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Cycle Julien DUVIVIER [CINÉ]

 Cycle JULIEN DUVIVIER

Pour le commun des mortels Julien Duvivier reste le réalisateur de Don Camillo, rendu célèbre par Fernandel pour toute une génération en culotte courte (on se calme les gars du clergé lyonnais, ce ne sont que des mots pas des maux….). Mais ce serait faire injure au réalisateur lillois de réduire sa carrière à ce seul fait d’arme, car il reste un des plus grands cinéastes français de l’entre-deux-guerres (et du début de l’après) avec une filmographie assez complète (et cohérente). En avril découvrez le fil de la bobine de Julien Duvivier grâce au travail de restauration de Pathé sur trois excellents métrages La belle équipe (1936), Voici le temps des assassins (1956), et La fin du jour (1939). Beau, sombre et crépusculaire.


Ce film fut pendant de nombreuses années un des porte-étendards du parti dela belle équipe Léon Blum, il incarnait la classe populaire, les congés payés, l’accession à la propriété, l’aboutissement aux rêves des sans grades. Les ouvriers revendiquaient alors le droit aux loisirs, à la culture, aux vacances, le droit de vivre tout simplement. Mais Duvivier, cinéaste intransigeant, n’avait pas le happy-end greffé dans son ADN, sa vision de la vie était bien plus pessimiste ou disons-le tout net totalement réaliste. Sentant venir le vent du boulet, il avait tourné deux fins à son histoire, la première, acidulée, qui fut proposé dans les cinémas à l’époque. Et la vraie, celle de son scénario original, plus sombre mais beaucoup moins politiquement correcte, très punk (No future pour une certaine classe sociale) qui vous est proposée aujourd’hui, version dans laquelle il dézingue à coups de travelling tous les rêves de la classe populaire. La belle équipe c’est tout simplement une bande de potes sans emploi, vivant dans un bouge sans nom, qui, par le plus grand des hasards, se retrouvent riches de posséder le ticket de la loterie gagnante. Avec le pactole, ils décident d’ouvrir une guinguette en bord de Marne, mais l’amitié de la bande à Gabin va être mise en péril par la dure réalité de la vie. La seule porte de sortie pour une certaine classe populaire serait-elle l’échec? Les joies simples de la vie se transforment bien vite en épreuves bien souvent insurmontables pour le commun des mortels.

La belle équipe (sortie salles le 6 avril)


voici le temps des assassinsElle avait une sacrée paire de «cojones» Danièle Delorme dans sa jeunesse pour tenter de faire chanter le pacha, le roi du grisbi, pépé le moko des bacs à sables, celui qui a formé aux métiers de la ferraille toute une génération de tontons flingueurs, le maître étalon des Delon, Belmondo et autres consorts de tout le cinéma français. Avec sa jolie petite bouille elle a cru qu’elle pouvait la faire à l’envers à Monsieur Jean Gabin ? Même en hurlant Jambier sous les fenêtres de la Gestapo, il est inoxydable le chat du clan des Siciliens, elle a été bercée à la grande illusion la vierge du Rhin de croire qu’elle pouvait berner la bête humaine ! Pourtant ici le Jeannot dans son holster il n’a point d’arme de poings, il a juste quelques sauces de malice et un brin de lucidité qui ne lui feront pas commettre l’irréparable. Gabin est un restaurateur qui opère dans le cœur de Paris, mais attention pas un cuistot à la petite semaine qui pullule dans les émissions Tv d’aujourd’hui…. Non Monsieur point d’enfilades de poireaux qui respirent le cul d’une demi-carotte sur le lit d’un navet défraîchi…. Non Monsieur ici on parle de tête de veau, de sanglier à la truffade et autres mets raffinés qui n’ont d’autre vocation que de nourrir la panse qui nous sert d’anse. Duvivier propose tous les ingrédients qu’il faut pour nous servir un film noir digne du menu hollywoodien, son plat est sombre, désenchanté, l’homme reste toujours à la merci d’une bonne garce qui nous fera payer l’addition. Voici le temps des assassins est un plat raffiné, un cordon bleu du cinéma mâtiné d’un château Margaux du fin fond de la cave, un mets royal de la grande carte du cinéma français.

Voici le temps des assassins (sortie salles le 13 avril)


 

Ce long-métrage est une merveille de cabotinage avec une ribambelle de merveilleux acteurs.la fin du jour L’abbaye Saint-Jean-La-Rivière est un havre de paix où une poignées d’hommes et femmes passent une retraite paisible. Mais après avoir vécu dans les strass et les paillettes du show business, terminer son périple ainsi parce que ses acteurs ou actrices n’ont pas su (ou pu) mettre quelques deniers de côté attise forcément aigreur, rancune et sa cousine germaine la haine. Fin de vie pour Duvivier rime forcément avec rancœur, décrépitude et éternel regret. Le réalisateur et son scénariste (Charles Spaak une pointure de l’entre-deux-guerres) s’en donnent à cœur joie sur un terrain d’écriture où l’ironie et le désenchantement côtoient le pessimisme avec joie. Cela donne un casting délicieux où l’on croise le vieux beau qui a usé de sa notoriété pour lever de la cuisse à tour de bras, l’acteur raté qui n’en finit pas de regretter que personne n’ait eu la lucidité de lui donner sa chance, ou bien encore le ténébreux génial, pétri de talent mais qui n’aura eu de cesse de collectionner les échecs au box office. Quel plaisir de voir Michel Simon (truculent à souhait) dans son rôle de raté magnifique trouvant le rôle de sa vie sur et entre les planches de l’abbaye. Louis Jouvet en psychoteur psychotique, génial détrousseur de jupons, acteur médiocre ayant connu le succès et les honneurs. Victor Francen, lui, joue merveilleusement le talent avec un grand T, l’aigreur avec un immense A et le désespoir avec un D digne du 421. Cette fin du jour met en exsangue ce qui aujourd’hui manque souvent dans le cinéma contemporain : l’importance du verbe. Avec une telle partition, il est facile ensuite de conjuguer les talents.

La fin du jour (sortie salles le 20 avril)

Trois bonnes raisons d’aller découvrir, redécouvrir pour certains le cinéma de Julien Duvivier.


Jean-Sébastien Thirion


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