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Glop / Pas glop [CHRONIQUES CINÉ AVRIL]

GLOP / PAS GLOP CINÉ

Chaque semaine, une petite doublette de critiques ciné à haute teneur brazilienne, glop ou pas glop… Enjoy !

LE 6 AVRIL EN SALLES

Gods of EgyptGods of Egypt : « Le film qui fait aimer les livres de Christian Jacq »

Avant Alex Proyas faisait de beaux films, comme le cultissime The Crow en 1994 et le chef-d’œuvre de science-fiction Dark City en 1998. Mais ça c’était avant. Au vingtième siècle. Depuis, le cinéaste australien a livré les oubliables I Robot avec Will Smith  et Predictions avec Nicolas Cage. Dans son nouveau film, il revisite à coups de gros sabots numériques et d’esthétisme de jeu vidéo sauce fantasy la mythologie égyptienne pour en faire un insupportable maëlstrom de combats en 3D entre le dieu Seth et le dieu Horus. Proyas massacre l’Antiquité égyptienne tandis que les pharaons niquent et que les dieux sont tombés sur le Seth. C’est moche moche moche, encore plus que l’épisode 2 de la saga Star Wars (c’est dire !) et rien ne tient la route dans cet échec pharaonique, à commencer par son casting puisque les dieux égyptiens sont tous joués par des acteurs blancs. Pour ne pas jeter le réalisateur avec le bouillon du navet, il ne faut pas oublier que ce machin résulte de l’avortement du précédent projet dantesque de Proyas, Paradise Lost, adaptation en images de synthèse du poème de John Milton sur la chute des anges rebelles menés par Lucifer. Le projet, trop cher et trop risqué, a été annulé par le studio Warner et le cinéaste a atterri chez Lionsgate pour faire Gods of Egypt. Mauvais joueur, Alex Proyas vient de balancer un long post très énervé sur tous les « crétins de tarés » de critiques qui ont descendu son film. Je veux bien être un crétin de taré dans ce cas précis. Ces deux heures d’images numériques criardes et clinquantes sont insupportables. Faut pas prendre les bons dieux égyptiens pour des avatars sauvages.

 

Le Fantôme de Canterville : « Who you gonna call ? »

Qui appeler quand on est confronté à un film de merde ? Je ne sais pas trop, il manque un service bien cool, une bande de gars qui viendrait aspirer ni une ni deux les ectoplasmes cinématographiques que nous livrent régulièrement les productions françaises, et plus particulièrement dans le registre de la comédie. Ici, on est dans le ratage complet. Après avoir massacré La Guerre des Boutons, Yann Samuell crucifie Oscar Wilde sur l’autel de l’humour beauf et franchouillard qui fait si bien bander les courbes d’audience de TF1. En alignant dans son casting Michaël Youn, Audrey Fleurot, Michèle Laroque et Lionel Astier, tous dotés d’un certain talent, on pouvait espérer tout de même un soupçon de qualité dans ce produit ultra calibré. Que nenni mon couillon ! Yann Samuell chie sur Oscar Wilde pendant une heure trente, désincarne toute l’œuvre de sa substance originelle, de son émotion, de son ironie, de sa profondeur, pour en faire un rouleau de PQ sur pellicule, dans lequel on peut admirer Youn faire comme toujours du sous-de Funès, Fleurot faire sa maligne en numérique, et Laroque faire comme toujours la bourgeoise un peu coince-coince. À noter que le bougre de cinéaste n’en est pas à son premier essai en terme de films de fantômes foireux puisqu’il a réalisé en 2012 un téléfilm pour la télévision britannique Fantômes & Cie tombé depuis dans les limbes de l’oubli.

