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WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

La Diar(rh)y #1

La Diar(rh)y #1

La diar(rh)y est la contraction de diary et de diarrhea, anglicisme que j’assume, n’en déplaise aux intégristes de la francophonie, que j’emmerde, comme j’emmerde pratiquement qui que ce soit trouve à redire à ce que j’écris ou fais, et ce depuis toujours. Je finirai seul mais peinard, comme chantait Léo Ferré. Même pas, et ça en emmerde d’ailleurs certain(e)s. Diar(rh)y ou comment avaler notre tartine de merde quotidienne sans en perdre le goût d’en (sou)rire, mais sans aller toutefois jusqu’à y prendre plaisir. Pour ce #1, un présentoir et une série de diar(rh)ys du mois de mars censurée par un margoulin (vive les vieux mots désuets) sans importance.

Diarrhy illustration2

Débutée en 1990 dans un magazine rock baptisé Sub-Rock, histoire de surfer sur le grunge et le succès du label Sub-Pop, cette rubrique a continué plusieurs années dans New Wave, le fameux fanzine (plus « cultures punks » que new wave) que l’on doit au légendaire Patrice Lamare, et qui reparaissait (New Wave, pas Patrice Lamare) alors dans sa nouvelle incarnation. Puis, quand New Wave a cessé, elle a réémergé vers 2004 dans un music mag (histoire de faire chier les intégristes sus-cités) intitulé Crossroads (là je n’y suis pour rien, c’était le nom du magazine), devenu quelques années plus tard Xroads, où elle n’avait rien à faire, on me le faisait parfois fait sentir, mais le rédacteur en chef (le lui aussi légendaire Christophe Goffette, dit le Goof) la maintint contre vents et marées, sans jamais intervenir dans des contenus qui pouvaient pourtant parfois tutoyer les limites de l’acceptable quand ce n’est les insulter allègrement (même si l’allégresse n’est pas une composante majeure de mon caractère). À l’arrêt de Xroads (en 2011), la dia(rh)y cessa (apparemment définitivement) de montrer le bout de son groin, malgré une vaine tentative de réactivation dans l’historique fanzine Quetton L’arttotal (né en 1967) que l’on doit au…. légendaire bien sûr Rocking Yaset, lui aussi soutien inconditionnel de mes humeurs assassines.

Alors que cette rubrique paraissait devoir, comme son auteur, sombrer définitivement dans l’oubli, un soi-disant amateur de mes écrits, me demande de participer à un site intitulé Polatouche, qu’il lance et « qui se veut un lieu de liberté pour ses participants » (sic, vous pouvez y aller voir, c’est encore écrit, comme ces dictatures qui continuent à s’appeler démocratie même quand leur tartuf(f)erie éclabousse d’évidence). La bonne blague. Au bout d’une demi-douzaine de diar(rh)ys, j’ai été éjecté avec moins d’égards encore que Bernard Arnaud éjecte ses employés —par chance, j’écris toujours bénévolement et ne compte pas là-dessus pour vivre. Mais ça ne l’aurait pas gêné pour autant, j’en suis certain, le souverain auto-proclamé. Pas à dire, je serai toujours du côté des Robespierre et prêt à décoller les têtes royales et ce souverain-là vaut les autres.

L’histoire aurait pu en rester là, quand le Goof, mon ancien paratonnerre éditorial, se propose d’accueillir cette Diar(rh)y revisitée sur la version web de Brazil(/Xroads). Initialement, j’ai pensé que le site ne se prêtait pas bien à la publication quasi-quotidienne d’une rubrique qui fait peu de place au cinéma ou même à la musique, mais finalement, elle était déjà quelque peu incongrue dans Xroads et cela ne l’empêcha pas d’en intéresser certains. Par ailleurs, en l’espaçant à raison d’une fréquence mensuelle, elle n’encombrera pas trop le sommaire. Si l’éclipse prolongée de la diar(rh)y n’avait été à l’origine d’aucun syndrome de manque, c’est que les oscillations mentales de mon esprit, généralement liées à celles de ma situation personnelle, m’avaient rendu relativement indifférent aux affaires du monde, ou tout au moins incapable d’en éprouver la moindre envie d’en découdre avec des mots. Mais le climat cortical et limbique de mon encéphale, bien qu’altéré par l’âge, est de nouveau à la rixe verbale. Me suis sorti d’un agencement délétère qui durait depuis trop longtemps. Bref, ça va chier. D’une diar(rh)y c’est bien le moins qu’on puisse en attendre. Espérons que, comme le chantait le grand Gilles Tandy, si le vampire a moins de dents, il mordra comme avant.

