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LES CHRONIQUES DE L’AFFREUX 1

LES CHRONIQUES DE L’AFFREUX

Couverture-Chronique-de-l'Affreux

Dans cette nouvelle rubrique tour de Babel, je lève aux plus affreux d’entre vous, sans pudeur et sans vertus, sans filets et sans sifflets, le voile sur mes découvertes intimes qui sauront, j’en suis sûr, émoustiller vos pensées et, A + si affinités gustatives, alléger vos larfeuilles vachards.

En somme, une rubrique fourre-tout où vous retrouverez mes conseils du moment, avec son gros lot de bandes dessinées, de curiosités littéraires et (si si !), de séries télévisuelles… « Brazil », quand tu nous tiens…

Et pour ces toutes premières chroniques de l’Affreux, sous un ciel ombragé à deux doigts de nous tomber sur la tête, je vous offre un cocktail aussi hétéroclite qu’insolite, intitulé :

Chroniques 1 : « Antisocial, tu perds ton sang froid ! »

Comme tu dis, Bernie…

D’humeur solitaire et de mœurs antisociales ces temps-ci, je me suis aventuré dans les dédales biscornus empruntés par une poignée de héros de fiction aussi misanthropes qu’originaux.

Et les marginaux dépeints ci-dessous n’ont pas tous les nerfs d’acier de l’ami, Luke, à qui revient l’honneur d’ouvrir les portes de cette rubrique plus brazilienne, tu meurs (et ça n’est pas le Goof qui me dira le contraire, si ?) !

L'homme-qui-tua-Lucky-LukewebLucky Luke, ou l’homme qui tire plus vite que son ombre… Ouaip… Jusqu’alors, je n’étais pas franchement emballé par la marchandise, jusqu’au singulier album-hommage, L’homme qui tua Lucky Luke, livré par un drôle de Bonhomme pour fêter les 70 ans du cowboy. En bref, l’artiste nous offre dans cet album sa vision du héros et plutôt que de nous re-pondre une énième confrontation avec les ubuesques frères Dalton, nous dépeint un personnage plus solitaire et vulnérable que jamais, égaré dans une bourgade Sergio Leonesque aux recoins hostiles, aux coups de pétards dans le dos… Lucky se retrouve embarqué, malgré lui, dans une sombre affaire d’attaque de diligence par un supposé Indien (c’est toujours les minorités qui trinquent) durant laquelle son tabac, son précieux colt et son Jolie Jolly se font la malle… Seul en compagnie d’un « Doc Hollyday » au soir de sa vie, Lucky plus Eastwood que Luke est en proie, peut-être pour la première fois de sa loooongue carrière, au doute quant à son fameux coup de feu… Si je vous dis que notre héros finit refroidi par une balle traîtresse, vous me croyez ? Bref, du réalisme, du solitaire, du spleen, du western, des traquenards pas piqués des hannetons, du Unlucky Luke, mais pas de « vrai » duel de clôture du bal des Affreux. Dommage, mais eh, y’a pas mort du Bonhomme. Ouaip…

L’homme qui tua Lucky Luke, série Lucky Luke (vu par…), scénario, dessin et couleurs de Matthieu Bonhomme, Dargaud, avril 2016, 64 pages, 14,99 euros.


Akira-tome-1webAprès le sentier solitaire de l’homme à vaches, j’ai opté pour celui dévasté du Néo-Tokyo d’Akira… Et j’ai replongé les deux pieds palmés droit dans l’univers post-apocalyptique d’Otomo qui aura su égayer mes années blanc-bec au lycée. Ai-je besoin de résumer Akira, de décrire son monde crépusculaire, d’évoquer la fougue du motard, Kaneda, les troubles de l’humeur du puissant, Tetsuo, les coups de sang de l’intrigante Kay, la pagaille qui règne dans une ville où la jeunesse fonce à plein gaz dans un mur No future ? Le tome 1, revisité par Otomo en personne, est édité dans le sens de lecture japonais contrairement aux premiers tomes colorisés publiés dans les années 90 qui ne respectaient ni le sens de lecture, ni les onomatopées, etc. Les puristes vous diront qu’il faut toujours lire la version originale, mais, eh, on ne cause pas tous le « nippon ». La  saga n’a rien perdu de son punch visionnaire. Au contraire. Avec le drame de Fukushima et ses fuites radioactives, le désœuvrement de notre jeunesse à nous, Akira est encore plus le reflet de ce qui nous pend au nez si nous ne redressons pas le tir de nos coups de bazookas polluants. L’histoire se déroule en 2019. Nous sommes en 2016… Sans doute, est-il déjà trop tard. Mais ça ne nous empêchera pas de savourer, le temps qu’il nous reste, avec du pur plaisir steam-cyber-punk, les putains de planches noir et blanc du maestro, Otomo… Et ça n’est que le tome 1… À suivre dans le tome 2. Attention ! Tetsuo se déchaîne…

Akira, Noir et blanc, édition originale, tome 1, scénario et dessin de Katsuhiro Otomo, Glénat, juin 2016, 362 pages, 14,95 euros.


