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PRINCE : il était un Funk

PRINCE : il était un Funk

Il était un Funk, dans une petite ville du Minnesota nommée Minneapolis… Et longtemps, tu l’as écouté ce funk. Pas comme cette célèbre poignée de privilégiés désertant le Palace à l’aurore, début 80, tu étais trop jeune ! C’est venu bien plus tard, vers 1985 et jusque début 90. Après cette période, tu as un peu, souvent, beaucoup… décroché.


Prince

« Prince est mort ». « Tu as eu la nouvelle ? J’ai tout de suite pensé à toi ». Et oui, tu l’as déjà eue, cette surprenante nouvelle, elle date d’une minute pourtant. Le 21 avril 2016 à 19h20, hier, le monde entier apprenait ça. Et si Prince est musicalement mort après 1999, Purple Rain ou Sign o’ the time pour certains, c’est maintenant pour de vrai.

Il devrait rester, au minimum, pour ses solos électriques à la guitare, ses blues, son funk et ses prestations sur scène —récentes ou plus anciennes— souvent époustouflantes. Largement supérieures à ses albums studio post 80’s (datés pour la plupart, bien que systématiquement ponctués de quelques titres qui claquent encore bien) les rares passages live aujourd’hui visibles d’en attester. C’est mon humble avis. Un exemple disponible ? Taper « While my guitar gently weeps » sur google puis attendez le solo du nain pourpre vers la moitié du titre. Ça vous a plu ? Taper « Crasy Cee lo & prince » maintenant. En DVD je recommande Prince, live at the Alladin et notamment le titre « The ride » (ça se passe par ici).

Prince 1Le kid de Minneapolis va bientôt apparaître au plus grand nombre, j’imagine, moins pour ses titres commerciaux qu’on a tous fredonnés, plus sous son vrai visage. La Bête de scène, le compositeur workaholic et innovant —dernier grand héritier du funk de James Brown—, le guitariste hors pair donc.

Ses tournées, faites de concerts dans des stades de foot, remplis à ras le bord, et d’afters shows en clubs privés devraient encore surprendre du monde ! Après Jimi Hendrix (l’un de ses guitar heroes à lui qu’il aurait aimé incarner à l’écran), Michael Jackson (son rival médiatique de l’année 1984), voire Mozart (auquel il est aussi comparé, par ses fans les plus hardcore —pour son côté excentrique et prolifique), Roger Nelson laisse derrière lui bien plus que 100 millions d’albums écoulés. Des enregistrements inédits à foison, des concerts en pagaille, et dans le lot, de grands moments. La discographie officielle et prolixe (retirée en grande partie d’internet par l’artiste) de s’ajouter en CD ; voire en ligne à nouveau.

Prince est mort, certes, mais pas pour longtemps ! Warner (certainement) devrait bientôt concocter quelques compilations. Les deux entités s’étaient en effet réconciliées en 2014, après un divorce houleux prononcé au milieu des années 90. Pour rappel, suite à un désaccord de rythme qui lui fit s’inscrire « slave » sur la joue et changer de nom. « L’artiste qui se faisait appeler Prince » voulait à cette période sortir plus de disques et devenir totalement indépendant —ce qu’il finit par faire. Une fois à son compte, il cumulera les sorties d’albums pour un total officiellement publiés de plus de trente.

Prince2Dans une trop grande discrétion, comme la Warner le pressentait, ces nouvelles (et trop nombreuses) productions ne tarderont pas à dérouter son public —leur qualité et leur mode de diffusion étant plus que variables (achetables sur un internet encore naissant, offerts à l’achat d’un journal —Courrier international— ou encore accompagnés d’une place de concert, tous ces albums ne parleront plus qu’aux fans les plus extrêmes). Seul Musicology (en 2004) lui fera retrouver un succès, à la hauteur du (trop) mainstream Diamonds and pearls. Un retour jazzy, au succès justifié. Croisons les orteils qu’elles soient à la hauteur de l’artiste aux si grands talons… une compile d’1,58 mètres devrait suffire !

