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Gwendal Lemercier et la matière de Bretagne [BD]

Gwendal Lemercier et la matière de Bretagne

A3 futuriales 2016.inddGwendal Lemercier était récemment présent aux Futuriales, 7e Festival des littératures imaginaires d’Aulnay-sous-Bois,  où il a notamment animé un atelier consacré au dessin. L’occasion de voir des planches originales saisissantes et de livrer quelques astuces  sur l’art de la mise en image. Après un marathon de dédicaces, l’artiste a bien voulu répondre à quelques questions sur son travail.


 

Gwendal_Lemercier_dedicace_Odin

Le grand public te connaît pour tes participations prestigieuses à des séries faisant la part belle à la fantasy, aux mythologies scandinaves et celtiques. Dis-nous en quoi ces univers t’inspirent.

Depuis les Beaux-Arts, je travaille sur la base des mythologies, en effet : c’est venu, je pense, tout d’abord de la fascination  pour le paysage breton et la culture celtique qui imprègne le pays. Puis, l’étude des peintures symbolistes ou préraphaélites m’a rapproché du mythe arthurien : illustrer à partir du fantastique mythologique  permet de déterminer une première approche des libertés que l’on peut s’offrir artistiquement, c’est un excellent matériau pour construire un univers complet : les séries Le Crépuscule des Dieux, Durandal et Oracle m’y ont conduit naturellement [séries publiées chez Soleil, NdR].

Tu préfères dessiner de façon traditionnelle. La couleur bleue prédomine dans beaucoup de tes dessins. Parle-nous un peu de tes goûts en matière de dessin, d’outils, de matériel…

Il s’agit d’études préparatrices que je fais de manière assez jetée avec un lavis noir, marron ou bleu, j’utilise cette gamme simple pour placer les lumières (parties blanches ou légèrement sépia) et les ombres sont plus ou moins traitées en bleu et noir. De cette façon , j’obtiens un premier résultat à partir duquel j’envisage d’autres couleurs. Le fait de continuer à travailler en traditionnel me permet de conserver le côté vivant de la peinture et le processus pour achever l’ouvrage est plus intuitif.

Reconnais-tu les influences d’illustrateurs variés comme Arthur Rackham, John Howe, Gustave Doré, Frank Frazetta…?

Oui, j’utilise de nombreuses inspirations, bien sûr, selon les thèmes abordés, et toutes ces influences m’ont porté vers la fantasy ou vers une certaine vision du fantastique. La composition des œuvres de Doré ou Rackham sont très instructives pour la compo des cases de BD, de même John Howe ou Frazetta apportent une vision de la lumière et des  mises en volume vraiment pertinentes : le style de ces auteurs est tellement fortement imprimé dans leurs œuvres qu’ils traduisent avant nous et pour nous des réflexes graphiques. D’autres influences, plus esthétiques comme Klimt ou littéraires comme Verne, nourrissent nos références et inspirent l’échappée artistique qu’est la BD.

Charlemagne_Lemercier_GlenatTu as également travaillé à des récits historiques, par exemple Charlemagne (chez Glénat). Comment t’imprègnes-tu des époques passées pour réaliser tes illustrations?

On ne s’improvise pas dessinateur historique ! Il m’aura fallu de gros efforts… La documentation est très importante. Au niveau architectural extérieur ou ambiances intérieures : on peut s’inspirer de tableaux ou gravures mais pour la partie carolingienne que j’ai eu à traiter dernièrement, il est difficile de trouver un réel support documentaire ; du coup il est davantage question de reconstitutions d’après parchemins enluminés et imagination entre gallo-romain et début de l’époque romane : des auteurs comme Patrice Pellerin ou Pierre Joubert apportent une véritable pierre à l’édifice par leurs propres visions historiques de cet ensemble.

Plus récemment, j’ai découvert avec plaisir ton goût pour le XIXe siècle :  le génial Jules Verne,  Albert Robida « l’artiste complet », les uchronies steampunk. Est-ce ta façon de remanier l’Histoire ?

Je me suis beaucoup documenté sur cette partie de l’Histoire que j’apprécie. Le steampunk me permet de revenir vers cette époque palpitante en la visitant autrement : je place des passerelles entre certains personnages historiques pour expérimenter de cette façon diverses uchronies… Verne apporte un souffle aventurier et Robida un scepticisme de cette société moderne : il y a un équilibre intéressant à creuser  entre leurs visions de ce monde « futur ». Il y a des portes ouvertes pour les dessinateurs qui aiment cette époque teintée d’Art Nouveau, de machines à vapeur, de grands espaces à découvrir et d’une standardisation industrielle qui insuffle à l’Europe une avancée technique particulière… De fait, le steampunk permet aussi une relecture de notre monde contemporain afin d’en donner une analyse constructive  ou sinon une critique…

En ce moment tu participes à la revue Casier(s) « Revue brestoise de bande dessinée » Comment est venue l’idée de créer cette revue annuelle ?

La genèse de ce projet ambitieux vient d’assez loin : en 1998 j’ai participé à chacun des numéros du fanzine brestois  Les violons dingues, puis, en en 2004, un album BD collectif était édité aux éditions Le Télégramme  sur le thème de Brest. J’y collaborais avec Briac, Gildas Java, Nico Cado, Josselin Paris pour une expo et des histoires courtes: cette première expérience dans le terrain de jeu brestois nous a conduits à souhaiter traduire de nouvelles idées dans l’aventure d’un projet BD.