Final-Incal-intégralewebAprès la fin du monde d’Otomo, vient la fin d’un autre monde, celui de John Difool dans l’Intégrale, Final Incal, qui regroupe les derniers épisodes de la célèbre saga. Le tome a la particularité de nous présenter deux versions du grand final : la première est dessinée par le Mexicain Ladrönn (que j’avais découvert à la fin des nineties dans les aventures du mutant, Cable, le fils de Cyclope des X-Men, rien que ça) ; la seconde, par le vieux de la vieille, Moebius… Pourquoi deux versions de la même histoire ? Parce que Moebius, pardon Giraud (rest in peace, man !), pour bien balancer aux autorités régaliennes son identité secrète, s’est tiré en plein cliffhanger laissant l’ami Jodo en pleine impasse feuilletonnesque. Bref, Ladrönn a rectifié le tir en reprenant le flambeau chaud bouillant (il faut être sévèrement burné pour oser emboîter les pas d’un géant). D’autant que, lui et le mythique Alexandro ont préféré repartir à zéro en réécrivant-redessinant depuis le début la saga finale. On se retrouve donc, et c’est assez unique en BD, avec deux points de vue de la première partie de l’histoire. Côté narration, John Difool, en conflit avec ses autres « lui », doit sauver le monde d’un virus biophage qui bouffe de la chair humaine dans le but d’imposer aux vivants un futur 100% métal (à coup sûr, ce virus a fait un deal avec les cybernéticiens du patelin interstellaire). Rien de bien ragoûtant, n’est-ce pas ? Visionnaire et engagé, Jodo met là une claque en plein dans la gueule de ceux qui pensent que la technologie surpasse la Mère Nature… Avec un héros plus braque que brillant, comme Difool, on est mal barrés. Il ne reste plus que l’amour. Qu’attendons-nous pour tirer nos coups en l’air ? Final Incal, du grand méta-Jodo.

Final Incal, Intégrale, scénario de Alexandro Jodorowsky, dessin de Ladrönn et Moebius, Les Humanoïdes Associés, avril 2016, 216 pages, 44,95 euros.


hellboyT15-webAprès ces gros bordels apocalyptiques qui ont fait palpiter mon cœur plus que de raison, j’ai cherché à retrouver, en vain, un peu de calme avec le diable de ces dames, l’affreux Hellboy. Mi-humain, mi-démon, Hellboy est le hors-caste par excellence. Sa place n’est ni sur terre ni dans les enfers, encore moins au paradis. Il n’a pas à rougir (eh eh !) car il est la plus belle création du clair-obscur, Mike Mignola, cet auteur qui surfe tantôt sur les vagues de Lovecraft tantôt sur celles d’Edgar Poe. L’album en question est le quinzième de la collection dans sa numérotation française et nous conte les années d’errance d’un Hellboy complètement lézardé. L’année 1956. Mignola dévoile un brouillard de cinq mois de la vie du démon durant laquelle le evil boy aura picolé et tabassé des monstres plus que de raison au Mexique. Grand décadent s’il en est, Hellboy n’a rien d’un super-héros idéal, et ça fait du bien, à l’heure où les Avengers envahissent notre paysage culturel. Pour ceux qui sont gavés par la franchise Marvel, je vous recommande de plonger, tête décoiffée la première, dans les enfers du garçon rouge… Avec son monstre de Frankenstein, la brigade contre les menaces paranormales, B.P.R.D, ou Lobster Johnson et sa pince qui fait rire, le diabolique Mignola a su créer avec maestria un univers où pullulent démons, des monstres littéraires comme Barbe Bleue et autres célébrités lovecraftiennes… Alors, qu’attendez-vous pour aller brûler dans les enfers du gamin, mécréants !

Hellboy, tome 15, scénario de Mike Mignola, dessin de Mike Mignola, Fabio Moon, Mick McMahon, Richard Corben, Gabriel Ba, couleurs de Dave Stewart, Delcourt, avril 2016, 130 pages, 15,95 euros


