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Leonard Kraditor, DANS LA PEAU

Leonard Kraditor, DANS LA PEAU

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Leonard est un rêveur… Leonard est un saule pleureur… Leonard est un léopard à qui on a ôté le « p » de la puissance mâle… Leonard est un loup solitaire qui erre, qui erre, qui erre… Leonard aime bien que les femmes existent, même sans lui… Leonard en prendra une un jour pour épouse, c’est dit… Leonard s’est déjà fiancé une fois… À quand la deuxième fois ? Leonard aime les blondes, les brunes et les rousses… Mais Leonard a un peu la frousse… Leonard ne sait pas comment observer les gens. Alors, Leonard aime être photographe. Les gens regarderont ses photos, pour lui c’est suffisant. Peut-être que Leonard est artiste ? Maman dit que Leonard n’est pas comme les autres, papa dit qu’il est sans doute autiste… Mais Leonard ne lave pas son linge sale en famille, mais à la laverie de famille… Leonard s’ennuie dans cette vie. Il se dit souvent « à quoi bon » ? Il gobe des cachets comme des bonbons ! Leonard fait le saut de l’ange quand la vie le dérange… Leonard pense être immortel, quand ça va, alors qu’il ne pense qu’à la mort quand tout va à vau-l’eau et que son bateau prend l’eau. Alors, Leonard ne pense qu’à se jeter dans les flots et prendre le large avec la vie… Leonard, c’est moi-même. Je parle de moi à la troisième personne. C’est vrai… Ça dissone un peu. Mais de cette façon, j’ai l’impression d’être deux. Comme ça, je me sens plus fort et je reste à flots, à bon port Kraditor. Je me tiens compagnie… Je me tiens chaud…Sinon, j’ai l’impression d’être mort.

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LEONARD-KRADITOR-TWO-LOVERS-6webJ’ai le sentiment que ma vie est un gâchis… Je me sens seul. Pourtant, je ne le suis pas vraiment (le suis-je ?)… Je me sens trop jeune et trop vieux en même temps. Je vis comme un enfant. Je suis revenu chez papa, chez maman… (J’pensais pas habiter ici aussi longtemps). Rien n’a changé vraiment. Ma chambre est toujours la même… Mon lit est celui de quand j’étais petit. Je ne change pas mes draps (c’est maman qui s’y colle). Je ne fais pas ma lessive (je travaille au pressing de papa). Je ne choisis ni les objets que je range, ni les choses que je mange… Maman pense que je n’y arriverai pas seul. Je veux dire, sans elle… Que je n’arrive à rien, sans elle… Qu’elle seule sait bien ce qui est bon pour moi… Que personne ne m’aimera autant qu’elle… Elle dit que c’est ça d’élever un garçon… Moi, des fois, ça m’arrange. Mais, le plus souvent ça me dérange. Oui, maintenant, ça devient un peu gênant… Si je compte bien, j’ai bien 30 ans (30 ans ?) Moi, je crois bien que j’ai passé l’âge… Quand est-ce que les parents redeviennent comme avant ? Quand cessent-ils de nous jauger comme des bêtes à lait ? Quand nous prennent-ils pour de bon au sérieux ? Je ne sais pas si c’est chez tout le monde pareil, ou si c’est que chez moi que c’est comme cela (je dis chez moi, mais c’est chez eux). Je me suis fiancé une fois, elle est partie, elle m’a quitté. Je l’ai cherchée partout… J’ai failli faire ma vie. Mais, j’ai failli, c’est tout. Alors, on a dû m’interner… Et, je suis revenu, ici. Ma vie d’avant est si loin ! Je ne me rappelle de rien. Avec mes vieux, on dirait que le temps s’est arrêté depuis que je suis né. Comme si j’étais toujours coincé à l’état de nouveau-né. Je crois que maman ne m’a pas vu grandir (je ne sais pas si elle n’a pas voulu ou si elle n’a pas pu ?) car son regard est fixé sur moi en permanence… Elle n’a pas vu que mon enfance était finie depuis des lustres ! Est-ce que toutes les femmes sont comme ça, quand elles deviennent mères ? Je ne sais pas, si c’est moi ou elle qui est malade ? Ce soi-disant truc bipolaire… qui me prend en grippe ou en otage depuis toujours… Maman pense que c’est moi qui suis atteint au point d’attenter à mes jours… (Je l’ai déjà fait, c’est vrai, que j’y pense tous les jours). Mais elle… je ne sais pas. Depuis que je suis revenu, quand je croise son regard… j’ai peur que ce soit elle qui déraille. On pourrait penser que je transfère mon mal sur elle. Peut-être… Mais, je sens que c’est faux. Je crois bien que c’est elle à présent, qui ne survivrait pas sans moi. Mais je garde ça pour moi, de peur de la blesser… À choisir, je préfère que ce soit moi, le fou, que l’inverse, ça au moins, maman peut le gérer. Oui, elle le gère plutôt bien. Il faut bien aider la famille. Je crois que je n’aurais jamais dû revenir dans cette maison de fous.

