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La Diar(rh)y #2

La Diar(rh)y #2

Donc la diar(rh)y aura passé l’hiver, malgré les efforts conjugués de certain(e)s pour me faire déserter la toile, tout ça sous le fallacieux prétexte de ne plus pouvoir m’encadrer ni me voir en peinture. Mais l’ingérable, le tartuf(f)e, le pauvre type qui fait pitié, n’a pas désarmé, et a même, sous les aiguillons de ces toreros de pacotille, retrouvé une vitalité taurine qui l’avait depuis trop longtemps désertée. C’est parti pour avril, où non seulement on va dkouvrir le fil de l’actu, mais plus encore, puisqu’on va la dépecer jusqu’à l’os la charogne. Et en guise d’illustrations, des photos (presque toutes) do-it-myself, afin d’éviter le recyclage permanent d’images éculées à force d’avoir été usées.

Diar(rh)y #2 illustration sous le texte d'introduction

 

 

 


 

1er avril Vers 23h00, nous passons place de la République où, depuis hier, suite à l’appel de Fakir, se tient la Nuit Debout. Etrange promiscuité entre d’un côté la statue de Marianne, contre le soubassement de laquelle bougies, photos, petits mots et objets divers déposés en hommage aux massacrés du 13 novembre, s’amassent comme autant de dérisoires larmes symboliques, et de l’autre ce petit rassemblement de jeunes militants qui préfèrent être là, sous une pluie fine et dans l’inconfort, plutôt que de se la jouer #MMGMC (pour Moi Ma Gueule Mon Cul). Juxtaposition d’une double incompréhension. Celle d’une mort trouvée pour être allé(e) boire un verre à la terrasse d’un café ou écouter un concert, et l’autre d’une vie dans un monde qui ne ressemble à rien, un monde où, comme le disait déjà Rousseau en 1762 (et il avait alors 50 ans, donc n’était pas un jeune idéaliste immature) « l’homme est né libre, et partout il est dans les fers ». Et même si ces fers sont aujourd’hui principalement (mais pas seulement) économiques, ces jeunes gens souhaiteraient mettre en œuvre la suite du paragraphe, que les profs qui enseignent l’œuvre de Rousseau se gardent bien hélas d’encourager leurs élèves à appliquer, et qui dit : « sitôt qu’il peut secouer le joug et qu’il le secoue, il fait encore mieux ». Visiblement, sur cette place, il y a ceux qui pensent que les phrases des philosophes ne sont pas uniquement faites pour être étudiées en cours et se concocter une carrière d’universitaire bien au chaud dans le bureau de sa pensée, mais pour être mises en actes. C’est grâce à eux que tous les autres ont aujourd’hui ce qu’ils ont, sont ce qu’ils sont, et peuvent y aller de leur opinion frappée au coin de leur bon sens populaire. Alors qu’ils pèsent bien leurs mots avant de donner libre cours à leurs fines analyses de comptoir cérébral, parce qu’il y a un minimum de respect à avoir pour ceux qui se mouillent, au sens propre comme au figuré, car cette année le printemps n’est pas clément pour les nuits en plein air. 23h30. Nous abandonnons lâchement ces éclaireurs de la nuit pour regagner notre banlieue et nous mettre à l’abri. Décidément, depuis l’automne, à chacun de mes passages sur cette place, j’y laisse des morceaux de moi. Et je crains que ce soit les meilleurs.

 

5 avril – Non seulement Les Visiteurs est une bouse sans nom (enfin si, Les Visiteurs, et bien sûr que non je ne l’ai pas vu, et que je n’irai pas le voir… puisque je vous dis que c’est une bouse), mais en plus, il faut qu’ils ajoutent à leur méfait cinématographique, proroger la tradition de la nullité des comédies populaires made in France, un méfait historique : proroger la tradition de la légende noire de Robespierre, qui fait de lui un dictateur sanguinaire. Bon bien sûr, personne ne va s’intéresser à cet aspect de la bous… de la chose, mais tout de même, après 30 ans de réfutations imparables, c’est affligeant. On rappellera aux deux ignares responsables (et coupables) de ce scénario indigent (Poiré et Clavier), que Robespierre lui, en des temps où ce n’était pas politiquement correct, plaidait devant une assemblée hostile pour l’abolition de l’esclavage et le rétablissement des noirs dans leurs droits civiques, quand eux n’ont pas même eu la décence d’inscrire le nom de Pascal N’Zonzi sur l’affiche, qui doit se satisfaire d’être « le noir sur l’image » comme au bon vieux temps des colonies. Tirons la chasse.

