Abonnez-vous !

WELCOME TO GOOFLAND BRAZIL (and Crossroads) 3.0 — Archives — Livres — Uchronia

Glop / Pas glop [CRITIQUES CINÉ MARS]

GLOP / PAS GLOP CINÉ

Chaque semaine, une petite doublette de critiques ciné à haute teneur brazilienne, glop ou pas glop… Enjoy !

 

LE 2 MARS EN SALLES

Saint AmourSaint Amour — « Un assemblage inédit à la grande gueule et au grand amour »

La robe est chaleureuse comme un rubis, l’ensemble rond en bouche et pulpeux, la jambe généreuse, féminine, riche en alcool et pleine d’amour. Le dernier cru du tandem grolandais Kervern/Délépine tient toutes ses promesses avec son assemblage inédit de deux cépages réputés pour leur tanins prononcés : le frémissant belge Poelvoorde, toujours pétillant en bouche, et riche en saveurs subtiles et acides, et la vieille vigne franco-russe Depardieu, monstre poignant de tendresse goulue. Sans être classé, c’est un grand cru qu’on nous sert là, sur une musique du bourru, barbu et talentueux Sébastien Tellier, et qui nous procure un plaisir libre et enivrant, profondément attaché à son terroir et à la ruralité. Un film d’hommes, de pères et de fils, rempli de femmes dont ils espèrent qu’elles les sauveront.

Célibataire Mode d’Emploi — « Faire une bonne comédie, tu sais c’est pas si facile »

Réalisé par un obscur Allemand qui a sans doute passé trop de vacances à New York, cette insupportable comédie tente de paraphraser le génie de ses consœurs américaines signées Judd Apatow ou Woody Allen. Seulement voilà, autant péter dans un violoncelle en espérant que ça sonne comme une suite de Bach. Tout est navrant dans ce ratage industriel tout juste bon à être diffusé en seconde partie de soirée sur AB1 : le casting qui ressemble à un banc de merlans mal frits, les gags pas frais, et le ton faussement moderne de l’ensemble. On le sait depuis Cookie Dingler en 1984 qu’être une femme libérée, c’est pas si facile. Tout comme faire une bonne comédie.

Saint Amour (glop) et Célibataire mode d’emploi (pas glop), sorties en salles le 2 mars

 

LE 9 MARS EN SALLES

Zoolander2Zoolander – « La Sainte Trinité de la Débilité »

Les critiques et la profession cinématographique dévalorisent un peu trop injustement et automatiquement la comédie débile américaine qui se finit en -er comme Dumb & Dumber, Austin Powers ou Zoolander. Et ils ont tort. Zoolander 2, par exemple, signe le retour du personnage culte de Derek Zoolander, super top model aussi débile qu’attachant et narcissique, dans des aventures si absurdes que ça en confine au génie, voire même à la performance artistique. Repoussant sans cesse les limites du bon goût et de la débilité assumée pour mieux dénoncer la vacuité du culte de l’apparence et du consumérisme qui hantent nos sociétés, ce film atteint des sommets enchanteurs d’énormité sophistiquée. Truffé de cameos réjouissants (je ne dirais rien pour ne pas spoiler) et de trouvailles audacieuses (le personnage de All, mais j’ai dit que je ne spoilerais pas), Zoolander 2 signe surtout le retour de la Sainte Trinité de la Débilité : Ben « Jesus » Stiller, Owen « Holy Spirit » Wilson, et Will « God » Ferrel. Je file vous construire une église, les gars. Pour la forme, on fait quoi ? Plutôt paire de nichons ou paire de fesses ? Des fesses, c’est bien. C’est universel et chaleureux, une paire de fesses. Puis ça sent la merde aussi parfois. Comme la religion quoi.

The Assassin – « Une petite cérémonie du thé et au lit »

The Assassin, film chinois qui a remporté le Prix de la Mise en Scène au dernier festival de Cannes, est effectivement somptueux visuellement, riche, intense et voluptueux comme une toile de Maître. Mais voilà, quand on reste deux heures à observer un tableau, on finit par s’ennuyer un peu, voire sévère, quitte parfois à piquer un petit roupillon sur le canapé moelleux du musée. Là, c’est pareil : l’action est parfois tellement lente que ça frise l’immobilisme, le scénario parfois tellement confus que pour nous, c’est du chinois, et ce malgré les sous-titres, et l’œuvre dans son ensemble semble se reposer uniquement sur ses indéniables qualités esthétiques pour envoûter le spectateur. Envoûter oui, endormir non, attention ! Au bout d’une demi-heure, les paupières deviennent lourdes, la bouche pâteuse, et les idées floues, tandis qu’à l’écran défile une Chine médiévale recréée avec une méticulosité précieuse qui serait enchanteresse si elle n’était pas un poil chiante. Voilà, c’est dit.

