Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Le billet de mauvaise humeur de l’Affreux (épisode 6)

LE BILLET DE MAUVAISE HUMEUR DE L’AFFREUX !

Ce matin, des nuages chargés d’une grisaille fielleuse pointent leur tronche au-dessus de ma trogne mal lunée… J’ai le poil torve, l’haleine chargée, j’ai mal pioncé… Un café mal ingéré avalé, je m’attelle à la petite douceur qui me fera digérer la journée, mon billet de mauvaise humeur !

Et pour ce sixième billet aux humeurs braziliennes, je m’échappe furtivement du domaine du réel, sinistre ces temps-ci, pour vous offrir une échappée dans une version alternative de ce qu’aurait pu être notre monde si…

Épisode 6: …la langue française était devenue universelle…

Frizou-billet-6web

 

Aujourd’hui, à l’heure où la réforme de l’orthographe vise à réviser nos copies vers une simplification de la langue française, on est bien loin de l’époque, où notre langue était l’une des plus influentes au monde. Certains crient au scandale, accusent les pouvoirs publics, dont la célèbre Académie Française, de vouloir niveler vers le bas notre ô combien splendide langue d’exception. Il paraît que l’accent circonflexe en gonfle plus d’un. OK. Bientôt, pardon, bientot, nous ferons sauter les chapeaux, tout comme nous avons ôté nos galurins au vingtième siècle. Va-t-on également réviser (encore) l’Histoire de France parce que certaines dates sont trop complexes ou (honteuses) à retenir ?

Les réponses à ces questions, nous les aurons dans les décennies à venir. Mais, ça n’est pas ce qui m’intéresse présentement, moi, l’Affreux… Ce vendredi noir (tiens, donc !), j’ai envie de m’évader de nos emmerdes cycliques, de ces pots d’échappement qui nous pètent au nez, des mauvais tics du réchauffement climatique, de la Haine ambiante puante, de vos gueules bégueules, de ma barbe gratte-cul…

Aujourd’hui, je vous propose un voyage dans une Terre alternative, comme dans Sliders (ah ah ah !), où notre langue et du coup notre nation coq-à-l’âne auraient vécu un tout autre destin…

Et Si…

…en 1787, la Constitution américaine avait été rédigée en français, et non en anglais, et avait imposé la langue fourchue de Molière comme référence internationale ? À quoi ressemblerait, aujourd’hui, notre France arrogance ? Nos galants acteurs ? Nos auteurs râleurs ? Les États-Unis ? Notre putain de monde ? Moi, l’Affreux ?

Au dix-huitième siècle, l’époque de la ratification, aux États-Unis, une grosse propension de colons français subsiste. Et pourtant, eux, comme les Allemands, se sont fait avoir par les communautés anglicanes. Ils ont toujours été plus fourb… rusés que nous, les Anglais. Les Français et les autres colons étaient trop disséminés sur le territoire américain pour faire contrepoids à une aristocratie anglaise regroupée. Bref, voilà, pourquoi, en partie, l’anglais est passé, n’en déplaise à Thomas Jefferson qui, lui, a tenté d’imposer le français comme langue nationale.

Billet d'humeur 6 4Puis, l’anglais a remplacé le français comme langui franca de la diplomatie au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Aujourd’hui, la langue anglaise s’est imposée de fait, par sa facilité d’apprentissage, l’hégémonie économique des Américains, leurs stars rutilantes, leurs rêves gratte-ciel, leurs bidons bedonnants…

Pourtant d’autres langues les talonnent sévèrement, comme l’espagnol sur leurs terres du Sud… Il semblerait que dans ce monde rien ne dure, sauf la connerie universelle.

Mais, si en cette fameuse année 1787, la Constitution américaine avait été écrite en français, et non, en anglais, vous imaginez à quoi ressemblerait la face des States ? Du monde ?

Soyons d’accords, les Américains causeraient aujourd’hui essentiellement le français, leur président Barack s’exprimerait dans la langue de Molière lors de ses allocutions télévisées, devant le congrès, sa maîtresse, son chien… Et les États-Unis d’Amérique seraient les États-Unis de France.