 

Diar(rh)y #2 6 avril6 avril – Quand on vous entendez le mot « marche », vous pensez à qui vous ? Généralement, ces jours-ci je pense aux migrants, même si récemment, au lieu de les laisser marcher vers la destination qu’ils ont choisie (pas la France, que les xénophobes hystériques se rassurent, pas la France, longtemps qu’elle ne fait plus rêver personne avec notre réputation de pisse-vinaigres rétrécis de la convivialité et notre arrogance hargneuse), on les déporte d’où ils sont partis, en l’occurrence la Turquie, bien connue pour être un havre de bienveillance pour les réfugiés pardi. Aujourd’hui, en entendant le mot « marche » j’ai aussi pensé aux péripatéticiennes, bon hélas pas dans l’acception étymologique du terme, « qui aime se promener en discutant », vue que la seule discussion qu’une péripatéticienne contemporaine entretient avec son interlocuteur se limite souvent à « 20 € la pipe, 30 € l’amour », mais dans celle qui désigne donc ces travailleuses (et eurs) du sexe qui arpentent des heures durant trottoirs et bas-côtés des routes urbaines. J’y ai pensé car la pénalisation (qu’on pourrait appeler par taquinerie la pénislation) du client, vient d’être adoptée par une majorité de députés, dont je parie qu’il y a parmi eux quelques tartuf(f)es qui vont bien se garder de modifier leurs habitudes de consommation en matière d’amour tarifé, et trouveront de quoi contourner la loi qu’ils ont eux-mêmes votée, le frisson de la transgression allant probablement accroître encore leur excitation et rendurcir leur érection (d’ailleurs érection élection, à une lettre près). Passons. Mais ce n’est pas à ces petit(e)s ces obscur(e)s ces sans-grades comme disait Edmond Rostand, qu’il fallait aujourd’hui penser nous dit la volière médiatique, non, c’est à Emmanuel Macron. En effet le fringant liquidateur des idéaux de gauche a dénommé son mouvement « En marche » (mouvement… en marche… lumineux n’est-ce pas ?). En marche oui mais vers où ? J’ai bien ma petite idée mais ne comptons pas sur lui pour nous le révéler. Il va bien s’en trouver pour se laisser berner par ce Rastignac aux petits pieds. Oui, et bien entre passer la nuit debout avec les manifestants de la République, et marcher avec ce manifestement usurpateur de la République, moi mon choix est fait.

 

11 avril –  Ah ce Manuel, une source inextinguible d’inspiration pour le diar(rh)iste. Prenez la séance d’hier matin à l’hôtel Matignon. Un régal. Les représentants lycéens et étudiants (prenez un peu d’avance et retenez leurs noms, dans 10 ans ils émargent au PS et entrent comme conseillers ministériels ou secrétaires d’Etat, si tant est que les Français veulent remettre au pouvoir un tel parti, mais il est vrai qu’en matière de mémoire, l’électeur rivalise avec le poisson rouge, donc tous les (dés)espoirs sont permis) étaient donc venus comme qui dirait en repérages et accessoirement pour demander le retrait de la loi dite El Khomri. Je l’imagine déjà, quelques minutes avant l’entrevue le 1er ministartuf(f)e, droit dans ses Richelieu (ou ses Derby, suis pas très expert en chaussures de ville) et sa chemise blanche cintrée, pas encore trempée par sa légendaire sudation corporelle : « Bon alors, écoutez-moi tous, on va recevoir une brochette de p’tits c… jeunes, et il va falloir leur donner du haribo si on veut qu’ils nous lâchent la grappe et retournent à leur vdm. Parce qu’entre ceux qui défilent dans les rues, ceux qui passent la nuit debout place de République et le Macron… tiens il est pas là çui-là, ah oui c’est vrai il est en marche. Bref je vais leur filer un petit coup de pouce dans les bourses et leur passer une petite pommade financière pour favoriser leur insertion, et je peux vous dire qu’elle va pas être que professionnelle ahaha. Et en cadeau surprise, on va taxer les CDD, Myriam interro surprise, combien de fois on peut renouveler un CDD ? mais non ça va je déconne, ah ce que vous pouvez être tendus du slip les filles. Ceci dit, plaisanterie mise à part, Myriam, surtout pas d’el conneries, ahaha, rhoooo ça va, si on peut plus rigoler maintenant. Bon allez je vous fais confiance les Vallsettes, comme d’hab, vous faites votre sourire forcé, voilà çui-là, bon c’est sûr on est plus chez Plus belle la vie qu’à l’actor’s studio mais ça ira pour ces ptits c… jeunes, ah merde j’y arrive décidément pas ». Ainsi va la 5ème République, rafistolée comme un vieux rafiot sur lequel même un migrant ne voudrait pas monter tant elle n’inspire pas confiance.

