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Le billet de mauvaise humeur de l’Affreux (épisode 5)

LE BILLET DE MAUVAISE HUMEUR DE L’AFFREUX !

Ce matin, des nuages chargés d’une grisaille fielleuse pointent leur tronche au-dessus de ma trogne mal lunée… J’ai le poil torve, l’haleine chargée, j’ai mal pioncé… Un café mal ingéré avalé, je m’attelle à la petite douceur qui me fera digérer la journée, mon billet de mauvaise humeur !

Et pour ce cinquième billet au chant Brazilien, à l’heure où les intégristes de la pensée cherchent à museler ou fusiller les faiseurs de bons mots, j’ouvre bien grand mon clapet (peut-être pour la dernière fois), pour PROMOUVOIR un droit en « voix » de disparition, la liberté de causer à tort (parfois) et à travers (souvent) … En résumé, pour les niçois qui jouent à la PSP pendant que je m’use les phalanges à pondre du texte : « Paix à notre liberté d’expression !»

Épisode 5 : Libérez, délivrez ; bâillonnez, fusillez !

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Pour fêter la nouvelle année 2015, des excités du falzar ont eu la pétaradante idée de canarder nos « Charlie » hebdomadaires, parce qu’ils exprimaient tout haut avec un humour déculotté cette insolence qui sied si bien à notre pays frondeur.

Pour clôturer l’année 2016, d’autres névrosés du slip ont fusillé les apôtres du groupe Eagles of Death Metal et fait taire ce bon vieux rock qui fait tintinnabuler nos tympans depuis les seventies. Déjà au lycée, des profs m’avaient averti qu’écouter du métal, c’était mal. « Ces dépravés sont des satanistes qui s’accouplent les soirs de pleine lune sur la tombe de Charles Baudelaire », m’a-t-on dit un jour de biture.

Ces derniers temps, je ne peux plus sortir de chez moi sans tomber nez à hargne sur le cortège excité de La Manif Pour Tous qui s’oppose fermement au mariage homosexuel. Pour eux deux hommes qui s’entubent sur la tombe de Charles Baudelaire, c’est très très « mâle » (très drôle, l’Affreux). Moi, j’aurais bien aimé être élevé par deux hommes, au moins, on se serait fendu la poire les week-ends…

Enfin, je vous sers en dessert de ce plat indigeste, l’association Promouvoir, qui dégomme scrupuleusement et silencieusement à tout-va les films qu’ils jugent indécents et inappropriés à notre société de bien-pensants. Leur mission ? Dynamiter les visas d’exploitations des longs-métrages qui dérangent leurs mœurs.

la-vie-d-adelewebOn compte parmi leurs victimes (certains films ont perdu leur visa, d’autres sont en liberté surveillée) : Baise-moi, de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi sorti en 1999 et interdit en salles depuis ; Ken Park, de Larry Clark sorti en 2002 aux multiples problèmes de diffusion partout dans le monde ; Nymphomaniac de Lars von Trier sorti en 2013 au visa d’exploitation suspendu, Love de Gaspar Noé, interdit aux mineurs en France ; le film d’horreur gore Saw 3D qui vient de perdre son visa d’exploitation cinq ans après sa sortie en 2010. Les derniers à perdre leurs sésames sont les très symboliques La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche et Antichrist du même sacré Lars… Dans le collimateur de l’association pacifiste, la franchise Pirates des Caraïbes qui aurait choqué des enfants aux âmes sensibles. Noooon ? Ces mêmes gamins qui shootent du gobelin huit heures par jour sur leur Playstation ?

La vie d’Adèle n’est rien d’autre qu’une histoire d’amour entre deux femmes. Où est le « mâle » (je sais que les blagues les plus courtes sont les meilleures… Mais, eh…) ? Ai-je eu l’impression de visionner un porno? Non. Oui, les filles se mettent à poil. Oui, les filles se broutent le minou. Et alors ? En quoi est-ce une atteinte à nos mœurs ? Ces films sont désormais ou presque orphelins de salle. Si vous voulez les voir ou les revoir sur un grand écran, il ne vous reste plus qu’à opter pour le vidéo projecteur maison…

 « Oh, putain ! Ils poussent le bouchon trop loin » jurerait mon arrière-grand-père maquisard s’il avait vent de toutes ces conneries. Eh bien l’ancêtre, je ne te le fais pas dire… Parce que si ces films ont choqué les membres de l’association, imaginez leurs haut-le-cœur au p’tit déj en lisant les sulfureux écrits de Huysmans, de Houellebecq, de Cioran, du Marquis de Sade, de Bret Easton Ellis, de Chuck Palahniuk pour ne citer que ces diables-là… Vont-ils, eux aussi, perdre leur permis d’être lus ?

