Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Le film du jour : M (Joseph Losey)

Le film du mois : M

La mémoire collective cinéphile a réservé une place bien particulière à M le Maudit, premier film parlant de Fritz Lang, chef-d’œuvre incontournable de la mise en scène de l’entre-deux-guerres, référence ultime de bon nombre de films noirs des années 50-60 (alors que sorti en 31 !) et qui catalogua Peter Lorre dans des rôles de méchants pendant presque le restant de sa carrière, tant sa présence est magnifiée et énorme. C’est vite oublier le remake qu’en a tiré Joseph Losey vingt ans plus tard, avec « son » M, qui d’ailleurs lui tient la dragée haute de bien des manières.

 

M_LoseyJoseph Losey, mal aimé pour son engagement politique, aura dû se battre toute sa vie pour simplement exprimer ses idées, et son engagement. Né dans une famille plutôt huppée (même plutôt plus encore), rigide, très religieuse et donc puritaine, au cœur du Wisconsin (ceci expliquant en partie cela !), il ne se rend compte des inégalités sociales qu’au moment de la grande dépression. Par curiosité —mais pas que—, il s’intéresse alors à Marx, Staline & co, ainsi qu’au théâtre, en parallèle de ses études de médecine inachevées, et part à Moscou, au début des années 30, pour rencontrer des metteurs en scène de théâtre moscovites. Il passe ensuite par la case Berlin, où il étudie auprès de Bretch, dont la multi-approche (dramaturge, critique, poète…) le construit, à tel point que, de retour aux États-Unis, il s’installe immédiatement à New York pour y mettre en scène des pièces engagées et parfois même un peu expérimentales dans leur approche et/ou leur narration.

Très engagé politiquement, à gauche toute, aux côtés du parti communiste américain, il se retrouve malheureusement et fort logiquement pris dans le tourbillon du maccarthysme, convoqué bien évidemment devant la « Commission sur les activités anti-américaines » (rien que le nom m’amuse, aurait dit l’autre), commission qui depuis la fin des années 40 était devenue permanente (pour la petite histoire, beaucoup pensent que ce n’est qu’un court chapitre de l’histoire du droit américain, mais ladite commission n’a été définitivement dissoute qu’en… 1975 !). Heureusement pour lui, à ce moment-là, il est en tournage en Italie, et décide, plutôt que de se jeter dans la gueule du loup, de s’installer en Angleterre, par précaution. Il y restera jusqu’à la fin de sa vie (1984, à l’âge de 75 ans)…

C’est dans ce contexte très particulier qu’a été réalisé son remake de M, au moment où il était déjà dans le collimateur des censeurs et autres empêcheurs de tourner (en rond, mais pas que), quelques mois seulement avant son départ pour l’Angleterre. De fait, le film n’a pas connu une sortie de grande envergure et est devenu rapidement une rareté. Ce qui est d’autant plus dommage qu’il s’agit d’une superbe réussite, à laquelle il ne manque que la patte d’un acteur aussi poignant que Peter Lorre (parce que David Wayne, côté charisme, on a connu mieux !), pour le hisser au même niveau que l’original de Lang.

M_Losey2Il s’agit d’un remake au sens propre du terme, avec une reprise assez précise du scénario, des séquences et même du découpage parfois. Un travail de fourmi, et donc un travail d’orfèvre tant la mise en scène de l’Allemand était un modèle du genre. La seule différence notable concerne la création de ce criminel qui, via le prisme de Losey est davantage un monstre généré par notre société qu’un malade… L’action a été retranscrite d’une ville allemande indéfinie (mais on sait qu’il s’agit de Berlin, à plusieurs détails) en décors naturels à Los Angeles, ce qui confère à la version de Losey une solide aura de film noir américain. Les décors ont d’ailleurs toute leur importance et sont un personnage à part, ici tout particulièrement Bunker Hill, comme dans la plupart de ses films les plus marquants. Il faut dire, pour rappel, que dès les années 30, lorsqu’il montait des pièces en off broadway, il attachait déjà une importance toute particulière à ses décors.

Le film a été remis en lumière, dans le festival du même nom, l’an passé, en la présence de son producteur Harold Nebenzal, interviewé d’ailleurs en bonus sur cette superbe édition blu-ray. Les bonus proposent par ailleurs une très juste présentation du film, par pas moins que Bertrand Tavernier, François Guérif et Michel Ciment, excusez du peu !… À cela s’ajoute une remasterisation vraiment réussie, image et son (Dolby). De quoi rendre réellement hommage à ce qui restera, donc, comme bien plus qu’un remake ou qu’un film noir de plus. À découvrir ou redécouvrir pour les rares d’entre vous qui en ont eu la chance.

M, de Joseph Losey (Sidonis calysta, blu ray, disponible)

M_packshotCONCOURS : 3 BLU-RAY À RAFLER  ! Pour cela, il vous suffit de nous écrire (à l’adresse concoursbrazil3.0 (a) gmail.com) et de répondre à cette simple question : la photo du film, principalement nocturne, est un de ses nombreux atouts artistiques. Quel grand directeur de la photo hongrois était en charge de l’image ? (un tirage au sort départagera les bonnes réponses reçues avant le 30 avril 2016, à minuit)

 


Sam Lowry


Kankoiça
avril 2016
L Ma Me J V S D
« mar   mai »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930  
Koiki-ya