Ci-dessous, histoire de ne pas laisser triompher les censeurs déguisés en chantres de la liberté de parole, voici les 8 diar(rh)y publiées dans le site sus-cité (et à qui j’éviterai de faire désormais de la publicité, d’ailleurs, tous ceux qui, depuis des années me conchient, semblent s’y être donnés rendez-vous).

 


 

9 mars — L’hiver 2016 restera celui où trois mâles blancs encravatés, exerçant les plus hautes fonctions d’un pays « démocratique », auront utilisé comme bouclier humain une jeune femme d’origine maghrébine dénommée Myriam El Khomri, en lui faisant porter une loi dans laquelle elle n’avait que bien peu de, si ce n’est aucune, responsabilité, et dont le rôle se sera limité à servir de femme de paille à ces trois piètres apprentis marionnettistes. Réussir à conjuguer machisme, sexisme et racisme dans le même élan, s’apparente à un tour de force, à une sorte d’épure, que dis-je de cas d’école dont il faudra savoir se souvenir et que les historiens dkortiqueront probablement avec gourmandise. L’un de ses trois manieurs de ficelles s’était déjà rendu célèbre en 2009 pour avoir demandé qu’on « lui mette quelques blancs, quelques white, quelques blancos » dans le champ d’une  caméra lors d’un reportage télé dans la ville qui l’avait élu maire, et qui semblait visiblement trop peuplée de « basanés » à son goût, moins regardant quand il s’agit de dépouiller les bulletins de vote que lorsqu’il faut en assumer médiatiquement la présence. On l’imagine du coup parfaitement capable de demander qu’on lui trouve au PS « une reubeu, une fatima, une maghrebos », pas trop futée et qui présente bien, histoire de faire passer en douce sa loi inique, qui opère rien moins qu’un retour en arrière historique en matière de droit du travail. Ce trio infect, entourant d’une protection assassine leur proie consentante, probablement persuadée d’agir pour le bien du pays, et dont ils s’arrangent pour souiller définitivement le nom en l’associant pour toujours à une loi impopulaire et symbole du libéralisme le plus révulsant, est la version en col blanc de ces officiers qui, il y a un siècle, envoyaient sciemment et sans états d’âmes les tirailleurs sénégalais au casse-pipe. Il faudra s’en souvenir. Et un jour leur demander des comptes.

 

10 mars — Le 9, des dizaines, peut-être des centaines, de milliers de jeunes et moins jeunes qui demandent à grands cris, dans la rue et sous la pluie, que l’on retire la loi dite El Khomri (voir diar(rh)y d’hier pour savoir ce qu’il faut penser de cet abject intitulé), et heureux hasard, le 10 (soit aujourd’hui), voilà-t-y pas que c’est la journée de l’audition ! L’agenda est bien fait, quand même. Le gouvernement a-t-il célébré comme il se doit cette journée toute entière dédiée à l’acuité auditive en entendant la requête des manifestants ? A-t-il recouvré l’ouïe devant ce non massif à la restauration au burin libéral des tables de la loi du travail qu’il s’apprête à commettre ?  Pensez donc, pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre disait ma mère (une sainte femme, non en fait une sacrée emmerdeuse à la morale hasardeuse, mais je l’aime bien quand même, « je l’aime » et non « je l’aimais » car elle est encore de ce monde la sainte carne), et ce n’est pas d’une prothèse dont ils ont besoin, mais de quelques salvateurs coups de pieds au cul, vous savez comme on tape parfois stupidement sur un poste de radio dont on n’entend plus le son, sans bien savoir en quoi ce geste primaire, digne d’un primate au cortex frontal rudimentaire, pourrait résoudre le problème. Et pourtant parfois, ô surprise, ça marche ! Doit reconnecter des circuits. Et bien là, il semble qu’il y en a un sacré paquet de circuits à reconnecter dans les boîtes crâniennes de notre trio de tête gouvernementale, ne serait-ce que celui qui va du pouvoir à la réalité. Et si le coup doit être à la mesure de la dkonnexion, alors j’imagine qu’il va falloir appeler à la rescousse Polyphème, Gargantua, Pantagruel et tous les ogres et géants des contes de notre enfance pour que ça refasse contact. En attendant, il faut faire masse. En pendant ce temps, dans la cuvette des médias, les nervis serviles font le SAV libéral à grands renforts de « La France, seul pays inréformable » (on dit irréformable bande d’ignares). Bon, c’est pas le tout, mais quelqu’un a-t-il pensé à huiler la guillotine ?

