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La sélection Bandcamp de dk #3

La sélection Bandcamp de dk #3

Initialement, je pensais avoir du mal à remplir cette rubrique avec 3 choix mensuels, mais densification de la qualité, affaiblissement de mes critères d’intérêt, ou alors coup de chance dans mes explorations, voilà que les perles se multiplient dans cette huître virtuelle qu’est Bandcamp. Ce mois-ci, du sacrément enthousiasmant avec le retour du grand Harry Cloud, les dkoiffants Whipper et les radioactifs Polonium.


 

Harry CloudQuand Harry Cloud ne pose pas en mère infanticide à moitié nu ou ne tourne pas des vidéos où il transforme sa fête d’anniversaire en cérémonie gore, il concocte comme un Facteur Cheval du son, une musique toujours imprévisible, souvent délirante, parfois géniale. Quand, il y a 4 ans, je dkouvris Indian Pussy, le patronyme qu’Harry Cloud avait choisi pour sortir son nouvel album (depuis il enchaîne les noms de « groupe », tel récemment Orphan Goggles)je crus d’abord que c’était là son premier album, et pensai avoir trouvé en lui une sorte de progéniture issue de l’hybridation artisanale de Kim Fowley et de R. Stevie Moore. Double erreur. Harry Cloud bricolait depuis plus de 10 ans déjà sa musique, qu’il éditait comme il pouvait, et la suite montra que sa gamme allait du noise le plus abscons à un depressive folk qui n’était pas sans rappeler, mais oserais-je dire en bien plus fort émotionnellement, celui d’un J Mascis quand il lui prend l’idée de se faire acoustique. Toutefois, depuis 4 ans, rien à mon sens qui puisse rivaliser avec cet Indian Pussy. Jusqu’à ce jour, car cette nouvelle livraison (ceci dit je doute un peu qu’il s’agisse vraiment de morceaux enregistrés très récemment, le génial « Balloons » ayant été posté sur sa page facebook en septembre dernier), sous pochette à la Vuillemin, est une merveille, un bric-à-brac passionnant où Harry Cloud offre ici (« Graveyar Duncle ») une pièce montée malsaine avec dedans des bouts d’Iggy Pop, de PIL et de Bowie, s’abandonne là (« Let’s Go Circles ») à sa fibre pop mélodique bordellique quelque part entre Let’s Active et Tom Petty. Sur « Gravel Pillow » ce n’est rien de moins que le fantôme d’Hot Tuna qui pointe son nez (j’ai un quarteron de contempteurs parmi les fans de ce duo, et l’idée de leur pourrir la journée en voyant mon nom une fois de plus associée à leurs idoles me remplit de joie). Et puis il y a « Balloons ». Alors là, c’est la fusion de Roy Wood’ Wizzard, de Nucleus, de God et de Skullflower, alors que dire de plus si ce n’est que ces 10 minutes concentrent tout ce que j’aime quand j’ai envie d’oublier que j’existe (moins souvent qu’avant ces temps-ci je dois dire). Bon alors, résumé en anglais de la chronique au cas où Harry tombe dessus et se demande bien ce que j’en dis « this man is a fucking genius, this record a fucking masterpiece, you’d better fucking buy it or die… motherfuckers ». Je ne vois pas plus fidèle comme traduction possible.

Harry Cloud, « Harry Cloud’s After School Special » (https://theoriginalsinglemothers.bandcamp.com/album/harry-clouds-after-school-special)

 

 

WhipperBon dkor il ne s’agit que d’un single 3 titres mais impossible qu’il ne figure point dans cette sélection. En effet, quand j’ai entendu jaillir ce riff à la Dr Feelgood mâtiné de The Hives, débouler cette voix à la Chris Bailey, et filer ce « Shit Love » entre Saints (il faut dire qu’ils sont de Melbourne) et Third World War, mon vieux sang visqueux n’a fait qu’un tour (à noter qu’on devrait dire « m’a tourné les sangs », mais bon je veux bien croire que vous ne lisiez pas cette rubrique pour dkouvrir l’étymologie des expressions françaises). Qu’un groupe entre, dès son premier single dans la bicoque crânienne où je classe mes chouchous, cela a dû arriver une douzaine de fois dans ma déjà ô que trop longue existence (notamment avec les Saints d’ailleurs). C’est dire l’euphorie dans laquelle ces 3 morceaux, dont chacun sonne déjà comme un classique punk, m’a plongé. Il y a encore 15 ans, ce groupe devenait instantanillico coqueluche de la rock-critic mais bon ce temps est fini et finalement tant mieux, ils ne nous les gâcheront pas avec une hype exaspérante. Je ne sais pas si l’amour c’est de la merde (je ne le pense personnellement pas mais peu importe), mais en tout cas ce disque certainement pas. Ne pas cliquer sur le lien ci-dessous peut gravement nuire à votre journée si vous êtes parmi les victimes actuelles du système.

Whipper, « Shit Love » (https://whipper.bandcamp.com/album/shit-love-7)

 

PoloniumPour finir, un album qui est au rock ce que le Roundup est à la grenadine. Imaginez un mélange à concentrations variables de Big Black et de Godflesh (si vous ne connaissez pas, alors faute d’imaginer, il va falloir cliquer sur le lien ci-dessous mes petit(e)s chéri(e)s, désolé) et vous avez une idée assez fidèle de l’abrasive agressivité de ce groupe new-yorkais, qui se trouve n’être rien moins que les actuels Austerity Program. Car bien que mis en vente ces dernières semaines, cet album insensé d’intensité a été enregistré entre 2013 et 2015 et ses auteurs officient désormais dans le plus math-rock Austerity Program (dont le dernier album date de 2 ans donc je n’y comprends en fait rien question chronologie de ces deux entités, peu importe). Ce qui frappe dans cette musique, c’est que contrairement à ses deux principales influences sus-citées, la pulsation n’est pas ici mécanique mais organique. Peut-être ceci est-il dû à la batterie, tenue par un humanoïde là où la boîte à rythme régnait. Bon, comme souvent dans cette rubrique où mes enthousiasmes se portent sur des perpétuateurs de genres plus ou moins anciens, on peut légitimement se poser l’intérêt de créer aujourd’hui un album qui aurait suscité l’engouement au début des années 90. Mais j’ai décidé unilatéralement de ne plus me poser la question et de jouir tant qu’il est encore temps de musiques qui me mettent la tête ou l’âme à l’envers. Celle-ci fait très bien son job pour ce qui est de la tête. À vous de voir si vous avez le même genre de tête que la mienne.

Polonium, « Seraphim » (https://poloniumnyc.bandcamp.com/album/seraphim)


dkelvin


Kankoiça
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