MarquisdeSadewebVa-t-on comme durant la prohibition aux États-Unis devoir ouvrir des bars clandestins pour y projeter les films interdits et y organiser des lectures des textes scandaleux ? Mais qui sont ces gens au sens de l’humour proche du zéro absolu qui cherchent à promouvoir une idée du monde, La Leur ? D’où viennent-ils ? Personnellement, je n’avais jamais entendu parler d’eux avant ces derniers mois. Vous, si ? Ah…

L’association « Promouvoir » a été fondée à Carpentras (tiens donc, la Provence) en 1996 (une année où l’on pouvait encore se plier en quatre sans se prendre une balle dans le bide) par un type nommé André « gros » Bonnet. L’homme suscité, ancien proche de Bruno Mégret (un homme de petite envergure), a figuré sur la liste du MPR (Mouvement National Républicain) parti de Bruno, aux municipales d’Avignon en 2001. En grand apôtre des valeurs judéo-chrétiennes, il s’est naturellement opposé au mariage des gens du même genre.

« Ils sont parmi nous » a dit David Vent-Saint. Beurk, avec leurs MST et leurs mœurs caliguliennes, ils nous dégoûtent, les pds… Pour couronner le tout, ils veulent adopter nos petits polissons ! Faut pas déconner, on est à deux doigts du grand déluge. Moïse est dans la mouise. Gare au courroux du Saint-Père ! Ce sympathique personnage, André (pas le Saint-Père) s’est donné pour mission de promouvoir « la dignité de la personne humaine et protéger les mineurs, à travers la « promotion des valeurs judéo-chrétiennes ». Les pénis et les vulves sont chassés sans relâche par André. Avec lui, il faut planquer l’attirail. Cet homme m’a tout l’air de vouloir revenir aux années prudes, durant lesquelles, on ne fricotait pas avec le sexe opposé avant la petite vingtaine ; où les femmes devaient la fermer quand leur mari leur collait la raclée hebdomadaire. L’homme veut instaurer un système de classification des films plus rigoureux que celui du CNC, qu’il juge laxiste. À croire que, ces gens-là, sont des passoires à pénis.

Vous l’aurez compris, les coquins, mater un film gentiment licencieux au cinéma comme 9 semaines 1/2 de Adrian Lyne (si si !), ce bon vieux Crash de Cronenberg, le cinéma fan des sixties de David Lynch, L’Empire des sens de Nagisa Ôshima, le Basic Instinct de Paul Verhoeven, les 9 songs de Michael Winterbottom ou le chaud très chaud 37°2 du matinal Jean-Jacques Beineix, ça n’est pas très Saint. Nous n’irons pas tous au paradis, désolé, Yves Robert. Que ces réalisateurs me pardonnent s’ils se font dégommer à cause de mon papier… Sachez, messieurs, que je continuerai de m’aventurer en compagnie de vos films impies qui ont bercé mes fantasmes !

Dernier-tango-a-parisweb2Parce que s’ils continuent leur censure digne des forties, ces gars-là, plus personne n’ira danser un dernier tango à Paris en compagnie de Marlon Brando (les acteurs sont immortels). En général, la censure s’accompagne de la délation (il n’y a rien de mieux pour gravir les échelons en entreprise ou se débarrasser d’un voisin trop bruyant à la gueule basanée.) Après, vous me direz, on a peut-être le pays que l’on mérite. À force de fermer les yeux sur l’avancée courroucée du Front National, on va finir par se prendre un méchant coup de tronçonneuse nationaliste dans le cul !