 

Diarrhy 11 mars Fatima11 mars — Il fallait s’y attendre. L’un d’eux a craqué. La remise (ô combien méritée) du César du meilleur film à Fatima ne passe pas au sein crevassé des professionnels de la profession (copyright Jean-Luc Godard), en l’occurrence les « vrais » âcteurs (tous les accents circonflexes supprimés par l’Académie Française se sont donnés rendez-vous dans la bouche de Guillaume Gallienne, puisque c’est lui l’éjaculateur précoce de xénophobie dont il est question dans la diar(rh)y du jour), qui ne vont pas tarder à bloquer le périphérique pour protester contre « toutes ces femmes de ménage arabes qui n’ont même pas pris de cours de comédie et qui viennent nous voler nos Césars » (et surtout leurs clien… euh leurs spectateurs). On aimerait dire à Gallienne (après « Mais ferme ta gueule », bien sûr) qu’il faut qu’il se calme, qu’il n’y a pas le feu au paisible lac de l’avance sur recette, qu’elle n’a pas eu le César la femme de ménage (elle s’appelle Soria Zeroual, essaie, tu peux le dire), sinon Valeurs Actuelles, Le Figaro, Zemmour, Finkelkraut, Polony, Onfray, Glucksman (ah non, plus Glucksman), Houellebecq (ah merde, ça fait du monde quand même) l’auraient devancé dans la dénonciation, l’ironie se trouve surtout dans l’interprétation selon laquelle, après les épiceries et les boulangeries, le cinéma était le nouveau bastion qui cédait au « grand remplacement » (d’un autre côté, si c’est celui des cons par des moins-cons, je suis plutôt pour, mais il est vrai que ma déjà longue vie semble me montrer que les nouveaux cons rivalisent hélas sans peine avec leurs aînés sur l’échelle de Richter de la connerie). C’est vrai que la récipiendaire du prix du Jeune espoir féminin (Zita Hanrot) est à moitié jamaïcaine (puisqu’il faut ici se mouler dans la représentation raciste qui fait de nous des êtres dont la composition, comme celle d’un cocktail, se mesure aux origines de nos géniteurs) et jouait justement dans… Fatima ! Finalement, il y aurait peut-être quand même comme un petit début d’incendie sur les rives du lac, c’est vrai. Je ne sais pas vous, mais Gallienne, je le vois bien finir comme Depardieu, réfugié dans les bras de Poutine. Un esprit chafouin, qui voudrait lui renvoyer ses origines à la gueule, dirait qu’il est à moitié russo-géorgien donc rien d’étonnant, mais ne nous vautrons pas dans la même fange que ceux que l’on combat (ce qui précède s’appelle une prétérition, ce n’est pas glorieux, mais tant pis, il faut parfois passer outre ses principes pour faire mouche). Encore plus bête que méchant, l’âcteur en question ne cache même pas qu’il n’a pas vu le film (si si, tout en trouvant l’actrice bouleversante, allez comprendre), histoire qu’on s’aperçoive clairement qu’il s’agit bien là d’un arrivisme rance, celui de ces parvenus qui renient leur classe une fois, comme leur nom l’indique, qu’ils sont parvenus à leurs fins. Ces collabos sociaux qui une fois admis au sein généreux du monde scintillant à bulles et paillettes qui les faisait rêver quand ils étaient dans la mouise, s’empressent d’en épouser tous les travers, pullulent depuis toujours. Mais jamais ils n’ont été aussi arrogants. Et dans ce marais de cinéma gluant  de beauferie et de stéréotypes qu’ils prorogent sans vergogne, ils chassent tout intrus qui viendrait y apporter un peu d’authenticité, de vérité, de sincérité, de profondeur. Quand tu ne seras plus qu’un fantoche du passé à qui une poignée d’amateurs d’incunables voueront un culte suranné, l’histoire du cinéma se souviendra de Fatima mon petit Gallienne, ce film qui a donné un nom et une identité à des gens que tu contribues à tenir dans le néant avec ton cinéma rance.

