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Le film du jour : SOUTHPAW

Le film du jour : SOUTHPAW

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The guts of boxing.

Ceux qui sont familiers de la filmographie sévèrement burnée d’Antoine Fuqua, King Arthur, Training Day, Olympus Has Fallen, The Equalizer n’ont pas été surpris par la nouvelle livrée bourre-pif du réalisateur punchy. Sauf que cette fois, l’animal s’est maqué avec un écorché de la télé, le bien nommé, Kurt Sutter, créateur, entre autres, des violents et shakespearien à souhait, The Shield et Sons of Anarchy, bien plus causants et vivants que n’importe quel épisode de shows cotonneux servis ces temps-ci.

Southpaw 5L’histoire est celle d’Eminem, ou plutôt un fac-similé de la vie du White Rabbit et son monde Black Rap transposés sur une arène de crochets du droit. À l’origine, Sutter voulait pondre un itinéraire parallèle à celui du rappeur, et faire endosser à Marshall les habits d’un rockeur gaucher dans un sport de droitiers. Bref, nous dresser le portrait d’un paria, d’un type surgi de nulle part au talent aussi insolite qu’exceptionnel. Pour des raisons de « planning » (on dit ça quand il y a désaccord), Eminem n’a pas pu se glisser dans les muscles du boxer. Dommage, il avait excellé dans le 8 Mile de Curtis Hanson, long métrage, déjà inspiré de sa jeunesse.

C’est le métamorphe Jack Gyllenhaal qui va le remplacer au pied levé et se doter de sept kilos de muscles de circonstance. À l’instar de Mickey Rourke dans The Wrestler, il nous livre une gueule cassée avec virulence en prime. On se souvient de sa squelettique silhouette dans l’excellent Nightcrawler (retrouvez son noctambule portrait dans la rubrique Dans la peau de Bertille sur Brazil, What else).

Southpaw, le puissant titre du film révélateur du « gauche » de son héros boxeur, a été troqué par La rage au ventre par les aficionados de Google traduction. Comme si les Français, sous perf’ de séries en vostfr sur Netflix et autres HBO n’étaient pas fichus de piger un titre anglais. On en est encore là, au pays de Molière, à remplacer les excellents titres d’origine par des expressions françaises (pour) léchées. Eh ouais, il faut bien les faire bosser au CNC…

Tout ça parce que nos ancêtres n’ont pas supporté que leur langue soit supplantée par celle des Anglais à l’époque de la colonisation de l’Amérique…

Pire, parfois, ils nous traduisent des titres anglais par… d’autres titres anglais… The Hangover, ça vous dit quelque chose ? En fran… glais, c’est devenu Very Bad Trip… La logique des traducteurs me dépasse complètement…

Southpaw-10-BwebRevenons à notre poing gaucher. De quoi ça parle ? Southpaw, c’est l’histoire d’un mec qui a gravi les échelons des bas-fonds des salles de sport suintantes de l’ombre pour accéder aux spotlights des rings télévisés, d’un Rocky Balboa au sommet de sa gloire. Sauf que, ce type, comme tous ceux issus des bas quartiers a conservé son lot de névroses puantes. Il a beau être marié à la blondeur écervelée de Rachel McAdams ; avoir une fille qu’il aime plus que tout ; être niché au sommet du mont Olympe des villas de luxe ; rien à faire, on ne se détache pas de ses origines sordides aussi facilement.

Comme toutes les mauvaises vibrations, elles vous collent à la peau. Et Billy Hope, le héros qui espère s’en sortir d’un coup du gauche est sur la brèche. Son talent, son amour, son envolée parmi les Dieux du Panthéon du Sport ne le protègent pas de la violence nichée en lui, qu’il n’a jamais pris le temps de dompter. Quand, un soir, on s’en prend à sa femme… L’issue est tragique… La rage tapie en son sein se déchaîne sans filets… Billy perd tout, femme, fille, villa, titres… Deux choix s’offrent à lui : laisser cette violence gagner et consumer son être à jamais, ou bien, l’affronter, enfin, et retrouver une dignité, sa fille et peut-être une nouvelle manière de boxer, plus spirituelle, moins enragée.

C’est là que les rencontres sont bien souvent les plus intéressantes.

Jack (Billy) va croiser sur sa route déclinante, Tick Willis, un vieil entraîneur incarné par le poignant et envoûtant Forest Whitaker, qui nous livre une interprétation magistrale d’un homme qui est revenu de tout. Par moments, il nous fait replonger à son époque Ghost Dog… On s’attend même à ce qu’il nous ressorte son sabre japonais… J’attends toujours…

Southpaw, plus qu’un excellent film sur la boxe servi par un Jack de génie qui, lui aussi, mérite amplement son Oscar, est dans la lignée des Rocky (le premier), The Wrestler, The Fighter, Ali et Raging Bull dans une moindre mesure ; ces films narrant les itinéraires d’enfants pas vraiment gâtés par la vie, de lutteurs dans l’âme aux pieds nichés dans les abîmes.

Southpaw, de Antoine Fuqua, Warner Home Video, disponible en DVD et Blu-ray depuis le 25 novembre 2015.


Arnaud Delporte-Fontaine


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