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HORREUR, MALHEUR, GOTHIQUE [DVD]

HORREUR, MALHEUR, GOTHIQUE ET BELLES PÉPÉES

Artus Films revient parmi les siens avec une nouvelle salve d’Objets Filmiques Non Identifiés mitonnée aux petits oignons. D’abord, et c’est assez rare pour le signaler, chaque galette est bourrée de bonus. Du bonus ras la couscoussière comme dirait le boss qui n’en loupe pas quand il s’agit de placer le mot « couscoussière » dans nos articles. Alors sans plus attendre (car « le temps, c’est des brouzoufs » chantait Jean Sablon), je vous conseille le gothique flamboyant La Tour du diable, le furieux western Matalo, le splendide La Poupée diabolique et le chef-d’œuvre Contronatura qui rappelle à quel point il existe toujours quelques parts des perles rares.


COLLECTION BRITISH HORROR

LA TOUR DU DIABLELA TOUR DU DIABLE réalisé par Jim 0’Connolly avec Bryant Haliday, Jill Haworth…

Accostant sur l’île de Snape Island, au large de l’Ecosse, deux pêcheurs découvrent les corps de trois jeunes gens sauvagement assassinés, au pied du phare. Penny, l’unique survivante de ce drame, dans un état second, tue l’un des pêcheurs. Internée dans un hôpital psychiatrique, elle va raconter ce qu’elle a vu sur cette île : sorcellerie, envoûtements, rituels macabres, sur fond de légende phénicienne et d’adoration du dieu Baal.

Une île lugubre, un épais brouillard, un tueur machiavélique, un trésor enfoui… La Tour du diable ne manque pas d’éléments pour vous couper l’envie d’aller aux toilettes. Dès les premières minutes, nous sommes immergés dans une «vraie» ambiance gothique tout à fait délectable. D’ailleurs, et très vite, le film ratisse large (un peu d’ambition que diable !!) et ne se contente pas d’être la petite production d’horreur supplémentaire. Non, il propose autant de genres que possible (thriller sanglant, aventure, fantastique, trip psychédélique…) même si parfois les intentions, un peu malheureuses, tombent à plat. Par exemple, nous aurions préféré que le film abandonne le versant «aventure» pour davantage développer l’aspect psychologie de ses personnages. Si l’intrigue avait été resserrée autour des protagonistes, elle aurait été moins prévisible. Bah oui ! Le petit truc chouette ; La Tour du diable nous invite à remonter le courant des évènements. Du coup, nous sommes d’entrée invités à participer aux agapes. Jim O’ Connolly a zappé l’apéro. C’est assez malin ! Un chouette film d’horreur vintage. L’aspect compassé n’est pas gênant. Bien au contraire.

 

LA POUPEE DIABOLIQUELA POUPÉE DIABOLIQUE réalisé par Lindsey Shonteff avec Bryant Haliday, Yvonne Romain…

À Londres, Mark et Marianne vont assister au spectacle du grand Vorelli, marionnettiste et hypnotiseur. Marianne est choisie pour un numéro de magie. Quelques jours après, elle tombe malade, est victime d’étranges hallucinations. Mark entreprend alors une enquête auprès de ce mystérieux personnage. D’autant plus qu’à la fin du spectacle, il s’est aperçu que la marionnette, Hugo, saluait le public, sans aucun fil…

Dans le genre poupées, pantins et autres marionnettes maudites, La poupée diabolique est une immense surprise. Une bonne surprise. Toutefois, un peu comme La Tour du diable, le film emberlificote son intrigue principale dans quelques sous-intrigues pénibles et dispensables au lieu de blinder la psychologie de la marionnette. Qu’est-ce qui fiche plus les jetons qu’une poupée qui singe les humains ? Rien. À part Christine Boutin. À part ce défaut de vouloir trop en faire, les scènes flippantes ne manquent pas et le malaise est permanent quand Hugo, la poupée priapique, s’agite dans les mains de son maître. Aujourd’hui, même dans ces productions modestes, on ne s’étonne plus du soin apporté aux cadres et à la lumière. Y’a bien des cinéastes qui feraient bien d’en prendre de la graine ! Très recommandé.


LES CHEFS-D’ŒUVRE DU GOTHIQUE

LE MANOIR MAUDITLE MANOIR MAUDIT réalisé par Boccaci Antonio avec Annie Alberti, Adriano Micantoni…

Alors qu’elle devait épouser le prince Raman dans son château, la comtesse Irène disparaît mystérieusement. Quelques années plus tard, alors que le château est victime de toutes les superstitions locales, le docteur Darnell et sa fille, Anna, viennent s’installer dans la région. Anna est en proie à de violents cauchemars dans lesquels elle imagine le meurtre de la comtesse. Son père pense que des visites régulières dans le lieu historique pourraient la guérir. Peu après, Raman revient au pays, et, devant cette étrange ressemblance, se rend compte qu’Anna pourrait être la réincarnation d’Irène.