 

Diarrhy 12 mars Emerson Plymouth-1970-08-KE-TonyByers12 mars — Il est fort probable que cette diar(rh)y, étant donné l’âge de son auteur, soit souvent encombrée de ce qu’on appelle, par un anglicisme je le concède regrettable, des RIP (pour rest in peace, bien qu’une fois mort, on voit mal ce qui pourrait troubler notre paix, si ce n’est quelques asticots dont le rôle bénéfique à l’écosystème n’est plus à démontrer, et qui sont destinés, sauf pour les adeptes de la crémation, à être les derniers témoins voraces de notre dkomposition). Les idoles (ou non) de ma jeunesse, atteignent l’âge où, pour paraphraser Brassens, « la camarde les poursuit d’un zèle imbécile, et bien souvent ». Et leurs jambes n’étant plus celles de leur jeunesse, cette garce les rattrape. Aujourd’hui, enfin il y a deux jours mais on ne l’apprend qu’aujourd’hui, c’est Keith Emerson qui, à 71 ans, lui qui s’était rendu célèbre (entre autres) en plantant des couteaux dans le clavier de son orgue afin de tenir la note, s’est tiré une balle dans la tête afin de mettre une note finale à son existence terrestre. Il y a 40 ans, certains, qui exécraient le mélange classico-rock un brin kitsch qu’il avait créé avec les Nice dès 1968, souhaitaient plus ou moins secrètement lui en mettre une eux-mêmes tant il représentait la quintessence de ce que haïssaient les gardiens du temple rock ‘n’ roll, déjà bien secoué à la fin des années 60 par le progressif, le hard-rock et le jazz-rock, et qui là voyait son hybridation avec l’ennemi de toujours : la musique classique. Ce fut notamment le célèbre trio, ce qu’on appelait alors un supergroup, Emerson Lake and Palmer, plus connu sous l’acronyme ELP (auquel certains ajoutaient devant un H) qui focalisa cet opprobre. Cet opprobre était-elle justifiée ? Aucun opprobre ne l’étant, on dira que non. Qui plus est, cette musique avait pour elle, plus encore que la virtuosité (certaine mais parfois assommante), une énergie qu’on était bien en peine de retrouver chez beaucoup des héritiers du rock orthodoxe qui en entretenaient soi-disant la flamme, la flammèche plutôt, et encore, parfois quelques braises éparses prêtes à s’éteindre. Anecdote édifiante : lorsque, il y a une vingtaine d’années, je m’étais mis en tête d’écrire une anthologie discographique quasi-exhaustive de la décennie 1967-77 (projet interrompu en route, mais qui abreuva les rubriques Learning to Fly dans la revue Crossroads puis Xroads, et nombre de chroniques dans le Hors-Série des « 800 Albums Essentiels 1960-2009″), rédigeant consciencieusement les chroniques, album par album, de tous les groupes ayant sévi un moment ou un autre, quelqu’un, pour me faire sentir le caractère potentiellement redoutable de ce projet me dit sur un ton goguenard : « même ELP ? ». On sentait que pour lui, il s’agissait du symbole même de ce que ce projet fou m’infligerait de pénible. Et oui, même ELP, et lorsque leur tour fut venu, il se confirma que j’éprouvais pour ce groupe, et notamment pour Keith Emerson, une tendresse coupable, un guilty pleasure comme disent les anglais, notamment pour leur reprise des Tableaux d’une Exposition de Moussorgski, reprise qui en son temps réussit à réconcilier rockers et mélomanes dans un même jugement : « c’était de la merde ». Bien sûr, jusqu’à ce jour (mes chroniques sur ELP n’étant jamais parues, mais qui sait), j’avais tenu cette affection plutôt secrète quand, il y a quelques semaines, je vois sur la page facebook de Mark Perry, un de mes all-time heroes et l’un de ceux que l’on peut considérer comme l’un des véritables esprits fondateurs du punk, vanter les mérites de Tarkus, le second album d’ELP, et peut-être leur plus célèbre. La boucle est donc bouclée. Une fois dkontextualisée, la musique redevient un objet sonore que l’on peut aborder sans préjugés, et même s’il n’est pas question ici de transformer l’eau en vin et faire de Keith Emerson un musicien et compositeur essentiel et passionnant, au moins ne pas reproduire ad nauseam les mêmes poncifs sans y aller voir (dans le cas présent, écouter) par soi-même.

