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La sélection Bandcamp de dk #2

La sélection Bandcamp de dk #2

Mes 3 préférés du mois, issus de ce site essentiel pour qui veut ne pas être tributaire des gardes chiourmes du bon goût, qui depuis toujours se dressent entre ceux qui jouent et ceux qui écoutent. Ce mois-ci Big Ups, Soft Fangs et Paul Jacobs. Désolé pour la parité, c’est encore que du mâle. Et plus de notes. On ne note pas ceux qu’on aime.


 

Big UpsParu en 1991, cet album, et au-delà ce groupe, aurait trouvé naturellement place dans l’écurie Amphetamine Reptile, au sein d’un harem de pur-sangs pour sang, quelque part entre Hammerhead et Unsane. Aujourd’hui il la trouve sur le label Exploding In Sounds, qui en est le pendant en cette seconde décennie du siècle, regroupant ce qui se fait de mieux dans le domaine (Pile, Grass is Green, Kal Marks, Disco Doom sont chez eux, c’est dire le niveau). La question (récurrente je dois dire, étant donné mon tropisme pour les musiques qui évoquent celles que j’ai dans le passé aimées) se pose alors de la pertinence de réactiver un genre 25 ans après la période où il représentait une évolution musicale excitante, ici celle qu’on appela communément le Noise. Pas que ce dernier s’éteignit complètement, mais il faut admettre qu’à partir de 1995, il perdit de son état d’urgence, et devint un genre parmi les autres, dont certains maintenaient vaillamment la rémanence, souvent avec succès, de McLusky à, plus récemment et entre autres, Clean Girls, Black Skies, Rabbits, et bien sûr Pile. Le Noise a surtout servi aux groupes de stadium rock (type Muse) à doper leur potage et à y instiller une pincée de sel, certes factice mais suffisante pour un public pas trop difficile. Toutefois, à l’écoute de cet album de Big Ups, impossible d’en nier l’intérêt tant ce quatuor propose une mixture incroyablement riche, diverse et qui brasse une large palette de références pour en faire leur breuvage sonore. Ce qui est sûr c’est que ça file, que le binôme basse-batterie est d’une efficacité rare, que le groupe ne dédaigne pas la mélodie sans perdre une miette de sa puissance, et sans jamais verser dans l’emphase ou le kitsch. Parfois, c’est même quasiment punk (celui du 999 des premiers singles, minus la voix suraigüe de Nick Cash). Quand ça se calme (comme lors des 4 premières minutes du magnifique « Meet Where We Are »), on peut renifler avec extase les fragrances de Slint, Shellac ou Oxbow, mais bon, en règle générale, il faut avouer que ça se calme pas très souvent. Surtout, c’est un album qui s’écoute d’un bout à l’autre sans lassitude, principal écueil d’une musique que l’on peut parfois trouver il est vrai un brin de muguet répétitive. Bon, après ce panégyrique, je vois mal comment ceux qui goûtent au genre n’en sont pas déjà à l’écoute du 3ème morceau en me bénissant de leur avoir signalé une telle pépite (n’en faites rien mes chères ouailles, c’est tout naturel). Ah, au fait, si les rockroniqueurs voulaient bien ne pas dégainer leur Fugazi à chaque fois qu’un groupe joue ce genre de noise, ce serait gentil car dans le cas présent, la comparaison (lue quelque part mais je ne sais plus où) laisse quand même perplexe.

Big Ups, « Before A Million Universes » (ça se passe par là)

 