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LEONARD-KRADITOR-TWO-LOVERS-5-webJe vais devoir épouser Sandra, si j’en crois les parents… Ça arrangerait bien leurs affaires… Je ne sais pas pourquoi ils connaissaient ma vie mieux que moi-même. Elle ne me repousse pas, Sandra, elle est plutôt jolie, elle a l’air tendre, elle pense même que je sais m’y prendre. Elle ne dirait pas non, Sandra… Peut-être qu’elle aussi sait, avant moi, ce que je veux ? Ce que je suis ? Ce qui est bon pour moi ? Comme maman ? Il y a quelque chose à la fois d’effrayant et de rassurant chez elle… Au moins, si je l’épouse, tout le monde sait ce qu’il adviendra de moi (tout le monde, comme toujours,  à part moi…) Existe-t-il autre chose que ça ? J’ai l’impression d’avoir déjà tout vécu avant même d’avoir vécu, d’avoir été un enfant trop tard, un fiancé fantoche et déjà un vieillard à veiller sur mes vieux sans avoir pu faire ma vie… C’est peut-être ça mon destin, une boucle sans fin entre ma mère et moi… De nous veiller, l’un l’autre, chacun à tour de rôle jusqu’à notre mort ?

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LEONARD-KRADITOR-TWO-LOVERS-4Michelle, ma belle… Michelle m’appelle… Michelle m’hèle… Michelle… Michelle… Michelle… Avec elle, Leonard n’a plus besoin de converser avec lui-même, avec elle, je suis « je », j’ai des ailes ! Michelle est « Elle », ma troisième personne ! Michelle me voit comme un homme, un père, un dieu ! Moi, Leonard Kraditor ! Me voilà dans la peau de Thor ! Michelle n’est pas comme les autres. Elle n’est pas comme Sandra… Ça non, alors ! Sans doute sa blondeur la rend-elle vulnérable à la lumière du jour ou à l’obscurité de la nuit, comme si elle ne pouvait s’endormir dans le noir sans que je ne sois dans son lit… Je ne peux m’empêcher d’épier chacun de ses mouvements, d’écouter à distance le moindre de ses battements. Je pourrais l’immortaliser indéfiniment, la capturer à jamais avec l’appareil photo de papa … Elle vit au-dessus de ma fenêtre, au-dessus de ma vie, elle m’entête… Elle est mon ciel bleu, mon soleil éternel… mon seul astre de nuit… Je l’épie sans arrêt… Dès qu’elle disparaît de ma vue, elle me manque, je me sens misérable, comme dépourvu… J’ai peur à chaque seconde qu’elle ne s’évapore… Que ma vie redevienne comme avant. Dieu, qu’elle m’attire, qu’elle m’affole ! Avec elle, je vole ! Je crois que je l’aime, oui, je l’aime, je l’aime fort, je l’aime de tout mon cœur, je pourrais lui marquer « I LOVE YOU » partout sur le corps ! Je pourrais le lui dire encore et encore, je pourrais aller n’importe où avec elle… Michelle ! Je pourrais crier tout le jour sous ta fenêtre l’étendue de mon amour ! Avec toi, je suis libre ! Avec toi, je suis un homme ! Voilà donc ce que la vie me réservait de magique !

*

Je me sens vulnérable, je n’ai aucun repère, me voilà dans un néant blanc, je tremble sous l’emprise du désir et de la peur. C’est à la fois enivrant et terrifiant… Sur le toit de mon bonheur aux quatre vents auprès de Michelle que j’aime tant… Je pensais avoir déjà aimé, pourtant… Elle me voit comme un frère mais elle se leurre… Je suis son âme sœur… Personne ne sait ce qu’il adviendrait de moi, si j’épousais cette femme-là (ou peut-être excepté moi ?) Je deviendrais le meilleur de moi-même, je serais l’homme que je devais être… Ni enfant, ni infirme, mais homme et intime… Je suis déjà son garde du corps, oui, Leonard Kraditor aimerait bien garder son corps… Nous voguerons tous les deux sur l’océan bleu de notre amour ardent. Michelle est l’illusion présente de ce que sera ma future vie. Partons ensemble, Michelle, partons demain, partons à l’aventure…

 

AFFICHE-TWO-LOVERSwebLibrement inspiré du personnage Leonard Kraditor de James Gray dans Two Lovers


Sur une idée de et par Bertille Delporte-Fontaine


Kankoiça
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