Petite-bédéthèque-des-savoir-tome-7-Le-nouvel-Hollywood-webAprès ce chaud aparté dans les eaux du Styx, j’ai retrouvé la raison (ou presque) en compagnie des Easy Riders du « Nouvel Hollywood », de la collection La petite Bédéthèque des Savoirs, sorte de cocktail ingénieux entre le culturel et la bande dessinée (quoi ? Elle est pas « culturelle » la BD ?). Le principe est simple : un spécialiste d’un domaine s’associe avec un dessinateur et, ensemble, ils nous pondent un petit bouquin qui nous raconte, astucieusement, sans détours, un sujet qui nous cause à tous, comme la prostitution, n’est-ce pas, à venir dans la collection. Ce tome-ci, le septième du nom, est consacré aux cinéastes politisés, engagés, libertaires de la fin des années 60 et des seventies : Coppola, Scorsese, Bogdanovich, Hopper, Fonda, ça vous cause ? Il nous retrace l’avènement et le déclin de cette génération surnommée « Le nouvel Hollywood » au début des années 2000 qui aura inspiré ou agacé les cinéastes à venir. Thoret et Brüno, les auteurs du livre, nous font revivre à travers le 7ème art une époque clé dans l’Amérique du vingtième siècle engluée par la guerre du Vietnam, le chantage au pétrole, le maccarthysme, le racisme (revoyez les films de la blaxpoitation), et l’assassinat de Kennedy. Plus de trente ans plus tard, force est de constater que nous vivons la même chose, en pire. Entre le 11 septembre, la mondialisation des attentats (on ne peut plus boire un expresso en terrasse sans sursauter au moindre coup de pétard), le chantage au pétrole toujours, avec la peur du nucléaire en plus, et un racisme plus galopant que jamais, notre humanité a pris un sacré coup dans la gueule. Pour reprendre Henry Fonda dans le génial Easy Rider : « On a tout foutu en l’air ! ». Ouaip…Ça ne m’empêchera pas de revisionner sur grand écran les chefs-d’œuvre de cette génération comme Rosemary’s baby de Polanski, The Last Picture Show de Bogdanovich, John McCabe de Altman, Sweet Sweetback de Van Peebles, et ce putain de Godfather du mogul Coppola… « Good night, man ».

Le Nouvel Hollywood, La petite Bédéthèque des Savoirs, tome 7, scénario de Jean-Baptiste Thoret, dessin de Brüno, Le Lombard, mai 2016, 96 pages, 10 euros.


Narcisse-et-Goldmund-webÇa n’est pas parce que la bande dessinée est reine dans cette rubrique qu’il faut oublier les grands monstres de la littérature et ces livres dépourvus d’images qui s’appellent des romans. Et qu’est-ce qui rime avec «  vagabondage antisocial » si ce n’est le Narcisse et Goldmund, du misanthrope et génial Hermann Hesse, publié en 1930, qui confronte le jeune Goldmund aux horreurs de l’existence dans une Allemagne du Moyen Âge. D’errance en aventures galantes, d’épidémies en guerres, celui qui a fui l’étroitesse du cloître de son ami Narcisse va s’enivrer des parfums de la vie et de la mort jusqu’à trouver son éternité dans la pierre. Ce livre, aussi poétique que choc, aussi initiatique que réaliste conte la difficulté d’être humain et de mener sa quête, aussi futile soit-elle, jusqu’à son dernier souffle. Mes mots ne sauraient rendre justice à ce chef-d’œuvre. Alors, lisez, en poche, pas cher.

Narcisse et Goldmund, de Hermann Hesse, Le Livre de poche, 250 pages, 6,10 euros.


The-Girlfriend-experiencewebEt pour conclure ces joyeuses premières chroniques, j’ai opté pour l’univers qui s’oppose ou complète le mieux le livre avec le cinéma ces années-ci, « la mal-aimée très regardée » série télé (arf, j’entends Da Goof, rugir : « Pas de séries dans Brazil ! »). Paria un jour, paria toujours, la série The Girlfriend Experience, livrée par Soderbergh (adaptée de son film), Amy Seimetz et Lodge Kerrigan, nous conte les aventures sensuelles et tarifées d’une étudiante en droit interprétée par la femme-caméléon Riley Keough (queen petite fille du king géniale dans ce rôle). En endossant les atours sulfureux de la call girl, l’actrice nous renvoie, à travers ses clients et ses rencontres, en effet miroir, un regard sans concession sur notre société addict au fric et aux mauvais sentiments (les bons sentiments, on le sait, c’est du cinéma). Christine, ou Chelsea selon l’homme, vogue au gré de ses identités au secours des mâles égarés sur son envoûtant chemin. En échange d’un pactole, la sirène baise et se fait baiser à souhait selon les envies du client, et surtout, en psy du vit et du con, soulage les fortunés de leurs frustrations conjugales, entrepreneuriales et sociétales. Christine n’aime pas l’autre. Christine n’a pas d’amis. Et parce qu’elle s’est débarrassée de son affect, Christine est là pour vous. Son tarif ? 1000 dollars l’heure.

The Girlfriend Experience, à vivre absolument…

The Girlfriend Experience, série Américaine créée par Amy Seimetz, Lodge Kerrigan, Steven Soderbergh, avec Riley Keough, Paul Sparks… Saison 1, 10 épisodes, 30 minutes. Diffusé sur Starz en 2016.

That’s all for now, folks…

 

 


L’Affreux, aka Arnaud Delporte-Fontaine, illustration de Bertille Delporte-Fontaine


Kankoiça
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