Raconte-nous comment tu t’es associé à cet ambitieux projet.

Dès 2015 avec le soutien de l’association Brest en Bulle (les organisateurs du festival de BD brestois) s’est lancé ce projet de revue. D’autres auteurs nous ont rejoints au fur et à mesure que ce projet prenait forme : la perspective d’une revue de plus de 150 pages s’installait. On s’est donc fixé l’objectif d’histoires courtes (maximum 10 pages) qui partaient d’un thème brestois : le plateau des Capucins (qui se voit inauguré cette année pour sa réhabilitation et sa liaison téléphérique avec la rue de Siam). Il y a évidemment le fait d’être Brestois ; j’ai toujours aimé cette ville, certes défigurée depuis la seconde guerre mondiale et désincarnée avec la reconstruction, mais les quelques vestiges traduisent toujours l’idée de cette magnifique ville portuaire : les changements de lumière et de temps apportés par le côtoiement de la mer nourrissent l’imaginaire ; on s’invite dans les rues dont la perspective se colore du bleu marin et on perçoit presque les bâtiments d’autrefois…

Pour la revue je suis accompagné d’un sérieux partenaire puisque Nicolas Hervoches (scénariste et réalisateur brestois) m’a écrit un scénario cousu main en partant de l’univers d’Albert Robida : personnage sur lequel on avait déjà travaillé ensemble à mes débuts dans la BD. L’ambition se situe peut-être dans la place que prend Brest dans ce projet ce qui nous porte tous et rend l’objet assez singulier.

Avec une trentaine d’auteurs, scénaristes ou dessinateurs,  comment y organisez-vous votre travail les uns et les autres ? Comment y trouve-t-on sa place ?

Chacun y a trouvé sa place tout naturellement parce que chacun s’est impliqué fortement, les univers de chacun sont suffisamment éloignés pour qu’il n’y ait pas de redites ou d’anachronismes. On peut dire que c’est une belle expérience : l’éventail  de ces diverses visions brestoises est surprenant et d’ailleurs visible dans les interviews de l’ensemble des auteurs sur youtube : Revue Casier(s). Pour l’organisation de la revue on a des réunions régulières qui nous permettent de faire évoluer ce projet sur de bons rails.

Si tu devais expliquer les liens entre Brest et la BD, que dirais-tu ?

« La ville portuaire », c’est un thème qui a toujours inspiré les artistes. Ensuite, la géographie particulière du goulet fait qu’on a la mer à proximité partout, et le paysage ne se prolonge jamais jusqu’à une simple ligne d’horizon. L’implantation du port sur la Penfeld, avec toute l’histoire navale qui en a découlé, contribue sûrement à charmer les esprits créatifs. Et pour finir, il y a le célèbre « tonnerre de Brest » qu’un certain Haddock a implanté dans l’imaginaire collectif.

Casier(s)_logoLe collectif de Casier(s) s’intéresse donc en particulier au plateau des Capucins. Explique-nous le potentiel de cette partie de la ville.

Lors de la reconstruction d’après-guerre, l’axe central et orthogonal de la ville était tracé depuis la rue Jean Jaurès jusqu’au bas de la rue de Siam avec la place de la Liberté en son centre. La ville s’étirait donc le long du port de commerce… Avec la réhabilitation du plateau des Capucins s’opère un changement ou plutôt un retour au Brest d’antan. Le port, à l’origine, serpentait le long de la Penfeld et le fait que Brest devienne un arsenal militaire sous Richelieu a privé ses habitants de ses accès à la mer. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’on observe une réappropriation de ces espaces par la ville : le plateau des Capucins qui accueille la nouvelle médiathèque et un accès au téléphérique va redonner vie aux abords de la Penfeld. Ensuite, les bâtiments anciens sont réutilisés dans une forme architecturale respectueuse de cette partie historique de le ville ; sont préservés à côté du plateau la rue de Saint-Malo, la Galerie aux Lions et la prison de Pontaniou (ancien bagne), il y a donc matière à raconter…

Le récit auquel tu t’attaches, scénarisé par Nicolas Hervoches, s’intitule Le Secret de l’île longue. Il semble illustrer les influences et les thèmes cités plus haut. Sans dévoiler le mystère, à quoi peut-on s’attendre ?

On peut s’attendre à des révélations concernant l’île longue : théâtre d’opérations militaires secrètes… comme ça l’est aujourd’hui !

Au-delà du clin d’œil aux cases de la BD et aux lieux de rangement (et donc d’organisation),  pourquoi ce nom ?

CASIER(S) fait un peu penser à « gaziers » (surnom des ouvriers de l’arsenal) et à un vrai panier de crabes !

Peux-tu nous dire comment tu envisages l’avenir de cette revue ?

La campagne  crowdfunding Ulule a été un franc succès : ce qui nous a confirmé l’intérêt d’un public pour ce projet et le concept d’une revue dessinée dédiée à un thème commun : « la ville du bout du monde » va intéresser encore d’autres artistes. Cette revue va évoluer et s’améliorer avec le temps  : on vous réserve de nombreuses surprises !

Merci beaucoup et bon vent !


Filakter


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