Diar(rh)y #2 12 avril12 avril – Il s’appelle Mathieu Longatte mais on s’en fout, son seul titre c’est Bonjour Tristesse, expression ici non pas inspirée par le roman à succès de Françoise Sagan, mais par un poème de Paul Eluard intitulé « A Peine Défigurée » de 1932 et dont la première strophe dit « Adieu tristesse, Bonjour tristesse. Tu es inscrite dans les lignes du plafond. Tu es inscrite dans les yeux que j’aime. Tu n’es pas tout à fait la misère, Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent Par un sourire ». En une petite dizaine de minutes, à raison environ d’une vidéo par quinzaine, il balance dans une rage contagieuse et un flow torrentiel, des punchlines politiques qui renvoient au néant la quasi-totalité des humoristes d’aujourd’hui et d’hier, que ce soit ceux des médias archaïques (radio, télé) ou ceux des avatars contemporains du music-hall (stand-by, one-(wo)man shows). Dressé sur un sous-bassement argumentaire solide comme de la pierre, il dkrit sans complaisance et avec désespérance un monde politique et économique à domin-ante et ation capitaliste, où la tartuf(f)erie le dispute à la bouffonnerie mais parvient, par son énergie et son art de rhétorique qui renoue avec une tradition française que l’on pensait éteinte, à susciter une colère euphorique dont on rêve que sa dissémination finisse par allumer la mèche salvatrice qui foutra ce vieux monde cupide et inique dans la fosse commune où il aurait dû finir dès sa naissance. C’est (une fois de plus) sur Youtube, qui devient, quoi qu’on en dise, un acteur majeur de l’effet papillon politique (un type tout seul dans une pièce, un auditoire de près de 200 000 personnes). Bref, en matière d’oxygène cérébral, je ne vois pas mieux ces temps-ci.

 

13 avril – Si dans les jours qui viennent mon père meurt, je sais ce que je ferai inscrire sur sa pierre tombale : « sfr m’a tuer ». Il y a quelques années, j’ai certes pu avoir des pensées parricides à son endroit, mais je n’ai jamais missionné cette boite pour faire la sale besogne à ma place, et d’ailleurs ces pensées m’avaient quittées (je me fais moi-même vieux, me voilà atteint par le terrible mal de l’indulgence et du pardon). Ce qu’ils font subir depuis bientôt 5 mois à mon octogénaire et presque aveugle de père (quand la macula dégénère, la vue disparaît), rivalise avec les pires harcèlements que l’on puisse imaginer. Je ne conçois même pas le plus cynique détrousseur de vieillards ayant moins de vergogne. La dilution de leur forfait, dans l’acception première du terme cette fois, en de multiples maillons dont aucun ne peut être considéré comme responsable, et qui s’acquittent chacun de leur tâche sans se préoccuper de ce qu’elle produit comme conséquence finale, est une des multiples applications d’une organisation qui, en son temps, a permis d’exterminer une demi-douzaine de millions d’âmes, chacun n’effectuant docilement que son petit ouvrage. Pas à dire, le recyclage des pires dégueulasseries de l’humanité est un des seuls actes écologiques que l’humain ne rechigne jamais à pratiquer.

 

Diar(rh)y #2 14 avril Lune voilée14 avril – Bobigny minuit, même la lune est voilée. Décidément Valls a raison, le salafisme triomphe partout.