 

13 mars — Donc comme ça, ce dimanche, ils se sont mis autour de la table pour réécrire tranquillou la loi El Khomri. Valls a dû lui dire « T’inquiètes pas ma poule, on s’occupe de tout, de toute manière, tu peux pas être plus détestée, haïe, vilipendée, une voiture de la CGT appelait même à ce qu’on te viole ou quasi (note du diar(hr)iste) : il y a des sales cons dans tous les camps, mais ça c’est pas un scoop), alors on va coller deux ou trois rustines sur ce qu’il y a de plus voyant, et la CFDT va te signer ça ni vu ni connu les doigts dans le… oui, enfin t’as compris ». Hollande a dû faire comme d’habitude, sourire niaisement, opiner du bonnet et reprendre du pâté. Bref, un grand moment de démocratie représentative. Myriam (on va l’appeler par son prénom, pas par sexisme mais parce qu’elle fait de la peine et que finalement on la sent un peu de notre famille cette femme, celle des entubé(e)s) a bien dû protester un peu (enfin on espère) et puis elle a passé sa journée à s’occuper de ses deux filles, à qui l’on souhaite sincèrement, quand elles seront grandes, d’être moins humiliées par les hommes que leur mère. Les deux têtes « pensantes » de l’exécutif se sont alors penchées sur les 131 pages de la loi dite « Travail », et au bout de dix minutes Valls a dû dire « Mais c’est imbitable, ce truc, quel jargon, qui a écrit cette merde ? ». Hollande a dû dire « Ben, c’est Macron » et Valls répondre « M’étonne pas, bien de la bouse verbale à son image. Et ben, on n’est pas rendu. C’est où les passages qui coincent ? Non merci, j’aime pas le pâté, dis-moi plutôt où sont le plafonnement des indemnités de licenciement et le temps de travail des apprentis porté à 10h. Dis donc, il avait pris de la meth ou quoi le Macron pour pondre des trucs pareils ? Et toi, tu le laisses faire ? C’est quand même un peu le merdier ton gouvernement en ce moment, laisse-moi te le dire. Oui, je sais, c’est le mien. Rhaaa, et puis arrête de me tartiner des toasts, puisque je te dis que JE VEUX PAS de pâté !!! ». Et puis, à deux, comme ça, au mépris de tous les principes d’une république instaurée le 21 septembre 1792 avec pour fondement la suprématie du législatif sur l’exécutif, ils ont bidouillé les passages que la CFDT lui avait dit ne pouvoir avaler, la taille de leur œsophage syndical n’étant tout de même pas capable d’ingérer un python de cette taille. Cet exécutif dont Maximilien Robespierre se méfiait, à raison, comme de la peste bubonique. D’ailleurs si l’on remplace « guerre » par « état d’urgence », la phrase qu’il a prononcée dans son discours du 18 décembre 1791, garde toute son actualité, et pour ceux qui ne l’ont pas en tête (note du lecteur  : l’autre, qui fait semblant de l’avoir lui-même en tête, quel tartuf(f)e ce diar(rh)iste), cette phrase est : « C’est pendant la guerre que le pouvoir exécutif déploie la plus redoutable énergie, et qu’il exerce une espèce de dictature qui ne peut qu’effrayer la liberté naissante. C’est pendant la guerre que le peuple oublie les délibérations qui intéressent essentiellement ses droits civils et politiques pour ne s’occuper que des événements extérieurs, qu’il détourne son attention de ses législateurs et de ses magistrats pour attacher tout son intérêt et toutes ses espérances à ses généraux et à ses ministres, ou plutôt aux généraux et aux ministres du pouvoir exécutif ». Oui je sais, c’est un peu long, aride, mais comme souvent avec le natif d’Arras, ça n’a pas pris une ride.

  • J’apprends ce soir qu’ils ne se sont même pas vus, mais juste téléphonés. C’est vrai que réécrire une loi sur le travail ne nécessitait même pas de se rencontrer. Où avais-je la tête, comme disait Robespierre ? D’ailleurs, pourquoi le téléphone ? Moi, je dis qu’un SMS aurait largement suffi. Tiens, l’autre nuit, moi aussi j’ai eu un rêve. Il n’a pas grand-chose à voir avec celui de Luther King (on s’en serait douté) et il n’a pas plus de chance de se réaliser que le sien. Ce rêve, c’était qu’aux prochaines élections, personne, je dis bien personne, ne votait. Pas un seul bulletin, nada, nib, macache, peau de balle (avec le trou en prime). Leur tronche sur les plateaux télé le soir des résultats. M’en suis réveillé tellement je riais. Figés dans leur suffisance, toute honte bue, eux et leur démocratie représentative de mon… Enfin, Myriam a compris.

