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DANIEL DARC : initiales D.D.

DANIEL DARC : sombre dimanche

Le 28 février 2013, il y a exactement 3 ans, vers 20h10, JD Beauvallet annonçait, dans la version web du magazine les Inrockuptibles, la mort de Daniel Darc. Un moment particulièrement marquant pour le journaliste rock, on le devine, ce dernier ayant démarré sa carrière (tout comme Christophe Conte qui signait aussi un mot sur le sujet) par une interview du groupe Taxi girl.

Des tout débuts du chanteur, il y a trente ans, marqués en 1980 par un premier carton, le titre « Cherchez le garçon », écoulé à 300 000 exemplaires, jusqu’à sa fin (suite à un œdème pulmonaire, bien arrosé),  ces journalistes l’auront suivi… Je n’ai évidemment pas cette même légitimité, mais j’ai des yeux et des oreilles et souhaite, aussi, à ma façon, en ce funeste anniversaire, saluer l’artiste que je respecte au plus haut point. Ce, pour l’avoir croisé plusieurs fois, vagabondant, dans les 10ème et 11ème arrondissements et pour avoir entendu ça (extrait du titre « Seul sous la lune » – La Taille de mon âme.) :

Daniel Darc murIvre sous la lune

Seul sous la lune,

4 ou 5 fois je soupire

Ça pourrait être pire

Seul sous la lune,

Un vieillard s’enivre

Au bord de la rive

Sur le fleuve un livre

Flotte à la dérive

 

Alors voilà, si le point de vue d’un type qui vient de lire un tas d’articles et de visionner tout un tas de trucs sur Daniel Darc vous intéresse, restez en ligne, j’arrive !

La Darcittude

Nous sommes en 1978, 118 Bd Bessières —au lycée Honoré de Balzac, du coté « faucheman » du 17ème  arrondissement à la frontière du 18ème— lorsque Daniel né Rozum fait la connaissance des membres d’un tout jeune groupe qui cherche encore sa voix (pas de faute d’orthographe ici). Laurent Bielher (rebaptisé Laurent Sinclair, aux claviers), Mirwais Ahmazaï (à la guitare), Pierre Wolfsohn (à la batterie) et Stéphane Erard (à la basse) sont bientôt rejoints par Daniel qui change son nom en Darc pour l’occasion. Les Taxi Girl sont au complet. Mélange d’influences punk, new wave et rock, d’écrits noirs et de drogues de toutes sortes, leur ascension est fulgurante ! Un seul et unique album précédé de deux maxis qui tabassent (dans le sens glacial et entêtant du terme) :« Mannekin » et « Chercher le… » … bon sens du vent ! Ajoutez à ces titres un passage sur la scène du Palace et qui fera date (en première partie des Talking Heads, Darc s’entaille les veines et fait gicler son sang sur un public autant choqué que médusé), le groupe est culte, d’emblée ! La mort par overdose du batteur et le départ du bassiste fragilisant tout ça. Sept ans après, et quelques titres dans la même veine, si j’ose dire, (« P.A.R.I.S » notamment) mais qui restent sans succès, Taxi Girl arrête… nous sommes en 1986.

Daniel Darc est désormais en solo. Dès 1987, il confirme plusieurs choses : son talent pour l’écrit (incontestable) et la nécessité d’avoir quelqu’un à ses côtés, aussi, comme pour booster son travail (Jacno, en l’occurrence, ici). Son penchant pour la drogue et l’alcool et le pendant qui va, tous les trucs « d’ego-lasse ». Très fort pour l’addiction, mais peu pour la diction… chantonnera-t-il plus tard (avec humour et apaisé).

Deux ou trois titres (au moins) sortent du lot commun de la bande FM de l’époque et sont issus de ce premier album solo en particulier :« (Je) Pars sans te retourner » et « Le seul garçon sur Terre », notamment, ainsi qu’une reprise de l’un de ses mentors :« Comment te dire adieu » (Gainsbourg).  Ses apparitions TV se multiplient, ça pourrait prendre… Malheureusement, il n’est pas là. Malgré le playback, de rigueur à cette période, les animations et enchaînements bariolés de Caroline Tresca, Antoine De Caunes et autres animateurs dont seules les chemises sont à retenir (pour ce trop-plein de couleurs vertes, de ronds orange et de triangles isométriques et isocèles : toute une époque !), le chanteur sombre ne se cache pas. Ses joues anormalement creusées, son teint blafard et son regard dans le vague, imbibé à l’ennui ne trompe personne. Ce type se tue… tout doucement, il disparaît. Suivront tout de même deux autres albums en solo puis un best of… pour les 15 ans qui viennent. Quelques singles de qualité et diverses collaborations ça et là venant rythmer cette longue et douloureuse traversée du désert (« La ville », écrit avec Etienne Daho et une étonnante reprise des « Champs-Élysées » de Joe Dassin). Le meilleur est à suivre !