 

15 avril – Vers 23h30, nous repassons place de la République où se poursuit la Nuit Debout. Pas la même ambiance qu’il y a 15 jours. Plus (prononcez « pluss », à la commingeoise) de monde, ça se bouscule même, déambule sans but, un côté « party en plein air » un peu dklé. Il y a bien une petite agora côté Square André Tollet, mais elle ne concerne qu’une portion fort congrue de l’assemblée. On n’entend rien. Sans lumière, les quelques stands improvisés qui proposent livres et tracts sont peu mis en valeur. D’un autre côté, on est supposés être dans le berceau de la révolution, pas au salon du livre libertaire ou dans un vide-grenier, alors les livres honnêtement, c’est pas trop le moment. Soudain on entend une explosion, quelques fumées s’élèvent du côté de l’Avenue de la République, et la foule est traversée par des silhouettes qu’on devine être là pour en dkoudre avec (comme on dit) les « forces de l’ordre ». Les nombreux fourgons de gendarmerie et de CRS sont là, bien visibles. Pourquoi d’ailleurs ? Dissuader ou inciter ? Des appels au calme sont lancés, mais on sent bien que ça peut dégénérer à tout instant, que l’atmosphère n’est pas vraiment raccord avec le fameux monde meilleur supposé sous-tendre ce rassemblement nocturne. L’agencement n’est pas propice il faut l’admettre. Une heure après notre visite (à quand Les visiteurs à la Nuit Debout, avec Jacquouille qui tourne en dérision les altermondialistes ? On n’espère jamais), capuches et foulards s’en donneront à projectile-joie pour le plus grand plaisir des médias dont la nature hématophage n’est plus à démontrer. La routine quoi. Finalement tout le monde trouve son compte dans cette petite scénographie bien rôdée depuis à peu près 30 ans. Pas avec ça que le pouvoir va vaciller. Il y retrouve ses marques, ses repères, ses marques-repères comme on dit dans le commerce.

 

16 avril – Armé de son artillerie lourde de préjugés selon lesquels la place de la République était occupée par un groupuscule de tartuf(f)es, dont la soi-disant volonté de liberté d’expression cachait en réalité une intolérance stalinienne confinant à la terreur envers tout avis divergeant, le péroreur médiatico-mondain Alain Finkelkraut voit ses souhaits exaucés par un échantillon d’exécutants dociles qui l’expulsent oro-militari, lui offrant la satisfaction de continuer à perpétrer ses propos rétrogrades et réactionnaires. Bravo les gars. Si c’est ça votre nouveau monde, un monde où les gros connards se font injurier par d’autres gros connards, rien de nouveau sous le soleil, c’est celui dans lequel on patauge. Au fond, je vais vous dire : je pense qu’il vous convient bien moi ce monde-là. Vous y avez vos repères (voir diar(rh)y d’hier) alors que dans le nouveau vous ne savez pas trop ce qui vous y attend. Peut-être qui sait d’être de moins gros connards. Et ça, visiblement, vous n’y êtes pas psychologiquement prêts.

 

17 avril – Pour que la Nuit Debout atteigne à l’universel, il faudrait peut-être Diar(rh)y #2 17 avrilqu’elle inscrive au frontispice artisanal des lieux où elle se tient ce paragraphe de Giacomo Leopardi : « Bien que la grandeur, la beauté, la vie, se soient éteintes dans le monde, notre inclination pour elles n’est pas morte en nous. S’il nous est refusé de les atteindre, il ne nous est pas défendu, il n’est pas possible, de nous défendre de les désirer ». Peut-être verrait-on alors s’agréger autour tous ceux qui ont d’autres horizons que les seules modifications sociales, écologiques et économiques.

 

20 avril – Le tribunal d’Oslo juge que les conditions de détention d’Anders Breivik sont bien, comme il le prétendait, « inhumaine ». On est soulagés que les juges du tribunal de Nuremberg n’aient pas été du même calibre, sinon on imagine les petites vies peinardes qu’auraient mené jusqu’à la fin de leurs jours les Göring et consort. En tout cas Breivik a réussi son coup : cracher sur les tombes de ses victimes avec la complicité d’une justice qu’il conchie. Ce type est un esthète de la dégueulasserie. Il est prêt pour la FIAC.

