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LA TERRE ET L’OMBRE Caméra d’Or 2015 [DVD]

LA TERRE ET L’OMBRE

CAMERA D’OR 2015

LA TERRELA TERRE ET L’OMBRE réalisé par César Acevedo avec Haimer Leal, Hilda Ruiz…

Alfonso est un vieux paysan qui revient au pays pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. Le foyer est cerné par d’immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres continue. 17 ans après avoir abandonné les siens, Alfonso va tenter de retrouver sa place et de sauver sa famille.

Si vous êtes sujet à la dépression, je vous déconseille de visionner La Terre et l’ombre. Surtout avant le coucher. Au moins, préparez-vous ! Mettez-vous en condition ! Pour les anxiolytiques, oubliez. Voir la réalité en face au moins une fois dans l’année ne fait pas de mal. Dites-vous –on se rassure comme on peut !- qu’entre une crue exceptionnelle et des perturbations à la SNCF, il existe un ailleurs, un quelque part où tout, absolument tout, est mille fois pire. César Acevedo explore le drame intime d’une famille autour d’un fils mourant. Mais pas que. La Terre et l’ombre raconte les conséquences de la mainmise de l’industrie agricole sur les terres fertiles colombiennes. Il y a quelques années, on appelait cela le progrès, quand nos anciens préféraient parler d’oubli et de négation des valeurs fondamentales (je vous renvoie à l’encyclopédie du bon sens paysan). Depuis peu, maintenant que la nouvelle génération combat des maladies saugrenues, on se rend compte qu’une agriculture dite « raisonnée » nous donne davantage de satisfaction, au moins sur le plan de la santé. C’est déjà ça de gagné ! Mais revenons à notre sujet. Sur des milliers d’hectares, la canne à sucre épuise Mère Nature -et elle salope les paysage- et les hommes qui s’échinent à la récolter. L’appauvrissement est total et la note salée puisque les richesses engendrées par cette industrie ne terminent jamais leur course dans le porte-monnaie des petites gens. Les ouvriers, eux, travaillent comme des bœufs sur cette foutue plante qui ne peut être coupée avant d’avoir été brûlée (la canne à sucre, c’est comme l’huile de palme : c’est de la merde !) Alors tout le monde crève. Tout le monde asphyxie. Les hommes, les animaux, les plantes, tout y passe. La canne à sucre qui fait le bonheur des bars à cocktails est la cause de grands malheurs. La Terre et l’ombre se veut un plaidoyer humaniste et environnemental, le témoignage réaliste d’un pan de la société sud-américaine.

En 2015, César Acevedo remportait  la Caméra d’Or, le prestigieux prix du meilleur premier film au festival de Cannes. Une récompense méritée tant le scénario soigne le fond et la forme. Dès les premières secondes, on sent un cinéaste impliqué à rendre hommage aux siens et appliqué à rendre les lieux palpables. Dans la première partie, sa mise en scène statique qui se veut étouffante (la canne à sucre ne permet plus de voir l’horizon) évolue dans un second temps vers un style plus organique et dynamique comme si nous devions prendre du recul pour mieux apprécier le tragique de la situation. On sort remué de La Terre et l’ombre. C’est un film complexe. Simple et puissant.

Disponible le 7 juin en DVD chez Pyramide Video


Cédric Janet

 


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