancarte) sur une piste de 1,8 km entre Bastille et la Seine. La Bastille pour les humilier (message subliminal « le 14 juillet 1789 le peuple n’a pas demandé la permission pour la prendre, et vous bandes de veaux, vous défilez là où ceux que vous voulez renverser vous disent ») et la Seine pour leur rappeler la technique du « par-dessus bord » utilisée le 17 octobre 1961, au cas où ils leur prendraient l’envie d’en dkoudre. Sur le coup, j’ai pensé que les syndicats allaient envoyer au forcené de Matignon une réponse imagée lui faisant comprendre où il pouvait se la mettre son interdiction. J’avais même rapidement bricolé un montage, libre de droits, et gracieusement mis à leur disposition (mais ma page facebook étant moins fréquentée qu’une boucherie par un collectif Vegan, je le remets ici car vous ne l’avez probablement pas vu), puis que les mêmes syndicats allaient lui répondre qu’ils avaient compris que même sans être enfermés dans un stade, marcher en rond c’était quand même un peu pareil et qu’il y avait foutage de gueule. Mais non, j’apprends qu’ils obtempèrent et vont jouer les hamsters dociles. Sans moi. Ahh, on rêverait d’un petit chaperon noir style celui taggé sur un mur le long du canal de l’Ourcq (en illustration ci-dessus), devenu ma promenade favorite depuis que je suis balbynien, et qui fait fuir d’un jet de bronze, la bête immonde qui nous chaperonne.

 

27 juin – Il y a un moment, il va finir par falloir être cohérent. On ne peut pas passer ses journées à se lamenter que la majorité des gens sont complètement cons ou tout au moins raisonnent comme des tambours et vanter la démocratie référendaire en acceptant de se soumettre aux décisions de cette même majorité. Ce soir, au terme d’une semaine qui a vu la victoire du Brexit sur des arguments d’une ineptie mensongère qu’on aurait cru possible de ne faire avaler qu’à des déficients intellectuels, voilà celle des partisans de l’aéroport de Notre Dame des Landes qui persistent à penser que cette verrue aéroportuaire est utile et souhaitable. On pourrait même ajouter à ce duo gagnant l’échec de Podemos en Espagne, le bon peuple préférant continuer à voter pour la caste politicarde qui les a amenés au désastre social qui est le leur. Ils en redemandent. Que peut-il se passer sous leurs crânes éventés pour que des arguments censés et rationnels ne fassent qu’y passer comme des feuilles mortes un jour de Levêche ? Ils sont sûrement le même genre de décérébreurs télévisés et radiophoniques que nous. Mais tout de même. Attendre que la majorité veuille bien cesser de se comporter comme des rats Skinneriens à qui ont fait mettre des bulletins dans une urne comme un laborantin les fait presser un levier, risque de proroger un temps certain le marais boueux dans lequel patauge l’humanité depuis quelques siècles. Le moment de relire ce petit paragraphe de Tocqueville, pourtant pas le prototype de l’anarcho-libertaire : « Qu’est-ce donc qu’une majorité prise collectivement, sinon un individu qui a des opinions et le plus souvent des intérêts contraires à un autre individu qu’on nomme la minorité ? Or, si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité ? Les hommes en se réunissant, ont-ils changé de caractère ? Sont-ils devenus plus patients dans les obstacles en devenant plus forts ? Pour moi, je ne saurais le croire ; et le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs ».

 

Diar(rh)y #4 30 juin30 juin – Il semble bien que le soutien moral conséquent à Christophe Goffette (plus de 500 signatures sur la page du comité de soutien) afin de l’aider à terrasser son pathétique accusateur à qui la justice a, en dépit du bon sens, donné raison, ne se soit pas accompagné d’un soutien financier à sa mesure (2 500 € sur les 20 000 € nécessaires), ce qui est en soi assez inconséquent puisque seule cette somme pourra réellement permettre de ne pas voir entériner ce qui pourrait se révéler rapidement une épée de Damoclès pour tous ceux qui usent de leurs droits d’ironie, de causticité ou de simple critique, et une manne financière pour tous ceux qui souhaiteront utiliser les tribunaux pour arrondir leurs émoluments tout en nuisant à ceux qu’ils pourront accuser de les brocarder. Rien que dans cette diar(rh)y, il y a de quoi m’endetter sur trois générations. Finalement l’image qui aura accompagné cette opération de soutien (ci-dessous je pense) sera tristement prémonitoire. Allez, moi je tire le rideau.


dkelvin

 

 


Kankoiça
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