Pardonnez ma vulgarité, mais quand on touche à nos libertés, même les plus primaires, comme écouter NTM avant d’aller pointer au Pôle emploi, ou le droit à l’oubli sur Internet pour ceux d’entre nous qui veulent retrouver un semblant de vie privée, des « putains ! » et des « enfoirés ! » me sortent par tous les pores…

Avec tout ce qu’on s’est pris dans la caboche ce nouveau millénaire, certains ont perdu l’envie de baiser, d’autres, le sens de l’humour. Ces gars-là, on les retrouve dans les rangs de Promouvoir ou pire chez ceux qui jouent au ball-trap avec nos gueules parigotes (ils mènent le même combat liberticide). Si l’humour, même le plus scabreux et si contestable soit-il, ne passe plus, qu’est-ce qu’il nous reste, à nous, pauvres hères ?

Doit-on faire disparaître l’héritage de Desproges par peur des représailles ? Car même si nos orgueils franchouillards sont restés intacts et que nous continuons de bronzer, même en hiver, sur les terrasses des cafés parigots (avec la goutte de sueur en plus) et, qu’en bons disciples de Molière, de Brassens, de Desproges et de Zola nous dégoisons crânement, un verre de pinard à la main, sur l’errance de notre société nécrosée, ou de la calvitie de nos hommes politiques tous pourris, certains d’entre nous, des « âmes sensibles », trouvent que, parfois (pour ne pas dire tout le temps), notre humour a tendance à faire péter le bouchon du Roederer trop loin.

En son temps, le père Émile a écrit : « Au cours des siècles, l’histoire des peuples n’est qu’une leçon de mutuelle tolérance. » Elle en est où notre tolérance à nous ?

Doit-on placer des limites ? Mettre notre humour sous tutelle Étatique ? Un homme de confession juive peut-il encore se marrer d’un homme de confession musulmane et vice-versa ? Ou bien cet humour est-il réservé au mi-figue mi-raisin Tomer Sisley ? Peut-on encore rire des faits divers belges ? Faire des blagues sur Marc Dutroux ?

liberte-presseMon avis ? Vous le voulez ? Non ? Je le file quand même, pour le niçois au dernier rang qui ne pige rien à mon billet : mon avis, donc : plus on se marre de tout, plus on débloque nos petites névroses, « jalouseries » et peurs de l’étranger. L’étranger, c’est qui ? C’est celui qui ne s’habille pas comme moi ou ne cause pas le même jargon canaille que moi. Dois-je le matraquer parce qu’il n’aime pas mes costards noirs ? Ou à l’inverse, doit-il m’agresser parce que je porte un chapeau ? Un jour, un type, un clampin, comme moi, m’a clairement menacé physiquement parce que j’avais oublié de me décoiffer dans une église catholique… En quoi mon chapeau, un Stetson, s’il vous plaît, offensait-il Dieu ? Nous en sommes restés par un nul et non advenu. Arf… Les esprits comme les balles se perdent, surtout par les temps qui courent… Je préfère la pensée plurielle à l’impasse unique, prendre des balles les yeux grands ouverts plutôt que d’enfiler la cagoule de la couardise qui déplaît tant à l’Alceste de Molière. Qu’ils foutent la paix à nos films olé osés, et à notre humour trublion, ces terroristes anti-vies.

Combien de temps, encore, vais-je pouvoir discourir Affreusement en toute liberté sur Brazil ? Qui parmi nous sera la prochaine cible de Promouvoir ou de ceux qui fusillent les rigolos ? Frizou ? Et ses crayons audacieux ? Ou se glisseront-ils par effraction Dans la peau de Bertille parce qu’elle s’est faufilée avec poésie dans celle de l’indécente et ô combien sensuelle, Emmanuelle Béart, dans sa rubrique brazilienne ? Ou tout simplement, fermeront-ils les valves insoumises du rédacteur en chef de ce singulier magazine, Christophe Goffette ?

Suis-je un brin parano ? En mode Philip K. Dick ? Ai-je cramé mes durites ? Ou bien suis-je un putain de mégalo-visionnaire ? Tiens, quelqu’un frappe à ma porte. Serait-ce ma gardienne pétainiste ou bien un agent de Promouvoir qui vient me flanquer ses idées judéo-chrétiennes dans le cul ?

To be continued ?

L’Affreux.

Un billet acéré par le fleuret spadassin d’Arnaud Delporte-Fontaine  et ciselé par le fusain sanguinaire de Frizou.


Arnaud Delporte-Fontaine

 


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