Zoolander 2 (glop) et The Assassin (pas glop), sorties en salles le 9 mars

 

LE 16 MARS EN SALLES

10 Cloverfield Lane – « Je te survivrai »

Moi, je cite peut-être Jean-Pierre François, mais le petit nouveau Dan Trachtenberg, pur produit de l’écurie J.J. Abrams, cite pêle-mêle les classiques des années 80 de John Carpenter, John Hugues, Joe Dante ou Steven Spielberg, tout en respectant la propre mythologie de la saga qu’il contribue à bâtir, pour signer un remarquable film de genre, oscillant entre le thriller, le huis clos, le film d’horreur et la science-fiction. Tendu, réjouissant et palpitant de la première à la dernière seconde grâce à un scénario parfaitement maîtrisé, voici un formidable tour de grand huit cinématographique, incarné par deux acteurs extraordinaires, le toujours impeccable John Goodman et la révélation Mary Elizabeth Winstead, sorte d’hybride délicieux de Molly Ringwald et Phoebe Cates. Et c’est marrant, tiens, qu’elle me fasse penser à Molly Ringwald, Elizabeth, alors même qu’à un moment, dans le film, les héros matent la VHS de Pretty in Pink. Je vous le dis, y’a pas de hasard, sauf Thierry. Et oui, j’ai bien écrit saga, car 10 Cloverfield Lane est bel et bien une suite au très réussi Cloverfield sorti en 2008, et dans lequel de gros vilains aliens cassaient tout New York. Oups, j’en ai déjà trop dit.

Marseille – « Daube provençale sauce Bosso »

Alors que Kad Merad brille par son talent et ses capacités d’acteur dramatique dans le rôle d’un politicien sous pression taillé sur mesure pour lui dans la série événement de Canal + Baron Noir, il réapparaît sur les radars des sorties ciné avec un nouveau film qui vole au ras des pâquerettes. Mais pourquoi a-t-il réalisé cette daube marseillaise ? Si encore elle fût nîmoise, avec du taureau cuit lentement, quasi confit, on l’aurait mangée au déjeuner, avec un bon verre de Costières, mais là, non, c’est vraiment dégueu, servi avec du Patrick Bosso en plat de résistance, qui garde toujours le même jeu d’acteur, rassi et passé, que dans sa pub pour les pneus. Curieux mélange de Plus Belle la Vie et Bienvenue chez les Ch’tis, on se demande si le gars, marseillais d’adoption, n’a pas tout simplement voulu faire plaisir à la Marie en réalisant un publireportage en échange d’une réduction d’impôts locaux. Du cinéma mathématique, démago, facile, et opportuniste où il suffit de recycler les ingrédients de succès passés et deux-trois comédiens abonnés aux « Enfants de la Télé » pour quelques brozoufs de plus. Rendez-nous « Marius & Jeannette » !

10 Cloverfield Lane (glop) et Marseille (pas glop), sorties en salles le 16 mars

LE 23 MARS EN SALLES

Batman vs Superman : L’aube de la Justice – « Bruce et Clark sont sur un bateau»

Batman vs SupermanZack Snyder, réalisateur du meilleur film de super héros à ce jour (l’inoubliable Watchmen) est aux commandes de cette ultime confrontation entre les deux plus grandes icônes des comics américains, avec un casting aux petits oignons pour assaisonner son blockbuster : Ben Affleck, Henry Cavill, Jesse Eisenberg, Amy Adams, Jeremy Irons, Lawrence Fishburne et même la trop rare Holly Hunter. Abordant avec emphase le deuxième chapitre de sa saga entamée avec Man of Steel en 2013, le grand spécialiste des films de capes (et parfois d’épées comme pour 300) signe un film ample, sombre, épique et colegram. Entre grosse récréation sur écran géant, gourmandise geek et vrai plaisir de cinéphage, une chose est sûre : on en prend plein les mirettes, et si Snyder pêche, ce n’est que par excès. Trop prolixe, parfois trop confus ou trop bruyant, le film reste extrêmement brillant entre deux scènes de combat, dès qu’il traite en profondeur du sujet qui l’obsède : jusqu’où peut-on aller au nom du bien ? Posant ça et là de pertinentes réflexions sur les mythes de l’Amérique toute-puissante et « dans le camp des gentils », chatouillant aussi de temps à autres la question du rapport homme/Dieu, cet impeccable blockbuster offre aussi un petit vertige philosophique et capé qui fait travailler nos neurones plus qu’il n’y paraît. Ambitieux, intelligent, récréatif et maîtrisé, Superzack a encore frappé.