 

Diarrhy 15 mars Merci Patron15 mars — Oui, bon ben ça va OOOOHHH, c’est pas l’usine non plus, pourquoi pas une pointeuse pendant que vous y êtes, y a pas marqué « je m’engage à livrer une diar(rh)y quotidienne faute de quoi je serai licencié sur le champ et déchu de tous mes droits prud’hommaux » sur le CDD que j’ai signé (au fait, où je l’ai rangé ce contrat de CDD ?) ? N’allez pas inonder de courrier de protestation la direction pour manquement grave à la régularité de publication. Avec quoi je vais payer mon train de vie somptueux, moi, si je suis privé du salaire mirobolant que me verse ce site ? C’est d’ailleurs la réponse à cette question qui m’a tenu éloigné des fourneaux (avec un « f » oui, pas un « j », c’est une métaphore) où je concocte ma mixture diar(rh)ique quotidienne puisque je suis allé au cinéma (c’est pas souvent) voir justement un film qui traite des conséquences sociales d’un licenciement économique (une appellation d’origine un peu trop protégée qui consiste à foutre dans la misère des gens pour aller en faire bosser d’autres pour moins cher dans des coins où le salaire des autochtones s’apparente assez bien à nos minimaux sociaux et du coup que tout le monde se retrouve au même niveau de revenus sauf que c’est l’Etat c’est à dire nous bande de nouilles qui paye pour que l’industriel puisse se faire des marges kolossales et verser des dividendes confortables à ses actionnaires qui sont une belle bande de morfales saprophages si vous voulez mon avis bon dkor je referme la parenthèse mais franchement c’est bien pour que vous puissiez reprendre votre respiration parce qu’il y aurait encore sacrément à tartiner sur le sujet). Ça s’appelle Merci Patron, et tout un chacun devrait pouvoir se faire délivrer un ticket gratuit sur simple présentation de sa carte vitale tant cette heure et des poussières de projection vous met dans un état d’euphorie que même le Séroplex à dose maxi ne parviendra jamais à égaler (et pourtant depuis 20 ans, qu’est-ce que j’en avale). N’avais pas ri autant depuis Les tontons flingueurs. D’ailleurs c’est grosso modo la même histoire. Enfin disons Les pieds nickelés contre les tontons flingueurs. Les pieds nickelés étant ma BD préférée (oui, à l’époque où je sévissais dans la BD, et où je devais rencontrer le gratin « j’me la pète » du domaine, type l’Association, Cornelius ou Rakham, on m’avait conseillé de ne jamais dire que j’aimais Les Pieds Nickelés, parce que ça faisait plouc, mais maintenant je peux faire mon dkoming out et je regrette même d’avoir suivi ce conseil en son temps), c’est rien que du bonheur (le « rien que du bonheur » va avec le début de la phrase, si si, relisez vous allez voir, ça marche). L’approche humoristique n’enlève rien à l’impact politique du message et à l’émotion éprouvée devant la violence de la situation de départ par la famille héroïne et héroïque du film, les Klur. Les Klur qui, au début du film, vont rien moins que se retrouver à la rue, et que l’équipe du film va tenter de sauver en montant une arnaque qui, sur le papier, avait tout du plan foireux sans l’ombre d’une chance de succès, mais qui, trahissant l’incroyable vulnérabilité de ces grands groupes dont la réputation est fondée sur le mensonge et la tartuf(f)erie, se met à fonctionner (mais je tais la fin tant le suspense est réel et mérite qu’on ne le spoile pas, s’poiler oui, spoiler non). Le film aurait d’ailleurs pu s’appeler Il faut sauver les Klur, et mon goût pour les jeux de mots pourris se serait assez satisfait de Les rats contre les Klur. Mention spéciale au nervi chargé de la sécurité de LVMH, pathétique fripouille encore plus bête que méchante, sorte de Lino Ventura doté du cerveau de Jean Lefebvre, arroseur arrosé, qui croit se jouer des Klur et qui mord à, que dis-je, dévore, tous les hameçons qu’on lui tend. Impayable. César du second rôle assuré si le jury n’était pas stipendié par Arnaud et sa clique. Ah oui, car j’oubliais, le Bernard dont il est question tout au long du film, c’est Bernard Arnaud, PDG de LVMH et un des symboles les plus nauséabonds des années fric, ces années 80 où les Tapie, Arnaud et consort, étaient les nouvelles icônes des médias et d’une partie d’une néo-classe moyenne qui préparait le terrain de la plus grande casse sociale de l’histoire de l’humanité. Bref, un film d’intérêt général (et particulier pour les Klur) qu’il est plus important d’aller voir que d’aller voter tant un succès phénoménal foutrait la panique dans la forteresse dorée de cette caste de privilégiés qui se torche avec la dklaration de la fin des privilèges signée par l’Assemblée constituante la nuit du 4 août 1789. On profite de cette diar(rh)y du jour pour rappeler le rôle essentiel de Pierre Carles qui, plus encore que Michael Moore, est la véritable influence du film, et qui devrait avoir un statut autrement plus prestigieux et respecté que celui dont il bénéficie. L’histoire lui rendra sa place, j’en suis persuadé.

