Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Sandra Billa, DANS LA PEAU

Sandra Billa, DANS LA PEAU

SANDRA-BILLA-DEUX-JOURS-UNE-NUIT-5web

« Quand je ne dors pas… La nuit se traîne… La nuit n’en finit plus… Et j’attends que quelque chose vienne… Mais je ne sais qui je ne sais quoi… J’ai envie d’aimer, j’ai envie de vivre… Malgré le vide de tout ce temps passé… De tout ce temps gâché… Et de tout ce temps perdu… Cette chanson, Sandra, qui t’entête, qui, à chaque fois, te met la mort en tête… Cette chanson, Petula aurait pu l’écrire pour toi. Pauvre Sandra ! Oui… Pour toi, la nuit n’en finit plus. Si seulement il n’y avait que la nuit ! Mais les jours se traînent, et je me traîne et ma vie n’en finit plus. J’ai peur de vivre. J’ai peur du vide. Je ne sais plus. Ni à quoi j’sers. Ni pourquoi j’erre sur cette Terre. J’en trouve pas le chemin. Je suis née. Je vieillis vite. Je n’ai rien fait de moi. J’suis rien. C’est comme si j’existais pas. Le mal de vivre a frappé à ma porte. Sans lui, j’suis rien. Je me sens dans la peau d’une morte. Voilà que j’ai mal la tête… Ça recommence. Manu me dit que ça va aller, que ça ira. Qu’on va s’en sortir. Qu’on s’en sortira toujours. Une partie de moi veut y croire, mais l’autre n’y croit plus. L’autre n’y a jamais cru. Je sais, moi, comment cela va finir : mal ! Ça finit toujours mal. Pas que pour moi. Pour tout le monde, ça finit mal. Mais même. Ça ne me console pas. Rien ne me console. J’suis inconsolable. Et je sais pas pourquoi. Sans doute, je suis née comme ça. Ah Petula, comme toi : J’ai trop le cafard…  Je voudrais partir au hasard…. Partir au loin et dès le jour venu…Mais la nuit, la nuit, oh La nuit n’en finit plus…

*

SANDRA-BILLA-DEUX-JOURS-UNE-NUIT-6webÇa allait mieux. Oui. J’étais guérie. J’avais presque bon. J’étais presque bien. J’avais une bonne place à Solwal. Et j’ai perdu mon travail. Comme ça. Du jour au lendemain. Comme un rien. Envolé, mon travail. Disparu. Moi, qui avais déjà si tant de soucis. Sandra, il faut pas que tu pleures… Manu me dit qu’il faut que je me batte. Qu’il n’y a jamais de cause perdue. Mais ils ont tous voté contre moi. Jean-Marc leur a dit que soit je restais, soit ils avaient une prime de 1000 euros. Ils ont choisi leur prime. 1000 euros, ça se refuse pas. « Ôter ma prime, niks te doon ! », « Toucher à ma prime ? Oui, mais non ! Clette ! », « Refuser les 1000 euros pour ta pomme, T’es niks ! »… Je les entends déjà. Et je les comprends. J’ai rien là-contre. Je leur en veux pas. Mais j’en peux rien moi ! Je dois récupérer mon travail. Il le faut. Moi, j’aurais voté contre. Je trouve ça dégueulasse les patrons qui font peur. Ils nous manipulent tout le temps pour l’argent. L’argent ! Dans le temps, peut-être que d’autres gens auraient voté pour moi, mais au jour d’aujourd’hui, on badine pas avec l’argent… C’est triste à mourir… Quel monde insensé… Ça me dégoûte.