Aux Yeux de Tous – « Nicole et Julia sont dans une galère »

Du difficile recyclage des ex-premières dames d’Hollywood… La chaîne alimentaire hollywodienne est ainsi si cruelle pour les actrices de cinquante ans, trop âgées pour jouer les jeunes et pas assez pour jouer les vieilles, qu’elle leur laisse deux maigres options : tourner dans des pubs de soda ou de collants ou bien jouer pour de pâlots films de série B. Et encore, ça c’est pour le haut du panier, pour les autres, c’est direct téléréalité ! Julia Roberts et Nicole Kidman se retrouvent ainsi en duo tout à la fois rêvé et improbable (c’est la première fois qu’elles partagent l’affiche) dans le remake d’un formidable film argentin transformé hélas ici en beau gâchis hollywoodien. Malgré un poussif et attendu twist final, la mise en scène est aussi lisse que le visage ultra lifté de Nicole, et l’ennui guette et nous éprouve, comme le visage fatigué de Julia, qui reste toutefois convaincante dans son rôle, même si elle en fait un peu trop. C’est assez amusant d’ailleurs de voir à quel point elle prend le contre-pied visuel de sa partenaire : les traits tirés, les yeux gonflés, zéro maquillage et tout autant de coiffure, comme une sorte de pied de nez au monolithe roux qui lui donne la réplique et semble avoir été trempé dans la potion d’immortalité que Meryl Streep et Goldie Hawn s’arrachent dans le légendaire La Mort vous va si bien.

Batman vs Superman (glop) et Aux yeux de tous (pas glop), sorties en salles le 23 mars 

LE 30 MARS EN SALLES

13 Hours – « Le grand retour de Michaël Boum»13 hours

Le 11 septembre 2012, le consulat temporaire américain de Benghazi en Lybie, ainsi qu’un poste secret avancé de la CIA se font attaquer par des terroristes. Michaël Bay, le spécialiste des films à gros budgets, grosses explosions, gros muscles et overdose de testostérone, signe son grand retour avec un « petit » film de guerre bien loin de ses Transformers habituels. Comme toujours quand il s’agit de films de guerre, et encore plus quand il s’agit de films de Michaël Bay, la polémique gronde autour de l’engagement politique du film, en apparence pro-armes et anti-Hillary Clinton (chef de la diplomatie US à l’époque des faits relatés). Loin s’en faut. Ici, on n’est pas chez Eastwood façon American Sniper. Bay fait le job, du bon job, comme la poignée de soldats dont il raconte la longue nuit, dans un récit qui s’inspire plus du western façon Fort Alamo de John Wayne que du brûlot politique. N’oublions pas que la catharsis hollywoodienne est nécessaire à la conscience collective américaine pour faire son travail de deuil et de compréhension sur les guerres que les pouvoirs en place ont toujours aimé faire et les soldats morts sur des fronts lointains pour des causes inconnues qu’il faut toujours pleurer. Alors certes, comme toujours chez Bay, ça pète dans tous les sens et les islamistes se ramassent à la pelle. Mais c’est toujours mieux que les Indiens.

Mise à l’épreuve 2 – « On vous aura prévenu »

Le film a au moins le mérite de bien porter son nom. Pour une fois les traducteurs qui se sont chargés de l’adaptation du titre en français ont visé juste et clair : ce second volet des aventures pénibles de deux flics amis-amis qui lorgne avec maladresse du côté des grands modèles du genre comme L’Arme Fatale ou Rush Hour est une véritable mise à l’épreuve pour le spectateur. Cette espèce de clip MTV sauce Flic de Beverly Hills avariée est complètement indigeste et on aurait bien aimé pourtant qu’en 2016 il y ait encore des cinéastes capables de nous faire revivre la grande époque du tandem Mel Gibson/Danny Glover. Hélas, ici, tout est dans le titre. C’est dommage car il y a une place à prendre dans le genre « buddy movie » un peu délaissé en ce début de troisième millénaire. C’est soooo vingtième siècle, peut-être, le « buddy movie » ? Consolons-nous alors avec l’anthologie DVD de Francis Veber, le Maître français du genre.

13 Hours (glop) et Mise à l’épreuve (pas glop), sorties en salles le 30 mars 


Thomas Lecuyer


Kankoiça
mars 2016
L Ma Me J V S D
« fév   avr »
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  
Koiki-ya