 

Diarrhy 16 mars Breijvik16 mars — Aujourd’hui cette diar(rh)y sera remplacée par un courrier que j’adresse à une vieille connaissance, Anders Breivik.  Vieille connaissance, vieille connaissance, j’exagère peut-être un brin, car je lui ai juste déjà adressé une lettre il y a quelques semaines, et là aussi pour épargner le prix d’un affranchissement, j’avais demandé à Rocking Yaset qu’il la publie dans le dernier numéro de Quetton l’Arttotal (paru il y a quelques semaines, qu’attendez-vous pour l’acheter, il n’y a pas que moi dedans, je vous rassure). Mais je crains que le format papier de ce journal n’ait pas permis que le destinataire en prenne connaissance. Tant pis. C’est ici mon second courrier, et rien que cela me conduit à penser que nous entretenons déjà une sorte de relation épistolaire lui et moi (enfin, surtout moi). Le premier m’avait été inspiré par son inscription à l’Université dans une filière de Sciences politiques (si si, je ne galèje point). Celui-ci l’est par le procès qu’il intente à l’état norvégien concernant ses conditions de détention.

Mon petit Anders (ne prends pas « petit » dans son acception affectueuse, mais uniquement comme une indication de la taille que je t’attribue comme être humain, et encore, j’aurais même dû commencer par « Mon microscopique Anders »),

J’apprends que tu intentes un procès à l’état norvégien pour tes conditions de détention qui, selon toi, s’apparentent à une « torture » et ont pour but de « te tuer ». D’ici, nous sommes un peu surpris que cet affreux état assassin accorde à ta requête les honneurs d’un procès, quand elle n’aurait dklenchée par chez nous qu’un sourire amusé, quand ce n’est un éclat de rire tonitruant. Surtout quand on apprend (décidément on en apprend des choses avec toi, tu nous enseignes une matière que je propose de créer et d’intituler un truc comme L’immondiçologie, enfin tu vois l’idée) que tu bénéficies d’un petit 3 pièces de 31 m² avec « espaces » de vie, d’études et d’exercice physique. J’en connais qui, pour avoir travaillé 30 ans pour Bernard Arnaud, ont moins que ça pour vivre depuis qu’il les a virés (désolé, comparaison n’est pas raison, mais j’ai encore Merci Patron qui ne passe pas). Tu me diras que ce ne sont pas ces conditions-là qui t’incitent à poursuivre l’état (tu aimes poursuivre toi, les jeunes socialistes pour les tuer, les études, maintenant l’état) mais les fouilles au corps que l’on t’impose. Tu en as même fait le décompte précis et tu en as dénombré 885 ! Tu aimes l’exactitude dis-donc. Mais comme moi aussi, j’ai calculé que cela fait 11,49 fouilles au corps par victime que tu as abattue et/ou achevée. Tu admettras que moins de 12 fouilles au corps par meurtre, ce n’est pas excessif. D’ailleurs, comme ce 0,49 n’a pas de sens en termes de victimes, pour que l’on parvienne à ce que le ratio « fouilles au corps / victime » fasse un chiffre rond (en l’occurrence 12) il va falloir atteindre 924. Donc je crains que tu ne puisses échapper aux 39 suivantes si, comme moi, la justice norvégienne souhaite respecter une cohérence entre les chiffres et les victimes. Je viens d’ailleurs d’envoyer ma candidature pour procéder moi-même à ces 39 fouilles au corps. Plus exactement, je souhaiterais venir avec quelques spécialistes de la fouille au corps qui ne demandent qu’à rendre service. Bon, faute de débouchés suffisants dans le domaine, ils travaillent actuellement dans une usine d’éviscération des poulets. Mais cette expérience professionnelle les rend particulièrement virtuose pour dénicher des exemplaires de Mein Kampf planqués dans une anse de sigmoïde. Je tiens juste à te prévenir, l’un d’eux est, comme toi, nazi, et, à force de faire, comme toi, le salut nazi, le pauvre a perdu toute capacité de plier son bras (une sorte d’arthrose du coude). Je ne te cache pas que la fouille au corps risque d’être un peu douloureuse, mais d’un collègue de nazisme, je sais que tu ne le prendras pas mal (si j’ose dire).