Revenons sur Terre, euh, la nôtre, ou l’autre ? On s’en fout… À mon humble avis (l’emploi de « humble » traduit une mégalomanie sous-jacente), ce petit twist linguistique n’aurait rien changé à l’Histoire du Monde ni n’aurait empêché Hitler et ses doubles « S » de raser le bitume de nos contrées dans les années quarante ni les Américains de nous sauver des griffes aigle de sable.

Billet d'humeur 6 5Sauf que… ces ricains « I want you for U.S army » de l’oncle Sam, au lieu de nous envoyer du « We Are The Champions » à tout-va célèbreraient leur victoire sur les forces de l’Axe en aboyant des : « À boire ! Et que ça saute, ma belle Thérèse ! ». John, Steve, et Mike trinqueraient leur pinard avec nos belles, tout en croquant dans nos sauciflards. Et tout le monde chanterait La Marseillaise, en lorgnant sur le cul cocardier de Thérèse.

Sautons les étapes du temps. Le vin a coulé depuis…

Nous sommes, aujourd’hui, dans les années 2000 et plus. La langue française est internationale. L’anglais est un dialecte tout juste bon à émoustiller la jeunesse lors des concerts de rock. Les noms des villes américaines ont été francisés.

Notre président camembert s’apprête à rencontrer son homologue des États-Unis de France, Barack Obama (parce qu’on l’aime bien même dans un monde parallèle), entouré de son/ sa secrétaire d’État, Angelina Jolie, qui, grâce à sa double nationalité a su ravir les cœurs des langues mondiales. Ensemble, ils vont assister à un concert au Stade de France, de la star qui fait palpiter les cœurs du monde depuis près de cinquante, Jean-Philippe Smet, le rockeur suprême… Le vieil, Elvis, qui se la coule douce depuis son Mississipi natal envoie un petit sms d’encouragement à son pote, Jean-Philippe : « Tu vas mettre le feu, « guitar man ». Allongé sur son transat tricolore, il s’apprête à regarder, accompagné d’un bon Bordeaux, le concert de son idole.

Pendant ce temps, à La Cité des Anges, le gouverneur de la Californie, Jean-Claude Van Damme, en compagnie de sa femme, la délicieuse, Sophie Marceau, officialise son homonyme de pierre au beau milieu du Panthéon de la gloire.

Billet d'humeur 6 7Parce que ma langue natale est reconnue partout partout partout où le franc pousse (notre monnaie aussi est internationale), j’ai migré en Amérique pour scénariser les nouvelles aventures de l’ « Homme Super »… Dans le prochain épisode, il affronte l’infâme Comte Misère (qui règne en maître sur les égouts de Paris). Nous, les auteurs français de France, sommes chéris-gâtés dans la contrée des amoureux du colt. Ce samedi, je suis avec mes trois bambins, Alfred, Albert et Camus, au parc Astérix d’Orlando en Floride. Goscinny et Uderzo y dédicacent la dernière aventure du célèbre nabot casqué : « Gaulois ou rien ».

Le lendemain, je file, dès l’aube, à Paris Ouest, pour assister au concert de ma célèbre femme, « Betty Brille de Nuit », qui chante, depuis, Broadway, son répertoire libertaire. Une chanteuse française du Paris continental vaut de l’or à Paris Ouest. Des réacs texans nous cassent les pieds pour que l’on rebaptise la pomme d’amour, New York, en hommage à leur ridicule bourgade anglaise. Bien sûr, nous les conchions, avec le Mépris de Godard.

Bref, nous les petits frenchies de Paris, tout nous réussit… Un petit anglicisme de temps à autre, ça claque, non ? Surtout au nez et à la chique des garçons vachers.

Certains pratiquants de la langue anglaise nous ont dans le pif, nous et notre arrogance sartrienne. L’autre jour, un bouseux à vaches a tiré des coups de feu sur notre Statue de la Liberté parce qu’on l’avait affublée de la cocarde tricolore. Eh, je n’y suis pour rien, si votre langue est tombée aux oubliettes, les John Wayne… L’hégémonie de notre verbe vieux beau n’a pas empêché les sauvages du Wild Wild West, comme aiment dire les sudistes, de jouer de la gâchette des siècles durant. Ça n’est qu’à l’avènement du Président Obama, qu’on est parvenus, d’un commun accord, à adopter la loi sur le contrôle des armes à feu… Il était temps… Même si les États-Unis de France restent la référence mondiale en matière militaire depuis qu’ils nous ont sauvés les miches des nazis berserkers dans les années quarante, notre joli hexagone qui fleure bon la gueuze,  est l’exemple à suivre en matière diplomatique. Eh, on n’a pas décapité nos sangs bleus pour rien… Pas vrai, Robespierre ?