 

Diar(rh)y #2 21 avril Athènes21 avril – Quelques jours à Athènes pour rendre visite à dk jr, qui y passe une année Erasmus, suffisent pour comprendre que cette ville est devenue une mosaïque dans laquelle se juxtaposent quartiers historiques en guise de caution culturelle du commerce, quartiers touristiques placés sous le signe de la vénalité absolue, quartiers festifs où la jeunesse locale fait ce qu’elle pense être des activités de jeunesse, quartiers populaires où chacun s’affaire à se faire une vie moins miséreuse, quartiers sinistrés par la crise et où sont comme échoués le long des trottoirs bâtiments et centres commerciaux à l’abandon, et quartiers de prestiges où banques et institutions politiques paraissent plastronner du haut de leur arrogance architecturale alors qu’en d’autres temps, que l’on dit moins civilisés, elles auraient été réduites à des tas de gravats par une foule enragée. Et on ne parlera pas du Pirée, où se côtoient la misère la plus profonde, celle des migrants qui errent, démunis de tout, dans les parcs du port commercial, et l’opulence la plus superficielle, celle de ces culs cousus d’or qui le passent à bord de leur yacht ou dans les fauteuils de restaurants de luxe. Conjonction d’une gestion politique calamiteuse de l’argent public, d’un état déficient pour collecter l’impôt et d’un incivisme absolu de pans entiers de la population dans ce domaine, et bien sûr de l’étranglement financier des créanciers, du FMI et des instances Européennes, ce pays présente toute la panoplie de l’imposture économique dans laquelle on nous fait vivre depuis 2 siècles. A part ça, arpenter les rues de cette ville des heures durant est un enchantement pour qui aime marcher, se gaver d’odeurs d’épices et d’agrumes et s’imprégner de l’atmosphère exubérante d’une ville où le mythe d’Eros et de Thanatos semble encore avoir un sens quand à Paris il en a, depuis longtemps, perdu toute trace.

 

22 avril – Chaque mouvement spontané voit surgir une, parfois deux, figures de proue, ces têtes de gondoles supposées « incarner » un mouvement social, les médias craignant plus que tout n’avoir pas de story-telling avec héros photogéniques à se mettre sous le micro et la caméra. Dans le cas de la Nuit Debout c’est François Ruffin de Fakir et Frédéric Lordon, un DR du CNRS (traduire directeur de recherche du centre national de recherche scientifique) qui font offices de candidats. C’est ce dernier dont il sera ici question. Il semble s’être auto-investi d’un rôle de porte-parole  avec attirail rhétorique rôdé mais honnêtement abscons et réellement purement rhétorique pour qui s’y penche avec un peu d’esprit rationnel, et qui d’ailleurs ne fait que reprendre en creux les formulations de la chefferie éditocratique dénoncée. Il n’y a qu’à voir ses manières paternalistes et qui reprennent tous les codes éculés du gourou d’opinion, type qu’on a vu et revu trop souvent ces 30 dernières années, et qui, en « incarnant », proroge cette immaturité politique endémique alors qu’il faudrait l’abolir. Bref tout cela laisse en plan le peuple au nom duquel il parle. Double mise en abîme, ce Lordon parle sans légitimité au nom de la mouvante collectivité qui participe aux Nuits Debout et au nom d’un peuple, compris bien sûr dans son acception traditionnelle, c’est à dire ceux qui supportent le plus durement les injustices sociales, et auxquels ce pourfendeur des confiscateurs de parole, confisque la parole. Son ton pincé, péremptoire et son visage aigu devraient me plaire tant ils évoquent les portraits de Robespierre que faisaient ses contemporains. Certes, mais non. Il n’est qu’à écouter et voir les (trop ?) nombreuses vidéos disponibles de ce totem vivant, pour constater qu’on ne retrouve pas chez lui ce qui suscite (et suscitait) l’adhésion chez le héros des sans-culottes. Lui savait soulever l’enthousiasme populaire sans démagogie par l’éclatante clarté humaniste de l’horizon qu’il proposait, quand on a là des propos érudits mais pédants et hermétiques pour la quasi-totalité de ceux qu’ils sont supposés défendre, et je me compte parmi eux. Ironie, en cherchant des renseignements sur un moteur de recherche bien connu, je suis tout d’abord tombé sur un site consacré aux canalisations bouchées (si si essayez, vous verrez). Finalement, après avoir approfondi le personnage, je me suis dit que dans les fiches sur les mille et une manières de déboucher les toilettes, avec un peu l’esprit à la métaphore taquine, j’en avais plus appris sur lui qu’en lisant sa fiche wikipedia.