Comme pour la mort de David Bowie, les ressorties, hommages et papiers en tous genres devraient se multiplier. Côté presse, la machine est déjà en marche, bien évidemment. Les médias les plus prestigieux ont pour l’heure ressorti leur dictionnaire des synonymes et leurs meilleurs jeux de mots —à apprécier avec ou sans prince à linge— pour notre plus grand plaisir. Les kiosques se désemplissent déjà de leurs unes à la gloire du dernier Prince, les journaux à rumeurs d’assurer le relais.

« Pouince » (prendre un accent anglais tonique ici) rejoint, très curieusement, au même âge (57 ans) et à seulement deux mois d’intervalle la sulfureuse Vanity —celle-là même qui incarnait pour Love Symbol l’idéal féminin dans la vie et qui devait l’incarner à l’écran. Après avoir accepté puis finalement refusé le rôle, elle sera remplacée dans le film Purple Rain par Apollonia et son groupe Vanity 6 de devenir Apollonia 6. Denise Katrina Matthews dit Vanity laisse ainsi derrière elle trois albums, quelques pages dans playboy et un amant célèbre, probablement très affecté. Elle est décédée suite à des problèmes de santé, qui plus est directement liés à l’abus de drogues dures fin 80’s, début 90’s. Une étrange coïncidence que les tabloïds à scandales ne tarderont pas à creuser (si ce n’est déjà fait) et davantage lorsque l’on sait que son altesse « purpre » (comme dirait Jamel) aurait initié à l’époque « la Vanity » (comme on dit dans le sud de l’Ardèche) aux drogues les plus cocaïnées. Prince ayant ingéré un surplus de médicaments opiacés quelques jours avant d’être retrouvé inanimé (dans un ascenseur)… les théories et autres suppositions qui entourent la mort du gourou de Paisley Park ne devraient pas tarder à poindre. Des biographies complètes devraient suivre, surtout « The beautiful ones », recueil de ses mémoires que le kid préparait. Et, mieux, de nouveaux disques, issus du fameux coffre à titres de l’insatiable faiseur. Des live devraient suivre également…


Extented play

Prince3Prince Roger Nelson né en juin 1958 à Minneapolis. Il est le fils d’artistes de jazz qui n’ont pas pu vivre de leur passion et ont donc cumulé toute leur vie un métier alimentaire en plus de leur art. Son père (mort en 2001) était ainsi pianiste et plâtrier et sa mère (décédée en 2002) était chanteuse et assistante sociale. À 7 ans il compose sa première chanson (« Funk Machine ») avec le piano de son père. En 1968, ses parents divorcent, il a alors 10 ans. C’est aussi à cet âge qu’il découvre James Brown sur scène grâce à son papa qui l’emmène à ses concerts (il dansera d’ailleurs aux côtés de Mr Dynamite à l’un d’entre eux). Sa mère se remarie. Sa vie familiale devenant plutôt chaotique, il se réfugie dans la musique et crèche dans la cave de la mère d’un ami (futur bassiste de son premier groupe) —un mode de vie qui n’est pas sans rappeler son quotidien dans Purple Rain.

En 1973, il joue dans Grand Central, son premier groupe, et compose quelques titres pour 94 East. Les bandes enregistrées restent inédites, mais confirment son talent, R. Nelson commence à se faire connaître. C’est à cette période qu’un certain Chris Moon lui prête son studio. Il s’y enferme et crée à lui seul une dizaine de titres. C’est suite à cet exploit qu’il est mis en relation avec son premier agent : Owen Husney. Ce dernier ne tarde pas à diffuser une démo concoctée pour l’occasion par le Kid à destination des différentes maisons de disques de l’époque. Warner sera la boîte la plus réactive et convaincante (bien joué !) en proposant à l’artiste de signer un contrat très permissif et pour trois albums !