 *

SANDRA-BILLA-DEUX-JOURS-UNE-NUIT-3webDumont est d’accord pour qu’on revote lundi matin. Sandra, t’es encore sursis. Je déteste ça, être en sursis, sur la sellette. J’ai peur qu’il me laisse en rac, encore une fois. Juliette me dit que je vais tirer mon plan de tout ça, qu’il faut que je tienne… Mais, je n’en peux rien, il me suffit d’un rien pour que je replonge. Il faut que je m’accroche. Il faut que je garde ce travail. J’ai besoin de ce travail. C’est mon travail. Comment je vais faire moi pour la maison, au sinon ? Et pour les enfants ? Ça est bien bête ! J’étais sur pieds. J’avais bon. Ça allait mieux. Je me remettais. Mais mènant, avec tout ça, je prends de plus en plus de cachets. Ce n’est pas bon. Mais j’en peux rien. Tant pis… Non, Manu a raison. Je dois me battre. Je vais tous aller les voir un par un. Je vais y aller tantôt. Il a raison. On verra bien. Y en aura bien quelques uns qui me soutiendront. Mais bon, Sandra, pas d’illusions. C’est mon travail contre leur prime. Je ne pourrais pas leur en vouloir s’ils me disaient non. Et puis… j’ai été trop absente à cause que j’étais malade. Ce serait logique qu’ils ne veuillent plus de moi. Oui, certains ne voudront plus de moi. C’est comme ça. Ils pensent que je suis une klette, ou pire, complètement maf ou mastoc, que je mélange mes tartines, n’importe ! J’y vais quand même. Même si je ne sais pas à quoi ça sert tout ça. Je le fais pour Manu et les enfants. Pas pour moi. Je n’ai jamais rien fait pour moi. Je ne sais pas faire ça.

*

SANDRA-BILLA-DEUX-JOURS-UNE-NUIT-2webJe commence à en attraper marre… Je suis crevée de traîner sur le tarmac sous ce temps pétant, de faire tout un bazar de mes malheurs. Ils croient tous que je leur cherche misère. Marre d’entendre les « D’ousquelle vient celle-là à nous voler notre argent ! »… Sandra… Fais-toi une raison. C’est fini pour toi. Ou alors… Peut-être bien qu’ils vont tous revoter pour toi, lundi ? Après un long week-end de culpabilité, ils vont revoir leur jugement … « Sandra, on a bien réfléchi là-dessus, et on va tous revoter pour toi… » Ça peut mal ! Tu rêves, ma pauvre fille ! C’est déjà terminé. Tu peux dire « Adieu » à ta place ! Allez, Sandra, reprends-toi… Ne te laisse pas aller comme ça. Tu en as déjà six. Six voix pour toi. Des gens qui te soutiennent et à qui tu n’aurais jamais pensé. Timur m’a fait pleurer… C’était beau. Mais tous les autres, je sais qu’ils ont pitié. Y a rien de pire que la pitié. Mais je préfère ça plutôt que d’aller au chômage. Je n’ai plus la force de continuer. Mes idées noires m’entêtent. Je sens que je vais pas y arriver. Surtout depuis Nadine. Je croyais qu’elle était mon amie. Je m’étais bien trompée. Elle n’a même pas voulu me parler. Elle n’a même pas voulu m’ouvrir. Je me sens si mal depuis. Si seule. Je pourrais bien mettre fin à ma vie. Oui, j’aime autant mieux mourir que de revivre ça.

*

Lundi est arrivé. Le vote est repassé. Ça y est. Égalité. Match nul. Et puis, Dumont voulait que je reste finalement, il trouve que je me suis bien battue. J’ai hésité un temps, mais quand il m’a dit qu’il ne voulait pas renouveler le contrat d’Alphonse à la place, je n’ai pas pu. Moi, je trouve ça dégueulasse. Je n’allais pas devenir ce contre quoi je me suis tant battue ! Alors, je suis partie. Manu n’en saura rien. Je le garde pour moi. Rien que pour moi. Mais je vais bien. Après tout, deux jours, une nuit, c’est peu. Mais je sens que tout va mieux. J’ai envie de vivre… J’ai envie d’aimer… Je n’ai plus le cafard ! Je voudrais partir au hasard ! Le jour pour moi est survenu et la nuit, oh la nuit, est révolue… En deux jours, une nuit, la nuit est révolue…

AFFICHE-DEUX-JOURS-UNE-NUITweb

Librement inspiré du personnage Sandra Billa de Jean-Pierre et Luc Dardenne dans Deux jours, une nuit.
Paroles La nuit n’en finit plus/ Petula Clark.


Sur une idée de et par Bertille Delporte-Fontaine


Kankoiça
mai 2016
L Ma Me J V S D
« avr   juin »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  
Koiki-ya