Billet d'humeur 6 9Notre succès a, cependant, quelques inconvénients… Non pas que je me plaigne de vendre mes écrits partout en Amérique et en Europe… Non pas que je sois triste de ma vue sans pareille sur le Parc Central depuis mon splendide loft de Paris Ouest… Je ne chie pas, non plus, sur mon accent parigot jalousé par-delà les frontières… Non, ça n’est pas ça… Ce qui m’ennuie, ce sont ces illuminés qui ne savent pas jouir de notre victoire sur les Anglais en silence. Alain Delon, pour ne pas le nommer, l’homme aux quatre Césars pour Borsalino I-II-III-IV ; aux deux Oscars, le premier, pour Le Parrain de Coppola dans lequel il donne la réplique à Montand, l’amant d’une chanteuse de cabaret dénommée, Norma Jean, le second, pour son interprétation d’homme qui murmure à l’oreille des canidés dans Le pacte des chiens, aimerait redonner à notre France continentale sa grandeur d’antan, et souhaiterait que les Français d’Amérique restent humbles quant à notre ancienneté. « Napoléon, c’est nous ! Pas eux ! » proclame-t-il à chaque allocution télévisée. L’autre qui nous les brise, c’est,Yves Rénier avec sa vingtième saison du Commissaire Moulin… Moi, je regarde en cachette, sous ma couette, les séries « indé » tournées en langue anglaise diffusées sur des chaînes du câble comme… Les fils de l’Anarchie, ou Perdus sur une île. Leurs titres, hélas, n’ont pas échappé à notre toute-puissance linguistique. Tout comme ces Brando, Redford et autres acteurs qui n’ont pas pu faire carrière parce qu’ils sont restés fidèles à Shakespeare.

Côté chanteurs, hormis Jean-Philippe, on a sa « petite sœur » du rock, Catherine Deneuve, qui pousse la chansonnette depuis qu’elle a perdu son parapluie à Cherbourg. Elle aussi, cartonne, au Stade de France avec son tube du moment : Un litron, sinon rien.

Côté littérature, les livres d’Alexandre Jardin sont toujours en tête des ventes partout dans le monde… Son dernier opus : Jardin, de père en fils.

Mais, fais attention, Alex, car, un certain, Philip K. Dick, qui a fait son retour gagnant avec son nouvel ovni, Dualisme Chronique,  depuis sa dernière crise schizoïde, pourrait bien te brouter le gazon… D’autant qu’il se murmure dans les coulisses des Bois Sacrés de La Cité des Anges, que Jean Dujardin serait intéressé par l’adaptation au cinéma du schizo roman.

Molière, avec ton théâtre imagé haut en couleur, tu as su t’imposer comme la figure de proue du langage universel. Shakespeare, Dante, Cervantès, Goethe, Pouchkine, ces auteurs mineurs, n’ont pas eu cette chance dans ton monde tricolore…

Dans notre réalité, à nous, là où le fric rime avec Amérique, des artistes français ont, à coup sûr, eux aussi, été emportés par la tornade Stars and Stripes. Lesquels ? À vous de me le dire…

Bien sûr, cet épisode alternatif pourrait se poursuivre à l’infini, mais pour cela, il faudrait que je pousse l’exercice plus loin et que j’en fasse un roman… Mais, j’ai bien peur qu’avec son The Man In The High Castel, K. Dick, soit indétrônable.

So, as we say in Shakespeare’s language, this is the end for now, folks.

Awfully, yours, red, white and blue, motherfuckers.

The bastard.

To be continued… back in this fucking reality, guys.

Un billet acéré par le fleuret spadassin d’Arnaud Delporte-Fontaine  et ciselé par le fusain sanguinaire de Frizou.


Arnaud Delporte-Fontaine


Kankoiça
juin 2016
L Ma Me J V S D
« mai   juil »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  
Koiki-ya