Un tout petit opus gothique qui ne mange pas de pain mais qui, soyons franc, ne casse pas trois pattes à un canard. Il est difficile de s’y fondre sans écouter avant visionnage les arguments pointus d’Alain Petit (voir les bonus), fin connaisseur (et c’est peu de chose de le dire) du cinéma fantastique européen. Professeur Petit n’hésite jamais à rappeler à nos mémoires défaillantes que chacune de ces productions indépendantes, accouchées le plus souvent aux forceps, mérite un minimum de considération. Non parce qu’elles sont le fruit du sacrifice de ses auteurs (c’est bien la moindre des choses que les artistes souffrent pour notre plaisir) mais parce qu’elles nous servent sur un plateau les fruits de la passion. Vas-y Frankie c’est bon ! Bref, d’après notre spécialiste, Le Manoir maudit se classe dans le groupe des moyens, le clan des « Peut mieux faire ». Après cette remarque fadasse digne d’un professeur du secondaire, vous pourrez toujours apprécier la charmante gueule du monstre. Un bossu, tordu, baveux comme on en fait encore dans les hautes vallées des Vosges. Pour le reste, il n’y a rien de vraiment original (le château, la communauté villageoise, la réincarnation …). Grâce au Manoir Maudit, les fans pourront compléter leur collection.

CONTRONATURACONTRONATURA réalisé par Margheriti Antonio avec Claudio Camaso, Dominique Boschero…

En Angleterre, dans les années 20, cinq notables se rendent à Brighton afin de traiter une affaire. Leur voiture s’étant embourbée à cause d’un violent orage, ils trouvent refuge dans un hôtel lugubre tenu par Uriat et sa mère, une vieille spirite. L’électricité et le téléphone étant en panne, ils se retrouvent coupés du reste du monde. La vieille femme organise alors une séance de spiritisme qui va faire revenir le passé trouble des personnages. Ils seraient responsables de trois meurtres. Et les morts réclameraient vengeance.

Contronatura est un bijou du cinéma gothique. Ni plus ni moins. Maintenant qu’il est possible de tenir la divine galette entre nos mains, on peut hurler de bonheur en se léchant les coudes. Merci Artus Films d’avoir édité cette merveille. Dès les premières minutes vous serez cueillis par l’ambiance «spirit» ultra chiadée. L’inquiétante mamie qui joue les entremetteuses en invitant à sa table les esprits vengeurs colle joyeusement les miquettes (enfin moins que Jackie, et Michel, Sardou). Mieux, vous serez conquis par tout ce barnum gothico-horrifico-fantastique. Les décors, la lumière, l’interprétation, tous les potards ont été poussés au maximum pour un maximum de plaisir. Le statut culte du film est né du soin apporté à la forme et au fond. Les hommes et femmes de goût s’y reconnaissent ! Contronatura ne fait pas dans la dentelle quant aux traitements des personnages. Chacun dissimule un secret, chacun joue sa partition. Jusqu’à la dernière minute, on apprécie les révélations et les retournements de situation. Le rythme est trépidant. Bonne pioche chers lecteurs. Hautement recommandé.


WESTERN EUROPÉEN

MATALOMATALO réalisé par Cesare Canevari avec Lou Castel, Corrado Pani, Cedrico Janeti…

Deux bandits sauvent un de leurs amis de la potence et se réfugient dans une ville fantôme. Rejoints par leur complice Mary, ils préparent l’attaque d’une diligence transportant de l’or. Leur plan pourrait se dérouler sans encombre, mais l’arrivée d’une vieille femme, d’un étranger maniant le boomerang, et d’une jeune veuve va venir tout chambouler.

Matalo, c’est avant tout une virée psychédélique. Un truc de dingo. Du cinéma de quartier garantie pur jus sans OGM. Le western à l’italienne ne respecte aucun code à part les siens. Sans compter qu’il se moque de défoncer les règles de sa propre indécence. Cesare Canevari ne se refuse rien. Voici un spectacle fou et virevoltant, bordélique et bruyant, hystérique et furibard, un trip de malade où l’on éructe et où l’on se colle des peignées mémorables comme on s’embrasse goulûment. D’accord, on y cultive l’irrévérence davantage que le bon goût ! Matalo, avec son histoire de ville hantée, se glisse sans complexe dans le genre fantastique et c’est la raison pour laquelle il est si fascinant. Lou Castel avec son air renfrogné ou hagard selon les angles de caméra ne dépareille pas au milieu des décors qui semblent sortir tout droit du cerveau d’un Jodo mal dégrossi. Un pur bonheur coupable.

 

BELLE STARR STORYBELLE STARR STORY réalisé par Lina Wertmüller avec Elsa Martinelli, Robert Woods…

La belle rousse Belle Starr joue une partie de poker avec le bandit Larry Blackie. Ayant tout perdu, elle lui cède une nuit d’amour. Belle Starr se révèle être elle aussi une hors-la-loi, et va doubler Blackie sur un vol de diamants. À partir de là, les deux bandits vont rivaliser et jouer à qui exécutera le meilleur coup.

Avant toute chose, vous ne serez pas surpris d’observer de folles chevauchées à travers les forêts épaisses de l’Europe de l’Est. Pour un peu on pourrait se croire dans un épisode de Star Trek sous acide. Belle Starr est une figure historique de l’Amérique. Une vilaine fille qui a côtoyé des vilains garçons. Ce western ne manque pas de piquant car il n’hésite pas à jouer sur les clichés les plus éculés. Cette production européenne « spaghetti/choucroute » dégage un charme de dingue. Lina Wertmüller, la réalisatrice, sait y faire, Elsa Martinelli est d’une beauté à se damner et Robert Woods, comme à son habitude, assure en bandit de grand chemin. Un western un poil daté mais qui vaut mille fois mieux que n’importe quel Bandidas du monde ! Ici, les femmes font régner leurs lois. Dont acte.


 

Cédric Janet

 


Kankoiça
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