Sur son premier album (For You, 1978) il joue seul de 27 instruments. Il a seulement 20 ans. Après un premier single assez commun, dans l’air disco-funk du temps, (« Soft & Wet »), il enchaînera un disque par an. Viendront « I Wanna be your lover » ( Prince, 1979), déterminant puisque le single se vend à hauteur d’un million de copies, puis, arrivent quelques ovnis : « I feel for U », « When you were mine », « Uptown » (Dirty Mind, 1980), « Controversy », « Do me baby », « Private joy », « Let’s Work » (Controversy, 1981).

Dès 1982, débarque le mythique double albums 1999. Il contient le hit du même nom mais aussi « Automatic », « Something In the Water (Does Not Compute) », « Free », « Lady Cab Driver » (génial, ce truc) , « All The Critics Love U In New York », « International lover ». 1999 est un incontournable ! En 1984, le film et la B.O. Purple Rain  intronise définitivement le kid : « Let’s Go Crasy », « Take Me with U », « When the Doves Cry », « Purple Rain »… seul Thriller  (Michael Jackson), autre album culte aux ventes dithyrambiques, fait encore ombrage à la pluie mauve de Prince —c’est son plus grand succès. Ceci dit, la suite des hits à suivre est plutôt longue ! Et, pour paraphraser l’acteur Clarence Williams III qui incarne le père de Roger Nelson, brisé et persuadé de ne pas avoir réussi du fait de son couple incertain —mais néanmoins fier de sa production musicale (mémorisée, puis non, en fait elle était stockée dans un coffre)— dans la bio romancée : « I made so many songs, and all différents too ».

Prince 4Et le fiston (le vrai de vrai) de faire sienne cette réplique : « Paisley Park », « Raspberry Beret », « Pop life », « The ladder », ( Around The Word in a Day, 1985). « Under the Cherry Moon », « I Wonder U », « Girls & Boys », « Kiss », « Sometimes It Snows in April », (Parade, 1986). « Sign o’ the times », « The Ballad of Dorothy Parker », « If I was your Girlfriend », « The Cross », (Sign o’ the times, 1987), « Alphabet St », « Anna Stesia », « Positivity » (Lovesexy, 1988), The Black Album, The Crystal Ball, The rainbow Children (2001) suivront. Ainsi que de mythiques concerts enregistrés en live ou en studio (Citons One Nite Alone Live et Rave un2 to the year 2000 »).

L’auteur de « Billy Jack Bitch », « My name is… » et d’« Erotic city » a joué avec les plus grands (du jazz, du funk et du rock) : Miles Davis, Georges Clinton, Lenny Kravitz, Maceo Parker ou encore le « très Prince avant l’heure » Rick James (faiseur de l’incontournable album Street Songs. Can’t Touch this !) et dont il assura d’ailleurs, dès ses débuts, la première partie… avant de lui ravir la vedette. Il a connu (d’on ne peut plus près) les plus belles danseuses (Cat, Mayte) musiciennes (Sheila E), chanteuses (Apollonia, Ingrid Chavez), actrices (Kim Basinger) que le hasard a pu conduire aux abords de Minneapolis, donné leur plus grand tube aux Bangles ou à Sinéad O Connor. Il a aussi produit le plus grand disque de funk de tous les temps : Pandémonium ! (The Time), dont l’un des extraits a servi de thème à la musique de l’émission de « Les nuls, l’émission » (la 6, ou alors c’était la 3 peut-être bien… Bref, vous chercherez « Skilled »).

Malgré ce palmarès plutôt impressionnant, comme évoqué plus haut, ce punk-funk, entre Brown et Hendrix, Charlot et L. Richard, devrait encore nous étonner ! De nombreuses apparitions scéniques méconnues, des centaines d’inédits et la réécoute de cette imposante (parfois foutraque) production devraient offrir aux fans, aux moins et aux pas (encore) fans, quelques pépites et bons moments. Stay tuned !

May U live to see the Dawn

 


Vincent Zimmermann / Photos © DR

 


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