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La sélection Bandcamp de dk #4

La sélection Bandcamp de dk #4

Bon je dois avouer que ces jours-ci, y aller de ma petite sélection bandcamp quand le timonier de cet attelage Brazilien est sous le coup d’une procédure inique qui risque de lui faire mordre la poussière alors qu’il mérite mieux pour planter ses crocs, voilà qui me paraît un peu dplacé. Mais bon, disons que les 3 élus du mois pourront servir de bande-son à la résistance qui peu à peu s’organise via le comité de sélection ici et la cagnotte . Et ce mois-ci, du premier choix avec Andy Shauf, The Regular Boys (qui devraient plaire au sus-nommé timonier) et The Myrrors.


 

Andy ShaufJamais beaucoup aimé les singer-songwriters intimistes à physique d’endive blette (pourvu qu’un singer-songwriter à physique d’endive blette se reconnaissant ne me fasse pas un procès). Me suis un temps fait une spécialité de les éreinter, non sans me faire du coup une brochette d’ennemis dont le goût pour les musiques niaises et lénifiantes cachait mal des mentalités de caporal-chef hargneux comme des roc(k)ets. Mais voilà, Andy Shauf est arrivé et a pris la fameuse place de l’exception qui confirme la règle. Ce garçon à l’allure anémiée a sorti l’an dernier rien de moins que (à mes tympans) le meilleur album de l’année (The Bearer Of Bad News). Une épure dans les arrangements, un sens de la note exacte, de la sobriété, une voix d’une douceur et d’une chaleur (entre Shawn Phillips et Nick Drake) des constructions mélodiques à la fois marquées par l’évidence (celle d’un Graham Nash) et l’imprévisibilité (celle d’un Paddy McAlloon ou d’un David Crosby), une capacité à créer de la tension à partir d’une inflexion tonale, d’un bref silence, et puis cette clarinette qui venait saupoudrer le tout de quelques notes exquises, non vraiment, rien ne pouvait concurrencer une telle alchimie sonore. Alors bien sûr, il était fatal que le nouveau déçoive quelque peu. Pourtant c’est un album d’une classe folle et qui possède toutes les vertus sus-dkrites, mais disons qu’il est plus léger, plus ludique, plus pop quoi. Avec des arrangements qui évoquent les musiques de films des années 60 et à la Burt Bacharach. Il y a là-dedans des chansons qui ont tout pour être des standards tels ce « The Magician » qui coule comme l’eau d’un ruisseau sous un soleil d’été, ou the « The Worst In You » qu’une écoute matinale enchante le réveil mieux que l’ami Ricoré (ça c’est de la critique, si vous pouvez deviner avec des phrases pareilles à quoi ça ressemble vous êtes fort). Mais tout est succulent dans cette Party (drôle de titre pour une telle musique, peut-être un hommage au film de Blake Edwards qui sait). Manque juste l’émotion du précédent mais franchement à ce niveau d’excellence, j’ai un peu honte de pinailler. À vous de jouer et d’en faire la vedette qu’il mérite, plutôt que de le laisser jouer à Paris dans une cave devant une cinquantaine de spectateurs bavards (voir la diar(rh)y d’ici peu).

Andy Shauf, « The Party » (hop !)

 

The Regular BoysVous êtes amateurs (fans même) des Saints (plutôt Prehistoric Sounds), des Only Ones (plutôt leur premier opus) et des Church (plutôt leurs 2 premiers) ? Alors ces Regular Boys, Australiens, comme Whipper le mois dernier, mais de Perth, sont pour vous (et du coup pour moi). Il y a tout dans cette musique. Tout ce que j’aime dans le rock depuis… (trop d’années pour que je le dévoile, à un certain âge on finit par avoir honte d’avoir survécu quand tant d’autres ont disparu). Une somptueuse évidence, une classe bien trop grande pour le voisinage, comme le chantaient les Dogs (à qui les Regular Boys peuvent aussi faire penser), un déhanchement subtil qui éclipse toutes les poses de la concurrence, c’est souple, félin, à la fois nonchalant et concerné, dkontracté mais avec de la tenue, ça coule de source, les mélodies vous glissent dans l’hippocampe sans demander la permission (ah celle du magnifique « Bad Behaviour » qui clôt l’album, c’est quelque chose), l’addiction s’installe dès la première écoute, bref, rien dans ce que je tartine ci-dessus qui puisse vous donner une idée du goût qu’a cette confiture sonore et pourtant, en cliquant sur le lien ci-dessous et en écoutant la chose, vous vous direz immédiatement « ah oui, c’est tout à fait ça ». Et quand on ajoute que ces types savent doser des cuivres pour qu’ils vous fassent peu à peu grimper aux rideaux (sur « Move To The Left » notamment) et saupoudrer des soli de guitare qui vous agrippent gentiment les boyaux, alors peu de risques que cet EP ne finisse pas dans les plus enthousiasmants disques de l’année.

Regular Boys, « Have A Go » (bam !)

 

The MyrrorsDésolé de citer encore et toujours des références/influences plutôt que de m’abandonner à la douce caresse onaniste de la chronique narcisso-émotive, mais en tant que lecteur à un clic de l’extrait, je préfère désormais largement ces name-droppings subjectifs et réducteurs à de l’étalage affectif rédigé dans un style scolaire. Pour The Myrrors (superbe nom cette contraction de My et Mirror), je dirai donc que si vous aimez Centipede, Hawkwind ou Terminal Cheesecake, vous allez succomber aussitôt (mais on pourrait ajouter une bonne partie du Krautrock des seventies). Pouvant être catalogué comme du cosmic-jazz-psyche, ce qui parfois a raison de ma curiosité tant je sais qu’au bout de 5 ou 6 min je vais m’enfuir rongé par l’ennui, The Myrrors, qu’on ne soupçonnerait pas être de Tucson, Arizona, fait mentir tous les pronostics en nous absorbant dans son onguent sonore hypnotique et en nous plongeant littéralement dans un univers onirique hybridant Miro et Bosch et qui, il faut l’admettre, fait physiquement planer sans même le support d’une quelconque aide chimique. Bref, que l’on soit baigné dans le liquide amniotique ou en lévitation dans une onde céleste, le fait est que cet album insensé nous extrait du réel comme peu avant lui ont su le faire (même si ma connaissance dans ce genre n’est guère encyclopédique mais tout de même). Ce qui fait que The Myrrors surpasse ses glorieux anciens c’est peut-être un certain souffle Stoner (enfin, attention, ne pas s’attendre à des riffs non plus) et un goût de la tension qui va crescendo comme un orgasme bien mené, ce qui maintient autrement mieux l’attention que les seules aspirations cosmiques. À noter la diversité musicale que le groupe propose. Loin de se cantonner dans une formule ethnocentrique, les influences arabes, indiennes et même sud-américaines surgissent au gré des 7 plages de ce mantra païen. D’ailleurs la variété d’instruments utilisés impressionne. On notera que leur album précédent (Arena Negra) paru en mars 2015 était déjà une sacrée expédition et qu’à ce rythme ce groupe va s’imposer comme la référence en matière d’hypnose collective. Bref, à dkouvrir au plus vite.

The Myrrors, « Entranced Earth » (zou !)

 


dkelvin

 


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