Gods of Egypt (déjà pas glop !) et Le Fantôme de Canterville (pas glop non plus !), sorties salles le 6 avril

 

LE 13 AVRIL EN SALLES

Les Ogres : « Le cinéma XXXL qui donne des ailes »Les Ogres

Il est des films qui vous emportent dans un tourbillon fou, fiévreux, intense, une valse libre, gourmande, tragique et héroïque. Les Ogres est de ceux-là. Ample, fou, dantesque et généreux, la seconde réalisation de Léa Fehner entremêle fiction et réalité dans une valse fiévreuse et gargantuesque. En suivant la vraie troupe itinérante Davaï, qui tourne en France avec son spectacle à la croisée du théâtre, du cirque et de la performance, quelque part entre le cirque contemporain et Ariane Mnouchkine, la réalisatrice nous raconte les coups de folie, les coups de gueules, les drames et les bonheurs de ces artistes hors-normes qui ont choisi de vivre hors des sentiers battus, à contre-courant des grandes tendances de ce troisième millénaire débutant. On pense à la générosité bordélique du cinéma de Kusturica, au cinéma de Lelouch aussi, et sa fascination pour les arts du Cirque, et surtout, on n’a pas envie que le film s’arrête, même s’il dure déjà deux heures et demie !

Le Livre de la Jungle : « Touche pas à mon ours ! »

Sacrilège ! Depuis quelques années, les Studio Disney ont la fâcheuse tendance à décliner en images réelles leurs grands classiques animés comme Alice aux Pays des Merveilles (Tim Buron, 2010) ou Cendrillon (Kenneth Branagh, 2015). Les résultats, sans être totalement foireux, n’arrivent toutefois jamais à la cheville de leurs aînés de celluloïd. C’est le cas ici. Jon Favreau, bien-aimé réalisateur de la saga Iron Man (entres autres cœur cœur xoxo cœur), livre un blockbuster animalier aux qualités esthétiques indéniables, techniquement irréprochable, au casting prestigieux et aux scènes d’actions impressionnantes. Mais alors que manque-t-il ? Une âme, tout simplement. Du swing aussi. De l’artisanat, certainement. Le trait du cartoon. La voix de Louis Prima. Le méchant Shere Khan, qui fera toujours plus peur en animé qu’en poilu 3D. Le reboot de Mowgli n’a rien de tout ça, ni la poésie écolo et philosophique du livre de Rudyard Kipling ni l’humour, le swing et le délicieux esprit cartoon du dessin animé de 1967.

Les Ogres (glop) et  Le Livre de la Jungle (pas glop), sorties salles le 13 avril

LE 27 AVRIL EN SALLES

Dalton TrumboDalton Trumbo : « La faucille et le stylo »

Plutôt habitué des grosses comédies puisqu’il offrit au monde les sagas Austin Powers et Meet the Parents, le réalisateur Jay Roach bouleverse sa filmographie en s’attaquant à un sujet fort sérieux avec ce biopic sur un héros méconnu de la machine à rêves hollywoodienne. En racontant la vie tumultueuse du scénariste Dalton Trumbo, auteur de nombreux chefs-d’œuvre, dont plusieurs furent oscarisés, et victime de la chasse aux communistes qui hanta les États-Unis durant la Guerre Froide, Roach signe pourtant une œuvre passionnante et intensément divertissante. Bryan Cranston est ici encore plus fabuleux que dans Breaking Bad, Diane Lane est délicieuse, Helen Mirren est épatante, et John Goodman est encore une fois irréprochable. Un casting fabuleux, une direction d’acteurs idoine et un sens aigu de la narration conduisent le film vers une excellence à ne pas rater.

Robinson Crusoé : «Comme l’île, l’humour déserte»

En voulant jouer dans la cour des grands de l’animation à l’instar des Disney/Pixar et autres Dreamworks, le petit studio belge Wave Digital espérait frapper un grand coup. Leur version de l’histoire du plus célèbre naufragé de la littérature semblait ainsi taillée pour relever le défi. Techniquement irréprochable, le dessin animé offre de merveilleuses couleurs, des personnages attachants, une animation fluide et une 3D efficace. Seulement voilà il y a un hic : l’absence de scénariste. Aucun rebondissement inattendu, aucune lecture possible au second degré, aucune trame narrative digne de ce nom, tout est cousu de fil blanc, voire même un peu décousu parfois. Ce Robinson-là rame sérieusement pour nous amuser et est carrément en galère quand il s’agit d’éveiller notre intérêt.

Dalton Trumbo (glop) et Robinson Crusoé (pas glop), sorties salles le 27 avril

Thomas Lecuyer


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