 

Prince23 avril – Dans la série des RIP endémiques qui saturent l’univers de la musique, aujourd’hui c’est Prince. Evidemment, ces attristements collectifs à géométrie variable ont un côté ridicule et même indécent. Pourquoi pleurer une idole (ou même un musicien, aussi doué et charismatique qu’il fût) et se désintéresser de tous ceux qui meurent, inconnus, de par le vaste monde ? Peut-être justement parce qu’ils sont inconnus pourrait-on malicieusement répondre. Mais ce serait un peu trivial. Ou alors parce qu’on éprouve du chagrin pour ceux qui, d’une manière ou d’une autre (ici la musique) étaient devenus des proches, parfois plus proches que ceux que l’état civil désigne tels. Ainsi, Prince, de 1982 à 1987, fut une obsession personnelle et, parmi l’hécatombe récente qui marque la musique dite populaire, le seul qui emmène un bout de moi dans son néant. Il fut le seul aussi à réaliser l’œcuménisme musical, en abolissant les stéréotypes de chacun des genres qu’il mêlait (rock, pop, funk, soul…). Rien à voir avec la pathétique et psychopathologique quête de blancheur d’un Michael Jackson. Prince était multicolore et le resta jusqu’à son trépas. Ses palingénésies (souvent ratées hélas), il les cherchait uniquement du côté de la métaphysique et de la musique. Ce croisement de Marc Bolan, Jimi Hendrix, Sly Stone et James Brown, a ébauché un chemin qu’il n’a hélas pas su poursuivre, et que personne d’autre n’a depuis emprunté. Dommage. Qu’il reste in Prince.

 

26 avril – A l’occasion du trentième anniversaire de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, on apprend que sur place, depuis que la zone a été désertée par l’Homme, la faune s’est reconstituée comme nulle part ailleurs, sans visiblement souffrir des fortes radiations qui règnent encore, et que ces territoires sont devenus un paradis pour la biodiversité. On savait l’être humain le plus nocif des animaux, on le dkouvre plus nocif encore que l’irradiation nucléaire. Décidément, il serait vraiment temps que notre espèce s’éteigne.

 

27 avril – Le ministère de la justice norvégienne fait appel de la décision du tribunal d’Oslo qui avait considéré que la chiure de mouche nazie Breivik subissait des conditions d’incarcération inhumaines. Pendant qu’ils y sont au ministère, ils peuvent pas reprendre le dossier du juge qui a rendu cet étrange verdict, histoire de voir si éventuellement il n’aurait pas quelques anciennes accointances avec les amis de la crémation à vif des descendants de Moïse. Comme ça, sans pour autant voir le mal partout, juste histoire de vérifier. Un accident idéologique est si vite arrivé.

 

Diar(rh)y #2 28 avril28 avril – On lit que Salah Abdeslam (je dis son nom pour situer mais par pitié ne l’apprenez pas, ce serait trop d’honneur), qui s’est carapaté comme un rat apeuré plutôt que se faire sauter le 13 novembre dernier (on devrait ériger une statue et instaurer un culte à la Sainte Trouille, qui permet d’épargner quelques civils) a été sifflé hier à son arrivée à la prison de Fleury Mérogis. Sur le coup on se dit « Ah, quand même, même là-bas, fomenter de tels carnages horrifie ». Pas du tout. On apprend qu’il l’a été pour ne pas s’être fait exploser. Je disais quoi déjà il y a quelques jours déjà sur l’espèce humaine ?

 

Allez, comme le graffeur du train, je vous souhaite à toutes et à tous un bon mois de mai, avec de bons orgasmes rarement, et même si possible jamais, simulés.

 


dkelvin

 


Kankoiça
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Koiki-ya