En attendant que l’état norvégien nous donne l’autorisation de venir dkouvrir les recoins les plus intimes de ton anatomie, je te souhaite un bon procès. Je ne te cache pas que si tu le perdais, savoir qu’à raison de 220 fouilles au corps par an (885 / 4)  il t’en reste 3520 à subir (puisque condamné à 20 ans, tu en as encore pour 16 ans), m’incitera non sans sentiment de culpabilité je t’assure, à déboucher une petite bouteille de champagne et trinquer à ta santé.

Ton dkelvin

 

Ci-dessous, le montage que j’avais concocté pour Quetton l’Arttotal et que son rédacteur en chef n’avait pas passé, par crainte qu’il soit mal pris après les attentats de novembre.

17 mars — J’ai attendu quelques jours avant de regarder le replay du passage de Philippe Faucon et Soria Zeroual, respectivement réalisateur et actrice principale de Fatima, le film préféré de Guillaume Gallienne (voir Diar(rh)y du 11 mars) dans l’émission pour noctambules solitaires dépressifs (j’en fus) ONPC (On n’est pas couché) qui pour l’occasion aurait dû s’appeler ONPR (On n’est pas rendu). En effet, dans cette séance stupéfiante, on peut voir un équivalent de la fable de la poule et du couteau, avec trois gallinacés médiatiques ne sachant que faire d’un objet tranchant leurs préjugés éculés, en l’occurrence un film sans effets de manche, joué par une actrice non professionnelle voilée (évanouissements dans l’assemblée).  Je ne vais pas dkortiquer le contenu de cette scène qui semble sortie d’un film de Pialat (on pense à celle du repas de famille dans À nos amours) mais franchement, je vous assure qu’il s’agit d’une sorte de mètre-étalon de la morgue ignare et suffisante de la caste auto-désignée de faiseurs d’opinions qui sévit depuis si longtemps dans cet univers glauque qu’est devenue la télévision. Opinion dans l’acception Deleuzienne du terme, bien sûr, c’est-à-dire le niveau zéro de la pensée, ni une idée, encore moins un concept, une opinion qui dans leur cas répond qui plus est aussi à la définition Deleuzienne de l’idée reçue, c’est à dire une idée qui, avant d’être émise, est déjà reçue. Merde, en fait ONPC est une illustration Deleuzienne du monde ! Je ne vais pas dire que ça me troue le cul, afin de ne pas choquer ceux qui trouvent mon style trop cru pour leur sensibilité, mais  quand même, c’est inattendu. On notera tout de même que Léa Salamé (il faudra lui consacrer une Diar(rh)y à celle-ci, car j’ai deux ou trois dossiers sur elles qui me sont restés dans une anse de sigmoïde à moi aussi) parvient, lorsqu’elle évoque l’absence de « postulat esthétique très fort » (on aimerait lui demander ce qu’elle entend par là, rien que pour le plaisir de la voir confirmer qu’elle enfile les mots sans bien savoir ce qu’ils signifient), à ramer comme une galérienne laissée seule à bord. Le calme de Philippe Faucon face à tant d’âneries rend admiratif. Et le calme de Soria Zeroual face à un Yann Moix qui tente de lui faire dire qu’elle est en désaccord avec les préceptes de l’Islam en jouant le rôle de quelqu’un d’autre au cinéma, devrait lui valoir rétrospectivement le César de la meilleure actrice. Si vous n’avez pas encore vu, attention, c’est du lourd.

 


dkelvin


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