Soft FangsUne fois de plus, Bandcamp permet d’accéder à un groupe improbable comme Soft Fangs, patronyme d’un homme-protée dénommé John Lutkovich et, n’ayant pas peur des mots, doué comme pas deux (d’ailleurs il est tout seul) dans un style où la concurrence est rude (en fait pas tant que ça si l’on se place niveau intérêt), et qu’on appellera au choix le shoegaze en chambre, l’accoustic-noise intimiste, le mélancoly-rock liquéfié, enfin un truc indéfini (et souvent d’ailleurs pas vraiment fini, mais ça fait partie du deal) qui encombre des rayons entiers d’invendus et des étagères entières de « pourquoi j’avais acheté ça déjà moi ? ». Oui mais voilà, comme récemment Andy Shauf (dont le prochain album sera chroniqué ici-même dans le Bandcamp #3), quelqu’un surgit parfois de ce marigot grouillant et la magie opère. Et ici, c’est le cas. Ô combien. Difficile de dkrire cette musique tant elle semble se fondre dans les différents moules déjà conçus par d’autres, mais Lutkovich paraît ne pas savoir faire une chanson inintéressante, et chacune de ses constructions mélodiques finit par vous entraîner avec lui dans sa flânerie qui ne manque pas pour autant de tenue. D’autant que l’influence mélodique et vocale de Ray Davies est prégnante, mais un Ray Davies qui vous susurrerait ses états d’âme à l’oreille plutôt que vous les asséner. Ma rencontre (virtuelle) avec Soft Fangs se fit pourtant sous l’égide d’un malentendu car le morceau lancé en accroche (« The Air ») quelques semaines avant la parution de l’album, est un quasi-plagiat de My Bloody Valentine, mais tellement réussi, que l’on pouvait se demander si MBV avait déjà fait mieux. Et puis en fait, ce n’était qu’un one-shot, et le reste de l’album explore une assez vaste gamme d’atmosphères que dkrire ici serait aussi assommant que vain. Disons que c’est soyeux, fantomatique, onirique, et très très, mais alors très intimiste. Ecouter cet album les soirs de solitude pourra vous (nous) valoir les émotions les plus consolatrices ou dévastatrices, ce sera selon. Mais franchement, ce serait regrettable d’ignorer un disque capable de s’immiscer si profondément en vous (nous). A noter que c’est encore Exploding In Sound qui porte ce magnifique album et on ne peut qu’être admiratif sur le jugement sûr des responsables de ce label.

Soft Fangs, « The Light » (et hop, par ici pour celui-là)

 

Paul JacobsPour finir, un branquignol complet, un bricoleur improbable, un deglingos comme on voudrait en voir plus souvent. Là ce n’est pas en 1991 que cet album aurait pu sortir, mais carrément en 1977 et il aurait été accueilli avec euphorie sur Stiff. Au milieu de Wreckless Eric et d’Ian Dury il n’aurait pas dépareillé. Pas que ce qu’il fait ressemble à ces deux ainés de même obédience (celle du grand bordel vaguement géré), mais il y a chez lui cette même irréductible singularité qui explose à la gueule dès le premier des 12 instant (s)hits (titre qui aurait bien convenu à cet album). Attention, c’est bien punk, quelque part du côté de Jay Retard (RIP), comme sur ce « Trapped Inside » qui éclabousse, éjacule, squirt de partout. Pareil pour « America », qui vous dkoifferait un chauve. Mais attention, il y a quand même de la chanson. Bon bien sûr, pas dans les règles communément admises, mais si l’évolution des formes musicales avait pris le bon chemin il y a 30 ans, un morceau comme « How Did You Find Out » serait un tube planétaire (oui là je sais je délire). Evidemment il faut aimer que sa mélodie soit ensevelie dans un magma électrique un peu agressif, mais beaucoup savent que le plaisir est encore meilleur avec un peu de sauvagerie. Sur le plan vocal (relégué quand même souvent très très loin derrière le souk instrumental), il y a quelque chose d’Iggy Pop. C’est particulièrement évident sur le très 50’s « Stages For You » ou la seule « ballade » (acception réelle, on a vraiment l’impression de se ballader en l’écoutant) du lot : « Come Along ». Un peu de biographie pour finir. Cet artisan génial s’appelle Paul Jacobs, il est de Montréal, et depuis 2012 a accouché d’une floppée de rejetons sous formats variés (splits, EP et LP). Au lieu de se palucher sur les weirdos d’antan, nos rockritics feraient bien de s’enthousiasmer pour ceux d’aujourd’hui. Et Paul Jacobs est l’un des tout plus excitant qui soit. M’a touché mon point G auditif qui m’a fait gicler ces quelques mots. Attention, l’album n’est disponible qu’en cassette ou en version digitale.

Paul Jacobs, « I’m Into What You’re Into » (et un dernier lien pour la route !)

 


dkelvin


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