Daniel Darc

Darc né en années

Paris 11ème, nous sommes en 2004. Philippe Manœuvre est interviewé dans un documentaire sur la chaîne MCM à propos de Daniel Darc. Il est entrecoupé par des images et une interview du chanteur qui, sourire aux lèvres, erre dans les rues de l’Est parisien. Le mutant au double DD est en promo pour un nouvel album, à sa façon. Il nous présente son quartier, son quotidien, les commerçants qu’il affectionne (du tatoueur au vendeur de vinyles), évoquant ses passions (pour les scooters, l’écriture, la country de Johnny Cash, Elvis, Bob Dylan, les Stooges, etc.).

Avec Crève-cœur et Amours suprêmes (grâce à, de et avec Frédéric Lo —qui compose 95% de la musique de Crève-Cœur) Daniel Darc réapparaît. Un retour en lumière, inespéré pour les fans de la première heure et incroyablement bluffant pour ceux qui le découvrent (je m’inscris d’ailleurs dans cette case —qui est une parenthèse, donc !). La rédemption est en marche et ces deux nouveaux albums vont plutôt bien fonctionner.

Dans une autre interview, il évoque son retour. « Auparavant je voulais composer le plus beau disque de tous les temps, ce genre de trucs à la con. Maintenant, je suis conscient que ce n’est pas le cas, mais j’y travaille. De toute façon, le plus beau disque de tous les temps, c’est Elvis qui l’a fait avec les Sun Sessions. Un jour, j’ai lu une interview d’Iggy Pop, il disait : “Je veux être un saxophone hurlant comme John Coltrane”. Du coup, j’ai acheté un disque de Coltrane. Il a été tellement loin, et dans tous les sens, qu’après lui il n’y a plus rien à révolutionner. Le free-jazz est un point de non-retour. Avec le rock, à part quelques trucs comme les Stooges, les Damned, Sonic Youth et encore, tu reviens toujours à trois accords, c’est vite fait et t’emmerdes le monde. »

L’adolescent suicidaire, fasciné par la mort, le mode de vie des samouraïs (son Seppuku Krafvertien d’en attester), le punk fêlé mais inspiré qu’il était (par Iggy Pop) —violent et timide, dans l’air du temps et à côté de ses pompes— a ainsi cédé la place à cet auteur lunaire, gainsgourien, jazzy et rock à la fois, toujours en quête de perfection, toujours sombre, mais apaisé.

À l’époque de Taxi Girl, Darc dormait à Havre Caumartin, sur une grille du métro. Vingt ans après, les fruits de son succès, il ne les injecte plus dans ses veines (comme il le souligne lui-même). La pulsion de mort semble avoir cédé la place à une joie communicative, un apaisement certain. Il a un appart, déjà. Et il semble en pleine forme. Même si hors champs, il relativise tout ça, et, presque, s’en défend : « Je suis seul, je n’ai pas de femme, pas d’enfant, je vis dans un appartement assez merdeux, je n’ai pas tant de thunes que ça et je m’en fous. La seule différence, c’est que maintenant, quand je veux une bière, je vais dans un café au lieu de l’acheter chez Leader Price. C’est la seule chose qui a changé avec Crève-cœur ». Mouais… tout a changé, Darcos. La qualité de tes textes, ta musique, ton attitude. Tu peux partir en paix, à partir de là ! Et c’est bien là l’essentiel, non ?

La taille de mon âme et le posthume Chapelle Sixtine (réalisés par Laurent Marimbert) suivront… le public, lui aussi. En neuf années, de 2004 à 2013, Daniel Rozum dit Daniel Darc a sorti quatre albums spontanés et écrits, inspirés et plus sereins. Rock, Jazzy et électro, des albums bilan d’une vie gâchée, mouvementée et poétique, finalement… à jamais.


Vincent Zimmermann / Photos © DR


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